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27 novembre 2015

Prématurité: la faute aux bactéries?

Ce n’est plus un secret pour personne, les bactéries qui ont élu domicile dans notre corps influencent nos vies beaucoup plus qu’on ne le croyait avant. La grossesse et l’accouchement ne feraient pas exception, selon une étude réalisée par des chercheurs de la Californie. Ceux-ci ont en effet observé un lien entre les microorganismes de la flore vaginale et les naissances prématurées.

Pour arriver à ces résultats, les chercheurs ont analysé semaine après semaine la flore bactérienne de 49 femmes enceintes. Ils ont ainsi remarqué que les femmes qui ont accouché de façon prématurée avaient une flore vaginale très particulière.

En général, les microorganismes qui habitent le vagin des femmes enceintes font majoritairement partie du genre Lactobacillus. Par contre, les résultats des scientifiques révèlent que les femmes ayant donné naissance avant le terme de la grossesse avaient une flore plutôt riche en bactéries de type Gardnerella ou Ureaplasma. Fait intéressant, d’autres études ont indiqué que ces types de bactéries jouaient un rôle dans les accouchements avant terme.

Selon les chercheurs, ces résultats confirmeraient le rôle possible des microorganismes de la flore vaginale dans le déclenchement de certains accouchements prématurés. Les experts estiment en effet que dans 25 % des naissances avant terme, la cavité amniotique a été infectée par des microorganismes. Ceux-ci proviendraient souvent de la flore de la mère. Puisque la flore bactérienne change très peu pendant la grossesse, les chercheurs croient qu’il serait possible d’identifier les femmes à risque d’accoucher prématurément dès le début de la gestation.

Par ailleurs, les chercheurs ont observé également que la flore bactérienne se transformait complètement lors de l’accouchement, qu’il ait lieu par voies vaginales ou par césarienne. Cette modification semblait permanente puisqu’elle persistait dans certains cas jusqu’à un an après la naissance.

Il est bien connu qu’une nouvelle grossesse risque davantage de se terminer par un accouchement prématuré si la conception a lieu moins de 12 mois après le premier accouchement. Par conséquent, les bactéries de la flore vaginale pourraient être les responsables de ce phénomène, proposent les chercheurs. Toutefois, avant de conclure que c’est bien le cas, plusieurs autres études seront nécessaires pour mieux comprendre comment les bactéries peuvent influencer la durée de la grossesse.

Aussi sur le microbiome:
Le microbiome est mort! Vive le virome!
Césarienne: une petite dose de bactéries vaginales!

Source:
Temporal and spatial variation of the human microbiota during pregnancy.
DiGiulio DB, Callahan BJ, McMurdie PJ, Costello EK, Lyell DJ, Robaczewska A, Sun CL, Goltsman DS, Wong RJ, Shaw G, Stevenson DK, Holmes SP, Relman DA.(2015) Temporal and spatial variation of the human microbiota during pregnancy. Proc Natl Acad Sci U S A. 112(35):11060-5.

6 juillet 2015

Prématurité: de la musique pour plus de lait

Allaiter un bébé à terme n'est pas toujours facile. Allaiter un bébé prématuré, il faut donc l'avouer, c'est un grand défi. Même avec beaucoup d'effort et de volonté, certaines mères ne parviennent pas à produire suffisamment de lait pour nourrir leur bébé exclusivement. Des chercheurs indiens proposent toutefois une idée toute simple pour les aider : leur faire écouter de la musique.

L'étude a été réalisée pendant 4 jours auprès de 29 mères dont le bébé était né avant 34 semaines. Pendant la première semaine d'allaitement, ces femmes devaient tirer leur lait 2 fois par jour pendant 15 minutes. Pour 4 des 8 séances de tire-lait analysées, les nouvelles mères écoutaient d'abord 15 minutes de musique, puis elles exprimaient leur lait pendant 15 minutes tout en poursuivant leur écoute.

Selon les résultats des chercheurs, le fait d'écouter de la musique aiderait les mères à exprimer plus de lait. En effet, lors des séances avec musique les mères exprimaient 7,12 ml de lait plutôt que 6,68 ml sans musique. Cela représente une légère augmentation de 6,5 %. De plus, les scientifiques ont observé que les mères étaient moins stressées 4 jours après le début de l'expérience. Elles auraient même des niveaux moins élevés en cortisol, une hormone de stress.

Musique et stress
Le stress vécu par les mères de bébés prématurés est bien connu dans le milieu médical. L'unité des soins intensifs elle-même est particulièrement stressante. L'état de leur bébé rend également les mères anxieuses et nerveuses, expliquent les auteurs. Par ailleurs, le stress est un facteur connu pour bloquer la production de lait puisqu'il inhibe l’expulsion du lait.

Heureusement, des études ont démontré que la musique pouvait réduire le stress maternel et aidait même les mères à mieux accepter l'hospitalisation de leur bébé. Selon les chercheurs, la musique génèrerait des émotions positives qui déclencheraient la relâche d'endorphines. Ces hormones stimuleraient alors la production de monoxyde d'azote par les cellules des vaisseaux sanguins, ce qui favoriserait leur dilatation et la relaxation des muscles avoisinants. De plus, la musique augmenterait la production d'ocytocine qui est impliquée dans le contrôle de la peur et de l'anxiété. Enfin, écouter de la musique modifierait l'activité de certaines régions du cerveau impliquées entre autres dans le circuit de la récompense ou la réponse physiologique aux stimulations émotionnelles.

Il faut cependant souligner que la façon dont l'expérience a été conduite réduit considérablement sa portée, ce qui est fort dommage. Par exemple, les résultats sur le stress sont à analyser avec prudence puisque les chercheurs n'ont pas mesuré le niveau de stress chez des mères qui n'auraient pas participé à une thérapie musicale. On ne peut donc pas exclure que la diminution du stress soit simplement explicable par le passage du temps. De plus, on sait très peu de choses sur la gestion de l'allaitement pendant l'expérience. Ces femmes ont-elles réellement tiré leur lait seulement 2 fois par jour? Les consultantes en lactation suggèrent pourtant aux femmes dont le bébé ne peut prendre le sein de tirer leur lait 8 à 10 fois par jour dès le début.

Par conséquent, même si cette étude offre une piste intéressante pour les mères de bébés prématurés, ses résultats devront être confirmés par d'autres études. Des résultats similaires indiqueraient alors que la musique peut bel et bien aider ces mères à gérer leur stress et à produire ainsi plus de lait. En attendant, rien n'empêche les nouvelles mamans de sortir leur iPod en même temps que leur tire-lait!

- Ce billet a aussi été publié sur le site de l'Agence Science-Presse.


Sources :
Ak J, Lakshmanagowda PB, G C M P et Goturu J. (2015) Impact of music therapy on breast milk secretion in mothers of premature newborns. J Clin Diagn Res. 9(4) : CC04-6.

Mohrbacher, N. (2010) Breastfeeding Answers Made Simple. Amarillo: Hale Publishing.

24 juin 2015

Grossesse, embryons et prématurés: revue de presse du 24 juin 2015

Conseils pour futures mamans
Dans un article publié sur State.fr, Charlotte Lazimi aborde le sujet des interdits pendant la grossesse. Depuis très longtemps, les femmes enceintes reçoivent des conseils qu'elles doivent suivre pour assurer la santé de leur futur bébé. Qu'on parle de réduire le risque d'infection, de contrôler la prise de poids maternelle ou de protéger l'âme du fœtus (!), toutes les raisons sont bonnes pour sermonner les futures mamans. Pourquoi se permet-on cette intrusion dans leur vie privée? Pour prévenir des dangers rares, mais bien réels ou pour continuer de s'approprier le corps des femmes? Et, si tout était dans la façon de le dire...
Culpabilise-t-on trop les femmes enceintes?

Quoi faire avec les surplus d'embryons?
Lors d'un processus de fécondation in vitro, plusieurs embryons sont produits et ce ne sont bien sûr pas tous ces embryons qui seront implantés dans l'utérus. S'il est possible de congeler les surplus un certain temps, quel avenir leur réserve-t-on à long terme? C'est le sujet d'un article du blogue Motherlode du New York Times. L'une des options est le don d'embryon à des couples infertiles.
Unused Embryos, to Donate, Destroy or Debate

Prématurés: impliquer la famille
La naissance d'un bébé prématuré est un évènement très difficile pour ses parents. Dans le magazine Enfants Québec, Nathalie Côté explique comment une nouvelle approche implantée au CHUL à Québec pourrait être bénéfique pour toute la famille des petits prématurés. Le Modèle d'intégration de la famille dans les soins a pour but d'impliquer davantage les parents d'un bébé prématuré. Non seulement les parents en profiteraient, mais les bébés gagneraient aussi plus de poids et quitteraient l'hôpital plus rapidement.
Au chevet des grands prématurés

La semaine dernière: Accouchement, césarienne et anthropologie

7 mai 2015

Santé mentale, Jeux olympiques et berceuse: revue de presse du 7 mai 2015

La santé mentale et l'épigénétique
C'est certain. L'épigénétique est dans l'air du temps. Après le café scientifique des IRSC, c'est au tour de Planète F d'aborder le sujet dans son dossier sur la santé mentale des enfants. En effet, la journaliste scientifique Marine Corniou explique dans son article comment les évènements vécus dans l'utérus et pendant la petite enfance pourraient être impliqués dans le développement de la maladie mentale. Ces conclusions proviennent notamment de l'étude des cerveaux d'adultes qui se sont suicidés et qui avaient été maltraités lorsqu'ils étaient petits. Élément intéressant, l'article propose que l'épigénétique serait parfois un processus d'adaptation qui tourne mal quand l'environnement dans l'utérus ne correspond pas à celui dans lequel évoluera l'enfant.
Et si tout se jouait avant 3 ans?

Les bébés et l'influence des Jeux olympiques

Quand on dit que le sport est bon pour la santé... La tenue des Jeux olympiques de Beijing en 2008 en est la preuve. Le site I fucking love science rapporte que l'évènement a permis une réduction temporaire de la pollution atmosphérique. Selon des chercheurs, cette amélioration de la qualité de l'air aurait favorisé la croissance et le développement des fœtus portés par les femmes enceintes pendant cet évènement.
Women In Beijing Delivered Larger Babies When Air Was Cleaner

Une berceuse pour le cœur des prématurés
Le New York Times se penche sur une étude réalisée en Israël. Des thérapeutes musicaux ont alors aidé des parents à transformer leur chanson préférée en berceuse. Cette musique aurait alors ralenti le rythme cardiaque des bébés prématurés et amélioré leur respiration ainsi que leur capacité à s'alimenter. La thérapie musicale permettrait même aux enfants de quitter l'hôpital plus tôt. L'article s'intéresse donc à la façon dont la musique pourrait avoir une influence positive sur le développement de ces enfants.
Live Music’s Charms, Soothing Premature Hearts

La semaine dernière:
Mortalité maternelle, médicaments, interventions obstétricales et McKenna en français: revue de presse du 1er mai 2015

18 mars 2015

Café, famille, pyjama et économie: revue de presse du 18 mars

Un petit café, mon coco?
Le Boston Medical Center fait état d'une nouvelle étude sur la consommation de café par les tout-petits. Leurs résultats indiquent que 15 % des petits bostonnais de moins de 2 ans boiraient 4 onces de café par jour. Cette habitude serait plus fréquente dans les familles hispaniques. Par ailleurs, d'autres recherches auraient démontré que la consommation de café par les jeunes enfants est observée au Cambodge, en Australie et en Éthiopie. Les scientifiques proposent maintenant d'étudier plus attentivement les effets que cela pourrait avoir sur les enfants, en particulier relativement à l'obésité.
Coffee Consumption by Infants, Toddlers Not Uncommon In Boston

Peu importe le modèle familial…
Dans un article publié dans The Independant, la journaliste Emily Dugan aborde l'influence des différents types de famille sur le développement de l'enfant. Trente-cinq ans de recherche révèlent qu'une famille aimante et procurant de la sécurité à un enfant est le facteur le plus important pour que celui-ci atteigne son plein potentiel. Cela est vrai, peu importe que la famille soit composée d'un seul parent ou de deux parents, de même sexe ou de sexe différent. Selon la journaliste, ces résultats devraient contribuer à mettre fin aux préjugés au sujet des familles non traditionnelles.
Supportive families help children to flourish ‘no matter what their structure’

Prématurés: victimes de la mode?
La façon dont on habille les bébés prématurés serait plus importante qu'on le croit, selon les résultats d'une étude rapportée par le site Sciences et Avenir. Les bébés qu'on place dans une gigoteuse pourraient connaître plus de stress, car leurs mouvements sont limités, croient des chercheurs. Difficile en effet pour un bébé d'à peine 2 kg de bouger avec le poids de ce vêtement. Au contraire, les bébés vêtus d'un pyjama et emmaillotés dans une couverture légère bougeaient davantage leurs bras. Cela leur permettrait de faire des gestes de confort comme porter leur main à leur visage et diminuerait ainsi leur niveau de stress.
Body et turbulette : l'habillement compte pour le bébé prématuré

Les sages-femmes et l’économie québécoise
Petit clin d'œil à la périnatalité en économie dans L'actualité. Selon l'Institut des générations, accroître le nombre de sages-femmes constituerait une mesure intéressante pour diminuer les coûts en santé. L'Institut a inclut cette idée dans son budget des jeunes.
Finances publiques : si les jeunes étaient au pouvoir

La semaine dernière :
1000 jours, matière blanche et bébé-surprise

16 février 2015

Quand bébé est pressé de se montrer le bout du nez

« Ce bébé était pressé de sortir! » entend-on parfois lorsqu'un enfant voit le jour prématurément. Cette expression populaire n'est peut-être pas loin de la réalité, croient des chercheurs américains. Les résultats de leurs recherches indiqueraient en effet que certains bébés sont prédisposés génétiquement à naître avant leur temps.

Pour arriver à ces résultats, les scientifiques ont analysé l'ADN de 1801 bébés et de leur mère. Ils ont alors remarqué que chez certains nourrissons, des sections de gènes pouvaient se retrouver en double ou au contraire être carrément manquantes. Lorsque c'était le cas, les bébés avaient entre 2 et 11 fois plus de risque de naître prématurément. La présence de ces particularités dans l'ADN des mères n'affectait toutefois pas le taux d'accouchement prématuré.

Selon les chercheurs, ces différences dans les gènes de l'enfant ne causeraient pas directement des accouchements avant terme. Cependant, ces bébés pourraient être plus sensibles aux infections et aux facteurs environnementaux qui peuvent déclencher une naissance précoce. Ces résultats pourraient donc expliquer certains cas de prématurité où aucune cause en particulier ne peut être identifiée, croient les scientifiques. Cela fournirait aussi une explication à l'échec de certains traitements pour prévenir le déclenchement du travail, comme ceux à base de progestérone qui ne fonctionnent que dans le tiers des grossesses.

Certains d'entre vous se demandent peut-être quelle est l'utilité de ce genre d'étude. Les parents ont en effet bien peu de pouvoir sur les gènes de leurs enfants. Les scientifiques espèrent en fait mettre au point des tests de détection qui pourraient être utilisés pour identifier les bébés à risque et possiblement éviter certains accouchements prématurés.

Jusqu'à tout récemment, on croyait que les naissances avant terme étaient principalement un problème maternel. Bon nombre de mères ont malheureusement tendance à se blâmer pour l'arrivée trop rapide de leur enfant et à chercher l'erreur qu'elles auraient pu commettre pendant leur grossesse. Inutile de mentionner que ces sentiments de culpabilité sont une grande source de chagrin pour elles. Les résultats de cette étude ont donc le mérite de montrer que la génétique du bébé est parfois responsable de la situation et pourront peut-être apaiser les parents qui doivent composer avec la prématurité.

- Ce billet a également été publié sur le site de l'Agence Science-Presse.


Sources:
University of Alabama at Birmingham. (2015, February 2). Baby's genes, not mom's, may trigger some preterm births. ScienceDaily. Consulté le 16 février 2015.

Joseph Biggio, Feifei Xiao, Don Baldwin, Radek Bukowski, Samuel Parry, M. Esplin, William Andrews, George Saade, Michael Varner, Yoel Sadovsky, Uma Reddy, John Ilekis, Heping Zhang. (2015) Neonatal, not maternal, copy number variants are associated with spontaneous preterm birth. American Journal of Obstetrics & Gynecology Supplement to JANUARY 2015

11 février 2015

Le Mieux vivre, un bébé et trois parents, prématurité et archéologie : revue de presse du 11 février

Un nouveau Mieux vivre
La plus récente édition du guide Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans est disponible sur le site de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Principal changement dans cette nouvelle édition : la section sur l'alimentation a été remaniée pour refléter les dernières études sur l'alimentation des tout-petits. Les lignes directrices pour l'introduction des solides sont maintenant plus souples, insistant peu sur l'ordre d'introduction des aliments et sur les quantités à offrir. On ouvre même une petite porte au « baby-led weaning » en admettant que « d’autres bébés accepteront rapidement des aliments finement hachés ou en petits morceaux. » Enfin, on reconnaît « que retarder l’introduction [des] aliments [allergènes] ne prévient pas les allergies, même chez les enfants qui ont une histoire familiale d’allergie. »
Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans : Guide pratique pour les mères et les pères - Édition 2015 : Quoi de neuf

De l'espoir pour les bébés extrêmement prématurés
Le Point.fr rapporte les conclusions d'une étude révélant que de plus en plus de bébés extrêmement prématurés survivent. L'analyse réalisée dans 25 régions de la France indique tout de même que le taux de mortalité à 25 semaines de gestation demeure élevé, c'est-à-dire autour de 60 %. Cependant, depuis les 15 dernières années, la survie de ces bébés se serait améliorée. En effet, la survie des bébés nés entre 25 et 29 semaines aurait augmenté de 14 % entre 1997 et 2011. Ces résultats signifieraient selon les auteurs que les pratiques médicales pour prendre soin des prématurés ont progressé pendant cette période.
L'avenir des bébés prématurés s'éclaircit

Un bébé avec trois parents?
On ne peut pas tenir un blogue qui s'appelle Maman Éprouvette  et ne pas discuter de l'adoption par le Royaume-Uni d'une loi permettant la création d'embryons à partir du matériel génétique de trois parents différents. La technique vise en fait à remplacer les mitochondries (la source d'énergie des cellules) défectueuses de la mère par ceux d'une femme en santé et à féconder le tout avec le spermatozoïde du père. Comme les mitochondries contiennent quelques brins d'ADN (à peine 0,1 % du génome humain), l'enfant se retrouve donc avec des gènes provenant de trois êtres humains. Si les scientifiques ont d'abord et avant tout de bonnes intentions, la procédure soulève toutefois bien des questions. Scientific American explique ici pourquoi les États-Unis ont plutôt choisi d'attendre la réalisation d'autres études pour donner le feu vert aux généticiens. D'ici  là, on peut s'interroger sur les effets de cette technique sur les générations futures et sur les dérives eugéniques qui pourraient en résulter. Un dossier à suivre!
When Will “3-Parent Babies” Come to the U.S.?

Le plus vieux décès en couche
Un article de Science et avenir décrit la découverte par des archéologues canadiens du plus vieux squelette de femme décédée en accouchant. Le squelette de la mère était en effet aux côtés de ceux de petits jumeaux, l'un encore dans le ventre de la mère et l'autre en cours d'expulsion. Selon l'article, le décès aurait eu lieu il y a 7000 à 8000 ans en Sibérie.
Le plus ancien décès au cours d’un accouchement découvert en Sibérie

La semaine dernière...
Télévision, touchers vaginaux, vaccins et cellules souches: revue de presse du 4 février

28 janvier 2015

Prématurité et dépression: revue de presse du 28 janvier

Cette semaine, trois articles qui abordent les difficultés associées à l'arrivée d'un bébé : la prématurité, la difficile décision de sauver ou non un grand prématuré et la dépression post-partum.

Prématurité : des parents impliqués
À l'arrivée d'un bébé prématuré ou malade, la plupart des parents se sentent impuissants. Le Canberra Times, un journal australien, décrit un nouveau projet de recherche international qui vient d'être mis en place au Centenary Hospital for Woman and Children de Canberra. Le but : démontrer que l'inclusion des parents dans les soins des nouveau-nés prématurés a des bénéfices importants sur leur santé. À ce jour, 18 familles ont participé au projet. Les scientifiques espèrent que leur étude permettra de changer la culture médicale pour que les parents soient maintenant des membres de l'équipe de soins plutôt que des visiteurs, comme c'est encore trop souvent le cas.
Centenary Hospital's neonatal unit takes part in international study of the impact of a parent's touch

Dans le meilleur intérêt de l'enfant?

Si votre bébé venait au monde trop tôt, souhaiteriez-vous que l'équipe médicale fasse tout ce qu'elle peut pour le maintenir en vie? Selon un commentaire rédigé par deux médecins canadiens et publié dans le Journal de la Société canadienne de pédiatrie, plusieurs parents sentent qu'ils n'ont pas réellement été impliqués dans la prise de décision pour déterminer quel était le meilleur intérêt de leur enfant. Trop souvent, les néonatalogistes se baseraient uniquement sur les données médicales pour décider ce qui doit être tenté ou non. Les parents se retrouvent aussi souvent dans une position d'infériorité par rapport au médecin. Selon les auteurs, il est important d'instaurer une meilleure communication pour s'assurer que les parents participent à la prise de décision et que le processus se déroule éthiquement.
Ethical framework for shared decision making in the neonatal intensive care unit: Communicative ethics

Que sait-on sur la dépression post-partum
On croyait avant que la dépression post-partum touchait les mères seulement dans les quelques semaines suivant l'arrivée d'un bébé. Selon un article paru dans le New York Times, les experts savent maintenant que les problèmes de santé mentale peuvent commencer pendant la grossesse et survenir jusqu'à un an plus tard. Ils reconnaissent aussi que la dépression est souvent accompagnée d'anxiété, de troubles obsessionnels compulsifs ou de bipolarité. À travers l'expérience troublante de mères ayant vécu une dépression post-partum, le New York Times dresse un portrait complet des connaissances actuelles sur cette condition encore incomprise.
« Thinking of Ways to Harm Her », New Findings on Timing and Range of Maternal Mental Illness

La semaine dernière...
Activité solaire, Ebola et vaccins: revue de presse du 22 janvier

20 novembre 2013

Donner son lait après la perte d'un bébé

La nature est parfois cruelle. Une mère qui perd son bébé à la naissance produira du lait même s'il n'y a plus d'enfant à nourrir. Cette réalité peu connue influencera certainement le déroulement du deuil. Pour certaines femmes, donner son lait à une banque peut constituer une façon de traverser ce moment difficile.

Des chercheurs américains et australiens ont voulu en savoir plus sur le phénomène. Ils ont rencontré plusieurs femmes qui ont connu l'expérience du deuil périnatal et qui ont choisi de tirer leur lait et de l'offrir à des bébés dans le besoin.

La stagiaire postdoctorale Katherine Carroll de Sydney raconte les échanges qu'elle a eus avec ces mères endeuillées. Si dans bien des cas l'expression du lait commence dans une volonté d'éviter l'engorgement et l'inconfort causés par la montée de lait, ce geste devient vite bénéfique psychologiquement. Certaines continuent pour quelques jours, le temps que le sevrage se passe en douceur. D'autres choisissent de poursuivre plusieurs mois. Certaines disent même que cela a permis de faire sortir quelque chose de bon de la tragédie.

Aux États-Unis, 21 femmes ont accepté de témoigner de leur vécu. Selon elles, le décès du bébé représente également le deuil de la maternité et de leur identité de mères. Tirer du lait prend alors une dimension particulière et les aide à donner un sens à la situation. En effet, ce geste permettrait à certaines femmes de s'identifier comme mère malgré la perte de la maternité, croient les chercheurs, ce qui influencerait positivement le processus de deuil.

Outre leur expérience psychologique, les mères interrogées soulignent aussi l'importance d'aborder l'aspect de la lactation lorsqu'une femme perd son bébé. Dès 16 semaines de grossesses, le corps de la mère est prêt à produire du lait et la montée de lait aura lieu qu'un bébé soit au sein ou non. Avec un soutien adéquat, cette situation potentiellement affligeante peut devenir une consolation pour les mères qui choisissent d'offrir ce lait au bébé d'une autre.

Merci à Chantal Bayard d'avoir porté ces deux études à mon attention.

Références:
Carroll, Katherine. (2013) Donating breast milk helps bereaved mothers deal with loss. Sur le site The Conversation. Consulté le 18 novembre à l'adresse http://theconversation.com/donating-breast-milk-helps-bereaved-mothers-deal-with-loss-17426

4 octobre 2013

Une infirmière à l'écoute...

Une naissance prématurée, c'est un réveil brusque, la fin du rêve de l'enfant parfait. Les visions heureuses font alors place aux inquiétudes en lien avec la santé du nouveau-né. La plupart des mères de prématurés ont donc un besoin criant d'aide et de soutien. Selon des chercheurs américains, le simple fait d'avoir le temps d'échanger avec une infirmière pourrait faire toute la différence.

Dans le cadre de leur étude, les scientifiques ont offert à 23 mères l'opportunité de discuter avec une infirmière lors de 5 séances de 45 minutes. La conversation avait lieu à l'endroit de leur choix et les femmes pouvaient parler de leur accouchement, de leurs sentiments par rapport à leur bébé et de leurs propres besoins.

À la suite de cette initiative, les mères ont vu leur anxiété diminuer, de même que leurs symptômes dépressifs. Ces femmes disaient aussi se sentir mieux avec elles-mêmes.

Avec tout le stress qu'elles doivent gérer, les mères de bébés prématurés ont réellement besoin d'avoir quelqu'un avec qui discuter, selon les chercheurs. Ces femmes souhaitent raconter la naissance de leur enfant ou partager les émotions qu'elles ont vécues quand on leur a enlevé leur nouveau-né pour l'emmener aux soins intensifs. Cependant, la nécessité de parler d'elles-mêmes est malheureusement trop souvent balayée par le désir de rester fortes ou par l'accent mis sur la santé du bébé.

Lorsqu'on sait qu'une mère de prématuré sur cinq a un niveau élevé de dépression au moment de quitter l'hôpital et que quatre sur dix ont un taux modéré d'anxiété, on réalise l'importance de venir en aide à ces femmes. Pour y arriver, les infirmières des unités de soins intensifs néonataux seraient les mieux placées, concluent les chercheurs.

Aux États-Unis, 500 000 bébés viennent au monde prématurément chaque année.

Au sujet des bébés prématurés :
La voix de Maman régularise la fréquence cardiorespiratoire chez les prématurés
Le sommeil et l'attachement chez les prématurés

Références :
University of Iowa / EurekAlert (2013, 1er octobre). « Listening matters for mothers ». http://www.eurekalert.org/pub_releases/2013-10/uoi-lmf100113.php

Segre LS, Chuffo-Siewert R, Brock RL, O'Hara MW. (2013) Emotional distress in mothers of preterm hospitalized infants: a feasibility trial of nurse-delivered treatment. J Perinatol. 2013 Aug 15. doi: 10.1038/jp.2013.93. [Epub ahead of print]

2 août 2013

Faut-il éviter de concevoir un enfant en mai?

Est-ce que certains mois de l'année sont à éviter lorsque vient le temps de concevoir un enfant? C'est ce que semble indiquer une étude réalisée aux États-Unis qui avait pour but de déterminer l'impact du moment de la fécondation sur le déroulement de la grossesse.

Le mois de mai - Les très riches heures du duc de Berry
L'étude de 1 435 213 enfants nés de 647 050 mères différentes a permis de déterminer que les bébés conçus au mois de mai ont 10 fois plus de risques de naître prématurément. Au contraire, les bébés conçus pendant les mois d'été s'en sortent mieux et pèsent même 8 à 9 g de plus que les autres nourrissons.

D'après les chercheurs, le phénomène s'expliquerait par les variations annuelles dans la fréquence de certaines maladies. Ainsi, les bébés conçus en mai sont presqu'à terme en janvier et en février. Cependant, ces deux mois correspondent à la période de l'influenza, une infection connue pour causer des naissances prématurées.

Si les résultats de cette étude vont dans le même sens qu'une autre réalisée au Japon en 1992, le sujet demeure controversé. En effet, plusieurs autres études sont arrivées à des résultats contradictoires certaines allant même jusqu'à conclure qu'il n'y avait pas d'effet des saisons sur la fréquence des naissances prématurés.

En fait, le principal problème dans ce type d'étude est la présence d'un nombre important d'autres facteurs pouvant influencer la fréquence des naissances prématurées, ce qu'on appelle les facteurs confondants.

Par exemple, il semble y avoir de nombreuses différences selon le pays où l'étude a été réalisée. En effet, le mode de vie et la disponibilité de la nourriture varient selon la région du monde et ces facteurs peuvent affecter grandement le déroulement de la grossesse. Au sein d'un même état, les différents statuts économiques et même les origines ethniques peuvent fausser les résultats.

S'il peut sembler logique que la grossesse soit influencée par les saisons, il ne faut donc pas oublier que nous vivons maintenant dans un environnement où l'effet de la nature est constamment balancé par la technologie. Il est donc peut-être préférable de suivre son coeur plutôt que les saisons lorsque vient le temps de penser à faire un enfant.

Pour en savoir plus sur les saisons et la conception:
Le soleil, la lune et les bébés: l'influence des rythmes circadiens sur la fertilité


Références:
Currie J, Schwandt H. (2013) Within-mother analysis of seasonal patterns in health at birth. Proc Natl Acad Sci U S A. 2013 Jul 23;110(30):12265-70. doi: 10.1073/pnas.1307582110. Epub 2013 Jul 8.

Lee SJ, Steer PJ, Filippi V. (2006) Seasonal patterns and preterm birth: a systematic review of the literature and an analysis in a London-based cohort. BJOG. 113(11):1280-8.

Matsuda S, Kahyo H. (1992) Seasonality of preterm births in Japan. Int J Epidemiol. 1992 Feb;21(1):91-100.

Miranda ML, Anthopolos R, Edwards SE. (2011) Seasonality of poor pregnancy outcomes in North Carolina. N C Med J. 2011 Nov-Dec;72(6):447-53.

Singh, Anoopa. (2013) Newborn Health Could Depend On Month Of Conception, Not Of Birth. Medical Daily.

Wolf J, Armstrong B. (2012) The association of season and temperature with adverse pregnancy outcome in two German states, a time-series analysis. PLoS One. 2012;7(7):e40228. doi: 10.1371/journal.pone.0040228. Epub 2012 Jul 6.

26 juillet 2013

Difficultés d'attachement: plus fréquentes chez les grands prématurés

La venue au monde d'un bébé prématuré est tout un bouleversement. Le système nerveux de ces nouveau-nés est souvent incomplet et ces bébés sont habituellement séparés de leurs parents, passant les premiers mois de leur vie dans un incubateur. Quels effets peuvent avoir ces conditions sur la relation d'attachement entre un bébé prématuré et ses parents? C'est ce qu'ont voulu savoir des chercheurs britanniques.

Pour ce faire, ils ont comparé 71 enfants nés prématurément à 105 enfants nés à terme. Ils ont ainsi pu évaluer la qualité de l'attachement de ces enfants à l'âge de 18 mois. Ils ont ainsi remarqué que dans les deux groupes, la majorité des enfants avait développé un attachement sécuritaire avec leurs parents. Malgré tout, les enfants nés prématurément avaient plus souvent des problèmes d'attachement (32 %) que les enfants nés à terme (17 %).

En général, la qualité de l'attachement est associée à la sensibilité des parents. Plus les parents sont à l'écoute de leur enfant, plus celui-ci développera un lien de confiance avec eux. C'est d'ailleurs ce que les chercheurs ont observé chez les enfants nés à terme. Le niveau de sensibilité maternel mesuré à 3 mois permettait de prédire la qualité de l'attachement à 18 mois.

Au contraire, chez les enfants nés prématurément, il n'y avait pas de liens entre la sensibilité de la mère et l'attachement. C'est ce qui fait dire aux chercheurs, que les problèmes d'attachement chez les enfants prématurés seraient plutôt attribuables à des problèmes neuro-développementaux.

Heureusement, d'autres études ont démontré qu'avec le temps, la sensibilité des parents pouvait compenser pour ces retards de développements. Il a en effet été observé qu'une approche sensible pour l'éducation des enfants avait des impacts positifs sur les enfants nés prématurément à l'âge de 6 à 8 ans.

Cette étude est intéressante puisqu'elle démontre que les bébés prématurés et leurs parents peuvent avoir besoin de davantage de support dans le développement du lien d'attachement. Dans ce contexte, il est difficile de ne pas se questionner sur l'impact à long terme de passer plusieurs mois dans un incubateur. Il serait donc pertinent d'évaluer si les soins kangourou pourraient aussi avoir un impact positif sur la formation du lien parent-enfant chez les grands prématurés.

Pour en savoir plus sur le développement du lien d'attachement:
Le lien parent-enfant et les relations amoureuses à l'âge adulte
L'attachement mère-enfant et le respect des consignes
Le sommeil et l'attachement chez les prématurés

Pour en savoir plus sur les soins kangourou et le peau-à-peau:
Les soins kangourou pour traiter la jaunisse
Le peau-à-peau est-il différent selon le sexe du bébé?
Le peau-à-peau: pas seulement pour les nouveau-nés!

Références:
Wolke D, Eryigit-Madzwamuse S, Gutbrod T. (2013) Very preterm/very low birthweight infants' attachment: infant and maternal characteristics. Arch Dis Child Fetal Neonatal Ed. 2013 Jun 21. [Epub ahead of print]

University of Warwick. (2013) Very preterm babies show bonding difficulties despite parental sensitivity. Consulté le 25 juillet 2013 à l'adresse http://www2.warwick.ac.uk/newsandevents/pressreleases/very_preterm_babies/

29 mars 2013

Quatre questions sur les banques de lait maternel

Si l'annonce du ministre Hébert d'aller de l'avant avec l'implantation d'une banque de lait maternel au Québec a réjouit le milieu de l'allaitement, ce projet suscite tout de même de nombreuses questions chez les non-initiés.  Est-ce que les mères accepteront de donner leur lait? Les parents de prématurés sont-ils à l'aise avec l'idée d'offrir le lait d'une autre femme à leur enfant?  Qu'en pensent les professionnels de la santé? Le fait d'avoir du lait maternel pasteurisé de donneuses nuira-t-il à l'allaitement au sein? Petite revue de littérature rapide pour répondre à ces questions.

Y a-t-il des donneuses potentielles?
La question est légitime. C'est bien d'avoir une banque de lait maternel mais encore faut-il des donneuses pour fournir le lait en question. Alors, est-ce que les mères allaitantes sont prêtes à donner du lait pour les prématurés? Selon une étude réalisée en Australie, il semblerait que oui. Des chercheurs ont en effet interrogés des mères allaitantes pour déterminer si ces femmes seraient intéressées à donner de leur lait. Celles-ci ont répondu oui mais à condition que la procédure soit simple et qu'elle ne prenne pas trop de temps.

Les parents veulent-ils vraiment offrir le lait d'une autre femme à leur bébé?
Il existe encore un tabou autour du don de lait. Peut-être parce que l'allaitement est un geste intime, certains s'imaginent mal un bébé boire le lait d'une autre femme que sa mère. Pourtant, on n'a pas de problèmes avec l'idée de transférer du sang d'un individu à l'autre. Revenons donc aux parents d'enfant prématurés. Qu'en pensent-ils? Toujours selon la même étude australienne, les mères de bébés prématurés disent qu'elles utiliseraient le lait provenant d'une banque de donneuses si on leur garantit que ce lait est sécuritaire et approprié pour leur bébé.

Est-ce que les professionnels de la santé vont embarquer dans ce projet?
Pour que l'implantation d'une banque de lait maternel soit un succès, il est primordial de compter sur la collaboration des professionnels de la santé qui travaillent avec les bébés prématurés. Selon une autre étude australienne, la majorité des professionnels de la santé appuie l'idée d'une banque de lait. Par exemple, 81 % sont d'accord que le lait maternel pasteurisé provenant de donneuses réduit la fréquence des entérocolites nécrosantes, une pathologie de l'intestin. De plus, 78,8 % admettent que ce lait est supérieur aux préparations commerciales pour nourrisson. Il reste toutefois encore de l'éducation à faire puisque près du tiers des professionnels de la santé interrogé (et 47,8 % des médecins) jugent que l'implantation d'une banque de lait n'est pas justifiée.

Est-ce que la présence d'une banque de lait risque de réduire les efforts pour supporter les mères qui souhaitent allaiter?
Certaines personnes craignent que si du lait maternel de donneuses est disponible, les professionnels de la santé ne mettront plus autant d'efforts pour aider les mères de prématurés à allaiter. Cependant, cela ne semble pas être le cas. Tout d'abord, en Espagne, on a comparé les taux d'allaitement exclusif lors de la sortie de la maternité avant et après l'implantation d'une banque de lait. Les chercheurs n'ont pas observé de changement à ce niveau mais ils ont constaté que la proportion de bébés recevant des préparations commerciales avait diminué par 23 %. Deuxièmement, en Italie, on a examiné les taux d'allaitement d'hôpitaux avec ou sans banque de lait maternel. Le taux d'allaitement dans les hôpitaux avec banque de lait était de 60,4% et dans ceux sans banque, de 52,8%. Les résultats étaient encore plus significatifs pour les taux d'allaitements exclusifs: 29,6 % pour les hôpitaux avec banque de lait et 16 % pour les hôpitaux sans banque. Ces deux études semblent donc indiquer que la présence d'une banque de lait ne diminue pas les taux d'allaitement et peut même les augmenter dans certains cas.

L'idée d'une banque de lait maternel au Québec est nouvelle pour bien des gens. Cela suscite donc de nombreuses questions. Heureusement, l'expertise d'autres pays en la matière nous offre plusieurs réponses et aussi des pistes pour faire de la banque de lait maternel québécoise un franc succès.

Pour en savoir plus sur les banques de lait maternel:
Question de la semaine: Quelle est la situation des banques de lait dans le monde?
Impact de la pasteurisation sur le lait maternel


Références:
Utrera Torres MI, Medina López C, Vázquez Román S, Alonso Díaz C, Cruz-Rojo J, Fernández Cooke E, Pallás Alonso CR.. (2010) Does opening a milk bank in a neonatal unit change infant feeding practices? A before and after study. Int Breastfeed J. 5:4. doi: 10.1186/1746-4358-5-4.

Mackenzie C, Javanparast S, Newman L. (2013) Mothers' Knowledge of and Attitudes toward Human Milk Banking in South Australia: A Qualitative Study. J Hum Lact. 2013 Mar 20. [Epub ahead of print]

Arslanoglu S, Moro GE, Bellù R, Turoli D, De Nisi G, Tonetto P, Bertino E. (2013) Presence of human milk bank is associated with elevated rate of exclusive breastfeeding in VLBW infants. J Perinat Med. 41(2):129-31. doi: 10.1515/jpm-2012-0196.


Lam EY, Kecskés Z, Abdel-Latif ME. (2012) Breast milk banking: current opinion and practice in Australian neonatal intensive care units. J Paediatr Child Health. 48(9):833-9. doi: 10.1111/j.1440-1754.2012.02530.x.

22 février 2013

Est-il risqué d'être enceinte trop tôt après une césarienne?

La césarienne est une chirurgie importante qui, même si elle sauve des vies, peut avoir des conséquences sérieuses dans la vie d'une femme. Dans certains cas, les impacts peuvent se faire sentir lors de la grossesse suivante. Pour cette raison, on pourrait croire qu'il est risqué de penser rapidement à une seconde grossesse. Pourtant, une étude parue dans le Journal of Maternal-Fetal and Neonatal Medicine conclut qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

En effet, des chercheurs israéliens soutiennent qu'un intervalle court entre un accouchement par césarienne et l'accouchement suivant n'était pas associé à une fréquence plus élevée de complications lors du deuxième accouchement. Plus particulièrement, les femmes qui accouchaient d'un second enfant peu de temps après une césarienne n'avait pas un taux plus élevé de rupture utérine. De plus, le taux de décès post-partum périnatal était similaire dans tous les groupes étudiés.

Notons toutefois que les données disponibles sur le site du Journal of Maternal-Fetal and Neonatal Medicine ne permettent pas de savoir si le deuxième accouchement des femmes étudiées était aussi une césarienne ou s'il s'agissait d'un accouchement vaginal après césarienne (AVAC). Il s'agirait pourtant d'une information pertinente puisque le risque de complications périnatales peut différer d'un mode d'accouchement à l'autre.

Par ailleurs, les chercheurs mentionnent que les femmes accouchant de leur deuxième enfant moins de 12 mois après leur césarienne avaient un taux plus élevé d'accouchement prématuré. Il faut toutefois mentionner qu'un court intervalle entre deux grossesse a déjà été associé aux naissances prématurés et ce, peu importe le type d'accouchement.

En conclusion, si les observations des chercheurs sont bien fondées, il ne serait pas plus sécuritaire d'attendre plus longtemps pour tenter une seconde grossesse après un accouchement par césarienne. En effet, le seul risque associé serait celui d'un déclenchement prématuré du travail. Cependant, les femmes se retrouvant dans une telle situation devraient être suivies de près pour éviter les complications associées à une naissance avant terme.

Pour en savoir plus sur les conséquences de la césarienne sur les grossesses subséquentes:
Les AVAC sont-ils plus risqués qu'une deuxième césarienne?
Question de la semaine: Dans quelles conditions l'AVAC est-il possible?
La césarienne et le risque d'avoir un bébé mort-né

Références:
Roy Kessous and Eyal Sheiner.(2013) Is there an association between short interval from previous cesarean section and adverse obstetric and prinatal outcome? Journal of Maternal-Fetal and Neonatal Medicine 0 0:0, 1-4

Gordon C S Smith, Jill P Pell et Richard Dobbie.(2003) Interpregnancy interval and risk of preterm birth and neonatal death: retrospective cohort study. BMJ 327:313.




21 janvier 2013

Question de la semaine: Les massages sont-ils bénéfiques pour le nouveau-né?

Cette semaine, je réponds à la question de Noulia-Saunia Osvalt : "Ma soeur vient de m'offrir une séance de massage pour mon bébé, et la dame qui m'a montré comment masser mon fils m'a dit que beaucoup d'études scientifiques commencent à montrer que les massages sont bon pour la santé et l'éveil des bébés. Quelles sont ces études?"

Le massage du nouveau-né est une pratique traditionnelle dans plusieurs régions du monde comme en Inde, au Bangladesh, au Népal, en Afrique et dans certaines sociétés du Pacifique Sud. Par exemple, au Népal, 89,5% des femmes massent leur bébé. Le massage est souvent initié dans les 12 heures suivant la naissance par une grand-mère ou une aînée.

En Occident, le massage du nouveau-né commence tout juste à gagner en popularité. Les études démontrent en effet de plus en plus que le massage aurait des effets bénéfiques pour le bébé.

Par exemple, certaines études ont noté une association entre les massages et un meilleur gain de poids. Cette approche favoriserait aussi le développement des os et une meilleure régulation de la respiration. Elle pourrait également aider le bébé à maintenir sa température. De plus, en augmentant le nombre de selles dans les premiers jours suivants la naissance, cette technique diminuerait l'incidence de la jaunisse.

Du point de vue du développement, le massage du nouveau-né stimulerait les aspects neurologique et neuromoteur. Par exemple, une étude de 2009 démontrait que le fait d'être massé accélérait la maturation de l'activité du cerveau et des fonctions visuelles du nouveau-né.

Le massage aurait également des impacts sur le comportement du bébé. Les bébés massés sont plus alertes et passent moins de temps endormi. En fait, ils sont plus actifs le jour et ont un meilleur sommeil la nuit. Ils sont également moins irritables et pleurent moins. On suppose donc que les massages pourraient diminuer la fréquence et l'intensité des coliques.

Enfin, le massage pourrait aussi être bénéfique au développement du lien entre les parents et l'enfant. Du côté de la mère, cette approche améliorerait l'interaction entre celle-ci et son bébé. Du côté du père, le massage permettrait de diminuer significativement le stress paternel.

Par ailleurs, les massages ont très peu de désavantages. Notons toutefois que, chez les prématurés, cette technique pourrait théoriquement augmenter le risque d'infection. Certains bébés pourraient aussi réagir à l'huile utilisée pour faire le massage. Enfin, les massages sont contre-indiqués pour les prématurés dont l'état n'est pas encore stabilisé, les bébés souffrants de problèmes cardiaques et en présence de lésion de la peau.

Les mécanismes possibles
Pour l'instant deux hypothèses existent pour expliquer les effets bénéfiques du massage.

Premièrement, certains experts croient que les massages augmenteraient l'activité du nerf vague, un nerf impliqué entre autres au niveau de la digestion et de la fréquence cardiaque. Cela aurait donc pour effet d'augmenter l'activité du système digestif et de favoriser ainsi une meilleure absorption des nutriments. C'est d'ailleurs de cette façon que les massages pourraient améliorer le gain de poids.

La deuxième hypothèse repose sur la régulation du stress. On croit que l'effet apaisant des massages diminuerait l'activité du système de réponse au stress, le système nerveux sympathique, ce qui entraînerait une réduction des taux d'hormones de stress comme le cortisol et la noradrénaline. Ce serait alors le système nerveux parasympathique, responsable de la maintenance et du développement du corps, qui prendrait le contrôle. Ultimement, cela favoriserait donc la croissance du bébé et le bon fonctionnement de son système immunitaire.

En conclusion, la recherche semble en effet démontrer que les massages sont bénéfiques pour les nouveau-nés et qu'ils comportent très peu de risques. Ils sont également profitables pour les parents puisqu'ils favorisent la création du lien parent-enfant. Il s'agit donc d'une technique qui mériterait d'être plus connue.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse
.


Références:
Kulkarni A, Kaushik JS, Gupta P, Sharma H, Agrawal RK. (2010) Massage and touch therapy in neonates: the current evidence. Indian Pediatr. 47(9):771-6.

Beider S, Mahrer NE, Gold JI. (2007) Pediatric massage therapy: an overview for clinicians. Pediatr Clin North Am. 54(6):1025-41; xii-xiii.


Chen J, Sadakata M, Ishida M, Sekizuka N, Sayama M. (2011) Baby massage ameliorates neonatal jaundice in full-term newborn infants. Tohoku J Exp Med. 223(2):97-102.

Guzzetta A, Baldini S, Bancale A, Baroncelli L, Ciucci F, Ghirri P, Putignano E, Sale A, Viegi A, Berardi N, Boldrini A, Cioni G, Maffei L. (2009) Massage accelerates brain development and the maturation of visual function. J Neurosci.29(18):6042-51.

Cheng CD, Volk AA, Marini ZA. (2011) Supporting fathering through infant massage. J Perinat Educ. 20(4):200-9.



11 janvier 2013

Le sommeil et l'attachement chez les prématurés

Les enfants nés prématurément ont plus de risques de connaître plus tard des problèmes sociaux ou émotifs. Toutefois, à ce jour, on ne connait pas encore les mécanismes expliquant cette malencontreuse association. Des chercheurs américains ont donc tenté d'établir si le sommeil des prématurés pourrait être un facteur expliquant leur développement socio-émotif.

Selon les informations disponibles sur le site du Infant Mental Health Journal, les chercheurs ont étudié 171 nourrissons nés prématurément. Pour ce faire, ils ont demandé aux parents de décrire le sommeil de leur bébé. L'équipe de recherche a ensuite évalué la qualité du lien d'attachement entre l'enfant et ses parents.

Les chercheurs ont ainsi remarqué que les enfants qui dormaient davantage le jour et dont les parents répondaient d'une façon plus positive à leurs besoins avaient un attachement plus sécuritaire avec leurs parents. Par ailleurs, les patterns de sommeil de nuit ne semblaient pas avoir d'impact sur la relation d'attachement.

Les chercheurs concluent donc que le sommeil de jour et la qualité de la réponse parentale seraient des facteurs importants au développement de la relation d'attachement.

Ces résultats ne sont pas surprenants puisque des études ont déjà démontré que les interactions sociales affectent et sont affectées par les patterns d'éveil-sommeil chez les enfants prématurés. Par exemple, certaines mères sont très conscientes des cycles de sommeil de leur bébé et vont se baser sur ceux-ci pour interagir ou non avec lui. Une autre étude a, elle, démontré qu'une plus grande stimulation tactile chez les prématurés était associée à plus de sommeil.

Par ailleurs, le fait que le sommeil de jour a plus d'impact pourrait s'expliquer par le fait que la majorité des interactions entre un bébé et ses parents se font le jour. Toutefois, les données disponibles sur le site du Infant Mental Health Journal ne permettent pas de déterminer si la quantité de sommeil de jour et la qualité des soins parentaux étaient reliées ou s'il s'agissait de deux facteurs indépendants.

On savait déjà que le développement du cerveau a un impact important sur les cycles de sommeil et que, par conséquent, à mesure que le cerveau acquiert plus de maturité, le sommeil des bébés prématurés évolue. L'étude dont il est question aujourd'hui semble donc démontrer que cette évolution pourrait avoir un impact important sur le développement socio-émotif de l'enfant.

Références:
A.J. Schwichtenberg1, Prachi E. Shah, Julie Poehlmann. (2013) Sleep and Attachment in Preterm Infants. Infant Mental Health Journal, Volume 34, Issue 1, pages 37–46.

Holditch-Davis D. (2010) Development of sleep and sleep problems in preterm infants. Rev ed. In: Tremblay RE, Barr RG, Peters RdeV, Boivin M, eds. Encyclopedia on Early Childhood Development [online]. Montreal, Quebec: Centre of Excellence for Early Childhood Development; 2010:1-8. Available at: http://www.child-encyclopedia.com/documents/Holditch-DavisANGxp_rev.pdf. Consulté le 10 janvier 2013.

8 janvier 2013

Question de la semaine: Le traitement aux corticostéroïdes est-il nécessaire lors d'un accouchement prématuré?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Sophie Seguin : "Existe-t-il des études sur l'utilisation de Celestène (marque de commerce française de la bétaméthasone) pour la maturation des poumons pendant la grossesse? Je recherche principalement à savoir s'il y a des effets sur le bébé autre que celui désiré. Y a-t-il d'autre traitement alternatif?"

Lorsqu'un bébé vient au monde de façon prématurée, il peut connaître différentes difficultés liées au fait que son développement n'est pas terminé. Parmi ces difficultés, il y a la possibilité de vivre de la détresse respiratoire. Cette condition est plus commune chez les enfants nés avant 28 semaines de grossesse et touche environ le tiers des bébés nés entre 28 et 34 semaines.

Cette détresse est due à l'immaturité des cellules des poumons qui ne parviennent pas à produire suffisamment d'un liquide appelé le surfactant. Ce fluide est indispensable pour permettre aux poumons de s'adapter aux variations de pression pendant la respiration et pour éviter leur affaissement. Le surfactant permet aussi d'éviter l'accumulation de liquide dans les poumons.

Lorsqu'on sait qu'une mère va accoucher de façon prématurée, il est possible de favoriser la maturation des poumons, et ainsi la production de surfactant, en lui administrant des corticostéroïdes comme la bétaméthasone. Plusieurs études ont en effet démontré que ce traitement diminue les risques de complications associées à la prématurité telles que la mort fœtale et néonatale, le syndrome de détresse respiratoire, certains types de saignements internes, l'entérocolite nécrosante, les infections et le retard de développement dans l'enfance.

Toutefois, pour être efficace, le traitement doit être administré entre 26 et 35 semaines de grossesse. De plus, pour un effet optimal, la naissance devrait avoir lieu 1 à 7 jours suivant le traitement, quoique même un traitement ayant lieu moins de 24 heures avant la naissance semble avoir des effets bénéfiques.

Par ailleurs, comme pour la plupart des traitements, celui-ci peut comporter des effets secondaires comme un plus petit poids de naissance de même qu'une altération potentielle de la tolérance au glucose et de l'hypertension artérielle. Ces dernières observations ont toutefois était faites chez les animaux. De plus, les femmes souffrant de pré-éclampsie sévère et ayant subi ce traitement auraient aussi plus de risques de développer du diabète gestationnel.

Par ailleurs, pour l'instant, les doses répétées de corticostéroïdes ne sont pas recommandées puisqu'elles présentent des risques documentés (entre autres une diminution du diamètre du crâne) qui dépassent les bénéfices de ce type de traitement. En effet, les doses répétées ne sont pas plus efficaces que les doses uniques.

En l'absence totale de traitement aux corticostéroïdes, les risques de détresse respiratoire seront plus grands chez certains bébés et il faudra donc être prêt à leur venir en aide par d'autres interventions comme la ventilation mécanique ou l'administration de surfactant.

En conclusion, il semble y avoir un consensus concernant l'utilisation d'une seule dose de corticostéroïde pour prévenir les complications avant un accouchement prématuré. Toutefois, pour être efficace ce traitement devrait être fait à un moment bien précis et les doses répétées ne sont elles pas recommandées dans l'état actuel de la recherche.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Référence:
Hermansen CL, Lorah KN. Respiratory distress in the newborn. Am Fam Physician. 2007 Oct 1;76(7):987-94.

Hofmeyr GJ. Administration prénatale de corticostéroïdes chez les femmes présentant un risque d'accouchement prématuré : Commentaire de la BSG (dernière mise à jour : 2 février 2009). Bibliothèque de Santé Génésique de l'OMS ; Genève : Organisation mondiale de la Santé.

Gil Klinger, Gideon Koren. (2006) Controversies in antenatal corticosteroid treatment.
Canadian Family Physician, vol. 46, 1571-1573.

5 décembre 2012

L'expression de colostrum pendant la grossesse est-elle efficace et sécuritaire?

Le diabète peut avoir des impacts sur l'initiation de l'allaitement. En effet, les femmes souffrant de diabète de type I ont des risques plus élevés d'avoir une montée de lait retardée. De plus, les femmes diabétiques ont plus souvent un accouchement médicalisé et leur bébé risque d'être transféré dans une unité de soins spécialisés, ce qui peut être une barrière supplémentaire aux débuts de l'allaitement. 

Pour cette raison, on suggère parfois à ces femmes d'exprimer leur colostrum à partir de la trente-sixième semaine de grossesse pour se constituer une réserve qui pourra ensuite être utilisée en cas de besoin pour diminuer la quantité de lait artificiel reçue.

Toutefois, il existe peu de données scientifiques sur l'efficacité et la sécurité de cette technique. De plus certains experts s'interrogent sur la possibilité que cette méthode déclenche le travail étant donné que la stimulation des mamelons engendre une libération d'ocytocine, activant ainsi l'utérus.

Des chercheurs du Royaume-Uni ont donc tenté d'en savoir plus sur le sujet en recrutant 235 femmes enceintes et diabétiques. Ces femmes ont été suivies pendant leur grossesse selon la procédure standard. Elles ont donc reçu de l'information sur la régulation du taux de sucre, sur les politiques de contrôle du taux de sucre du nouveau-né et sur l'expression du colostrum pendant la grossesse de même que sur ses bénéfices.

Les femmes ont ensuite reçu un questionnaire vingt mois après la naissance de leur bébé. Sur les 235 femmes recrutées, à peine 94 ont renvoyées le questionnaire complété. De plus, seulement 35 % de ces femmes disaient se rappeler qu'on leur ait suggéré d'exprimer leur colostrum pendant la grossesse et parmi celles-ci 46 % ont choisi de suivre cette recommandation. Globalement, 16 femmes ont exprimées leur colostrum pendant la grossesse.

Les chercheurs ont ainsi remarqué que l'expression du colostrum pendant la grossesse n'avait pas d'impact sur la durée de l'allaitement mais que les femmes l'ayant fait étaient plus nombreuses à avoir initié l'allaitement (100% vs 86 %). Par contre, celles-ci ont accouché plus tôt (37,1 semaines de grossesse vs 38,2 semaines) et leurs bébés ont été plus souvent admis dans une unité de soins spécialisés.

Les résultats de cette étude ne semblent donc pas très encourageants. En effet, d'après ces données, non seulement l'expression du colostrum pendant la grossesse ne protège pas le bébé de l'admission aux soins spécialisés mais elle augmenterait aussi les risques de déclencher le travail prématurément.

Toutefois, avant de conclure, il faut se pencher sur les limites de cette étude. D'une part, le groupe de femmes étudiées est très petit. Pour cette raison, plusieurs de ces données ont peu de signification statistique. De plus, d'après les résultats présentés, ce groupe ne semblait pas très uniforme, ce qui complique l'interprétation des données. D'autre part, les données obtenues reposent presque exclusivement sur les souvenirs des mères et ce, 20 mois après leur accouchement. On ne peut donc être certain que les données étudiées représentent bien ce qui s'est réellement passé au moment de la grossesse et de l'accouchement. Par exemple, bien qu'on mentionne que ces femmes ont reçu un suivi standard où il est question de l'expression prénatale du colostrum, seulement 35 % d'entre elles s'en rappelaient.

En conclusion, pour vraiment bien connaître l'efficacité et la sécurité de l'expression du colostrum pendant la grossesse chez les mères diabétiques, d'autres études plus rigoureuses devront être menées.

Référence:
Soltani H, Scott A. (2012) Antenatal breast expression in women with diabetes: outcomes from aretrospective cohort study. International Breastfeeding Journal, 7:18.


14 novembre 2012

Des protéines dégradant le collagène responsables des naissances prématurées

Les mécanismes permettant au travail de s'enclencher ne sont pas toujours clairs. On sait toutefois que lors de l'accouchement, des protéines appelées MMP ont pour rôle de dégrader le collagène du col de l'utérus et des membranes amniotiques. Cette dégradation contribue alors à l'effacement et à la dilatation du col de même qu'à la fragilisation des membranes. Tous ces changements auront un rôle important à jouer pour permettre à l'enfant de naître.

Ce processus doit toutefois être bien réglé pour que la grossesse se rende à terme. Ainsi, certaines protéines MMP sont présentes tout le long de la grossesse alors que d'autres ne sont produites qu'au moment du travail. Par ailleurs, pour s'assurer que les MMP ne commencent pas à dégrader le collagène avant le terme, un autre type de protéines, les TIMP ont pour rôle de bloquer leur action. Le ratio entre la quantité de MMP et de TIMP est crucial pour éviter un déclenchement prématuré du travail.

En effet, des études ont déjà démontré que dans certains cas de travail prématuré, des infections intra-utérines déclencheraient la production de certaines MMP au mauvais moment. Par ailleurs, la rupture prématurée des membranes a été associée à une concentration élevée de MMP dans le liquide amniotique. De plus, on a remarqué que dans le cas de naissances prématurées, le ratio entre les protéines MMP et TIMP est modifié.

De plus, des chercheurs belges ont récemment déterminé que ces modifications dans les ratios de MMP et de TIMP chez les femmes en travail prématuré pouvaient être détectées dans le sang de celles-ci. Cette découverte permettra donc de continuer d'étudier le phénomène plus en détail grâce à une méthode moins invasive. En effet, avant cette étude, on utilisait plutôt l'amniocentèse pour analyser les concentrations de MMP et de TIMP. 

Enfin, cette nouvelle technique permettra peut-être aussi à long terme de détecter, grâce à des prises de sang, les femmes à risque de travail prématuré. Il reste toutefois beaucoup de travail à faire pour y arriver.

Référence:
Tency I, Verstraelen H, Kroes I, Holtappels G, Verhasselt B, et al. (2012) Imbalances between Matrix Metalloproteinases (MMPs) and Tissue Inhibitor of Metalloproteinases (TIMPs) in Maternal Serum during Preterm Labor. PLoS ONE 7(11): e49042. doi:10.1371/journal.pone.0049042

29 octobre 2012

Question de la semaine: Quelle est la situation des banques de lait dans le monde?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Chantal Caissié: "Qu'en est-il des banques de lait maternel dans le monde? Où en est le projet au Québec?"


D'après l'Organisation mondiale de la santé, le lait maternel provenant d'une donneuse est la deuxième option à privilégier pour l'alimentation d'un bébé si sa mère ne peut pas lui procurer son propre lait. En fait, chez les bébés prématurés ou malades, l'alimentation avec du lait humain peut faire la différence entre la vie et la mort. C'est pour cette raison que les banques de lait devraient être une priorité pour les différents systèmes de santé à travers le monde.

C'est en Amérique du Sud que se trouve la plus grande expertise concernant les banques de lait. En effet, le Brésil possède 202 banques de lait et celles-ci font partie intégrante du système de santé brésilien. Là-bas, on estime que 155 000 prématurés profitent d'un don de lait maternel à chaque année.

En Europe, la première banque de lait a été inaugurée en Autriche en 1909. D'autres se sont ensuite répandues pendant les années 1930 et 1940. Le nombre a bien sûr fluctué beaucoup selon les changements au niveau de la société mais, selon l'European Milk Bank Association, il y aurait présentement 186 banques actives en Europe, dont 36 en France et 28 en Suède.

En Australie, une première banque de lait a été ouverte en 2006 à Perth. Cette banque a ensuite contribué au développement d'autres banques en Australie (Melbourne, Sydney, Brisbane) de même qu'en Nouvelle-Zélande et aux Philippines.

D'après la Human Milk Banking Association of South Africa, il existerait maintenant 8 banques de lait en Afrique du Sud, la première ayant été établie en 2000. Par ailleurs, depuis août 2011, il y a également une banque de lait au Cap-Vert et des banques devaient se développer dans le courant de l'année 2012 en Angola et au Mozambique.

Selon le site Human Milk Banking Association of North America, il existe 12 banques de lait maternel opérationnelles aux États-Unis et trois banques en développement. Trente-neuf états et 264 villes ont donc accès à du lait maternel de donneuses. Ces banques sont des organismes à but non-lucratifs qui distribuent du lait aux bébés fragiles et malades.

Toujours selon le site Human Milk Banking Association of North America, au Canada, il existe une banque à Vancouver, une banque à Calgary et une banque est en développement à Toronto. Ces deux banques fonctionnelles ne desservent que sept villes du pays. Pourtant, avant les années 1980, on comptait plus de vingt banques de lait au Canada. Ces dernières auraient fermées à cause de la peur du SIDA qui a marqué cette époque et ce, même si aucun cas de contamination d'un bébé avec le VIH via le lait maternel de donneuse n'a été répertorié.

État de la situation au Québec
Malheureusement, le Québec fait piètre figure au niveau de la mise en place d'une banque de lait.

En 2010, Héma-Québec a approché la firme BioMedCom Consultants inc. pour établir s'il serait profitable et rentable de créer une banque de lait maternel au Québec. Suite à son analyse, BioMedCom a déterminé que l'implantation d'une banque de lait maternel au Québec permettrait de réduire le nombre de cas d'entérocolite nécrosante (une infection foudroyante de l'intestin) chez les nourrissons prématurés et de très petits poids de naissance. Cela réduirait en même temps les coûts économiques associés à cette maladie. Par ailleurs, cette implantation serait supportée par une grande variété d'intervenants.

Ces résultats ont été remis à Héma-Québec et c'est ensuite le Ministère de la santé et des services sociaux qui devaient étudier ceux-ci et déterminer la marche à suivre pour poursuivre l'implantation.

D'après des informations parues récemment dans l'actualité, Héma-Québec attendrait maintenant que l'Assemblée nationale du Québec change son mandat pour qu'elle puisse légalement mettre sur pied une banque de lait maternel dans la province.

La balle est donc dans le camp des élus provinciaux. Espérons que le processus légal sera rapidement terminé parce que, pendant ce temps, les bébés prématurés du Québec sont privés d'une ressource exceptionnelle.


Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Dourdin, N, Richer, E,  and M. Goetghebeur. (2011) Implementing a milk bank in the province of Québec: from evidence to practice. BioMedCom Consultants inc.: Montreal, Québec, Canada.

Infact Canada. (2003) Human Milk Banking.

Simmer K, Hartmann B. (2009) The knowns and unknowns of human milk banking. Early Hum Dev. Nov;85(11):701-4. Epub 2009 Sep 19


Site de la European Milk Banking Association, consulté le 27 octobre 2012.

Site de la Human Milk Banking Association of North America, consulté le 27 octobre 2012.

Site de la Human Milk Banking Association of South Africa, consulté le 27 octobre 2012.

Shaffer, Marie-Eve. (2012) Banque de lait: Héma-Québec attend un changement législatif. Journal Metro: Montréal.

Villanueva, Tiago. (2011) First human breast milk bank opens in Africa. BMJ;343:d5179