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28 janvier 2016

Partage de lit: quels effets sur l'attachement?

Certains sujets font s’entredéchirer les parents. C’est le cas du partage de lit. Alors que certaines personnes sont convaincues que cette pratique rend un enfant complètement dépendant de sa mère, d’autres pourraient jurer que c’est la seule façon d’élever un enfant émotivement normal. Des chercheurs des Pays-Bas ont donc décidé de régler la question en évaluant l’effet du partage de lit à l’âge de 2 mois sur la qualité de l’attachement à 14 mois. Selon la théorie de l’attachement, un enfant qui a construit un solide lien d’attachement avec ses parents serait plus autonome à l’âge adulte.

Les scientifiques ont ainsi discuté avec 550 mères du sommeil de leur bébé de 2 mois. Parmi ces mères, 56 % ne partageaient jamais le lit de leur bébé. Environ 31 % pratiquaient le partage de lit à l’occasion et 12 % le faisaient régulièrement, c’est-à-dire plus de 4 fois par semaine.

Un an plus tard, les chercheurs ont évalué la qualité de l’attachement de ces enfants. Ils ont ainsi noté que les enfants qui n’avaient jamais partagé le lit de leur parent à 2 mois avaient un score d’attachement plus bas que ceux qui avaient déjà partagé le lit de leur parent, ne serait-ce qu’une fois ou deux dans leur courte vie. Cependant, les enfants qui partageaient régulièrement le lit de leur parent ne présentaient pas un attachement plus solide que ceux qui le faisaient seulement à l’occasion.

Il est important de spécifier que les parents qui ne dormaient jamais avec leur bébé avaient un profil particulier. En effet, ils étaient moins susceptibles de bercer, de prendre ou de promener leur bébé. Les mères allaitaient aussi moins longtemps. Par ailleurs, leurs bébés étaient eux-mêmes différents. Ils étaient plus calmes, plus réguliers et ils se réveillaient moins la nuit. Puisque les deux groupes étudiés sont distincts sur plusieurs aspects, comment déterminer si c’est bien le partage de lit qui est responsable des différences concernant l’attachement?

À partir de ces observations, il est donc difficile de tirer des conclusions bien solides sur l’effet du partage de lit sur l’attachement. En fait, les résultats de l’étude semblent plutôt indiquer que ce n’est pas tant l’arrangement de sommeil par lui-même qui influence le développement de l’enfant, mais plutôt l’attitude des parents en général.

Ainsi, on peut supposer que les parents qui dorment à l’occasion avec leur enfant le font dans des situations particulières, par exemple s’il est malade ou s’il maussade. Ces parents répondraient donc avec sensibilité aux besoins de leur enfant, comme le démontre d’ailleurs leur façon de prendre soin de leur bébé. En faisant preuve de flexibilité, ils pourraient favoriser le développement de leur enfant.

Si cette hypothèse est la bonne, les débats autour du partage de lit pourraient bien être superflus. Bien plus que l’endroit où il dort, c’est le fait de recevoir des soins rapides et chaleureux qui garantirait un développement affectif harmonieux à l'enfant. Une raison de plus pour encourager les parents à choisir un arrangement de sommeil qui leur convient à eux et à leur bébé.

À propos du partage de lit:
Le partage de lit à l'hôpital : une étude qui rate la cible
Dangereux le partage de lit?

Source: 
Maillera-Seitz, V. et M. P. C. M. Luijk. (2016) Association between infant nighttime-sleep location and attachment security: no easy verdict. Infant Mental Health Journal, 37 (1): 1-12.

1 août 2014

L'attachement : c'est pas physique, c'est électrique!

Je ne vous apprendrai rien si je vous dis que le développement du cerveau d'un nouveau-né est influencé directement par le comportement de sa mère. Cette réalité est bien connue de tous. Mais, pour citer un célèbre humoriste de chez nous, « on ne veut pas le savoir, on veut le voir! » Et c'est exactement ce qu'ont réussi des chercheurs américains, avec l'aide de rats de laboratoire.

Six rates et leurs petits filmés pendant une centaine d'heures, le tout combiné à un émetteur qui détecte en simultané l'activité électrique du cerveau des petits : voici la stratégie utilisée pour visualiser la réaction du cerveau des bébés aux soins de leur mère. Les observations réalisées grâce à cette technique ont permis aux scientifiques de pénétrer à l'intérieur même de l'encéphale des ratons.

Leurs découvertes sont très intéressantes. Lorsque la mère laisse ses petits seuls dans le nid, leur activité cérébrale augmente de 50 à 100 %. Le schéma des ondes électriques est alors erratique et peu consistant. Ce patron d'activité correspond en fait aux multiples fonctions actives du cerveau : la cognition, le décodage des sensations, les commandes motrices. Selon les chercheurs, ce type d'activité électrique est essentielle à la croissance normale du cerveau et à la communication entre ses différentes zones. 

Au contraire, lors de la tétée, l'activité du cerveau des bébés ralentit et on observe l'apparition d'une synchronisation des ondes. Les ondes dites lentes augmentent alors de 30 %. Ce type d'activité cérébral correspond à l'une des phases initiales du développement du cerveau que l'on retrouve chez les mammifères, peu de temps après la naissance. Les scientifiques mentionnent d'ailleurs que c'est un moment propice à la formation des réseaux de neurones et à la production d'une gaine isolante, la myéline, autour des projections des cellules nerveuses. Ce processus permettrait, entre autres, l'accélération des signaux neuronaux. Chez l'humain, ce type d'onde est d'ailleurs associé à la concentration, à la méditation et à certaines phases du sommeil. En d'autres termes, les ratons devenaient très zen!

Toutefois, une maman rate, ce n'est pas que relaxant, c'est aussi stimulant. En effet, lors de l'éjection du lait, les chercheurs ont observé une impulsion soudaine d'activité électrique. Le même phénomène avait également lieu lorsque la rate faisait la toilette de ses bébés.

Jusqu'à présent, on ne pouvait qu'imaginer ce qui se passait dans la tête d'un bébé au contact de sa mère. Cette étude offre donc un nouvel éclairage sur le phénomène de l'attachement et sur son rôle dans le développement. L'alternance entre les différents types d'activité électrique permettrait en effet de modeler le cerveau. Puisque chaque mère a une façon bien particulière de prendre soin de son petit, les petits n'ont pas tous le même patron d'activité électrique cérébrale. On comprend alors la diversité dans les personnalités des enfants, autant chez les humains que chez les animaux.

Les scientifiques américains ne veulent maintenant pas s'arrêter en si bon chemin. Ils planifient en effet de cartographier le développement du cerveau des ratons selon les différents comportements de leur mère. Selon eux, à long terme, ces connaissances pourront aider à développer des traitements pour aider les petits qui ont pu connaître des difficultés dans les premiers moments de leur vie.

Références :
NYU Langone Medical Center (2014, 17 juillet) Measuring nurture: Study shows how 'good mothering' hardwires infant brain. Eurekalert. Consulté le 31 juillet 2014.

Sarro EC, Wilson DA, Sullivan RM.(2014) Maternal regulation of infant brain state. Curr Biol. 2014 Jul 21; 24(14) : 1664-9.

Richard Hall (1998) Stages of sleep. Sur le site Psychology World. Consulté le 31 juillet 2014.

11 avril 2014

La musique pour adoucir la dépression

L'un des drames de la dépression post-partum, c'est qu'elle affecte directement la relation entre une mère et son enfant. Les mères dépressives sont en effet moins attentives à leur bébé et leurs réactions s'en retrouvent modifiées. Par exemple, lorsque la dépression frappe, leur voix n'a plus la même musique. C'est peut-être pour cette raison que des chercheurs ont choisi d'employer la thérapie musicale pour venir en aide à ces familles.

Des scientifiques belges ont proposé à des mères et leur enfant de participer à des séances de thérapies utilisant la musique, le chant et le mouvement pendant 5 semaines. Leur but : créer une relation psychologique entre maman et bébé. Les résultats laissent supposer que l'intervention augmente le nombre de moments où la mère et l'enfant sont en communication. Ceux-ci développeraient également une plus grande autonomie et un meilleur sentiment d'efficacité personnelle.

Selon certains experts travaillant auprès de mères en dépression post-partum, la musique pourrait être plus accessible que les mots pour manifester des émotions, tout en favorisant la relaxation et le bien-être. La thérapie musicale pourrait en effet offrir une solution de rechange non verbale à la thérapie traditionnelle lorsque la mère n'arrive pas à décrire ce qu'elle ressent. Cela déclencherait alors des processus inconscients qui lui permettraient ensuite de mieux s'exprimer.

La thérapie musicale varie beaucoup d'un thérapeute à l'autre. Elle peut consister tout simplement à écouter de la musique, à chanter ou à improviser des rythmes avec des instruments. Des études réalisées sur des femmes enceintes ont démontré que cette approche diminue le stress, l'anxiété et la dépression. Elle est aussi efficace pour soigner la dépression chez les adultes en général si elle est jumelée à des soins standards.

Selon la Société canadienne de pédiatrie, 1 femme sur 10 sera touchée par la dépression post-partum.

Références :
Chang MY1, Chen CH, Huang KF. (2008) . Effects of music therapy on psychological health of women during pregnancy. J Clin Nurs.17(19):2580-7. doi: 10.1111/j.1365-2702.2007.02064.x. Epub 2008 Feb 19.

Erkkilä J1, Punkanen M, Fachner J, Ala-Ruona E, Pöntiö I, Tervaniemi M, Vanhala M, Gold C. (2011) Individual music therapy for depression: randomised controlled trial. Br J Psychiatry. 199(2):132-9. doi: 10.1192/bjp.bp.110.085431. Epub 2011 Apr 7.

van Puyvelde, M., Rodrigues, H., Loots, G., de Coster, L., Du Ville, K., Matthijs, L., Simcock, D. and Pattyn, N. (2014), SHALL WE DANCE? MUSIC AS A PORT OF ENTRANCE TO MATERNAL–INFANT INTERSUBJECTIVITY IN A CONTEXT OF POSTNATAL DEPRESSION. Infant Ment. Health J.. doi: 10.1002/imhj.21431

Whiteley, Rozanna.(n.d.) ‘The Effectiveness of Early-Intervention Music Therapy for a Mother with Postnatal Depression and her Family’ Queen Margaret University, Edinburgh.

7 avril 2014

La naissance d'un rire

Cette semaine, dans le cadre du « Pleins feux sur l'humour et la science » de l'Agence Science-Presse : le développement de l'humour chez l'enfant.

Y a-t-il quelque chose de plus beau qu'un enfant qui rit de bon cœur? Ce geste en apparence tout simple n'est pourtant pas banal. La capacité d'un tout-petit de comprendre une bonne blague dépend en effet de son développement cognitif. En d'autres termes, humour et intelligence vont de pair.

Pour pouvoir apprécier l'humour, il est essentiel de percevoir l'incongruité d'une situation, c'est-à-dire voir la différence entre ce à quoi on s'attend logiquement et la réalité. L'enfant doit donc pouvoir se représenter les objets et les évènements symboliquement, ce qui lui permettra de comparer l'anecdote racontée ou observée à une autre se trouvant dans sa mémoire.

C'est à partir de ce principe que Paul McGhee a pu établir les 4 stades du développement de l'humour en 1976. Le processus débute lorsque la fantaisie de même que le désir de faire croire des choses font leur apparition dans l'esprit de l'enfant.

Mon fils de 2 ans rit lorsqu'on joue au lion. On court dans la cuisine en disant « Je vais te manger! »
- Valérie
Le premier stade débute vers 18 mois et se termine autour de 24 mois. Le tout-petit aime alors faire semblant. La fille de Piaget, un célèbre expert du développement de l'enfant, adorait feindre de dormir en utilisant un bout de tissu comme un oreiller, ce qui lui provoquait des fous rires.

Mon fils s'amuse à dire la mauvaise couleur lorsque je lui pointe une image dans un livre. C'est très comique selon lui!
- Bruno
Vers 2 ans, les premières blagues verbales apparaissent. Les tout-petits pensent qu'il est hilarant d'appeler quelque chose par le mauvais nom. Par exemple, ils pointent leur œil en disant qu'il s'agit de leur nez. Ce genre d'humour ne dépend pas des actions ou des objets puisque les mots suffisent maintenant. Ce type de blague demande donc une plus grande capacité d'abstraction.

Mon garçon de 3 ans, pour lui, tant qu'on rit, il trouve ça drôle.
- Isabelle
Plus la blague est absurde, plus elle est drôle pour un petit de cet âge. L'humour devient alors plus complexe. À ce stade, un évènement est comique par son caractère inhabituel. Ces tout-petits s'amuseront donc de voir un chat qui fait meuh ou un éléphant assis sur un arbre. Les gags visuels sont aussi toujours très gagnants.

Mon fils de 6 ans adore jouer des farces plates et prévisibles.
- Isabelle
Bien que cela ne soit peut-être pas évident à première vue, l'humour d'un enfant de 6 ou 7 ans commence à ressembler de plus en plus à celui d'un adulte. Il peut notamment saisir les doubles sens, d'où la popularité des jeux de mots parfois faciles. La capacité de comprendre qu'un mot peut avoir plus d'une signification dans une même phrase représente un grand progrès d'un point de vue cognitif.

Et les bébés?
À 6 mois, mon fils riait si un bout de tissu tombait sur son visage et à 8 mois, c'est lorsqu'il entend des bruits de bouche. Ma fille de 18 mois préfère les culbutes, les sauts et les pirouettes de Maman et Papa.
- Marie Noëlle

Bien sûr, les bébés rient. On observe même ce comportement dès l'âge de 3 ou 4 mois. À ce moment, les bébés rient surtout en réponse à une stimulation physique. Les chatouilles et les jeux physiques sont toujours très populaires. À 5 mois, ils s'esclaffent lorsqu'ils jouent avec leur parent et à partir de 7 ou 9 mois, ils s'amusent devant un évènement visuel rigolo. Ce n'est que vers 9 ou 10 mois que les premiers signes du sens de l'humour apparaîtront.

Avant cela, le rire a plutôt un rôle social. En effet, le rire d'un bébé provoque un sentiment d'amour et de joie chez les parents. Il stimule alors le désir de proximité et celui de prendre soin du petit coquin. L'ocytocine, la fameuse hormone de l'amour, serait responsable de ces comportements. Plusieurs scientifiques croient donc que le rire du bébé pourrait favoriser l'attachement. Cependant, la situation n'est pas aussi simple. 

Une étude réalisée chez des bébés de moins de 6 mois révèle que ce sont plutôt ceux qui sont moins joyeux qui ont le meilleur style d'attachement à 1 an. Selon les chercheurs, deux explications sont possibles. D'une part, peut-être que les parents passent plus de temps à tenter de faire sourire leur petit si celui-ci est bougon, un comportement qui ultimement stimule l'attachement. D'autre part, il est possible qu'un nourrisson qui a des parents négligents, ce qui ne favorise pas un attachement sécuritaire, rie davantage dans le but d'intéresser ses parents à être plus présents.

Le rire des enfants nous en dit donc long sur le développement de leur intelligence et sur leur fonctionnement social et émotionnel. Il est parfois nécessaire de se le rappeler quand notre rejeton nous répète pour la dixième fois une blague un peu idiote entendue à la garderie!

Références :
Mireault G1, Sparrow J, Poutre M, Perdue B, Macke L. (2012) Infant humor perception from 3- to 6-months and attachment at one year. Infant Behav Dev.35 (4) : 797-802. doi : 10.1016/j.infbeh.2012.07.018. Epub 2012 Sep 14.

Riem MM1, van IJzendoorn MH, Tops M, Boksem MA, Rombouts SA, Bakermans-Kranenburg MJ.(2011) No laughing matter : intranasal oxytocin administration changes functional brain connectivity during exposure to infant laughter. Neuropsychopharmacology. 37(5) : 1257-66. doi : 10.1038/npp.2011.313. Epub 2011 Dec 21.

Shaffer, D.R., Kipp, K. (2010) Developmental Psychology : Childhood & Adolescence, 8th ed. Wadsworth, Cengage Learning: Belmont, p. 267.

9 décembre 2013

Question de la semaine : Une césarienne naturelle?

Aujourd'hui, la question de Marina Goussef (J'avais une question sur le développement de l'enfant par rapport à son mode de mise au monde : est-ce qu'un enfant à besoin de plus « d'attention » (câlins, être porté, de contact...) lorsqu'il a eu une naissance par césarienne qu'un enfant né par voie basse?) m'a inspiré un sujet un peu différent : la césarienne naturelle.

Une césarienne naturelle, est-ce que c'est possible? Aussi étrange que l'expression puisse paraître, des équipes d'obstétriques travaillent depuis quelque temps pour rendre l'expérience de la césarienne moins éloignée de celle vaginale. La raison? On sait de plus en plus que ce n'est pas tant la façon de naître qui influence le développement d'un enfant, mais tout le contexte qui l'entoure.

La césarienne demeure une chirurgie majeure. En tant que telle, elle agit grandement sur la perception qu'une mère a de son accouchement de même que sur son état psychologique. Lorsqu'on interroge des mères qui ont donné naissance de cette manière, elles se disent moins satisfaites de leur expérience, leurs réactions sont plus négatives et certaines ont même une vision moins positive de leur nouveau-né.

Les femmes qui ont accouché par césarienne seraient donc plus à risque de connaître des problèmes psychologiques comme la dépression post-partum. Cela pourrait expliquer que quelques-unes ont parfois moins d'interactions avec leur bébé une fois à la maison.

D'un côté pratico-pratique, la césarienne augmente la séparation mère-enfant dans les heures suivant la naissance. Certaines études l'ont d'ailleurs démontré. Le délai pour qu'une mère puisse enfin interagir avec son nouveau-né est beaucoup plus long dans le cas d'une césarienne que pour un accouchement vaginal.

Ces deux aspects, la séparation mère-enfant et les difficultés psychologiques maternelles, auraient un impact sur le développement du lien d'attachement. Les scientifiques savent que la dépression chez la mère modifie sa façon de prendre soin de son bébé. De plus, les nourrissons qui ont eu la chance d'être en peau à peau avec leur mère dans les deux heures suivant leur naissance développent une meilleure interaction parent-enfant à l'âge d'un an. Comme la qualité de l'attachement peut prédire le développement socioémotionnel de l'enfant, améliorer l'expérience de la césarienne pour les parents profitera à toute la famille.

C'est le but poursuivi par une équipe britannique d'obstétriciens. Ils cherchent à mettre au point une césarienne naturelle et ont élaboré la procédure suivante.

Après avoir réalisé l'incision et nettoyé le sang, les médecins permettent aux parents de voir la naissance. Lorsque la tête du bébé est sortie, les professionnels laissent le bébé respirer de lui-même, le tronc encore dans l'utérus et toujours relié au placenta. À partir du moment où le bébé pleure, les épaules sont dégagées. Le bébé libère parfois lui-même ses bras et demeure ainsi un moment pour que sa mère puisse l'observer. Une fois que le bébé est entièrement à l'extérieur, le cordon est clampé et le bébé est mis en peau à peau avec sa mère. La plupart des soins de routine sont effectués dans cette position et le bébé peut rester ainsi jusqu'à la fin de la chirurgie.

Selon l'équipe britannique, les couples qui ont vécu une césarienne naturelle apprécient cette nouvelle procédure. Sur plus de 100 césariennes pratiquées, les obstétriciens n'ont reçu aucun commentaire négatif. Quoique cette technique nécessitera encore des études pour s'assurer de son aspect sécuritaire, la césarienne naturelle pourrait être une façon de rendre la routine entourant la césarienne plus compatible avec les besoins de la mère et du bébé.

En travaillant à rendre la césarienne plus centrée sur la famille, les obstétriciens espèrent réduire les effets psychologiques de la césarienne sur la mère et son nouveau-né. Une idée qui contribuera à humaniser les naissances.


Références :

Akman I, Kusçu K, Ozdemir N, Yurdakul Z, Solakoglu M, Orhan L, Karabekiroglu A, Ozek E. (2006) Mothers' postpartum psychological adjustment and infantile colic. Arch Dis Child. 91(5):417-9. Epub 2006 Feb 1.

Bystrova K, Ivanova V, Edhborg M, Matthiesen AS, Ransjö-Arvidson AB, Mukhamedrakhimov R, Uvnäs-Moberg K, Widström AM. (2009) Early contact versus separation: effects on mother-infant interaction one year later. Birth. 36(2):97-109. doi: 10.1111/j.1523-536X.2009.00307.x.

DiMatteo MR, Morton SC, Lepper HS, Damush TM, Carney MF, Pearson M, Kahn KL.(1996) Cesarean childbirth and psychosocial outcomes: a meta-analysis. Health Psychol. 15(4):303-14.

Lobel M, DeLuca RS. (2007) Psychosocial sequelae of cesarean delivery: review and analysis of their causes and implications. Soc Sci Med. 64(11):2272-84. Epub 2007 Mar 29.

Smith J, Plaat F, Fisk NM. (2008) The natural caesarean: a woman-centred technique.
BJOG. 115(8):1037-42; discussion 1042. doi: 10.1111/j.1471-0528.2008.01777.x.

7 novembre 2013

Les enfants sont-ils le secret du bonheur?

Tout le monde le dit : votre tante, votre voisin, les psys à la télé. Ils sont tous d'accord. Votre vie ne devrait pas tourner autour de vos enfants. Pensez à vous d'abord si vous ne voulez pas dépérir tranquillement. Et bien, selon une équipe de chercheurs canadiens et néerlandais, c'est complètement faux! Les parents qui donnent la priorité à leurs enfants en retireraient beaucoup d'avantages.

C'est ce qui ressort de l'analyse de 322 parents canadiens. Ceux-ci ont répondu en premier à un questionnaire permettant d'évaluer à quel point leur vie tournait autour de leurs enfants. Ils devaient ensuite remplir un sondage sur leur niveau de bonheur et sur leur perception du sens de la vie. Enfin, on leur a demandé de raconter une journée typique pour eux et d'exprimer les sentiments qu'ils ressentaient selon le type d'activités.

Les scientifiques ont remarqué que les parents qui plaçaient les besoins de leurs enfants avant les leurs étaient plus heureux. Ils étaient aussi plus nombreux à dire que leurs enfants donnaient un sens à leur vie. De plus, ces parents ressentaient davantage d'émotions positives lorsqu'ils devaient faire des activités avec leurs enfants, ce qui ne les empêchait pas de se sentir bien le reste du temps.

Ces résultats sont pourtant à l'encontre de l'avis de plusieurs experts qui pensent plutôt que prioriser un enfant se fait au détriment du bien-être des parents. Les auteurs de cette étude croient toutefois que leurs observations ne font que confirmer un phénomène courant chez l'humain : plus un individu s'investit pour venir en aide aux autres, en particulier ses proches, plus il en retire de la satisfaction. Il s'agirait en fait d'un « investissement social » puisque la vie en groupe est un impératif à la survie de l'espèce humaine.

Bien sûr, les normes culturelles peuvent modifier le vécu des parents. Comme le soulignent les auteurs, le bien-être des individus lors de leurs activités quotidiennes est influencé par leur perception des attentes culturelles et des normes sociales. Par conséquent, dans une société où on prône l'autonomie en bas âge, les parents se retrouvent souvent tiraillés entre leur désir d'être avec leurs enfants et leur volonté de se conformer aux pressions de l'entourage.

La conclusion : n'ayons pas peur de donner du temps à nos tout-petits. Ces moments qui passent si vite sont aussi bons pour nous que pour eux.

Références :
Publications, S. (2013, November 4). "The correlation between child-centric behavior and parental happiness and fulfillment." Medical News Today. Retrieved from
http://www.medicalnewstoday.com/releases/268249.

Claire E. Ashton-James, Kostadin Kushlev and Elizabeth W. Dunn (2013) Parents Reap What They Sow: Child-Centrism and Parental Well-Being. Social Psychological and Personality Science published online 14 March 2013

15 juillet 2013

Question de la semaine: Quel est l'intervalle idéal entre deux grossesses?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Julie Robin: "Quel est l'âge idéal entre deux enfants, en tenant compte des besoins de chacun des deux?"

"Lorsque les enfants sont rapprochés, la période des couches dure moins longtemps." "Il est préférable d'attendre plus longtemps avant de planifier un nouveau bébé pour que les ainés soient plus autonomes." Tout un chacun semble avoir son opinion au sujet de l'intervalle idéale entre deux enfants. Cependant, peut-on trouver une réponse plus précise du côté de la science?

La santé de la mère et du bébé
Un des premiers aspects intéressants lorsqu'on parle de l'intervalle entre deux grossesses est le côté nutritionnel. Une hypothèse veut en effet que si la conception a lieu trop rapidement après la naissance du premier bébé, la mère n'a pas le temps de reconstituer ses réserves nutritives. Selon les études, il semble qu'un intervalle de plus de 36 mois entre les naissances diminue le risque de malnutrition pour le foetus. Cette observation n'est toutefois vraie que pour certaines populations. Du côté de l'état nutritionnel de la mère, les résultats sont plutôt contradictoires. Selon une étude, un intervalle de moins de 6 mois entre les deux grossesses entraînerait un risque d'anémie alors que selon d'autres, il n'y aurait pas d'effet.

Ensuite, plusieurs chercheurs se sont penchés sur l'impact de naissances rapprochées sur le déroulement de la grossesse. Par exemple, l'effet sur le risque de pré-éclampsie est très intéressant. Cette condition, caractérisée par de l'hypertension artérielle associée à la présence de protéines dans les urines, est plus fréquente lors d'une première grossesse (3,9%) que lors des grossesses suivantes (environ 1,75 %). Cependant, au fur et à mesure que l'intervalle entre les grossesses augmente, le risque augmente aussi pour passer de 1 % à 2 ans à 3 % après 10 ans, c'est-à-dire presque équivalent au risque lors d'une première grossesse.

Par ailleurs, un intervalle de moins de 18 ou de plus de 59 mois augmente les risques d'une naissance prématurée ou d'un bébé de petit poids. Les experts croient que lorsque l'intervalle est très court, la mère peut connaître des carences, en acide folique par exemple alors que lorsque l'intervalle est long, le corps revient à un état de pré-grossesse ou connaît une baisse de sa fertilité.

Enfin, du point de vue de l'accouchement, un intervalle court a été associé à des risques plus élevés de rupture utérine lors d'un essai d'accouchement vaginal après une césarienne de même qu'à une fréquence plus élevée de décollement placentaire ou de placenta qui s'implante sur le col de l'utérus (placenta previa). Au contraire, un intervalle long serait associé à un travail difficile.

La dynamique familiale
Dans un autre ordre d'idée, l'intervalle de temps entre deux grossesses peut avoir un impact sur la vie de famille. Ainsi, il semble que les enfants très rapprochés ou très éloignés reçoivent plus d'attention de leur mère que ceux qui ont un intervalle moyen entre leurs naissances.

Au niveau des interactions entre frères et soeurs, les résultats sont toutefois contradictoires.

Par exemple, une étude démontre que les enfants qui ont plus de deux ans de différence ont des relations plus compétitives et stressantes. Ces résultats sont assez surprenants puisque les enfants qui sont plus rapprochés ont des habiletés similaires et doivent souvent partager les mêmes amis. On s'attendrait donc à une plus grande rivalité chez les enfants rapprochés.

Au contraire, dans une autre étude, les chercheurs ont remarqué que lorsque l'ainé des enfants avait 3 à 4 ans de plus que le reste de la fratrie, il avait un comportement plus positif et il avait davantage tendance à enseigner à ses frères et soeurs. En fait, l'agressivité semblait plus fréquente lorsque les enfants sont d'âge rapprochés.

Qu'en pensent les sociétés traditionnelles?
Enfin, un moyen intéressant d'évaluer l'intervalle idéal entre deux grossesses est de remonter à nos racines. Bien qu'il ne soit pas possible de connaître avec précision la structure familiale des premiers humains, on peut analyser une société traditionnelle comme les !Kung, une population de chasseurs-cueilleurs dont le mode de vie se rapproche probablement assez de nos ancêtres. Chez les !Kung, l'intervalle moyen entre deux naissances est d'environ 44 mois. Cet intervalle est explicable en grande partie à la façon dont les femmes allaitent leur bébé c'est-à-dire par petites tétées fréquentes (environ 4 tétées de 1,92 minutes par heures) jusqu'à l'âge d'au moins 2 ans. Cette routine d'allaitement retarderait donc le retour de  la fertilité.

En conclusion, les études existantes ne permettent pas de trouver un âge idéal pour avoir un autre bébé. Il semble cependant que certains risques soient associés à des intervalles très courts ou très longs. Pour le reste, chaque famille devrait donc choisir selon ses préférences.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Skjaerven R, Wilcox AJ, Lie RT. (2002) The interval between pregnancies and the risk of preeclampsia. N Engl J Med. 346(1):33-8.

Konner M, Worthman C. (1980) Nursing frequency, gonadal function, and birth spacing among !Kung hunter-gatherers. Science. 207(4432):788-91.

Lewis, Michael; Kreitzberg, Valerie S. (1979) Effects of birth order and spacing on mother–infant interactions. Developmental Psychology, Vol 15(6): 617-625. doi: 10.1037/0012-1649.15.6.617

Ann M. Minnett, Deborah Lowe Vandell and John W. Santrock (1983) The Effects of Sibling Status on Sibling Interaction: Influence of Birth Order, Age Spacing, Sex of Child, and Sex of Sibling. Child Development, Vol. 54, No. 4, pp. 1064-1072

Conde-Agudelo A, Rosas-Bermúdez A, Kafury-Goeta AC.(2006) Birth spacing and risk of adverse perinatal outcomes: a meta-analysis. JAMA. 295(15):1809-23.

Dewey KG, Cohen RJ. (2007) Does birth spacing affect maternal or child nutritional status? A systematic literature review. Matern Child Nutr. 3(3):151-73.

Conde-Agudelo A, Rosas-Bermúdez A, Kafury-Goeta AC. (2007) Effects of birth spacing on maternal health: a systematic review. Am J Obstet Gynecol. 2007 Apr;196(4):297-308.

27 mai 2013

Question de la semaine: Les glandes de Montgomery sont-elles un outil de communication?

Aujourd'hui, j'aborde un sujet proposé par Louise Bonneau: le rôle des glandes de Montgomery dans la communication entre une mère et son bébé.

Les glandes de Montgomery sont de petites bosses distribuées autour de l'aréole et qui deviennent plus volumineuses pendant la grossesse. Elles sont composées d'une glande sébacée (produisant du sébum) et d'une glande mammaire complète et fonctionnelle. On en retrouve en moyenne 8 à 9 par sein et on sait qu'elles jouent un rôle de lubrification et de protection du mamelon. De plus, en modifiant le pH de la peau, elles diminuent le nombre de bactéries s'y trouvant. Cependant, dans les dernières années, on a leur a découvert un nouveau rôle: un outil de communication entre la mère et son bébé.
Comme une femme sur 5 rapporte avoir déjà vu des sécrétions s'échapper des glandes de Montgomery, on croit donc que celles-ci permettraient au corps de la mère de communiquer avec le bébé via les odeurs.

On sait déjà que les odeurs peuvent avoir un impact sur le comportement du bébé. Par exemple, l'exposition du nourrisson à l'odeur du sein diminue l'état de veille chez les bébés agités et l'augmente chez les bébés somnolents. Elle favorise aussi les mouvements de tête, les activités associées à l'appétit et pourrait stimuler le bébé à ramper en direction du sein.

Par ailleurs, les bébés se comportent différemment selon qu'on les expose à un sein entièrement recouvert d'une pellicule plastique (ce qui a pour effet de bloquer les odeurs), à un sein dont uniquement le mamelon est découvert, à un sein dont l'aréole est découverte ou à un sein complètement découvert. En effet, quand le bébé peut être en contact avec le lait maternel ou les sécrétions aréolaires, il pleure moins, ouvre davantage les yeux et fait davantage de mouvements avec sa bouche.

Fait intéressant, les glandes de Montgomery sont plus nombreuses dans la section supérieure latérale de l'aréole, c'est-à-dire là où se trouve habituellement le nez du bébé. D'ailleurs, chez les bébés de femmes qui ont un nombre plus élevé de glandes de Montgomery, on observe un meilleur gain de poids pendant les trois premiers jours, une meilleure prise du sein et un début plus rapide de la production de lait. En fait, ces glandes seraient impliquées dans le succès de l'allaitement chez les mères d'un premier bébé.

Dans une étude réalisée en 2009, on a administré dans le nez de bébés de 3 jours des sécrétions provenant des glandes de Montgomery de femmes allaitantes. Les chercheurs ont alors remarqué que ces sécrétions étaient plus efficaces que le lait maternel pour augmenter de façon immédiate et durable la durée des mouvements de tête et de bouches. Par ailleurs, les sécrétions augmentaient l'amplitude inspiratoire, un phénomène permettant de mieux inhaler les odeurs. Ces effets étaient observés chez tous les bébés étudiés, ce qui signifie que les bébés reconnaissent cette odeur même sans y avoir été exposé au préalable.
Toutefois, les bébés allaités à qui on a administré ces sécrétions ont expérimenté une diminution du rythme cardiaque suivie d'une accélération. Selon les chercheurs, ce phénomène pourrait être un indice d'une réponse d'orientation chez le bébé allaité. Les glandes de Montgomery pourraient donc servir de stimulation sensorielle pour guider le bébé vers le mamelon, l'aider à bien aligner sa tête et à déclencher une séquence comportementale favorable à la tétée. Par conséquent, cela pourrait expliquer le fait que la présence de glandes de Montgomery contribue à bien stimuler le sein et à favoriser la production de lait, sans compter l'impact possible sur l'attachement et la création du lien mère-enfant.

Enfin, certains experts de l'allaitement comme le Dr. Jack Newman propose que les sécrétions des glandes de Montgomery pourraient même servir à informer le bébé de la quantité de lait se trouvant dans le sein. Cela pourrait expliquer pourquoi certains bébés s'agitent parfois avant même d'avoir commencé à téter. Cependant, selon Benoist Schaal, chercheur dans ce domaine, leur recherche ne permet pas de conclusions de ce genre. (Communication personnelle). Ces hypothèses devront donc  être vérifiées expérimentalement avant qu'on puisse déterminer avec plus de certitudes si elles sont fondées.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Doucet S, Soussignan R, Sagot P, Schaal B. (2012) An overlooked aspect of the human breast: areolar glands in relation with breastfeeding pattern, neonatal weight gain, and the dynamics of lactation. Early Hum Dev. 88(2):119-28. doi: 10.1016/j.earlhumdev.2011.07.020. Epub 2011 Aug 17.

Doucet S, Soussignan R, Sagot P, Schaal B (2009) The Secretion of Areolar (Montgomery's) Glands from Lactating Women Elicits Selective, Unconditional Responses in Neonates. PLoS ONE 4(10): e7579. doi:10.1371/journal.pone.0007579

Doucet S, Soussignan R, Sagot P, Schaal B. (2007) The "smellscape" of mother's breast: effects of odor masking and selective unmasking on neonatal arousal, oral, and visual responses. Dev Psychobiol. 49(2):129-38.
Lawrence, R. A., & Lawrence, R.M. (2005). Breastfeeding: A Guide for the Medical Profession (6th ed.). Philadelphie : Elsevier Mosby.

Mohrbacher, N. (2010) Breastfeeding Answers Made Simple. Amarillo: Hale Publishing.

Riordan, J., & Wambach, K. (2010). Breastfeeding and Human Lactation (4th ed.). Sudbury: Jones and Bartlett.

Walker, Marsha (2010-09-15). Breastfeeding Management For The Clinician: Using The Evidence (Kindle Locations 3029-3030). Jones & Bartlett Learning. Kindle Edition.

Newman, Jack. (2013). Les normes du bébé allaité. Conférence présentée dans le cadre des Conférences en périnatalité et allaitement organisées par la Maison de la famille Drummond, le 22 avril 2013.

21 janvier 2013

Question de la semaine: Les massages sont-ils bénéfiques pour le nouveau-né?

Cette semaine, je réponds à la question de Noulia-Saunia Osvalt : "Ma soeur vient de m'offrir une séance de massage pour mon bébé, et la dame qui m'a montré comment masser mon fils m'a dit que beaucoup d'études scientifiques commencent à montrer que les massages sont bon pour la santé et l'éveil des bébés. Quelles sont ces études?"

Le massage du nouveau-né est une pratique traditionnelle dans plusieurs régions du monde comme en Inde, au Bangladesh, au Népal, en Afrique et dans certaines sociétés du Pacifique Sud. Par exemple, au Népal, 89,5% des femmes massent leur bébé. Le massage est souvent initié dans les 12 heures suivant la naissance par une grand-mère ou une aînée.

En Occident, le massage du nouveau-né commence tout juste à gagner en popularité. Les études démontrent en effet de plus en plus que le massage aurait des effets bénéfiques pour le bébé.

Par exemple, certaines études ont noté une association entre les massages et un meilleur gain de poids. Cette approche favoriserait aussi le développement des os et une meilleure régulation de la respiration. Elle pourrait également aider le bébé à maintenir sa température. De plus, en augmentant le nombre de selles dans les premiers jours suivants la naissance, cette technique diminuerait l'incidence de la jaunisse.

Du point de vue du développement, le massage du nouveau-né stimulerait les aspects neurologique et neuromoteur. Par exemple, une étude de 2009 démontrait que le fait d'être massé accélérait la maturation de l'activité du cerveau et des fonctions visuelles du nouveau-né.

Le massage aurait également des impacts sur le comportement du bébé. Les bébés massés sont plus alertes et passent moins de temps endormi. En fait, ils sont plus actifs le jour et ont un meilleur sommeil la nuit. Ils sont également moins irritables et pleurent moins. On suppose donc que les massages pourraient diminuer la fréquence et l'intensité des coliques.

Enfin, le massage pourrait aussi être bénéfique au développement du lien entre les parents et l'enfant. Du côté de la mère, cette approche améliorerait l'interaction entre celle-ci et son bébé. Du côté du père, le massage permettrait de diminuer significativement le stress paternel.

Par ailleurs, les massages ont très peu de désavantages. Notons toutefois que, chez les prématurés, cette technique pourrait théoriquement augmenter le risque d'infection. Certains bébés pourraient aussi réagir à l'huile utilisée pour faire le massage. Enfin, les massages sont contre-indiqués pour les prématurés dont l'état n'est pas encore stabilisé, les bébés souffrants de problèmes cardiaques et en présence de lésion de la peau.

Les mécanismes possibles
Pour l'instant deux hypothèses existent pour expliquer les effets bénéfiques du massage.

Premièrement, certains experts croient que les massages augmenteraient l'activité du nerf vague, un nerf impliqué entre autres au niveau de la digestion et de la fréquence cardiaque. Cela aurait donc pour effet d'augmenter l'activité du système digestif et de favoriser ainsi une meilleure absorption des nutriments. C'est d'ailleurs de cette façon que les massages pourraient améliorer le gain de poids.

La deuxième hypothèse repose sur la régulation du stress. On croit que l'effet apaisant des massages diminuerait l'activité du système de réponse au stress, le système nerveux sympathique, ce qui entraînerait une réduction des taux d'hormones de stress comme le cortisol et la noradrénaline. Ce serait alors le système nerveux parasympathique, responsable de la maintenance et du développement du corps, qui prendrait le contrôle. Ultimement, cela favoriserait donc la croissance du bébé et le bon fonctionnement de son système immunitaire.

En conclusion, la recherche semble en effet démontrer que les massages sont bénéfiques pour les nouveau-nés et qu'ils comportent très peu de risques. Ils sont également profitables pour les parents puisqu'ils favorisent la création du lien parent-enfant. Il s'agit donc d'une technique qui mériterait d'être plus connue.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse
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Références:
Kulkarni A, Kaushik JS, Gupta P, Sharma H, Agrawal RK. (2010) Massage and touch therapy in neonates: the current evidence. Indian Pediatr. 47(9):771-6.

Beider S, Mahrer NE, Gold JI. (2007) Pediatric massage therapy: an overview for clinicians. Pediatr Clin North Am. 54(6):1025-41; xii-xiii.


Chen J, Sadakata M, Ishida M, Sekizuka N, Sayama M. (2011) Baby massage ameliorates neonatal jaundice in full-term newborn infants. Tohoku J Exp Med. 223(2):97-102.

Guzzetta A, Baldini S, Bancale A, Baroncelli L, Ciucci F, Ghirri P, Putignano E, Sale A, Viegi A, Berardi N, Boldrini A, Cioni G, Maffei L. (2009) Massage accelerates brain development and the maturation of visual function. J Neurosci.29(18):6042-51.

Cheng CD, Volk AA, Marini ZA. (2011) Supporting fathering through infant massage. J Perinat Educ. 20(4):200-9.



11 janvier 2013

Le sommeil et l'attachement chez les prématurés

Les enfants nés prématurément ont plus de risques de connaître plus tard des problèmes sociaux ou émotifs. Toutefois, à ce jour, on ne connait pas encore les mécanismes expliquant cette malencontreuse association. Des chercheurs américains ont donc tenté d'établir si le sommeil des prématurés pourrait être un facteur expliquant leur développement socio-émotif.

Selon les informations disponibles sur le site du Infant Mental Health Journal, les chercheurs ont étudié 171 nourrissons nés prématurément. Pour ce faire, ils ont demandé aux parents de décrire le sommeil de leur bébé. L'équipe de recherche a ensuite évalué la qualité du lien d'attachement entre l'enfant et ses parents.

Les chercheurs ont ainsi remarqué que les enfants qui dormaient davantage le jour et dont les parents répondaient d'une façon plus positive à leurs besoins avaient un attachement plus sécuritaire avec leurs parents. Par ailleurs, les patterns de sommeil de nuit ne semblaient pas avoir d'impact sur la relation d'attachement.

Les chercheurs concluent donc que le sommeil de jour et la qualité de la réponse parentale seraient des facteurs importants au développement de la relation d'attachement.

Ces résultats ne sont pas surprenants puisque des études ont déjà démontré que les interactions sociales affectent et sont affectées par les patterns d'éveil-sommeil chez les enfants prématurés. Par exemple, certaines mères sont très conscientes des cycles de sommeil de leur bébé et vont se baser sur ceux-ci pour interagir ou non avec lui. Une autre étude a, elle, démontré qu'une plus grande stimulation tactile chez les prématurés était associée à plus de sommeil.

Par ailleurs, le fait que le sommeil de jour a plus d'impact pourrait s'expliquer par le fait que la majorité des interactions entre un bébé et ses parents se font le jour. Toutefois, les données disponibles sur le site du Infant Mental Health Journal ne permettent pas de déterminer si la quantité de sommeil de jour et la qualité des soins parentaux étaient reliées ou s'il s'agissait de deux facteurs indépendants.

On savait déjà que le développement du cerveau a un impact important sur les cycles de sommeil et que, par conséquent, à mesure que le cerveau acquiert plus de maturité, le sommeil des bébés prématurés évolue. L'étude dont il est question aujourd'hui semble donc démontrer que cette évolution pourrait avoir un impact important sur le développement socio-émotif de l'enfant.

Références:
A.J. Schwichtenberg1, Prachi E. Shah, Julie Poehlmann. (2013) Sleep and Attachment in Preterm Infants. Infant Mental Health Journal, Volume 34, Issue 1, pages 37–46.

Holditch-Davis D. (2010) Development of sleep and sleep problems in preterm infants. Rev ed. In: Tremblay RE, Barr RG, Peters RdeV, Boivin M, eds. Encyclopedia on Early Childhood Development [online]. Montreal, Quebec: Centre of Excellence for Early Childhood Development; 2010:1-8. Available at: http://www.child-encyclopedia.com/documents/Holditch-DavisANGxp_rev.pdf. Consulté le 10 janvier 2013.