Affichage des articles dont le libellé est lait maternel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est lait maternel. Afficher tous les articles

2 septembre 2015

Le lien trouble entre les toxines environnementales et le lait maternel

Il faut bien l'avouer, ce n'est pas le genre d'étude qui fait plaisir au milieu de l'allaitement. Dans un article publié dans la revue Environmental Science and Technology, des chercheurs américains concluent en effet que l'allaitement est une source importante d'exposition aux composés d'alkyle perfluoré, des substances chimiques utilisées depuis 60 ans pour rendre certains produits résistants à l'eau, à l'huile et aux taches. Ces résultats qui sont bien sûr une source d'inquiétude pour les nouveaux parents représentent toutefois une belle occasion de faire le point sur le lien trouble entre les produits toxiques et le lait maternel.

Les scientifiques américains sont arrivés à cette conclusion après avoir mesuré le taux de composés d'alkyle perfluoré dans le sang de 81 enfants des Îles Féroé, une province du Danemark située à la frontière de la mer de Norvège et de l'Océan Atlantique, au nord de l'Écosse. Ils ont ainsi constaté que les enfants qui avaient les taux les plus bas à 11, 18 et 60 mois étaient ceux qui avaient été nourris avec des préparations commerciales pour nourrissons alors que ceux avec les taux les plus élevés avaient été allaités exclusivement jusqu'à 6 mois. C'est ce qui fait conclure aux chercheurs que l'allaitement est la principale source d'exposition aux composés d'alkyle perfluoré chez les bébés.

Ces résultats inquiètent bien sûr les scientifiques. Les composés d'alkyle perfluoré ont en effet été associés à des problèmes de santé, notamment en lien avec le système immunitaire. D'autres études ont révélé que les enfants qui ont des taux élevés de composés d'alkyle perfluoré dans leur sang répondent moins bien à la vaccination. Le principal problème avec ces produits, c'est qu'ils sont très persistants dans l'environnement et dans le corps humain. Les scientifiques savent d'ailleurs déjà que ces substances peuvent être transférées au bébé par le placenta et le lait maternel.

Il faut mentionner que les composés d'alkyle perfluoré ne sont pas les seuls produits chimiques à avoir été détectés dans le lait maternel. La présence de toxines dans le lait maternel s'expliquerait en partie par un phénomène appelé la biomagnification. Lorsqu'un produit chimique est utilisé, les toxines se retrouvent dans l'air, le sol et l'eau. Elles sont alors intégrées aux plantes. Celles-ci sont ensuite mangées par les animaux et les toxines seront souvent stockées dans les gras, car elles peuvent s'y dissoudre. Si les humains mangent des animaux à leur tour, ces toxines seront accumulées dans leurs propres tissus graisseux. À chaque étape du processus, les toxines sont de plus en plus concentrées. Par conséquent, plus un organisme est haut dans la chaîne alimentaire, plus il accumulera des toxines.

L'être humain est presque au sommet de la chaîne alimentaire. Il n'est devancé que par... le bébé humain qui se nourrit de lait maternel humain! C'est pourquoi les bébés sont particulièrement sensibles aux toxines environnementales. Celles-ci peuvent se retrouver en quantités importantes dans le lait notamment parce que ce sont en partie les tissus graisseux de la mère qui sont utilisés pour le fabriquer. Les produits chimiques qui s'attachent aux protéines sont également transportés activement dans le lait.

Alors, devrait-on dire aux femmes de ne plus allaiter? Pas du tout. La grande majorité des experts, dont les auteurs de cette nouvelle étude, s'entendent pour dire que l'allaitement demeure la meilleure forme de nutrition pour le bébé humain puisque les avantages associés à l'allaitement dépassent encore les risques liés aux produits chimiques. En fait, selon l'Organisation mondiale de la santé, la bonne façon d'aborder le problème serait plutôt de réglementer davantage l'utilisation de ces produits dangereux. Certains experts proposent même que pour soutenir adéquatement l'allaitement, il est essentiel de prendre les mesures nécessaires pour que le lait maternel ne contienne plus ces contaminants. Cela rejoint d'ailleurs la position des chercheurs américains qui croient qu'il est temps d'arrêter de présumer qu'un produit chimique est sécuritaire s’il n’a pas été testé auparavant. Une meilleure réglementation serait donc la bienvenue.

- Cet article a également été publié sur le site de l'Agence Science-Presse.

En lien avec ce sujet:
Les tatouages sont-ils compatibles avec l'allaitement?
Les mères fumeuses peuvent-elles allaiter?

Sources :
Condon, M. (2005) Breast is Best, but it Could Be Better: What is in Breast Milk That Should Not Be? Pediatr Nurs. 2005; 31(4) : 333-338.

Grandjean P, Jensen AA. (2004) Breastfeeding and the weanling's dilemma. Am J Public Health. 94(7) : 1075; author reply 1075-6.

Grandjean P., Clapp R. (2015) Perfluorinated Alkyl Substances : Emerging Insights Into Health Risks. New Solut. 25(2) : 147-63.

Mead MN. (2008) Contaminants in human milk: weighing the risks against the benefits of breastfeeding. Environ Health Perspect. 2008 Oct; 116(10) : A427-34.

Mogensen U.B., Grandjean P., Nielsen F., Weihe P., Budtz-Jørgensen E. (2015) Breastfeeding as an Exposure Pathway for Perfluorinated Alkylates. Environ Sci Technol. 2015 Aug 20.

6 juillet 2015

Prématurité: de la musique pour plus de lait

Allaiter un bébé à terme n'est pas toujours facile. Allaiter un bébé prématuré, il faut donc l'avouer, c'est un grand défi. Même avec beaucoup d'effort et de volonté, certaines mères ne parviennent pas à produire suffisamment de lait pour nourrir leur bébé exclusivement. Des chercheurs indiens proposent toutefois une idée toute simple pour les aider : leur faire écouter de la musique.

L'étude a été réalisée pendant 4 jours auprès de 29 mères dont le bébé était né avant 34 semaines. Pendant la première semaine d'allaitement, ces femmes devaient tirer leur lait 2 fois par jour pendant 15 minutes. Pour 4 des 8 séances de tire-lait analysées, les nouvelles mères écoutaient d'abord 15 minutes de musique, puis elles exprimaient leur lait pendant 15 minutes tout en poursuivant leur écoute.

Selon les résultats des chercheurs, le fait d'écouter de la musique aiderait les mères à exprimer plus de lait. En effet, lors des séances avec musique les mères exprimaient 7,12 ml de lait plutôt que 6,68 ml sans musique. Cela représente une légère augmentation de 6,5 %. De plus, les scientifiques ont observé que les mères étaient moins stressées 4 jours après le début de l'expérience. Elles auraient même des niveaux moins élevés en cortisol, une hormone de stress.

Musique et stress
Le stress vécu par les mères de bébés prématurés est bien connu dans le milieu médical. L'unité des soins intensifs elle-même est particulièrement stressante. L'état de leur bébé rend également les mères anxieuses et nerveuses, expliquent les auteurs. Par ailleurs, le stress est un facteur connu pour bloquer la production de lait puisqu'il inhibe l’expulsion du lait.

Heureusement, des études ont démontré que la musique pouvait réduire le stress maternel et aidait même les mères à mieux accepter l'hospitalisation de leur bébé. Selon les chercheurs, la musique génèrerait des émotions positives qui déclencheraient la relâche d'endorphines. Ces hormones stimuleraient alors la production de monoxyde d'azote par les cellules des vaisseaux sanguins, ce qui favoriserait leur dilatation et la relaxation des muscles avoisinants. De plus, la musique augmenterait la production d'ocytocine qui est impliquée dans le contrôle de la peur et de l'anxiété. Enfin, écouter de la musique modifierait l'activité de certaines régions du cerveau impliquées entre autres dans le circuit de la récompense ou la réponse physiologique aux stimulations émotionnelles.

Il faut cependant souligner que la façon dont l'expérience a été conduite réduit considérablement sa portée, ce qui est fort dommage. Par exemple, les résultats sur le stress sont à analyser avec prudence puisque les chercheurs n'ont pas mesuré le niveau de stress chez des mères qui n'auraient pas participé à une thérapie musicale. On ne peut donc pas exclure que la diminution du stress soit simplement explicable par le passage du temps. De plus, on sait très peu de choses sur la gestion de l'allaitement pendant l'expérience. Ces femmes ont-elles réellement tiré leur lait seulement 2 fois par jour? Les consultantes en lactation suggèrent pourtant aux femmes dont le bébé ne peut prendre le sein de tirer leur lait 8 à 10 fois par jour dès le début.

Par conséquent, même si cette étude offre une piste intéressante pour les mères de bébés prématurés, ses résultats devront être confirmés par d'autres études. Des résultats similaires indiqueraient alors que la musique peut bel et bien aider ces mères à gérer leur stress et à produire ainsi plus de lait. En attendant, rien n'empêche les nouvelles mamans de sortir leur iPod en même temps que leur tire-lait!

- Ce billet a aussi été publié sur le site de l'Agence Science-Presse.


Sources :
Ak J, Lakshmanagowda PB, G C M P et Goturu J. (2015) Impact of music therapy on breast milk secretion in mothers of premature newborns. J Clin Diagn Res. 9(4) : CC04-6.

Mohrbacher, N. (2010) Breastfeeding Answers Made Simple. Amarillo: Hale Publishing.

10 juin 2015

Microbiome, myéline et lait maternel : revue de presse du 10 juin 2015

Les bactéries, des alliées des vaccins
Sur le site de Scientific American, la journaliste Katherine Harmon Courage nous explique pourquoi certains enfants ne répondraient pas efficacement à certains vaccins. Selon des chercheurs des Pays-Bas, c'est la flore intestinale qui serait responsable. En comparant des enfants néerlandais à des enfants pakistanais, les scientifiques ont remarqué que les tout-petits du Pakistan avaient une moins bonne diversité microbienne dans leur intestin et ne développaient donc pas une aussi bonne immunité lors de la vaccination. Cela signifierait que le microbiome est important pour que notre système immunitaire fonctionne adéquatement.

Vers une nouvelle compréhension de la dépression
Le Devoir consacre tout un article aux nouveaux suspects qui pourraient être responsables de la dépression. Par exemple, la perturbation de la myéline, une substance importante au fonctionnement des neurones, pourrait influencer la santé mentale. Selon les chercheurs interviewés, la maltraitance en bas âge ou être séparé de sa mère pourrait causer une dégradation de la myéline.

Lait maternel: vendre ou ne pas vendre
Andréanne Moreau de Planète F aborde le sujet délicat de la vente de lait maternel. La demande pour le précieux liquide viendrait d'ailleurs de partout maintenant: bébés, adultes malades et même culturistes. Plusieurs experts s'interrogent d'ailleurs sur l'idée même de vendre son lait, une pratique qui nuirait aux banques publiques de lait maternel. Enfin, l'article soulève les dangers de l'achat de lait maternel en ligne.

La semaine dernière: Cordon, lait, dents et seins

25 mars 2015

Lait maternel, oiseaux et cerveaux: revue de presse du 25 mars

Or blanc à vendre
Après les banques de lait, c'est au tour des industries de s'intéresser aux surplus de lait maternel des mères allaitantes. Des compagnies achètent en effet ce « plasma blanc » pour en extraire des protéines et des sucres. Ces molécules pourront ensuite être vendues à bon prix aux hôpitaux pour traiter les bébés prématurés. Inutile de mentionner que cette marchandisation de l'allaitement soulève bien des inquiétudes. Cet article du New York Times est donc un incontournable. Merci à Chantal Bayard de l'avoir porté à mon attention.
New Breast Milk Products Are on the Rise, but Commercialization Troubles Many

Dur, dur d'être un parent oiseau en ville
Le stress n’influencerait pas que les  parents humains. Les oiseaux seraient eux aussi dérangés dans leurs tâches parentales lorsqu'il y a trop de bruits. Le site techno-science raconte en effet que le bruit de la ville rendrait les oiseaux hypervigilants et ils s'enfuiraient alors à la moindre menace plutôt que de s'occuper de leurs petits.
Le bruit des villes empêche les moineaux à être de bons parents

De nouvelles ressources pour traiter les lésions cérébrales

Des spécialistes du cerveau provenant des quatre coins du Canada combineront leurs efforts pour venir en aide aux bébés souffrant de lésions au cerveau, annonce l'Université de Montréal. Cette initiative pourrait ainsi prévenir plusieurs conditions comme la paralysie cérébrale, l'autisme, l'hyperactivité sévère et le retard de développement. La création d'un registre pancanadien d'imagerie facilitera le dépistage. L'objectif est donc d'intervenir rapidement, d'offrir des traitements efficaces et d'accompagner adéquatement les familles.
Un Canada uni pour le cerveau de ses bébés

La semaine dernière :
Café, famille, pyjama et économie

14 janvier 2015

Du cerveau à l'introduction des solides: revue de presse du 14 janvier 2015

Cette semaine, quelques articles sur le cerveau des mères et des bébés de même que sur l'introduction des solides.

Le lait maternel et la mémoire
Le lait maternel contient une multitude de molécules. Katie Hinde, auteure du blogue Mammals suck, explique comment des chercheurs se sont intéressés plus particulièrement à la molécule TNF alpha en créant des souris dont le lait en était dépourvue. Les souriceaux qui ont grandi avec le lait contenant peu ou pas de TNF avaient une meilleure mémoire spatiale et se figeaient moins sur place lorsque soumis à un test. Selon les chercheurs, la quantité de TNF dans le lait diminue lorsque la nourriture se fait rare. Dans ces conditions, une bonne mémoire spatiale aiderait la souris à trouver plus facilement de la nourriture. Les scientifiques supposent donc que la quantité de TNF dans le lait maternel renseignerait les bébés sur l'environnement dans lequel ils se trouvent et permettrait de stimuler les comportements les plus adéquats à la survie.
Of Mice and Milk, Mind and Memory

Dans le cerveau du fœtus...
L'étude du cerveau du fœtus est un défi. Selon The Guardian, des chercheurs auraient mis au point une technique non invasive permettant de mesurer l'activité cérébrale du fœtus. Grâce à cette technique, ils ont pu établir que les différentes régions du cerveau commencent à s'associer et à se coordonner à partir de la 24e semaine de grossesse. D'autres études auraient également noté que les expériences du monde extérieur que le bébé perçoit à travers le ventre de sa mère contribuent à modeler son cerveau pendant le dernier trimestre de la grossesse. Ces nouvelles techniques pourraient aider à détecter et à traiter certains problèmes cérébraux dès la grossesse.
Prenatal blueprints give an early glimpse of a baby’s developing brain

... et dans celui des mères
Dire que la maternité fait de nous de nouvelles femmes n'est peut-être pas qu'un cliché. Dans un article publié dans The Atlantic, Adrienne Lafrance s'intéresse aux changements qui ont lieu dans le cerveau d'une femme qui devient mère. Déjà pendant la grossesse, des zones cérébrales se métamorphosent pour augmenter l'empathie, les interactions sociales, mais aussi l'anxiété. Le but : que la mère soit attirée par son bébé. Ces changements pourraient toutefois expliquer l'augmentation du risque de dépression ou de comportements obsessifs compulsifs. Des modifications dans la région du corps amygdaloïde permettraient à la mère de préférer son bébé à n'importe quel autre.
What Happens to a Woman's Brain When She Becomes a Mother

Pour tout savoir sur l'introduction des solides
L'introduction des aliments solides est une source d'inquiétudes pour plusieurs nouveaux parents. L'Association pour la santé publique a réalisé une revue de littérature plutôt complète sur le sujet, regroupant les articles parus dans les dix dernières années. Ils y abordent autant la physiologie du goût, la consommation de sucres, de sel ou de gras et les différentes recommandations sur la façon d'introduire les solides (dont la diversification menée par l'enfant) que les liens avec l'obésité et le diabète de type 2.
INTRODUCTION DES ALIMENTS SOLIDES ET TRIO SUCRE – SEL – GRAS CHEZ LES 6-24 MOIS : Prévention de l’obésité et du diabète de type 2 dès la toute petite enfance