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28 avril 2015

Obligatoire l’antibiotique pour les yeux des nourrissons?

En mars dernier, la Société canadienne de pédiatrie revoyait sa position sur la prévention de la conjonctivite néonatale. Sa conclusion : l’érythromycine, l'antibiotique déposé dans les yeux des nouveau-nés, n’est peut-être plus utile et ne devrait donc pas être recommandée systématiquement. Un obstacle empêche toutefois ce changement de pratique. L'utilisation préventive d'antibiotique à la naissance est obligatoire au Québec.

La société canadienne de pédiatrie (SCP) est d'ailleurs au courant de cette disposition de la loi. « L’Association canadienne de protection médicale a toutefois attesté qu’en 2013, la prophylaxie oculaire néonatale avait force de loi en Alberta, en Colombie-Britannique, à l’Île-du-Prince-Édouard, en Ontario et au Québec, » peut-on lire dans le document de principes de la SCP. Cette loi est pourtant méconnue du grand public, de l'ensemble des professionnels de la santé et même du personnel de l'Association canadienne de protection médicale (ACPM).

En effet, lorsque contactée à ce sujet, Dima Hanhan, relationniste à l'ACPM, ne peut pas fournir d'explications supplémentaires. « Après avoir effectué des recherches en ce qui a trait à votre demande d’information, nous n’avons pas réussi à déterminer de quelle loi et de quel article de loi il s’agit au Québec, comme le précise l’article cité, » explique-t-elle.

Pourtant, dans une lettre envoyée à la Dre Dorothy Moore, auteure du document de la SCP, le Dr John Gray, directeur général de l'ACPM, confirme qu'au Québec les nouveau-nés doivent être traités avec un « médicament efficace pour la prévention de l'ophtalmie purulente ». Dr Gray fait ici référence à l'article 68 de la Loi sur les laboratoires médicaux, la conservation des organes et des tissus et la disposition des cadavres. Il s'agit d'un règlement qui en reprend un autre qui s'appelait avant le règlement d'application de la Loi sur la protection de la santé publique.

Selon Dre Moore, le fait que cet article fasse partie de la Loi sur les laboratoires médicaux, la conservation des organes et des tissus et la disposition des cadavres explique que plusieurs professionnels de la santé ne soient pas au courant de son existence. Ce n'est habituellement pas dans cette loi que se retrouvent les mesures médicales ou celles concernant la santé publique. L'auteure croit toutefois qu'avec la publication de son document de principes, la Santé publique devra se pencher avec attention sur ce problème. Elle rappelle également que la SCP recommande de faire abroger cette disposition de la loi et que la Santé publique en a été informée.

Il faut dire que l'existence d'une telle loi peut occasionner des situations particulièrement désagréables autant pour les parents que pour le personnel médical. C'est ce qui s'est produit à l'Hôpital Erlanger au Tennessee. Depuis quelques mois, l'hôpital a adopté une politique obligeant les infirmières à administrer l'érythromycine coûte que coûte. La direction suggère au personnel d'appeler la sécurité si les parents refusent. Si une infirmière n'accepte pas de procéder au traitement dans ces conditions, une autre infirmière ou un médecin doit le faire à sa place. Les infirmières qui s'opposent sont d'ailleurs menacées de poursuite.

Heureusement, ce n'est pas le cas actuellement au Québec, selon un médecin qui pratique des accouchements dans un hôpital de la région de Montréal et qui préfère garder l'anonymat. « À notre hôpital, il arrive que des parents refusent l'onguent en question. Nous leur expliquons pourquoi il est recommandé, mais s'ils persistent dans leur décision nous respectons simplement leur choix, » raconte-t-elle.

Malgré tout, l'existence de cette loi risque de bloquer les changements de pratique. C'est pourquoi il est important de la faire abroger selon la SCP. Un beau projet pour la Santé publique!

Ce texte a également été publié sur le site de l'Agence Science-Presse.

À propos de la nouvelle position de la SCP sur la conjonctivite néonatale:
Fini l'onguent antibiotique pour les yeux des nouveau-nés!

Sources :
Article 68 de la Loi sur les laboratoires médicaux, la conservation des organes et des tissus et la disposition des cadavres. (R.R.Q., 1981, c. P-35, r. 1, a. 68; D. 1780-94, a. 1.)

Balz, Kate. (2015, 23 mars) A little ointment is creating a big rift between hospitals, parents. timesfreepress.com. Consulté  le 25 avril 2004.

Moore, Dorothy L., MacDonald, Noni E. (2015) La prévention de la conjonctivite néonatale. Document de principes. Société canadienne de pédiatrie. Consulté le 15 mars 2015.

5 mai 2014

Mettez-y du miel... antibactérien?

Cette semaine, je réponds à la question de Geneviève Coulombe : « J'aimerais en savoir plus sur le Medihoney  pour traiter les douleurs aux mamelons. »

La douleur aux mamelons est l'une des raisons souvent invoquées pour expliquer un sevrage précoce. L'apparition d'une multitude de produits sur le marché pour traiter cette problématique n'est donc pas surprenante. L'un des derniers en liste est le miel antibactérien, commercialisé sous le nom de Medihoney.

Des fleurs de manuka
Les scientifiques savent depuis longtemps que le miel a des vertus antimicrobiennes. Toutefois, cette particularité semble varier en fonction de l'origine biologique du miel de même que de l'endroit sur la planète où il a été récolté. Le miel de manuka, un arbuste poussant en Nouvelle-Zélande, aurait des propriétés intéressantes. C'est ce dernier qui est utilisé pour produire Medihoney.

Plusieurs études ont en effet démontré que le miel de manuka était utile pour traiter certaines infections chroniques qui ne répondent plus aux antibiotiques. Des expériences en laboratoire indiquent que ce produit est efficace contre la bactérie Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline. En faible quantité, le Medihoney pourrait même améliorer l'efficacité des antibiotiques.

L'effet du Medihoney serait dû entre autres à deux molécules, le méthylglyoxyl et le peroxyde d'hydrogène. Selon certains scientifiques, c'est la présence de plusieurs composantes antimicrobiennes différentes qui expliquerait que ce produit ne favorise pas la résistance bactérienne. D'autres suggèrent que Medihoney empêcherait carrément l'apparition de mutations causant la résistance ou qu'il tuerait les bactéries avant même qu'elles puissent en développer. Le contenu élevé en sucre du miel pourrait aussi déshydrater les microorganismes.

C'est probablement en raison de ces propriétés que certaines consultantes en lactation américaines comme Nancy Mohrbacher et Marsha Walker incluent maintenant le miel dans leur liste d'options pour traiter les mamelons blessés. Cette dernière parle toutefois d'une utilisation anecdotique par plusieurs cliniciens en allaitement.

À ce jour, aucune étude n'a toutefois été réalisée sur l'utilisation de Medihoney par les mères allaitantes. « Je n'avais jamais entendu parler de ce produit, mais selon le site web du fabricant, des études cliniques en bonne et due forme ont été faites pour certains types de plaies graves, comme les ulcères et les plaies de lit. Le seul problème possible que je vois, c'est qu'il ne semble pas y avoir de données à propos de la sûreté chez le nourrisson, » explique Olivier Bernard, pharmacien et auteur du blogue Le Pharmachien. « D'ailleurs, la brochure de Medihoney ne mentionne nulle part l'utilisation sur les mamelons. Il serait donc préférable de s'assurer qu'il ne reste plus de Medihoney sur le mamelon avant les boires. »

On sait en effet que le miel peut contenir des spores de la bactérie Clostridium botulinum. Ce microorganisme peut causer une paralysie et la mort chez les bébés de moins d’un an. Il faut toutefois mentionner que Medihoney est irradié afin de détruire ces spores.

Malgré cette précaution, Olivier Bernard préfère être prudent. « Si leur miel a des effets bénéfiques aussi importants, c'est nécessairement parce qu'il contient des composés spéciaux que l'on ne retrouve pas dans le miel conventionnel, n'est-ce pas? Cependant, leur produit est pour usage topique et non pas pour usage oral. Peut-être que l'ingestion des fameux composés n'est pas une bonne idée? Je doute qu'il y ait des risques, mais je suis toujours plus conservateur quand il est question de grossesse et d'allaitement. » De son côté, Nancy Mohrbacher recommande d'éviter le produit en présence d'allergie au miel ou aux piqûres d'abeilles.

Medihoney constitue donc un produit avec un potentiel intéressant pour soigner les plaies sur les mamelons. Cependant, tant qu'on n’aura pas déterminé de façon plus convaincante s'il est sécuritaire pour les bébés, s'en tenir aux traitements conventionnels est peut-être préférable. 

Références :
Mohrbacher, Nancy. (n. d.) Nipple pain & trauma : Causes & treatment. Présentation Power Point

Müller P, Alber DG, Turnbull L, Schlothauer RC, Carter DA, Whitchurch CB, Harry EJ. (2013) Synergism between Medihoney and rifampicin against methicillin-resistant Staphylococcus aureus (MRSA). PLoS One. 2013;8(2) : e57679. doi : 10.1371/journal.pone.0057679. Epub 2013 Feb 28.

Simon A1, Traynor K, Santos K, Blaser G, Bode U, Molan P. (2009) Medical honey for wound care--still the 'latest resort'? Evid Based Complement Alternat Med. 6(2) : 165-73. doi : 10.1093/ecam/nem175. Epub 2008 Jan 7.

RelaxNews. (2011, 8 août) Un nouveau produit au miel pour traiter les plaies. La Presse.

Walker, M. (2013) Are There Any Cures for Sore Nipples? Clinical Lactation 4 (3) : 106-115.

10 juin 2013

Question de la semaine: Quel est l'impact des antibiotiques sur le développement du muguet?

Cette semaine, je réponds à la question de Marie-Christine Bouchard: "Je voudrais savoir quels sont les risques de développer du muguet suite à la prise d'antibiotiques durant l'accouchement et quel est le délai habituel entre le développement du muguet et l'accouchement ?"

Les levures, ces champignons microscopiques, sont rarement responsables de maladies chez l'être humain. D'une part, la majorité ne réussissent pas à se reproduire à la température normale du corps. D'autre part, ceux qui y parviennent vivent habituellement en harmonie dans notre organisme. C'est étrangement le cas de la levure Candida qui est pourtant le microbe responsable du muguet.

Candida albicans
Candida est en effet une levure dite opportuniste. On entend par cela qu'elle est normalement une invitée qui ne cause pas de dommage mais dans certaines conditions, elle peut devenir pathogène. On la retrouve en fait sur les muqueuses des systèmes digestif, urinaire et génital.

Par exemple, on peut la détecter chez 96 % des nouveau-nés dès l'âge d'un mois. On croit que la plupart d'entre eux sont contaminés lors de leur passage dans le canal vaginal pendant l'accouchement. On estime donc qu'il y a de 10 à 1000 levures par grammes de selles chez un bébé en santé.

Cette cohabitation se déroule donc bien jusqu'à ce qu'un débalancement permette à Candida de croître de façon démesurée. Cela peut arriver lorsque le système immunitaire de l'individu est affaibli ou lorsque les barrières de défense de notre organisme sont détruites.

L'une de ces barrières est la flore microbienne présente sur notre corps. En effet, lorsque plusieurs "bons" microbes sont présents, une certaine compétition entre ceux-ci s'installe. Cela évite donc qu'un microbe parvienne à prendre le dessus et à se reproduire trop rapidement.

Par conséquent, si quelque chose détruit la flore microbienne, les microbes opportunistes comme Candida peuvent en profiter. C'est d'ailleurs ce qui se produit lorsqu'on consomme des antibiotiques à large de spectre puisque ceux-ci peuvent tuer plusieurs bactéries de notre flore intestinale. On considère donc que la prise d'antibiotique est un facteur de risque pour le développement du muguet.

Par exemple, on sait que les femmes qui développent du muguet rapportent souvent avoir eu un traitement aux antibiotiques dans les deux à quatre semaines précédant l'apparition des symptômes. Chez les bébés prématurés, l'utilisation d'antibiotiques à large spectre dans les sept derniers jours augmentent les risques d'infection fongique. La durée du traitement peut aussi avoir un impact. Plus celui-ci est long, plus les risques augmentent.

Par ailleurs, depuis quelques années, de plus en plus de femmes reçoivent des antibiotiques contre le streptocoque B de manière préventive pendant le travail. On estime que cette mesure pourrait être responsable d'une augmentation des cas de Candida. D'après une étude réalisée en 2005, les femmes qui reçoivent ce traitement ont significativement plus de risques de développer une telle infection. De plus, l'utilisation d'antibiotiques de routine lors d'une césarienne ou les traitements utilisés lors de mastites à répétition ont le même effet.

En conclusion, l'utilisation d'antibiotiques peut contribuer au développement d'infections fongiques. Pour cette raison, certains experts suggèrent d'éviter les antibiotiques s'ils ne sont pas absolument nécessaires et, sinon, de prescrire le traitement efficace le plus court possible. Les antibiotiques plus spécifiques sont également à privilégier. Enfin, après un traitement aux antibiotiques, l'utilisation de probiotiques pour favoriser le rétablissement de la flore intestinale peut être une bonne option.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.


Références:
Riordan, J., & Wambach, K. (2010). Breastfeeding and Human Lactation (4th ed.). Sudbury: Jones and Bartlett.

Lawrence, R. A., & Lawrence, R.M. (2005). Breastfeeding: A Guide for the Medical Profession (6th ed.). Philadelphie : Elsevier Mosby.

Hsieh E, Smith PB, Jacqz-Aigrain E, Kaguelidou F, Cohen-Wolkowiez M, Manzoni P, Benjamin DK Jr. (2010) Neonatal fungal infections: when to treat? Early Hum Dev. 88 Suppl 2:S6-S10.

Smaill FM, Gyte GML. (2010) Antibiotic prophylaxis versus no prophylaxis for preventing infection after cesarean section. Cochrane Database of Systematic Reviews 2010, Issue 1. Art. No.: CD007482.

Schulze J, Sonnenborn U. (2009) Yeasts in the gut: from commensals to infectious agents. Dtsch Arztebl Int. 2009 Dec;106(51-52):837-42. doi: 10.3238/arztebl.2009.0837. Epub 2009 Dec 18.

Tanguay KE, McBean MR, Jain E. (1994) Nipple candidiasis among breastfeeding mothers. Case-control study of predisposing factors. Can Fam Physician. 1994 Aug;40:1407-13.

Dinsmoor MJ, Viloria R, Lief L, Elder S. (2005) Use of intrapartum antibiotics and the incidence of postnatal maternal and neonatal yeast infections. Obstet Gynecol. 2005 Jul;106(1):19-22.


8 mai 2013

Un autre super pouvoir pour le lait maternel!

Le lait maternel regorge de molécules particulièrement efficaces mais dont la fonction n'est pas toujours bien comprise. Prenons le complexe HAMLET (pour Human Alpha-Lactalbumine Made Lethal to Tumor Cells ou alpha-lactalbumine humaine devenue mortelle pour les cellules tumorales). On savait que ce complexe composé d'alpha-lactalbumine et de deux acides gras pouvait, comme son nom l'indique, tuer les cellules cancéreuses. Cependant, ce n'est pas tout. Des chercheurs de Buffalo viennent de démontrer que le HAMLET pourrait être la substance nécessaire pour lutter contre la résistance aux antibiotiques.

Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline
L'étude révèle en effet que l'exposition au complexe HAMLET permet de rendre toutes les souches de la bactérie Staphylococcus aureus vulnérables à plusieurs antibiotiques dont la méthicilline, la vancomycine, l'érythromycine et la gentamycine. Ces résultats sont en soit très impressionnants puisque plusieurs des souches testées étaient connues pour leur résistance à certains de ces antibiotiques dont la méthicilline et la vancomycine.

Par ailleurs, même pour les souches déjà sensibles à ceux-ci, l'utilisation du complexe HAMLET permettait de diminuer la quantité nécessaire pour éliminer la bactérie. Par conséquent, les chercheurs croient que le complexe HAMLET pourrait contribuer à diminuer l'apparition des résistances aux antibiotiques et même renverser le processus chez les souches déjà résistantes.

Pour comprendre comment le HAMLET peut réussir ce tour de force, il faut d'abord savoir que certaines bactéries réussissent à résister aux antibiotiques grâce à un système de pompes insérées dans leur membrane. Grâce à celui-ci, elles parviennent donc à expulser l'antibiotique vers l'extérieur avant même qu'il n'ait eu le temps d'agir.

Les chercheurs croient que le complexe HAMLET permet d'augmenter la sensibilité aux antibiotiques en s'attaquant aux membranes des bactéries. En les déstabilisant, les pompes à antibiotiques deviendraient inefficaces et devant l'accumulation d'antibiotiques, les différentes souches de Staphylococcus aureus ne parviendraient plus à résister.

Cette découverte est très intéressante puisqu'elle ouvre la porte à de nouveaux traitements pour se débarrasser du tristement célèbre SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline). Ce microbe est en effet un problème important dans les hôpitaux puisque peu de traitements sont efficaces pour l'éliminer. Alors mesdames, lors de la prochaine tétée de votre bébé, pensez que vous produisez dans votre lait une substance qui pourrait bien être une solution à l'épineux problème de la résistance aux antibiotiques.

Référence:
Marks LR, Clementi EA, Hakansson AP (2013) Sensitization of Staphylococcus aureus to Methicillin and Other Antibiotics In Vitro and In Vivo in the Presence of HAMLET. PLoS ONE 8(5): e63158. doi:10.1371/journal.pone.0063158



30 novembre 2011

L'environnement entourant la naissance et l'asthme

Selon un article publié par des chercheurs d'Edmonton en novembre dans le journal Clinical and Developmental Immunology, l'apparition de l'asthme pourrait être expliquée par la programmation périnatale.

La programmation périnatale est le phénomène par lequel la nutritition de même que les stimuli de l'environnement auxquels un enfant est exposé pendant certains moments critiques de sa vie (ex.: la période prénatale et post-natale) jouent un rôle dans son développement. Par ce processus, le corps essaie de prévoir dans quel environnement vivra l'enfant plus tard et donc d'adapter son métabolisme à cet environnement.

En se basant sur ce principe, les chercheurs d'Edmonton ont élaborer l'hypothèse suivante. Selon eux, les bonnes bactéries peuplant nos intestins peu après notre naissance seraient importantes dans la prévention de l'asthme. En effet, les bactéries de la flore intestinale interagiraient avec les cellules de notre système immunitaire pour leur apprendre la tolérance. C'est cette tolérance qui permet ensuite à celui-ci de ne pas réagir contre des substances étrangères innoffensives (ex.: pollen, poils de chat, etc.) Par conséquent, la tolérance immunitaire sert entre autre à éviter les réactions inappropriées comme les allergies.

Les chercheurs proposent donc le mécanisme suivant. Lorsque l'enfant est exposé aux "mauvais microorganismes" en période périnatale, son système immunitaire développe une façon de réagir inadaptée à l'environnement réel, ce qui prédispose ensuite l'enfant à souffrir d'asthme.

Certaines données scientifiques vont d'ailleurs en ce sens. Par exemple, il est connu que les enfants développant des réactions allergiques ont une flore intestinale particulière. En fait, de nouvelles études démontrent que ce serait aussi le cas des enfants souffrant d'asthme. Il semble donc que le type de bactéries peuplant l'intestin d'un enfant pourrait prédire ses riques de développer de l'asthme plus tard.

Les auteurs suggèrent donc d'être attentif aux facteurs pouvant influencer la flore intestinale dans la période périnatale:
1)  La césarienne: Lorsque le bébé nait par césarienne, il n'est pas exposé aux bonnes bactéries habitant les intestins de sa mère. Il est donc plus à risque d'être colonisé par de mauvaises bactéries comme le C. difficile. Ces mauvaises bactéries pourraient alors persister dans les intestins de l'enfant jusqu'à l'âge de 6 mois. Une étude a démontré, que les bébés nés par césarienne ont 20% plus de risques de souffrir d'asthme.
2) L'exclusivité de l'allaitement: On sait que l'allaitement favorise le développement d'une bonne flore intestinale et nuit à la colonisation par C. diffile. Cela s'explique par la présence d'oligosaccharides et de bonnes bactéries comme Bifidobacteria dans le lait maternel. La présence de Bifidobacteria dans l'intestin de l'enfant favoriserait un bon développement du système immunitaire.
3) L'utilisation d'antibiotiques: Les antibiotiques nuisent à la flore intestinale en supprimant les bonnes bactéries, ce qui favorisent l'apparition de pathogènes associés au développement de l'asthme. Les perturbations provoquées par les antibiotiques peuvent durer des mois, voire même des années. Des études démontrent d'ailleurs que l'exposition aux antibiotiques tôt dans la vie augmente les risques de développer de l'asthme.
4) L'utilisation des probiotiques:L'administration de probiotiques à la femme enceinte, à  la mère allaitante ou au nouveau-né lui-même peut influencer la flore intestinale du bébé. Les auteurs suggèrent donc que l'utilisation de probiotiques pourrait être une nouvelle avenue pour prévenir et traiter l'asthme.
5) Le stress périnatal: De plus en plus d'études laissent sous-entendre qu'un stress vécu par le nouveau-né (ex.: séparation mère-enfant) pourrait affecter la flore intestinale de l'enfant. Par ailleurs, des études ont déjà démontré qu'il y avait une association entre le stress et l'asthme.

Cet article démontre donc bien que les évènements entourant la naissance d'un enfant peuvent avoir des répercussions sur la santé de celui-ci. Ces chercheurs se sont penchés surtout sur l'asthme mais on peut supposer que plusieurs autres problèmes de santé sont également influencés par l'environnement périnatal.

L'article complet (en anglais): Perinatal Programming of Asthma: The Role of Gut Microbiota