16 mars 2015

Fini l'onguent antibiotique pour les yeux des nouveau-nés!


Depuis 1880, on dépose dans les yeux des nouveau-nés une substance antimicrobienne pour prévenir la conjonctivite néonatale. Cent trente-cinq ans plus tard, la Société canadienne de pédiatrie change de position dans le domaine. Selon elle, cette pratique ne serait plus utile et ne devrait pas être recommandée systématiquement.

La conjonctivite chez le nouveau-né est relativement courante, mais a généralement peu de conséquences. Ce n'est toutefois par le cas lorsqu'elle est causée par la bactérie Neisseria gonorrhoeae. La conjonctivite peut alors se détériorer en ulcération de la cornée pour finalement se solder par une perforation du globe oculaire. Inutile de spécifier que la vue de l’enfant est ainsi affectée de façon permanente. C'est pour lutter contre cette terrible infection que le Dr Carl Credé a suggéré de déposer du nitrate d'argent dans les yeux des nouveau-nés en 1880, permettant ainsi de neutraliser N. gonorrhoeae.

Le nitrate d'argent a toutefois le fâcheux inconvénient de causer des conjonctivites chimiques chez 50 à 90 % des nourrissons. Il a donc été remplacé par un onguent antibiotique, l'érythromycine. Malheureusement, 23 % des souches de N. gonorrhoea sont maintenant résistantes à l'érythromycine. En fait, selon la Société canadienne de pédiatrie, aucune étude n'a démontré que l'utilisation de l'érythromycine était efficace pour prévenir la conjonctivite néonatale.

De plus, on sait que les nouveau-nés à risque de souffrir d'une conjonctivite néonatale sont en fait ceux nés de mères avec une infection transmissible sexuellement (ITS). En effet, 30 à 50 % des nouveau-nés exposés à la gonorrhée pendant l'accouchement développeront une conjonctivite. C'est aussi le cas des bébés exposés à la chlamydia. Ce type de transmission mère-enfant a toutefois beaucoup diminué grâce au dépistage et au traitement des ITS pendant la grossesse. Par exemple, en Alberta en 2013, on n’a détecté aucun cas de conjonctivite causée par N. gonorrhoeae et seulement 7,5 cas sur 100 000 nourrissons de conjonctivite due à C. trachomatis, la bactérie causant la chlamydia.

En bref, les doutes sur l'efficacité de l'érythromycine et la baisse des cas de gonorrhée et de chlamydia chez les nouveau-nés forcent la Société canadienne de pédiatrie à réévaluer l'utilisation systématique de l'érythromycine chez les nouveau-nés. Cette méthode est d'autant plus douteuse qu'elle provoque des irritations aux yeux des bébés et pourrait nuire à l'attachement en obstruant temporairement la vue du bébé.

La Société canadienne de pédiatrie souligne aussi que plusieurs pays dont le Danemark, la Norvège, le Royaume-Uni et la Suède ont déjà cessé d'employer l'érythromycine. Au Royaume-Uni, ce changement de pratique n'a pas été accompagné d'une augmentation de la cécité due à la conjonctivite néonatale.

La Société canadienne de pédiatrie conclut donc que la façon la plus efficace de prévenir la conjonctivite du nouveau-né est de dépister et traiter les femmes atteintes d'une ITS pendant leur grossesse plutôt que de mettre un antibiotique dans les yeux de tous les nourrissons. Est-ce que cette nouvelle recommandation changera les pratiques obstétricales dans les hôpitaux du Québec? C'est à voir!

- Cet article a également été publié sur le site de l'Agence Science-Presse.

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Source :
Moore, Dorothy L., MacDonald, Noni E. (2015) La prévention de la conjonctivite néonatale. Document de principes. Société canadienne de pédiatrie. Consulté le 15 mars 2015.

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