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27 novembre 2015

Prématurité: la faute aux bactéries?

Ce n’est plus un secret pour personne, les bactéries qui ont élu domicile dans notre corps influencent nos vies beaucoup plus qu’on ne le croyait avant. La grossesse et l’accouchement ne feraient pas exception, selon une étude réalisée par des chercheurs de la Californie. Ceux-ci ont en effet observé un lien entre les microorganismes de la flore vaginale et les naissances prématurées.

Pour arriver à ces résultats, les chercheurs ont analysé semaine après semaine la flore bactérienne de 49 femmes enceintes. Ils ont ainsi remarqué que les femmes qui ont accouché de façon prématurée avaient une flore vaginale très particulière.

En général, les microorganismes qui habitent le vagin des femmes enceintes font majoritairement partie du genre Lactobacillus. Par contre, les résultats des scientifiques révèlent que les femmes ayant donné naissance avant le terme de la grossesse avaient une flore plutôt riche en bactéries de type Gardnerella ou Ureaplasma. Fait intéressant, d’autres études ont indiqué que ces types de bactéries jouaient un rôle dans les accouchements avant terme.

Selon les chercheurs, ces résultats confirmeraient le rôle possible des microorganismes de la flore vaginale dans le déclenchement de certains accouchements prématurés. Les experts estiment en effet que dans 25 % des naissances avant terme, la cavité amniotique a été infectée par des microorganismes. Ceux-ci proviendraient souvent de la flore de la mère. Puisque la flore bactérienne change très peu pendant la grossesse, les chercheurs croient qu’il serait possible d’identifier les femmes à risque d’accoucher prématurément dès le début de la gestation.

Par ailleurs, les chercheurs ont observé également que la flore bactérienne se transformait complètement lors de l’accouchement, qu’il ait lieu par voies vaginales ou par césarienne. Cette modification semblait permanente puisqu’elle persistait dans certains cas jusqu’à un an après la naissance.

Il est bien connu qu’une nouvelle grossesse risque davantage de se terminer par un accouchement prématuré si la conception a lieu moins de 12 mois après le premier accouchement. Par conséquent, les bactéries de la flore vaginale pourraient être les responsables de ce phénomène, proposent les chercheurs. Toutefois, avant de conclure que c’est bien le cas, plusieurs autres études seront nécessaires pour mieux comprendre comment les bactéries peuvent influencer la durée de la grossesse.

Aussi sur le microbiome:
Le microbiome est mort! Vive le virome!
Césarienne: une petite dose de bactéries vaginales!

Source:
Temporal and spatial variation of the human microbiota during pregnancy.
DiGiulio DB, Callahan BJ, McMurdie PJ, Costello EK, Lyell DJ, Robaczewska A, Sun CL, Goltsman DS, Wong RJ, Shaw G, Stevenson DK, Holmes SP, Relman DA.(2015) Temporal and spatial variation of the human microbiota during pregnancy. Proc Natl Acad Sci U S A. 112(35):11060-5.

2 octobre 2015

Le microbiome est mort! Vive le virome!

C'est le sujet cool de l'heure : le microbiome, les bonnes bactéries qui colonisent jusqu'au moindre recoin de notre corps. Même Charles Tisseyre en parle! Pourtant, le microbiome est déjà dépassé! La nouvelle tendance, c'est le virome, c'est-à-dire la communauté de virus qu'on retrouve dans le corps humain. C'est d'ailleurs le sujet d'un article publié récemment dans le journal Nature Medicine.

Des bactériophages attaquant une bactérie.
Des chercheurs de l'Université de Washington ont en effet analysé les selles de 8 enfants, de la naissance à l'âge de 2 ans, pour mieux connaître ces parasites microscopiques qui se cachent dans l'intestin de nos bébés. Dès les premiers jours de vie, des virus seraient détectables dans les entrailles de nos enfants. Plusieurs des virus identifiés dans cette étude étaient à ce jour inconnus de la communauté scientifique. Sans surprise, on retrouve dans l'intestin des virus capables d'infecter les cellules humaines. Cependant, les chercheurs ont découvert des virus qui ont plutôt pour cibles les bactéries, ce qu'on appelle des bactériophages.

Selon les scientifiques américains, l'environnement microbien des tout-petits serait extrêmement dynamique, ce qui n'est pas le cas chez l'adulte. Par exemple, les bactériophages seraient nombreux dans les premiers moments de la vie du bébé, puis leur nombre déclinerait par la suite. Pour les bactéries, ce serait le contraire. Les chercheurs croient donc que les intestins des bébés sont le théâtre d'un écosystème complexe ou les microorganismes interagissent entre eux. Ainsi, les nombreux virus présents dans les premiers jours doivent infecter des bactéries pour continuer à se multiplier. Cependant, la rareté des bactéries entraîne la chute des bactériophages. Ces prédateurs disparus, les bactéries peuvent alors amorcer leur conquête de l'intestin.

Plusieurs questions concernant ces virus demeurent toutefois sans réponse. D'où viennent-ils? Leur nombre et leur diversité sont-ils influencés par le type de naissance du bébé, par l'alimentation ou par d'autres facteurs environnementaux? Comment ces virus peuvent-ils avoir des répercussions sur la santé de l'enfant à long terme? La prochaine décennie sera peut-être bien celle du virome.

À propos de la flore microbienne: 
La petite histoire d'un seul biberon, de 1922 à aujourd'hui
Césarienne: une petite dose de bactéries vaginales!

Sources: 
Washington University School of Medicine. (2015, September 14). Viruses flourish in guts of healthy babies. ScienceDaily.

Efrem S Lim, Yanjiao Zhou, Guoyan Zhao, Irma K Bauer, Lindsay Droit, I Malick Ndao, Barbara B Warner, Phillip I Tarr, David Wang, Lori R Holtz. Early life dynamics of the human gut virome and bacterial microbiome in infants. Nature Medicine, 2015

10 juin 2015

Microbiome, myéline et lait maternel : revue de presse du 10 juin 2015

Les bactéries, des alliées des vaccins
Sur le site de Scientific American, la journaliste Katherine Harmon Courage nous explique pourquoi certains enfants ne répondraient pas efficacement à certains vaccins. Selon des chercheurs des Pays-Bas, c'est la flore intestinale qui serait responsable. En comparant des enfants néerlandais à des enfants pakistanais, les scientifiques ont remarqué que les tout-petits du Pakistan avaient une moins bonne diversité microbienne dans leur intestin et ne développaient donc pas une aussi bonne immunité lors de la vaccination. Cela signifierait que le microbiome est important pour que notre système immunitaire fonctionne adéquatement.

Vers une nouvelle compréhension de la dépression
Le Devoir consacre tout un article aux nouveaux suspects qui pourraient être responsables de la dépression. Par exemple, la perturbation de la myéline, une substance importante au fonctionnement des neurones, pourrait influencer la santé mentale. Selon les chercheurs interviewés, la maltraitance en bas âge ou être séparé de sa mère pourrait causer une dégradation de la myéline.

Lait maternel: vendre ou ne pas vendre
Andréanne Moreau de Planète F aborde le sujet délicat de la vente de lait maternel. La demande pour le précieux liquide viendrait d'ailleurs de partout maintenant: bébés, adultes malades et même culturistes. Plusieurs experts s'interrogent d'ailleurs sur l'idée même de vendre son lait, une pratique qui nuirait aux banques publiques de lait maternel. Enfin, l'article soulève les dangers de l'achat de lait maternel en ligne.

La semaine dernière: Cordon, lait, dents et seins

30 mars 2015

Le peau-à-peau contre les bactéries résistantes aux antibiotiques

Régulièrement, des nouveau-nés très fragiles sont traités aux soins intensifs. Parmi les bactéries redoutées par le personnel médical on retrouve Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM). Ce microorganisme peut en effet causer des épidémies d'infections chez les nourrissons. Heureusement, des chercheurs brésiliens croient avoir trouvé une solution simple et efficace : le peau à peau.

Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques ont étudié 102 nouveau-nés porteurs du SARM. Ils ont alors demandé aux mères de 53 d'entre eux de faire une heure de peau à peau avec leur bébé deux fois par jour, pendant 7 jours. Ils ont ensuite fait des prélèvements pour déterminer si le SARM était toujours présent chez ces bébés. Ils ont ainsi remarqué que pour 53 % d'entre eux, le SARM avait disparu. Selon les chercheurs, les bébés qui sont portés en peau à peau ont donc 2,35 fois plus de chances de réussir à se débarrasser du SARM que les autres.

En fait, après l'intervention de peau à peau, 84,7% des bactéries se retrouvant chez les nouveau-nés étaient du même genre que celles de leur mère. Selon les scientifiques, cela signifie que les microorganismes maternels ont pris la place du SARM grâce à un processus compétitif appelé interférence bactérienne. Les « bonnes bactéries » de la mère utilisent alors en partie la nourriture nécessaire à la multiplication du SARM. De plus, les microorganismes maternels produiraient également des substances toxiques pour le SARM. Dans un tel contexte, le SARM aurait beaucoup plus de difficulté à persister sur le nouveau-né.

Jusqu'à présent, d'autres méthodes ont été employées pour chasser le SARM installé sur les nourrissons. Par exemple, des antibiotiques pouvaient être appliqués sur la peau du bébé. Il est aussi possible de donner un bain de chlorhexidine aux bébés. Ces traitements sont toutefois risqués pour les bébés prématurés. Le peau à peau semble donc une possibilité intéressante.

Lorsqu'un bébé est porteur du SARM dans une unité de soins intensifs, les conséquences peuvent être désastreuses pour ses voisins d'isolette. Une épidémie est en effet si vite arrivée. Le peau à peau constitue, selon les chercheurs, une nouvelle option prometteuse, peu coûteuse et sans risque pour le bébé.

- Ce texte a également été publié sur le site de l'Agence Science-Presse.

Pour en savoir plus sur le peau-à-peau et les soins kangourou:

Source:

25 février 2015

Contraception, vaccination, réflexe d'éjection et microbiome: revue de presse du 25 février

La contraception, de l'Antiquité à 2022
The Atlantic propose un résumé ultra-rapide de l'histoire de la contraception. Les premières traces d’un contrôle de la reproduction remonteraient à l'Égypte ancienne. Par la suite, l'humanité a imaginé plusieurs méthodes pour bloquer l'union de l'ovule et du spermatozoïde, dont l'utilisation de plantes, d'éponges de mers et de condoms en tissu. C'est en 1960 qu'est commercialisée la première pilule contraceptive. Le vidéo se termine avec quelques prédictions sur l'avenir de la contraception, dont une pilule qui permettrait aux hommes d'avoir des orgasmes sans écoulement de sperme.

Vaccination 101
L'hiver 2015 aura été celui des vaccins. Qu'on parle de celui de la rougeole ou de la grippe, le débat fait rage dans la population. La journaliste scientifique Valérie Borde a réalisé un billet très intéressant à ce propos sur le site de L'Actualité. Elle y décrit très bien les différents types de vaccins existants, leurs bénéfices et leurs risques. Elle partage aussi quelques réflexions sur les stratégies adoptées par la santé publique. À lire si vous êtes à la recherche d'un tour rapide de la question.

Mieux comprendre le réflexe d'éjection
Le réflexe d'éjection, c'est lorsque le lait est expulsé hors du sein pendant une tétée. Il semble toutefois qu'on devrait plutôt parler des réflexes d'éjection. En effet, des chercheurs ont étudié plusieurs canaux lactifères d'un même sein pour remarquer que le réflexe d'éjection de chacun ne se produisait pas exactement au même moment. Le phénomène avait d'ailleurs déjà été observé chez les animaux. Selon les scientifiques, la présence de plusieurs réflexes d'éjections à la fois permettrait d'accélérer le débit du lait tout en évitant que le bébé s'étouffe.

Quand les bactéries se mêlent d'hérédité
Est-ce que certaines de nos caractéristiques physiques pourraient provenir des bactéries que nous héritons de notre mère? Le site IFLScience décrit cette nouvelle hypothèse développée par des chercheurs américains. Ceux-ci ont remarqué que les souriceaux qui recevaient certaines bactéries provenant de leur mère développaient plus souvent des problèmes intestinaux, car ils avaient des niveaux moins élevés d'anticorps de type IgA dans leur système digestif. Les chercheurs croient que le même phénomène pourrait avoir lieu chez les humains et expliquerait des pathologies comme la maladie de Crohn.

La semaine dernière...
Facebook contre le baby blues et un ballon pour l'épidurale: revue de presse du 18 février 

Maman Éprouvette fait une pause pour la semaine de relâche. De retour le 10 mars.

19 janvier 2015

Césarienne: une petite dose de bactéries vaginales!

Quand un bébé traverse le vagin de sa mère pour venir au monde, quelque chose de très important se passe. Il est en effet colonisé par les bactéries qui y ont élu domicile. Cependant, si le nouveau-né voit plutôt le jour par césarienne, cet ensemencement n'a pas lieu. Une chercheuse américaine, Maria Gloria Dominguez-Bello, suggère toutefois une nouvelle technique pour corriger la situation et favoriser le développement d'une flore bactérienne normale chez les bébés nés par césarienne. Dans une entrevue accordée au site Common Health, la scientifique décrit plus en détail ses résultats.

La procédure proposée est simple. Son équipe procède d'abord à un échantillonnage de la flore vaginale de la mère pour identifier les bactéries qui la composent. On dépose ensuite un tissu léger dans le vagin de la femme enceinte pendant quelques heures. Ce tissu est retiré avant la césarienne et lors de la naissance, il sera utilisé pour mettre le bébé en contact avec les microorganismes qu'il aurait rencontrés s'il était passé par le canal vaginal.

Selon les explications de la Dre Dominguez-Bello rapportées par le site Common Health, cette procédure permettrait de reconstituer en partie une flore bactérienne normale chez les bébés nés par césarienne. En effet, les nouveau-nés qui ont été exposés à cette technique étaient porteurs de deux fois plus de bactéries vaginales que les bébés nés lors d'une césarienne traditionnelle. À titre indicatif, ceux nés vaginalement sont porteurs de 6 fois plus de bactéries vaginales que ceux nés par chirurgie. Ces résultats préliminaires obtenus en étudiant 12 nourrissons ont été présentés à une conférence de la Société américaine de microbiologie à Boston.

Des bénéfices pour la santé des bébés

La méthode mise au point par l'équipe de la Dre Dominguez-Bello pourrait s'avérer importante pour améliorer la santé des bébés nés par césarienne, croit la chercheuse. En effet, certaines études semblent indiquer que le fait de naître de cette façon augmente le risque d'asthme, d'allergies, d'obésité et de diabète. Selon la scientifique, la césarienne aurait cet impact, car elle altère la flore bactérienne des nourrissons. C'est d'ailleurs le sujet abordé dans le documentaire Microbirth.

Le Dr Emmanuel Bujold est médecin, mais aussi professeur à l'Université Laval. Membre du centre de recherche du CHU de Québec, il s'intéresse entre autres aux césariennes. « Il est clair que les pratiques obstétricales ont un impact sur le microbiome du nouveau-né et de l'enfant, et ce, souvent pour plusieurs mois, » explique-t-il. Le Dr Bujold cite notamment les travaux de chercheurs faisant partie du Human Microbiome Project qui sont fascinants selon lui.

« Il est raisonnable de croire que ces différences en terme de “colonisation bactérienne” puissent avoir un impact sur la santé des enfants, ajoute-t-il. Comme les enfants nés par césarienne planifiée, c'est-à-dire avant le travail, sont plus à risque de problèmes respiratoires et d'infection au cours des deux premières années de vie, il est légitime de penser qu'un changement des pratiques visant à favoriser un “meilleur” microbiome pourrait améliorer la santé des enfants. »

Malheureusement, la technique proposée par la Dre Dominguez-Bello ne permet pas de reconstituer totalement la flore bactérienne. Selon la chercheuse, plusieurs raisons expliqueraient l'aspect partiel de la procédure. D'abord, dès la naissance, les bactéries acquises vaginalement commencent à se multiplier, leur nombre doublant toutes les 30 minutes. Comme les bébés nés par césarienne ne sont pas ensemencés aussi rapidement, cela pourrait réduire le taux de multiplication des microorganismes. Ensuite, les mères qui accouchent par césarienne reçoivent très souvent des antibiotiques, des médicaments ayant un effet négatif sur la flore bactérienne du nouveau-né. Enfin, la césarienne n'influence pas seulement le microbiome du nourrisson. Par exemple, le lait maternel des mères qui ont subi cette chirurgie ne contiendrait pas les mêmes bactéries que celui des mères qui ont accouché vaginalement. Cela affecterait aussi le développement de la flore microbienne du bébé.

Une technique applicable?
La méthode de la Dre Dominguez-Bello est encore loin d'être une procédure standard. La scientifique croit qu'il sera d'abord nécessaire de faire des tests sur plus de bébés pour confirmer ces résultats préliminaires. De plus, les caractéristiques du microbiome idéal ne sont toujours pas très claires.

Selon Dr Bujold, la méthode proposée par l'équipe de la Dre Dominguez-Bello serait facilement réalisable si elle était démontrée efficace pour améliorer la santé des enfants et pourrait être intégrée à plusieurs autres pour optimiser le bien-être des enfants. « Je crois que nous devons attendre la démonstration scientifique des bienfaits de nouvelles pratiques avant d'entreprendre leur introduction en clinique, » souligne-t-il toutefois.

Pour l'instant, il n'existe pas de mesure mise en place pour favoriser une flore bactérienne particulière chez les bébés nés par césarienne. « Certaines précautions sont prises pour ne pas trop influencer celle-ci comme l'administration la plus tardive possible des antibiotiques pour la prévention des complications infectieuses liées à la césarienne chez la mère, » nuance-t-il.

Selon le Dr Bujold, c'est toutefois l'ensemble de l'approche entourant la césarienne planifiée qui devrait être évalué et amélioré. « Le simple fait de pratiquer la césarienne plus près de la date prévue d'accouchement plutôt que 1 à 2 semaines avant celle-ci permet de diminuer considérablement les complications pulmonaires chez les nouveau-nés et possiblement le microbiome néonatal, » explique-t-il. Si la méthode de la Dre Dominguez-Belle fait ses preuves, il pourrait donc s'agir d'un moyen de plus pour préserver une flore adéquate chez les nouveau-nés.

- Ce billet a également été publié sur le site de l'Agence Science-Presse.

D'autres billets sur la césarienne:
Le peau-à-peau pour améliorer les césariennes
Réflexions sur la césarienne: le cas de la Chine

Références:
Goldberg, Carey. (2014, 25 juin) Research: Could Birth-Canal Bacteria Help C-Section Babies?. CommonHealth. Consulté le 31 décembre 2014.

Azad MB, Konya T, Maughan H, Guttman DS, Field CJ, Chari RS, Sears MR, Becker AB, Scott JA, Kozyrskyj AL; CHILD Study Investigators. (2013) Gut microbiota of healthy Canadian infants: profiles by mode of delivery and infant diet at 4 months. CMAJ. 185(5):385-94. doi: 10.1503/cmaj.121189. Epub 2013 Feb 11.

Song SJ1, Dominguez-Bello MG, Knight R. (2013) How delivery mode and feeding can shape the bacterial community in the infant gut. CMAJ. 185(5):373-4. doi: 10.1503/cmaj.130147. Epub 2013 Feb 11.

7 janvier 2015

Les gros bébés doivent-ils naître par césarienne et des jouets stéréotypés: revue de presse du 7 janvier 2015


Cette semaine, voici trois articles qui remettent en question des croyances bien ancrées et un qui nous rappelle quelque chose qu'on oublie trop souvent, c'est-à-dire que l'amour est indispensable au développement.

Gros bébé est-il synonyme de césarienne?
Un bébé est considéré comme gros s'il pèse plus de 4 kg (4,5 kg disent d'autres sources). Selon Rebecca Dekker du site Evidence based birth, bien qu'une mère sur trois se fasse dire qu'elle porte un gros bébé lorsqu'elle subit une échographie pendant le troisième trimestre, la taille moyenne du bébé à la naissance sera généralement de seulement 3,5 kg. On suggère malgré tout à ces femmes de procéder à une césarienne pour diminuer les risques de complications pendant l'accouchement, comme la dystocie des épaules, les déchirures du périnée et les hémorragies post-partum. Toutefois, ces risques seraient surestimés selon Rebecca Dekker alors que ceux associés à la césarienne sont souvent pris à la légère.
What is the Evidence for Induction or C-section for a Big Baby?

Un univers dans votre vagin
Les scientifiques ont longtemps décrit le microbiome vaginal comme étant dominé par des bactéries du genre Lactobacillus. On découvre maintenant que cette flore est en fait beaucoup plus variée que cela, explique cet article de The Scientist. Elle changerait aussi en fonction de l'ethnie et de l'âge de la femme. Différencier une bonne d'une mauvaise bactérie devient donc de plus en plus difficile. En effet, certaines femmes avec une flore auparavant associée à certaines maladies sont en parfaite santé. Selon les chercheurs, ces découvertes pourraient fournir des pistes pour comprendre le déclenchement précoce du travail.
Characterizing the “Healthy” Vagina

Qu'est-ce qui est venu en premier, les jouets ou les stéréotypes?
Est-ce que les préférences des garçons et des filles en matière de jouets proviennent de leurs parents? Est-ce que la testostérone est une hormone pro-camion? Dans son article publié dans La Presse, Mathieu Perreault fait un tour assez complet des connaissances sur les stéréotypes et les jouets. Une question complexe qui est encore loin d'être élucidée.
Quand les jouets forgent les stéréotypes

De l'amour pour stimuler le développement
Grandir dans la pauvreté ou manquer de stimulation pendant la petite enfance a des conséquences importantes sur le développement du cerveau. En partant de Philadelphie pour se rendre jusqu'en Roumanie, cet article du National Geographic décrit l'importance des soins constants et chaleureux pour favoriser le développement de l'intelligence des tout-petits. Ma collègue Brïte Pauchet vous recommande d'ailleurs la vidéo "Computational Geniuses" qui se trouvent dans les liens à la gauche de l'article
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The First Year

1 janvier 2015

De la confiance sur Internet aux bactéries dans l'utérus: revue de presse du 1er janvier 2015

En 2015, Maman Éprouvette vous proposera chaque semaine une revue de presse sur la périnatalité. Pour commencer l'année, voici quelques textes qui ont capté mon attention en 2014.

La confiance entre mères sur Internet
En collaborant au livre La promotion de l'allaitement au Québec, regards critiques, je me suis penchée sur la façon dont les mères participent à la promotion de l'allaitement sur les médias sociaux. J'étais particulièrement intéressée par la relation de confiance qui s'établit entre ces femmes sur Facebook. Cette observation serait aussi pertinente du côté du marketing selon une nouvelle étude australienne. En effet, celle-ci confirme que les nouvelles mères se fient de plus en plus à leurs « amies » des réseaux sociaux quand vient le temps d'acheter certains produits.
Mums trust mums on the net: Australian study

Vers de nouvelles recommandations pour le partage de lit?

Au Canada et aux États-Unis, les recommandations officielles faites aux parents au sujet du sommeil des bébés sont sans équivoque : éviter le partage de lit. Des experts s'interrogent toutefois sur les effets pervers de ces messages qui manquent de nuances. Dans cet article publié en décembre 2014, Dre Melissa Bartick explique pourquoi l'Académie américaine de pédiatrie devrait repenser sa position. Cet article a ensuite été suivi d'un deuxième qui aborde les facteurs à considérer pour assurer la sécurité du sommeil d'un bébé.
Pediatric Politics: How Dire Warnings Against Infant Bed Sharing ‘Backfired’
Five Things You Need To Know About Sharing A Bed With Your Infant

Attention à ne pas blâmer les mères
Le thème de l'épigénétique, c'est-à-dire l'impact des premières expériences sur la vie des individus, est très à la mode. S'agit-il toutefois d'une nouvelle façon de toujours blâmer davantage les mères? Dans un commentaire publié dans la revue Nature en août 2014, Sarah S. Richard et ses collègues expliquent comment une mauvaise interprétation de la recherche peut avoir des conséquences malheureuses pour les femmes.
Society: Don't blame the mothers

Des bactéries dans l'utérus?
Dans cet article passionnant sur les microorganismes qui nous habitent, l'équipe de la revue The Scientist décrit le microbiome maternel. Alors qu'on croyait avant que le fœtus venait au monde complètement stérile, les scientifiques savent maintenant que certaines bactéries colonisent le bébé in utero.
The Body’s Ecosystem : The Maternal Microbiome

10 décembre 2014

La petite histoire d'un seul biberon, de 1922 à aujourd'hui

Vous avez sûrement déjà entendu l'une de ces phrases que tout le monde répète, mais dont la provenance est nébuleuse. « Il faut boire 2 litres d'eau par jour » ou « Il faut offrir 15 (ou 25 ou 30) fois un aliment à un enfant pour qu'il l'apprécie. » Dans le domaine de l'allaitement, l'affirmation qui m'a toujours intriguée est « Un seul biberon de lait artificiel peut modifier la flore intestinale d'un bébé qui mettra alors deux semaines à s'en remettre. » Ce qui me semble étrange dans cette phrase, c'est la précision des informations qu'elle renferme.

En effet, cet avertissement ne parle pas de quelques biberons, mais bien d'un seul. On ne dit pas simplement que le bébé mettra quelque temps à retrouver sa flore intestinale d'enfant allaité. Non. On mentionne spécifiquement deux semaines. Devant des détails aussi pointus, je me suis toujours interrogée sur la source de cette affirmation. J'ai trouvé une réponse stupéfiante dans le document Just One Bottle Won't Hurt- or Will It? Supplementation of the Breastfed Baby par la consultante en lactation américaine Marsha Walker. Certaines des références qui y sont citées ont plus de 80 ans!

Selon Benoît Levast, chercheur au département de microbiologie et d’immunologie de l’Université McGill, le document dans son ensemble est bien fait et le contenu est correct. Mme Walker y décrit en effet les conditions existant dans l'intestin du nouveau-né et l'influence du type d'alimentation (lait maternel ou lait artificiel) sur cet environnement. Cela lui permet alors d'expliquer comment l'alimentation peut favoriser certains types de bactéries. « L'absence évidente d'une mise à jour rend toutefois le document moins sérieux, » souligne Dr Levast.

Par exemple, on peut lire que « lors de l'introduction de suppléments de lait artificiel, la flore intestinale du bébé allaité devient identique à celle d'un adulte en l'espace de 24 heures. » Le hic, c'est que la source de ces données est un article publié en 1932. De la même façon, la phrase « Si du lait maternel est donné à nouveau, il faudrait 2 à 4 semaines pour que l'environnement intestinal retourne à un état favorisant une flore gram-positive » s'appuierait sur cet article et sur un autre de 1922.

En fait, les données provenant de cette époque ne sont tout simplement pas applicables de nos jours parce que les laits artificiels utilisés alors n'ont rien à voir avec ceux que les bébés reçoivent aujourd'hui. En 1922, lorsqu'on emploie le terme supplément, on parle de bébés qui ont consommé « un peu de lait de vache ». En 1932, pour les besoins de l'étude, l'alimentation des bébés était changée aux trois semaines en alternant lait maternel, lait de vache entier bouilli 1 minute, lait de vache avec du lactose, lait de vache avec de l'acide lactique et lait de vache avec de l'acide lactique fermenté. « Les laits artificiels sont maintenant améliorés et même prébiotiques ou probiotiques, » confirme Dr Levast.

Outre la date des références, l'interprétation de certaines études laisse également à désirer. Par exemple, Mme Walker cite un article de 1977 lorsqu'elle écrit qu'une petite quantité de lait artificiel chez l'enfant allaité (un supplément par 24 heures) cause le passage d'une flore intestinale de bébé allaité à une flore de bébé nourri au lait artificiel. Selon Dr Levast, l'étude note plutôt que les bébés qui ont reçu un supplément ont une flore bactérienne intermédiaire entre celle d'un bébé allaité et celle d'un bébé nourri exclusivement au lait artificiel. « De plus, ils ont introduit la supplémentation la première semaine et pendant une semaine! L'effet est donc bien plus visible, » ajoute Dr Levast.

À ce stade, je me dois de préciser que mon but n'est pas de minimiser l'effet des suppléments sur la flore du bébé allaité, mais plutôt de questionner la rigueur avec laquelle on s'adresse aux mères.

Dr Levast résume d'ailleurs bien la situation. « Le document est obsolète. Je pense toutefois que la conclusion est toujours valable pour la première semaine, car le lait de vache n'est pas parfait à la base. Je crois que tout le monde est d'accord pour dire que rien ne remplace le lait maternel», conclut le chercheur. « Il faudrait préciser que c'est la première semaine qui est critique... et que le “traitement” représente 7 bouteilles! », ajoute-t-il toutefois.

C'est là tout le problème d'une telle situation. La prémisse de départ est la bonne, mais la façon de la démontrer enlève toute crédibilité à son auteure. Si les consultantes en lactation veulent être prises au sérieux par le milieu médical, elles ne peuvent se permettre de laisser circuler des articles citant des références de 1922 avec des titres sensationnalistes.

Par conséquent, il est nécessaire de cesser d'utiliser ces phrases toutes faites dont la source est obscure. Le rôle des professionnels est de s'assurer de la provenance de leurs données, car les mères ont le droit de recevoir des renseignements non-biaisées. En effet, si on veut continuer de parler de choix éclairé, il faut des informations justes... et à jour!

- Ce billet a également été publié sur le site de l'Agence Science-Presse.

Pour en savoir plus sur la flore intestinale:

Références: 
Brown EW, Bosworth AW. (1922) Studies of infant feeding VI. A bacteriological study of the feces and the food of normal babies receiving breast milk. Am J Dis Child, 23:243.

Bullen CL, Tearle PV, Stewart MG. (1977) The effect of humanized milks and supplemented breast feeding on the faecal flora of infants. J Med Microbiol 1977; 10:403-413.

Gerstley JR, Howell KM, Nagel BR. (1932) Some factors influencing the fecal flora of infants. Am J Dis Child 1932; 43:555.

7 mars 2014

Des anticorps à tout faire

Lorsqu'on parle des anticorps, on pense souvent à des armes de destruction massive qui ne font qu'une bouchée des bactéries. Des scientifiques américains croient toutefois que la situation serait un peu plus complexe pour les anticorps se trouvant dans le lait maternel, les sIgA.

Selon les chercheurs, ces anticorps agiraient en effet sur plusieurs tableaux pour protéger le nouveau-né des infections et des maladies intestinales. Par exemple, ils stimuleraient la maturation des cellules de surface de l'intestin tout en favorisant directement la création d'une flore bactérienne de qualité.

Les IgA
Pour arriver à ces conclusions, l'équipe américaine a modifié génétiquement des souris et ainsi produit des femelles avec un lait ne contenant pas de sIgA. Cette approche permet d'étudier exclusivement le rôle de ces anticorps et non pas du lait maternel en entier. Celui-ci renferme en effet une multitude de molécules actives et il est donc difficile d'établir quelle composante est responsable de quelle propriété spécifique.

Les chercheurs ont remarqué que les souris qui avaient reçu un lait sans sIgA avaient une flore bactérienne très différente des autres. En fait, au moins 80 types de bactéries étaient présentes seulement dans un des deux groupes analysés.

De plus, les cellules intestinales des souris qui n'ont pas été exposées aux sIgA n'exprimaient pas les mêmes gènes que les autres souris. Ceux activés par les sIgA seraient très importants pour permettre aux cellules intestinales de se reproduire rapidement et de maintenir l'intégrité de la paroi de l'intestin lorsqu'elle est attaquée.

Ces deux particularités influenceraient la lutte contre les microbes. Les chercheurs ont en effet remarqué que chez les souris qui ont reçu du lait sans sIgA, certaines bactéries traversaient plus facilement la barrière de l'intestin et arrivaient à se rendre jusque dans les ganglions lymphatiques. Les sIgA protègeraient donc le nouveau-né contre l'invasion par certains pathogènes. Selon les chercheurs, les sIgA du lait maternel seraient nécessaires jusqu'à ce que le bébé puisse produire lui-même ce type d'anticorps.

Certains anticorps du lait maternel agissent donc de concert avec les bonnes bactéries de l'intestin pour en assurer l'équilibre. En plus d'offrir une protection contre les pathogènes, les scientifiques proposent que les sIgA pourraient aussi diminuer le développement de certaines maladies allergiques ou inflammatoires. Pas étonnant qu'on leur prête un rôle central pour protéger les nouveau-nés.

Référence:
Rogier EW1, Frantz AL, Bruno ME, Wedlund L, Cohen DA, Stromberg AJ, Kaetzel CS.(2014) Secretory antibodies in breast milk promote long-term intestinal homeostasis by regulating the gut microbiota and host gene expression. Proc Natl Acad Sci U S A. 111(8):3074-9. doi: 10.1073/pnas.1315792111. Epub 2014 Feb 3.

10 juin 2013

Question de la semaine: Quel est l'impact des antibiotiques sur le développement du muguet?

Cette semaine, je réponds à la question de Marie-Christine Bouchard: "Je voudrais savoir quels sont les risques de développer du muguet suite à la prise d'antibiotiques durant l'accouchement et quel est le délai habituel entre le développement du muguet et l'accouchement ?"

Les levures, ces champignons microscopiques, sont rarement responsables de maladies chez l'être humain. D'une part, la majorité ne réussissent pas à se reproduire à la température normale du corps. D'autre part, ceux qui y parviennent vivent habituellement en harmonie dans notre organisme. C'est étrangement le cas de la levure Candida qui est pourtant le microbe responsable du muguet.

Candida albicans
Candida est en effet une levure dite opportuniste. On entend par cela qu'elle est normalement une invitée qui ne cause pas de dommage mais dans certaines conditions, elle peut devenir pathogène. On la retrouve en fait sur les muqueuses des systèmes digestif, urinaire et génital.

Par exemple, on peut la détecter chez 96 % des nouveau-nés dès l'âge d'un mois. On croit que la plupart d'entre eux sont contaminés lors de leur passage dans le canal vaginal pendant l'accouchement. On estime donc qu'il y a de 10 à 1000 levures par grammes de selles chez un bébé en santé.

Cette cohabitation se déroule donc bien jusqu'à ce qu'un débalancement permette à Candida de croître de façon démesurée. Cela peut arriver lorsque le système immunitaire de l'individu est affaibli ou lorsque les barrières de défense de notre organisme sont détruites.

L'une de ces barrières est la flore microbienne présente sur notre corps. En effet, lorsque plusieurs "bons" microbes sont présents, une certaine compétition entre ceux-ci s'installe. Cela évite donc qu'un microbe parvienne à prendre le dessus et à se reproduire trop rapidement.

Par conséquent, si quelque chose détruit la flore microbienne, les microbes opportunistes comme Candida peuvent en profiter. C'est d'ailleurs ce qui se produit lorsqu'on consomme des antibiotiques à large de spectre puisque ceux-ci peuvent tuer plusieurs bactéries de notre flore intestinale. On considère donc que la prise d'antibiotique est un facteur de risque pour le développement du muguet.

Par exemple, on sait que les femmes qui développent du muguet rapportent souvent avoir eu un traitement aux antibiotiques dans les deux à quatre semaines précédant l'apparition des symptômes. Chez les bébés prématurés, l'utilisation d'antibiotiques à large spectre dans les sept derniers jours augmentent les risques d'infection fongique. La durée du traitement peut aussi avoir un impact. Plus celui-ci est long, plus les risques augmentent.

Par ailleurs, depuis quelques années, de plus en plus de femmes reçoivent des antibiotiques contre le streptocoque B de manière préventive pendant le travail. On estime que cette mesure pourrait être responsable d'une augmentation des cas de Candida. D'après une étude réalisée en 2005, les femmes qui reçoivent ce traitement ont significativement plus de risques de développer une telle infection. De plus, l'utilisation d'antibiotiques de routine lors d'une césarienne ou les traitements utilisés lors de mastites à répétition ont le même effet.

En conclusion, l'utilisation d'antibiotiques peut contribuer au développement d'infections fongiques. Pour cette raison, certains experts suggèrent d'éviter les antibiotiques s'ils ne sont pas absolument nécessaires et, sinon, de prescrire le traitement efficace le plus court possible. Les antibiotiques plus spécifiques sont également à privilégier. Enfin, après un traitement aux antibiotiques, l'utilisation de probiotiques pour favoriser le rétablissement de la flore intestinale peut être une bonne option.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.


Références:
Riordan, J., & Wambach, K. (2010). Breastfeeding and Human Lactation (4th ed.). Sudbury: Jones and Bartlett.

Lawrence, R. A., & Lawrence, R.M. (2005). Breastfeeding: A Guide for the Medical Profession (6th ed.). Philadelphie : Elsevier Mosby.

Hsieh E, Smith PB, Jacqz-Aigrain E, Kaguelidou F, Cohen-Wolkowiez M, Manzoni P, Benjamin DK Jr. (2010) Neonatal fungal infections: when to treat? Early Hum Dev. 88 Suppl 2:S6-S10.

Smaill FM, Gyte GML. (2010) Antibiotic prophylaxis versus no prophylaxis for preventing infection after cesarean section. Cochrane Database of Systematic Reviews 2010, Issue 1. Art. No.: CD007482.

Schulze J, Sonnenborn U. (2009) Yeasts in the gut: from commensals to infectious agents. Dtsch Arztebl Int. 2009 Dec;106(51-52):837-42. doi: 10.3238/arztebl.2009.0837. Epub 2009 Dec 18.

Tanguay KE, McBean MR, Jain E. (1994) Nipple candidiasis among breastfeeding mothers. Case-control study of predisposing factors. Can Fam Physician. 1994 Aug;40:1407-13.

Dinsmoor MJ, Viloria R, Lief L, Elder S. (2005) Use of intrapartum antibiotics and the incidence of postnatal maternal and neonatal yeast infections. Obstet Gynecol. 2005 Jul;106(1):19-22.


7 juin 2013

Donne-moi ta suce, voyons n'aie pas peur....

Plus de 600 groupes différents de bactéries habitent notre bouche. Lors d'un transfert de salive d'un individu à l'autre, il peut donc y avoir d'importants changements au niveau de la flore bactérienne buccale. Par exemple, lorsqu'un parent nettoie la suce de son enfant en la mettant dans sa propre bouche, on peut supposer que certains microbes en profiteront pour s'installer dans la bouche du bébé. Des chercheurs ont voulu savoir l'impact de ce geste et ont fait une découverte intéressante: ce comportement pourrait offrir une protection contre le développement des allergies.

Les scientifiques ont ainsi rencontré 206 bébés et ont interrogé les parents sur la façon dont ils nettoyaient la suce de leur enfant. Environ 50 % de ceux-ci utilisaient effectivement leur bouche pour la nettoyer. Les chercheurs ont alors remarqué que chez les bébés dont le parent suçait la suce pour la nettoyer, il y avait une forte réduction de l'eczéma et de l'asthme à 18 mois. De plus, le nombre d'éosinophiles, des cellules impliquées dans les allergies, était plus bas chez ces enfants.

Selon les scientifiques, ce phénomène pourrait s'expliquer par des changements dans la flore microbienne buccale des bébés étudiés. Pour confirmer cette hypothèse, ils ont donc analysé le type de bactéries se trouvant dans la bouche des nourrissons et ils ont en effet découvert que les bébés dont les parents suçaient la suce avec une flore très différente de celle des autres bébés.

Ces résultats vont donc dans le même sens que l'une des hypothèses les plus courantes pour expliquer la hausse des cas d'allergies qu'on observe depuis quelques temps.

Selon cette hypothèse, l'exposition réduite aux microbes chez les enfants augmenteraient les risques de développer des allergies. On sait d'ailleurs que plusieurs facteurs sont associés à une moins grande fréquence d'allergie: promiscuité, familles nombreuses, contact avec des animaux et exposition aux microbes dans la nourriture. De plus, on remarque aussi que la flore intestinale des nouveau-nés se développent moins, notamment en raison de la hausse du taux de césarienne, ce qui contribue également à l'apparition des allergies.

En conclusion, les chercheurs proposent que la flore microbienne enverrait des signaux essentiels pour la maturation du système immunitaire. Pour cette raison, lorsqu'un parent nettoie la suce de son bébé avec sa bouche, il permet le transfert de bactéries et donc la formation d'une flore microbienne complexe qui pourra jouer ce rôle mais aussi empêcher la colonisation de l'enfant par des bactéries pathogènes. Comme quoi l'idée de stériliser tout ce qui entre en contact avec un enfant n'est pas nécessairement une bonne chose.

Pour en savoir plus sur le développement de la flore microbienne du bébé:
Accouchement, allaitement et bactéries...
Asthme, allergie et césariennes: un sujet complexe
Le lait maternel, une bonne source de probiotiques!

Référence:
Hesselmar, B., Sjöberg, F., Saalman, R., Åberg, N., Adlerberth, I., and A. E. WoldPacifier. (2013) Cleaning Practices and Risk of Allergy Development. Pediatrics 131:6 e1829-e1837; published ahead of print May 6, 2013, doi:10.1542/peds.2012-3345

20 mars 2013

Accouchement, allaitement et bactéries...

Le développement de la flore microbienne est un sujet dont on entend de plus en plus parler. On sait que plusieurs facteurs peuvent avoir un impact sur celui-ci dont, entre autres, le type d'accouchement et l'exposition au lait maternel. Récemment, des chercheurs de Winnipeg ont voulu pousser l'analyse en examinant la composition de la flore microbienne de plusieurs nourrissons.

Conformément aux résultats d'autres études, les bactéries les plus fréquentes chez tous les nourrissons étudiés sont celles des genres Bifidobacterium, Firmicutes et quelques entérobactéries. Certains bébés étaient aussi porteurs du genre Bacteroides. Cependant, tel qu'on s'y attendait, il y avait des différences significatives entre les nourrissons selon le mode d'accouchement et d'alimentation.

Bifidobacterium
Ainsi, les chercheurs ont pu remarquer que les bébés nés par césarienne avaient une flore moins riche et moins diversifiée que les bébés nés vaginalement. On comptait entre autres moins de bactéries des genres Escherichia et Shigella et aucune du genre Bacteroides. Ces résultats confirmeraient l'hypothèse voulant que la césarienne empêche le bébé d'être exposé aux microbes de la mère, en particulier aux bactéries intestinales

L'effet était cependant moins important lors d'une césarienne d'urgence que lors d'une césarienne planifiée. Selon les chercheurs, cela pourrait s'expliquer par l'utilisation d'antibiotiques lors de la césarienne planifiée ou par une exposition partielle aux bactéries de la mère lors de la rupture des membranes dans le cas de la césarienne d'urgence.

Bacteroides
En ce qui a trait à l'alimentation du nouveau-né, on remarque que les bébés nourris avec des préparations commerciales pour nourrissons (PCN) ont au contraire une flore plus riche et diversifiée que les enfants allaités. Par exemple, on retrouve davantage de bactéries comme C. difficile, une bactérie pathogène associée à certaines maladies de même que des membres du groupe Verrumicrobiaceae.

D'après les auteurs de l'étude, cette observation s'expliquerait par le fait que les sucres se trouvant dans le lait maternel permettent de sélectionner un type bien précis de bactéries. On sait en effet que celui-ci fournit aux "bonnes bactéries" les substances nécessaires à leur croissance.

On voit de plus en plus la flore microbienne comme un "super" organe du corps humain. La communauté bactérienne habitant notre intestin joue en effet un rôle essentiel à l'équilibre intestinal, au développement du système immunitaire, à la protection contre les pathogènes, à la digestion des nutriments et à l'apport en énergie. Par conséquent, lorsqu'elle ne se développe pas normalement, on peut voir apparaître des maladies de l'intestin, des entérocolites nécrosantes, du diabète, de l'obésité, des cancers, des allergies et de l'asthme.

Sachant les conséquences à long terme d'un débalancement de la flore microbienne, cette étude souligne l'importance de mettre tous les efforts possibles pour que les conditions entourant la naissance du bébé soient le plus près possible de ce qui se passe dans la nature. Cela signifie aussi que si un bébé ne peut pas naître vaginalement ou être allaité, il faut alors trouver des façons de diminuer les risques associés à sa situation.

Référence:
Meghan B. Azad,Theodore Konya, Heather Maughan, David S. Guttman, Catherine J. Field, Radha S. Chari, Malcolm R. Sears, Allan B. Becker, James A. Scott, Anita L. Kozyrskyj. (2013) Gut microbiota of healthy Canadian infants: profiles by mode of delivery and infant diet at 4 months
CMAJ vol. 185 no. 5 First published February 11, 2013, doi: 10.1503/cmaj.121189

13 février 2013

Les bactéries intestinales responsables des coliques?

Les coliques sont un mal mystérieux qui affectent jusqu'à 25% des bébés. On comprend encore mal les causes de cet inconfort et plusieurs coupables potentiels ont été identifiés dont le reflux gastroesophagien et les intolérances alimentaires. Des chercheurs viennent toutefois d'identifier de nouveaux suspects dans une étude publiée dans la revue Pediatrics: les bactéries de la flore intestinale.

D'après les données disponibles sur le site de la revue Pediatrics, les chercheurs ont en effet remarqué que les enfants qui souffraient de coliques avaient une flore intestinale très différente de celle des autres bébés. En particulier, la population bactérienne se trouvant dans leur système digestif serait beaucoup moins diversifiée.

Par exemple, les chercheurs ont retrouvés deux fois plus de bactéries de la division Proteobacteria dans l'intestin des enfants du groupe "coliques" que dans celui du groupe "contrôle". Plus particulièrement, on retrouvait davantage de bactéries des genres Escherichia, Klebsiella, Seratia, Vibrio, Yersinia et Pseudomonas.

Par ailleurs, puisque ce type de bactéries était plus nombreux, il y a avait donc moins de bactéries comme les bifidobactéries et les lactobacilles. Celles-ci font habituellement partie de la flore intestinale d'un individu en santé. Leur faible présence pourrait donc laisser la place à des microorganismes nuisibles.

Pour analyser la population de microorganismes peuplant les intestins des bébés étudiés, les chercheurs ont extrait l'ADN se trouvant dans les selles des enfants et on ensuite identifié les bactéries par leur signature génétique unique, une approche faisant appel à des techniques de biologie moléculaire.

Les résultats de cette étude sont donc particulièrement intéressants. D'une part, selon les chercheurs, la découverte que les enfants souffrant de coliques ont une flore microbienne différente pourra nous aider à mieux comprendre les mécanismes derrière cet inconfort chez l'enfant. D'autre part, le perfectionnement de la technique utilisée par cette équipe pourrait ouvrir la voie à de nouvelles approches pour faciliter le diagnostic de cette condition.

Enfin, étant donné que les circonstances entourant la naissance de même que l'alimentation du nouveau-né peuvent avoir un impact sur la composition de la flore intestinale, il serait à mon avis intéressant d'étudier l'effet de ces facteurs sur la fréquence des coliques.

Pour en savoir plus sur la flore microbienne du nouveau-né:
L'effet du lactose sur le système immunitaire du bébé
L'établissement de la flore intestinale chez le bébé allaité
L'impact du type d'accouchement sur la flore microbienne du nouveau-né
Le lait maternel, une bonne source de probiotiques!

Pour en savoir plus sur les coliques chez le bébé: 
Peut-on survivre aux coliques?
Le lait maternel diminuerait les coliques et améliorerait le sommeil nocturne


Références:
de Weerth C, Fuentes S, Puylaert P, de Vos WM. (2013) Intestinal microbiota of infants with colic: development and specific signatures. Pediatrics 31(2):e550-8. doi: 10.1542/peds.2012-1449. Epub 2013 Jan 14.