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10 février 2016

Grossesse et chocolat: méfiez-vous des médias!

À quelques jours de la Saint-Valentin, le titre est accrocheur : « Le chocolat serait très bon pour les femmes enceintes ». Malheureusement, il s’agit d’un excellent exemple d’une étude médiatisée pour aucune autre raison que celle de contenir le mot chocolat.

Avouons tout de même que le nom de l’étude porte à confusion. En effet, les chercheurs qui devaient présenter leurs résultats à Atlanta dans le cadre du Pregnancy Meeting ont intitulé leur présentation « Le chocolat à haute teneur en flavanol pour améliorer la fonction placentaire et diminuer le risque de pré-éclampsie : un essai clinique randomisé en double aveugle ». Bien sûr, notre réaction à la lecture de ce titre est de dire « Cool ! Le chocolat noir prévient la pré-éclampsie ». Cependant, erreur ! Prenons donc un moment pour en savoir plus sur l’étude en question.
 

L’idée de tester l’effet du chocolat pendant la grossesse provient de chercheurs de l’Université Laval. Leur objectif était effectivement de démontrer que le chocolat noir peut réduire le risque de pré-éclampsie. Il faut mentionner que des études avaient déjà été réalisées sur le sujet dans le passé et étaient arrivées à des résultats contradictoires. Pour faire la lumière sur tout ça, les chercheurs de Québec ont divisé129 femmes enceintes en deux groupes. Le premier allait manger 30 g de chocolat noir tous les jours pendant 12 semaines. Le deuxième allait se contenter de chocolat ordinaire. Ils ont ensuite mesuré le flux sanguin de l’utérus, du placenta et du fœtus de même que le poids du placenta et du bébé à la naissance. Ils ont aussi évalué la fréquence de la pré-éclampsie et de l’hypertension gestationnelle.

Après toutes ces savantes observations, les chercheurs ont fait la stupéfiante découverte suivante : aucune différence entre les deux groupes ! Par conséquent, leur hypothèse de départ s’est avérée rejetée. Le titre de leur étude aurait dû être « Le chocolat à haute teneur en flavanol pour améliorer la fonction placentaire et diminuer le risque de pré-éclampsie… ne fonctionne pas. »

Je ne peux bien sûr pas présumer de la réaction des chercheurs lorsqu’ils ont compris que leurs résultats ne permettaient pas de confirmer leur hypothèse. Cependant, on peut très bien imaginer qu’ils ont épluché leurs données en détail pour trouver quelque chose d’intéressant. C’est probablement à ce moment qu’ils ont remarqué que le flux sanguin de l’utérus, du placenta et du fœtus avait augmenté entre le début et la fin de l’expérience chez toutes les femmes étudiées. Il était même plus élevé que ce à quoi on s’attend dans la population en général. Ils se sont alors dit : « Notre étude indique que le chocolat pourrait avoir un impact positif sur la croissance et le développement du fœtus et du placenta. L’effet du chocolat ne serait pas dû seulement au contenu en favanol. » (Il s’agit ici d’une citation du Dr Emmanuel Bujold.)

C’est ainsi que les journalistes de Metro News ont cru bon d’écrire : « Il semblerait que la consommation de chocolat soit préconisée pour le bon déroulement de ces 9 mois. » Cette conclusion est pour le moins hâtive. Permettez-moi d’ailleurs de citer à nouveau le Dr Bujold. « Nous ne pouvons pas spéculer sur l’effet global du chocolat sur le risque de pré-éclampsie à partir des résultats de notre étude parce que nous n’avions pas de groupe de femmes qui n’ont pas mangé de chocolat. » Le Dr Bujold répondait ici à la question de Medical News Today « Recommandez-vous aux femmes enceintes de manger du chocolat quotidiennement pour améliorer le développement du fœtus ? »

Le Dr Bujold a complètement raison. Sans avoir un groupe contrôle qui n’a pas mangé de chocolat, savoir si l’effet observé sur le flux sanguin est vraiment dû à la consommation de chocolat est impossible. Peut-être que les appareils utilisés pour mesurer étaient mal calibrés. Peut-être que le stress de l’expérimentation a influencé la circulation sanguine. Peut-être que les futures mères ont bu plus de lait pour accompagner leur chocolat et que cet aliment est le véritable responsable. Peut-être même qu’une distorsion temporelle a eu lieu ce jour-là à Québec et que les mesures ont été faussées. Qui sait ?

Bien sûr, il n’est pas impossible que le chocolat soit vraiment l’aliment miracle pour prévenir la pré-éclampsie. L’équipe du Dr Bujold est tout à fait justifiée de fouiller davantage cette hypothèse. Cependant, écrire dans les médias que le chocolat est recommandé durant la grossesse est prématuré. Alors, en attendant des résultats plus solides, les femmes enceintes devront continuer de manger du chocolat seulement pour le plaisir. Une raison amplement suffisante selon moi.

Au sujet de l’alimentation pendant la grossesse :

Sources:
SOCIETY FOR MATERNAL-FETAL MEDICINE. (2016, 1er février) The benefits of chocolate during pregnancy. Eurekalert.

WHITEMAN, Honor. (2016, 6 février) Eating chocolate during pregnancy may benefit fetal growth, development. Medical News Today.

SAER, Clara. (2016, 2 février) Le chocolat serait très bon pour les femmes enceintes. Metro News.

25 juin 2013

Question de la semaine: Quelles sont les causes d'un retard de croissance intra-utérin?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Patricia Gagné: "Quelles sont les causes possibles d'un retard de croissance intra-utérin"?

Normalement, la taille d'un foetus est déterminée d'une part par sa génétique et, d'autre part, par le nombre de semaines de grossesse. Lorsqu'un bébé est significativement plus petit que la taille à laquelle on s'attend pour son âge gestationnel, on parle de retard de croissance intra-utérin. Selon les définitions, les bébés atteints ont un poids foetal 10 % plus bas que le poids attendu ou ils sont plus petits que 95 % des bébés en santé à cet âge.

Le retard de croissance intra-utérin peut avoir des conséquences graves pour le foetus. Il augmente en effet les risques de mort foetale et d'handicaps. Il peut aussi avoir des impacts à long terme. Par exemple, les enfants ayant souffert d'un retard de croissance intra-utérin développent plus souvent la paralysie cérébrale. Ils peuvent aussi être affectés par des maladies chroniques à l'âge adulte comme le diabète de type 2, la haute pression, les problèmes cardiovasculaires et les maladies rénales.

Pour cette raison, il est important de connaître les causes possibles d'un tel retard de croissance afin de le prévenir et de le traiter.

Tout d'abord, certaines caractéristiques du bébé peuvent le rendre plus susceptible de développer un retard de croissance intra-utérin. C'est le cas des bébés souffrant de trisomie 13, 18 ou 21 de même que ceux avec des malformations congénitales. De plus, si le bébé est infecté par certains virus (comme celui de la rubéole, de la toxoplasmose, de l'herpès ou comme le cytomégalovirus), il est aussi plus à risque. C'est aussi le cas des jumeaux et des triplés.

Ensuite, certaines conditions chez la mère comme la pré-éclampsie, le diabète et les maladies vasculaires, cardiaques ou respiratoires sont associées à un retard de croissance intra-utérin. Le tabagisme et la malnutrition peuvent aussi nuire à une croissance optimale.

En fait, il semblerait que plusieurs de ces facteurs de risques agissent en interférant avec le bon développement du placenta.

Lors d'une grossesse normale, les cellules qui formeront le placenta envahissent la paroi de l'utérus ce qui permet de développer un réseau d'échange entre le système de la mère et celui du bébé. C'est de cette façon que la mère pourra fournir à son bébé tous les nutriments nécessaires à sa croissance. Parmi les substances qui doivent être transportées vers le bébé, on retrouve entre autres des hormones, des facteurs de croissance, des molécules du système immunitaire et des acides aminés nécessaires à la fabrication des protéines.

Lorsque ce réseau de transport est défectueux ou que le transport spécifique de certaines molécules est affecté, le bébé ne peut plus se développer adéquatement et le retard de croissance s'installe. Par ailleurs, pendant la grossesse, il est fréquent que certaines portions du placenta soient endommagées par des molécules toxiques appelées radicaux libres. Si la réparation de ces bris n'est pas assez rapide, le bon fonctionnement du placenta est affecté avec les conséquences qu'on connaît.

Lorsqu'un diagnostic de retard de croissance intra-utérin est établi, la première chose à faire est de tenter d'en éliminer la cause. Par exemple, on s'assurera que la mère est bien nourrie ou on l'aidera à cesser le tabagisme. Si on croit qu'une infection est en cause, on la traitera.

Cependant, dans certains cas, il n'est pas possible d'éliminer la cause, en particulier si le fonctionnement du placenta est très affecté. Il faudra alors évaluer s'il est préférable de déclencher l'accouchement. Pour prendre une décision, les médecins se fient habituellement à l'état du foetus. Lorsque la grossesse a atteint 37 semaines, l'accouchement est généralement favorisé car les risques de poursuivre la grossesse dépassent les avantages. Cependant, avant 34 semaines, la décision est beaucoup plus difficile à prendre.

Le retard de croissance intra-utérin peut donc avoir plusieurs causes. Si certaines comme le tabagisme sont évitables, d'autres sont difficilement contrôlables. Heureusement, de nouveaux moyens de détections sont de plus en plus étudiés pour pouvoir agir rapidement en cas de besoin.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Scifres CM, Nelson DM. (2009) Intrauterine growth restriction, human placental development and trophoblast cell death. J Physiol. 15;587(Pt 14):3453-8. doi: 10.1113/jphysiol.2009.173252. Epub 2009 May 18.


Bamfo JE, Odibo AO. (2011) Diagnosis and management of fetal growth restriction. J Pregnancy. 640715. doi: 10.1155/2011/640715. Epub 2011 Apr 13.


Avagliano L, Garò C, Marconi AM. (2012) Placental amino acids transport in intrauterine growth restriction. J Pregnancy. 2012;2012:972562. Epub 2012 Jul 11.

1 février 2013

La césarienne et le risque d'avoir un bébé mort-né

Dans les pays industrialisés, on estime qu’une grossesse sur 200 se termine par la venue au monde d’un enfant mort-né, aussi appelée mortinaissance. Plusieurs facteurs sont connus pour augmenter les risques d’un tel évènement : une première grossesse, l’âge avancé de la mère, un indice de masse corporel maternel élevé de même que la présence d’une condition comme la pré-éclampsie, le diabète ou l’hypertension. Une équipe de chercheurs irlandais et danois a toutefois confirmé le rôle d’un facteur qu’on suspectait depuis quelques temps déjà : une césarienne lors d’une grossesse antérieure.

Cette confirmation est venue de l’analyse de 11 études se penchant sur le lien entre la césarienne et l’accouchement d’un enfant mort-né lors de la grossesse suivante. Au total, c’est donc 1 961 829 grossesses qui ont été étudiées et, parmi celles-ci, 7 308 mortinaissances.

L’analyse de ces données a donc permis de démontrer que, suite à une césarienne, une femme connaîtra une augmentation de 23 % de son risque d’avoir un enfant mort-né à la prochaine grossesse. Au niveau de la population, cela signifie donc que le nombre de mortinaissances diminuerait de 3,6% si les femmes n’étaient pas exposées à la césarienne. 

Bien entendu, ce scénario est théorique puisque dans certains cas, la césarienne peut être la seule option pour assurer la survie de la mère et du bébé. Il faut en effet mentionné que la césarienne a de nombreux bénéfices et que, dans ces cas d’urgence, ses avantages dépassent largement les risques dont il est question aujourd’hui. De plus, il n’est pas impossible que les raisons mêmes qui justifient la césarienne soient aussi celles responsables de la hausse du risque de mortinaissance chez certaines femmes.

Selon les chercheurs, l’explication possible de ce phénomène résiderait au niveau du placenta. En effet, on croit qu’à la suite d’une césarienne, les risques de développer une anomalie placentaire seraient plus élevés. Il est par ailleurs connu qu’une insuffisance placentaire est une cause importante de mortinaissance.

Étant donné, l’augmentation du nombre de césariennes dans les dernières années, ces résultats pourraient avoir une importance particulière. En effet, dans ce contexte, même une légère augmentation du risque de mortinaissance pourrait avoir un impact non-négligeable au niveau de la population.

En fait, l’étude dont il est question aujourd’hui démontre, comme bien d’autres avant elle, que la césarienne n’est pas une chirurgie banale et sans risque. Cela devrait bien sûr entrer en ligne de compte lorsque l’équipe médicale doit déterminer la nécessité de cette chirurgie. Cependant, ces considérations devraient aussi faire partie de la discussion qu’un médecin doit avoir avec une patiente qui demande à accoucher par césarienne sans raison médicale. Une connaissance de tous les risques possibles permettra à celle-ci de faire un choix éclairé.

Référence:
Sinéad M. O’Neill, Patricia M. Kearney, Louise C. Kenny, Ali S. Khashan, Tine B. Henriksen, Jennifer E. Lutomski, Richard A. Greene (2013) Caesarean Delivery and Subsequent Stillbirth or Miscarriage: Systematic Review and Meta-Analysis. Research Article | published 23 Jan 2013 | PLOS ONE 10.1371/journal.pone.0054588

16 janvier 2013

L'utilisation des probiotiques pour prévenir les complications pendant la grossesse

Les effets bénéfiques de l'utilisation des probiotiques pendant la grossesse sont déjà connus pour prévenir les vaginites de même que les allergies chez le nouveau-né. Toutefois, ce type de traitement pourrait-il aussi prévenir certaines complications comme le diabète de grossesse et la pré-éclampsie? C'est ce que des chercheurs de l'Université de Dublin ont tenté de déterminer en analysant les études existant sur le sujet.

D'après les informations disponibles sur le site du Journal of Maternal-Fetal and Neonatal Medicine, ces études semblent démontrer que les probiotiques ont un certain potentiel pour prévenir les complications pendant la grossesse. Par exemple, la consommation de ces "bonnes bactéries" diminuait le taux de sucre sanguin à jeun de même que la fréquence du diabète de grossesse. Les probiotiques réduisaient aussi la fréquence de la pré-éclampsie et les niveaux de certains indicateurs d'inflammation.

Notons toutefois que les chercheurs ont constaté que très peu d'études de qualité existait sur l'utilisation des probiotiques pendant la grossesse pour prévenir les complications. En effet, sur 189 articles répertoriés, seulement sept répondaient aux critères de sélection permettant d'être inclus dans cette revue de la littérature.

Pour cette raison, les chercheurs irlandais concluent qu'il est pressant de réaliser davantage d'études de qualité pour en savoir plus sur l'utilisation des probiotiques pendant la grossesse. En effet, ce traitement, en plus d'être sécuritaire, semble avoir un potentiel intéressant pour réduire les complications associées à des troubles métaboliques chez les femmes enceintes et pourrait donc être d'un grand secours pour les femmes à risques.

Référence:
Lindsay KL, Walsh CA, Brennan L, McAuliffe FM. (2013) Probiotics in pregnancy and maternal outcomes: a systematic review. J Matern Fetal Neonatal Med. 2013 Jan 11. [Epub ahead of print]