7 février 2014

Le cas étrange de l'alcool pendant la grossesse

Tous les experts s'entendent : beaucoup d'alcool pendant la grossesse est synonyme d'impacts catastrophiques sur le développement du bébé. Cependant, la situation est moins claire lorsqu'on parle d'une consommation modérée. Par exemple, une étude publiée récemment conclut qu'un peu d'alcool n'influence pas négativement le bébé. Certains chercheurs croient même que la consommation légère d'alcool serait protectrice. Ces conclusions sont pour le moins étranges. Comment l'alcool pourrait-il favoriser le développement d'un fœtus?

Une scientifique du Danemark a choisi de faire la lumière sur ce mystère en étudiant 37 000 mères danoises et leurs enfants âgés de 7 ans. Elle a donc comparé les femmes qui n'avaient pas bu du tout pendant leur grossesse à celles qui avaient consommé modérément (2 à 4 verres par semaine). Comme dans les études précédentes, elle a noté que les enfants des secondes avaient de meilleurs résultats cognitifs et comportementaux que ceux des premières. Cependant, la chercheuse ne s'est pas arrêtée là.

Elle a en effet voulu savoir si ces mères qui continuaient à boire modérément pendant leur grossesse avaient quelque chose de particulier. Elle a trouvé la réponse en épluchant les données recueillies sur ces femmes.

Elle a ainsi remarqué que celles-ci avaient un mode de vie caractéristique. Elles étaient en général plus âgées et détenaient plus souvent un diplôme universitaire. Elles avaient également de meilleures habitudes de vie. Elles consommaient du poisson mais pas de boisson gazeuse, écoutaient peu la télévision, ne fumaient pas, ne souffraient pas de problèmes mentaux et leur indice de masse corporelle était dans la normale.

Toutes ces caractéristiques sont connues pour favoriser le développement d'un enfant, autant du point de vue de l'attachement que pour l'aspect psychologique ou cognitif. Ils pourraient ainsi fournir une piste pour expliquer les données contradictoires existant sur l'alcool pendant la grossesse.

En effet, bien souvent, les chercheurs ne tiennent pas compte de ces facteurs lorsqu'ils étudient l'impact de l'alcool sur le développement du fœtus. Pourtant, ceux-ci pourraient masquer les conséquences négatives, faibles mais bien réelles, de la consommation d'alcool.

Cette analyse particulièrement intéressante rappelle donc deux choses. Premièrement, les recherches épidémiologiques doivent être bien élaborées pour arriver à des conclusions fidèles à la réalité. Deuxièmement, lorsqu'une étude révèle des résultats qu'on ne peut expliquer avec nos connaissances actuelles de la biologie et de la physiologie, il faut chercher plus loin. Il s'agit peut-être effectivement d'une nouvelle explication à un phénomène mal compris, mais il pourrait aussi s'agir tout simplement... d'une mauvaise étude!

Références : 
University of Copenhagen. (2014, 2 janvier) Study on pregnancy and alcohol fails to take psychological factors into account. Consulté le 6 février sur le site Eurekalert.

Niclasen J. (2013) Drinking or Not Drinking in Pregnancy: The Multiplicity of Confounding Influences. Alcohol Alcohol. 2013 Oct 8. [Epub ahead of print]


2 commentaires:

  1. Et pour l'alcool durant l'allaitement? Mêmes enjeux que pendant la grossesse?

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    1. Voici l'information provenant du livre Breastfeeding Answers Made Simple de Nancy Morhbacher, IBCLC :
      Selon l'Académie américaine de pédiatrie, l'alcool est compatible avec l'allaitement lorsqu'il n'est pas consommé en grande quantité. Ils ne recommandent toutefois pas une consommation régulière : « Une petite consommation unique dans une occasion spéciale est acceptable, mais l'allaitement devrait être évité pour deux heures après la consommation. » Dans Medications and Mothers' Milk, Thomas Hale écrit : « Des quantités significatives d'alcool sont sécrétées dans le lait maternel, quoique cela ne soit pas considéré comme nuisible à l'enfant si la quantité et la durée sont limitées. »

      Par ailleurs, une revue de la littérature australienne recommandait d'éviter l'alcool pour le premier mois suivant l'accouchement. Après le premier mois, une mère devrait limiter sa consommation à une ou deux consommations standards par jour et les boire tout de suite après une tétée pour limiter la quantité d'alcool à laquelle le bébé sera exposé. Si la mère souhaite boire davantage, elle devrait tirer son lait avant et considérer sauter une tétée.

      Après une consommation d'alcool sans nourriture, les niveaux d'alcool dans le sang atteignent leur maximum 30 à 60 minutes plus tard et 60 à 90 minutes plus tard si l'alcool est consommé avec de la nourriture. Même si la mère n'exprime pas son lait, l'alcool quitte le lait et le sang rapidement. Pour une femme de 120 lbs, il faut 2 à 3 heures pour éliminer complètement l'alcool contenu dans un verre de vin ou de bière.

      Si une mère veut diminuer la disponibilité de l'alcool dans son corps, elle peut manger avant sa consommation de même qu'allaiter ou tirer son lait juste avant. Si une mère fait les deux (manger et allaiter), cela réduira la disponibilité de l'alcool dans son système par 58%.

      Lorsqu'une mère consomme de l'alcool, son bébé tète plus souvent, mais consomme 20 à 27 % moins de lait. En général, les bébés consomment donc moins de lait dans les 4 heures suivant la consommation, mais ils compensent dans les 8 à 16 heures suivantes. Cet effet serait dû au fait que l'alcool affecte l'équilibre hormonal de la mère. La diminution de la quantité d'ocytocine pourrait donc inhiber le réflexe d'éjection.

      Lorsqu'un bébé reçoit de l'alcool par le lait maternel, cela peut diminuer la durée de son sommeil dans les 3,5 heures suivant la consommation. Par contre, le bébé compense généralement dans les 20,5 heures suivantes en dormant davantage.

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