2013/05/23

Dangereux le partage de lit?

Le toujours controversé sujet du partage de lit est de retour dans l'actualité. Cette fois-ci, c'est une étude publiée dans le journal BMJ Open qui fait couler l'encre. Selon cette recherche qui est une nouvelle analyse d'anciennes études sur le sujet, le risque de mort subite du nourrisson chez les bébés de moins de trois mois serait plus élevé lors du partage de lit et ce, même si les parents sont non-fumeurs et que la mère n'a pas consommé d'alcool ou de drogues illégales.

Plusieurs voix s'élèvent déjà pour contester les conclusions tirées par les chercheurs. Ces résultats pourraient en effet avoir des conséquences importantes puisque la principale recommandation du groupe de recherche est de condamner toute forme de partage de lit. Pour cette raison, certains organismes oeuvrant auprès des mères et de leur bébé ont analysé les détails de l'étude.

Ainsi, le Infant Sleep Information Source (ISIS), un groupe d'organisations offrant du support aux parents et affilié à l'Université Durham au Royaume-Uni, s'interroge sur le choix des anciennes études qui ont été réanalysées. Ces études datent de 15 à 26 ans pour certaines et sont très hétérogènes, ce qui rendrait leur analyse peu convaincante. Il s'agit également d'études de cas réalisées auprès de populations très spécifiques. Selon ISIS, il n'est généralement pas possible de généraliser les résultats de ce genre d'étude à une autre population.

De plus, selon l'UNICEF-UK, les études analysées ne contiendraient pas assez de données pour déterminer si le partage de lit est, par lui-même, un facteur de risque pour la mort subite du nourrisson ou si ce sont plutôt les conditions dans lesquels il est pratiqué qui pourraient être dangereuses. Cet organisme soulève aussi certaines irrégularités dans le calcul du risque associé au partage du lit pour un bébé allaité dont les parents ne sont pas fumeurs et dont la mère ne consomme pas d'alcool.

Par exemple, le groupe ISIS souligne que, selon les chercheurs, le risque de mort subite pour un tel bébé est de 2 / 10 000 lors du partage de lit et de 1 / 10 000 lorsque le bébé dort dans son propre lit dans la chambre des parents. Cependant, le risque moyen de mort subite chez les bébés du Royaume-Uni est de 1 / 3 000 à 3,4 / 10 000. Donc, peu importe le lieu de sommeil, les bébés allaités dont les parents sont non-fumeurs et dont la mère ne consomme pas d'alcool courent très peu de risques de mourir de la mort subite du nourrisson.  Comme le mentionne UNICEF-UK, on se demande donc pourquoi ces chercheurs mettent autant d'énergie à mettre les mères allaitantes en garde contre le partage de lit quand certains groupes sont beaucoup plus à risque.

Par ailleurs, un autre groupe d'experts affilié à l'Université de North Texas, à l'Université de Colombie-Britannique et à l'Université de Notre-Dame font judicieusement remarquer que plusieurs facteurs de risques n'ont pas été considérés dans l'analyse: 
  • Est-ce que le partage de lit était planifié?
  • Est-ce que la mère fumait pendant la grossesse?
  • Que signifie-t-on par allaitement partiel?
  • Est-ce que la mère était sous l'influence de médicaments sous prescription?
  • Est-ce que le bébé était prématuré?
  • Est-ce que les parents étaient exténués?
  • Est-ce que la mère était obèse?
  • Combien de personnes partageaient le lit et où était situé le bébé par rapport à ces personnes?
  • Est-ce que le père avait consommé de l'alcool?
  • Est-ce que les parents avaient été informés des risques associés au partage de lit et est-ce qu'on les avait conseillés sur la façon de le faire sécuritairement?
De plus, certains facteurs peuvent affecter la respiration du bébé et sa capacité à s'éveiller: la quantité d'oreillers et d'édredons ou la température de la pièce par exemple. Pourtant, ceux-ci ne sont pas pris en compte dans l'analyse.

Voilà donc ce qui semble être de la mauvaise science mais qui aura malheureusement des conséquences fâcheuses pour bien des parents. Selon ISIS, ces recommandations simplistes sans bases scientifiques solides pourraient bien occasionner un manque de sensibilité de la part des professionnels de la santé, surtout au niveau culturel. Elles ne permettent pas non plus aux parents de faire un véritable choix éclairé. Devant  un tel dogmatisme, certains parents choisiront peut-être de mentir à leur médecin et ne pourront donc pas être informés adéquatement sur la façon de faire du partage de lit sécuritaire. 

Enfin, certains parents apeurés décideront peut-être d'éviter complètement le partage de lit pour se tourner vers des arrangements autrement plus dangereux comme s'endormir sur un sofa avec leur bébé. Espérons donc que les professionnels de la santé sauront reconnaitre cette étude pour ce qu'elle est et qu'ils auront une approche sensible lorsque vient le temps d'aborder le sujet du sommeil avec leurs patients.

Toujours sur le partage du lit:
Les campagnes contre le partage de lit se trompent-elles de cible?
Les risques du partage du lit ou pourquoi il faut lire attentivement les nouvelles études

Références:
Ockwell-Smith, S., Middlemiss, W., Cassels, T., Stevens, H. and D. Narvaez. (2013) SIDS: Risks and Realities, A Response to Recent Findings on Bedsharing and SIDS Risk. Consulté à l'adresse http://www.praeclaruspress.com/carpenter_white_paper.pdf le 22 mai 2013.

UNICEF-UK. (2013) UNICEF-UK Baby Friendly Initiative Statement on new bed sharing research. Consulté à l'adresse http://www.unicef.org.uk/BabyFriendly/News-and-Research/News/UNICEF-UK-Baby-Friendly-Initiative-statement-on-new-bed-sharing-research/ le 22 mai 2013.

Statement from ISIS. (2013) New analysis of bed-sharing and SIDS: Carpenter et al (2013) in BMJ Open. Consulté à l'adresse http://www.dur.ac.uk/resources/isis.online/statements/Carpenteretal2013ISIScommentary1.2.pdf le 22 mai 2013.

2013/05/21

Question de la semaine: Angelina, le gène BRCA1 et l'allaitement?

Cette semaine, je réponds à la question de Chantal Caissié: "On entend beaucoup parler de la mutation qui augmente les risques de cancer du sein d'Angelina Jolie. Est-ce que l'allaitement peut, dans ce cas, diminuer le pourcentage?"

L'annonce d'Angelina Jolie concernant l'ablation préventive de ses deux seins a permis de faire connaître au grand public deux gènes importants dans la prévention du cancer du sein: BRCA1 et BRCA2. En effet, Angelina Jolie est porteuse d'une mutation dans le gène BRCA1, ce qui la rend plus susceptible de développer un cancer du sein.

On estime que les porteuses de cette mutation ont un risque de 80 % de souffrir d'un cancer du sein à 70 ans et de 30 à 40 % pour le cancer des ovaires. Pour ce qui est des porteuses d'une mutation dans le gène BRCA2, celles-ci ont un risque de 50 % de développer un cancer du sein et de 10 à 15 % pour le cancer des ovaires. Les mutations dans les gènes BRCA1 et BRCA2 sont responsables de 5 % des cas de cancer du sein.

Lorsqu'ils sont fonctionnels, les gènes BRCA1 et BRCA2 permettent aux cellules de fabriquer deux protéines responsables de garder l'ADN intact. Cette fonction est primordiale puisque l'ADN de nos cellules est souvent endommagé par différents agents comme les rayons UV, les radiations et les substances chimiques. Lorsque cela arrive, il est critique de réparer l'ADN pour éviter que des gènes défectueux se propagent et donnent naissance à des cellules cancéreuses. Pour cette raison, on appelle les gènes comme BRCA1 et BRCA2 des gènes suppresseurs de tumeur.

En particulier, les protéines issues de ces deux gènes jouent un rôle pour réparer l'ADN. Elles vont aussi assurer que les cellules ne se multiplient pas tant que l'ADN n'est pas complètement réparé. Par conséquent, lorsque les gènes BRCA1 et BRCA2 sont mutés, ils ne peuvent plus produire des protéines fonctionnelles et l'ADN ne peut plus être réparé de façon adéquate. De nouvelles mutations s'accumulent alors et des cellules cancéreuses peuvent voir le jour.

Et l'allaitement dans tout ça?
On sait déjà que le fait d'avoir allaité est un facteur de protection contre le cancer du sein. Lors de l'allaitement, l'exposition aux hormones ovariennes comme l'estrogène et la progestérone diminue puisque le nombre de cycle ovulatoire est moindre. Le développement des lobules du sein pourrait aussi avoir un impact sur le développement du cancer. Enfin, la production de lait pourrait éviter l'accumulation de substances toxiques dans les canaux du sein.

Cependant, ces mécanismes sont-ils toujours efficaces pour les femmes porteuses de mutations dans les gènes BRCA1 ou BRCA2? Après tout, il s'agit d'une forte prédisposition à développer un cancer.

Il semblerait pourtant que oui pour ce qui est du gène BRCA1. En effet, le fait d'avoir allaité réduit significativement le risque de cancer du sein pour les femmes porteuses d'une copie mutée de BRCA1. La durée de l'allaitement semble aussi un facteur important.

Cette observation pourrait s'expliquer par le fait que les gènes BRCA semblent aussi impliquer dans la différentiation des cellules du sein. D'ailleurs, une mutation du gène BRCA1 est associée à une multiplication anormale des cellules du sein lors de l'allaitement.

La protection de l'allaitement ne semble toutefois pas présente pour les porteuses d'une mutation dans le gène BRCA2. Le développement des cancers BRCA1 et BRCA2 étant plutôt différent, cela pourrait expliquer que le degré de protection provenant de l'allaitement soit différent.

En conclusion, pour les femmes qui sont porteuses d'une mutation dans le gène BRCA1, l'allaitement peut constituer une mesure préventive au développement d'un cancer du sein. Enfin mentionnons que les femmes qui ont subi l'ablation préventive des seins avant la venue de leurs enfants, n'ont pas à s'inquiéter de l'impact du non-allaitement sur leurs risques de développer un cancer du sein. En effet, l'ablation préventive diminue les risques jusqu'à un niveau si bas que le fait de ne pas allaiter n'est alors plus un facteur important.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
O'Donovan PJ, Livingston DM. (2010) BRCA1 and BRCA2: breast/ovarian cancer susceptibility gene products and participants in DNA double-strand break repair. Carcinogenesis. 31(6):961-7. doi: 10.1093/carcin/bgq069. Epub 2010 Apr 16.

Kotsopoulos J, Lubinski J, Salmena L, Lynch HT, Kim-Sing C, Foulkes WD, Ghadirian P, Neuhausen SL, Demsky R, Tung N, Ainsworth P, Senter L, Eisen A, Eng C, Singer C, Ginsburg O, Blum J, Huzarski T, Poll A, Sun P, Narod SA; Hereditary Breast Cancer Clinical Study Group. (2012) Breastfeeding and the risk of breast cancer in BRCA1 and BRCA2 mutation carriers. Breast Cancer Res. 2012 Mar 9;14(2):R42.

Jernström H, Lubinski J, Lynch HT, Ghadirian P, Neuhausen S, Isaacs C, Weber BL, Horsman D, Rosen B, Foulkes WD, Friedman E, Gershoni-Baruch R, Ainsworth P, Daly M, Garber J, Olsson H, Sun P, Narod SA. (2004) Breast-feeding and the risk of breast cancer in BRCA1 and BRCA2 mutation carriers. J Natl Cancer Inst. 2004 Jul 21;96(14):1094-8.

2013/05/17

Les recommandations officielles ne favorisent pas les AVAC

Entre 1996 et 2010, le taux de césariennes aux États-Unis a passé de 21 % à 32 % et celui des accouchements vaginaux après une césarienne (AVAC) de 28 à 8 %. Devant cette situation inquiétante, le National Institute of Health (NIH) a lancé une conférence sur cette problématique en mars 2010, ce qui a mené ultimement à la révision de la position du Collège américain des obstétriciens-gynécologues (ACOG) sur le sujet des essais de travail en cas de césarienne antérieure.

La nouvelle recommandation mentionne explicitement que l'essai de travail en cas de césarienne antérieur est un choix approprié pour les femmes avec une ou deux césariennes antérieures (incision transverse basse) et que si  la patiente est adéquatement informée des risques, l'équipe médicale doit respecter son choix. Toutefois, cette nouvelle position est-elle suffisante pour améliorer l'accessibilité à l'AVAC?

Des chercheurs californiens ont tenté d'évaluer l'impact de ce changement de position en analysant l'offre d'essais de travail en cas de césarienne antérieure dans les hôpitaux de l'état. Leur étude a permis de constater que le taux d'AVAC en Californie demeure bas, c'est-à-dire 8 %.

En fait, un nombre important d'hôpitaux (42,8 %) n'offrent tout simplement pas la possibilité de tenter un AVAC. La raison invoquée par ceux-ci est que les médecins formés pour effectuer des césarienne ne sont pas intéressés à rester de garde à l'hôpital pour une femme qui tente un AVAC ou parce qu'ils ne veulent pas perdre du temps consacré habituellement aux césariennes planifiées.

Du côté des hôpitaux disant offrir l'essai de travail en cas de césarienne antérieure, la majorité sont de gros hôpitaux urbains. Ces hôpitaux ont aussi plus souvent un obstétricien de garde de même qu'un anesthésiste disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Le taux d'AVAC y varie de 0 à 37,3%. En fait, 14 de ces 139 hôpitaux ont un taux inférieur à 2 %.

Selon les infirmières interrogées dans le  cadre de cette étude, bien que la politique de certains hôpitaux soit d'encourager les tentatives d'AVAC, dans les faits, peu de médecins acceptent d'en faire. Selon les auteurs, les obstétriciens seraient inquiets des risques de poursuite mais auraient aussi peu d'opportunité d'assister à des AVAC pendant leur résidence ce qui réduirait leur sentiment de compétence à cet égard.

Les auteurs concluent donc que la nouvelle position de l'ACOG a eu peu d'impact sur les taux d'AVAC en Californie. Certains des hôpitaux analysés avouent même ne pas "annoncer" qu'ils font des AVAC et se contenter de l'existence d'un formulaire de refus de césarienne. Selon les auteurs, si on veut faciliter l'accès à l'AVAC, il faudra donc comprendre pourquoi les médecins ne se sentent pas prêts à offrir véritablement le choix aux femmes.

Pour en savoir plus sur l'AVAC:
Les AVAC sont-ils plus risqués qu'une deuxième césarienne?
Question de la semaine: Dans quelles conditions l'AVAC est-il possible?


Référence:
Barger MK, Dunn JT, Bearman S, Delain M, Gates E. (2013) A survey of access to trial of labor in California hospitals in 2012. BMC Pregnancy Childbirth. 13:83. doi: 10.1186/1471-2393-13-83.



2013/05/15

La durée de l'allaitement influence-t-elle les réserves de fer d'un bébé?

Tous les parents s'inquiètent un jour ou l'autre au sujet de l'alimentation de leur enfant. Reçoit-il bien tout ce dont il a besoin? Par exemple, l'anémie chez  un bébé est une préoccupation courante chez les nouveaux parents. Une nouvelle étude publiée dans la revue Pediatrics pourrait donc susciter bien des inquiétudes puisqu'elle propose un lien entre la durée de l'allaitement et les réserves en fer d'un nourrisson.

Des chercheurs de Toronto ont en effet étudié 1647 enfants âgés entre 12 et 72 mois pour déterminer leur statut en fer en lien avec la durée de leur allaitement. Pour connaître les réserves en fer des bébés, les chercheurs ont mesuré la quantité de ferritine, une protéine responsable du stockage du fer, dans le sang des nourrissons. Ils ont également mesuré la quantité d'hémoglobine pour déterminer la fréquence de l'anémie chez ces enfants.

Leur analyse a révélé que pour chaque mois d'allaitement, le taux de ferritine diminuait par 0,24 mcg/L. À titre indicatif, le taux de ferritine chez ces enfants tournait autour de 32 mcg/L et on considère qu'une personne est en carence en fer lorsque son taux de ferritine est inférieur à 14 mcg/L.

Par conséquent, le risque de connaître une carence en fer était légèrement supérieur chez les enfants allaités plus longtemps (augmentation de 4,8 % du risque par mois d'allaitement selon les auteurs). Il n'y avait toutefois pas un risque significativement plus élevé de développer de l'anémie chez les enfants allaités plus longtemps.

Alors, doit-on s'inquiéter devant ces résultats? Personnellement, je ne crois pas et voici pourquoi.

Premièrement, il faut mentionner qu'il s'agit de la première étude démontrant de tels résultats. En recherche, il est toujours préférable d'avoir plusieurs études allant dans le même sens. Cela permet en effet de s'assurer que les résultats obtenus peuvent être reproduits par un autre expérimentateur, diminuant ainsi le risque que les données soient le résultat d'une erreur expérimentale.

Deuxièmement, si pour chaque mois d'allaitement le taux de ferritine diminue de 0,24 mcg/L, cela signifie qu'un bébé allaité pendant 12 mois aura un taux de ferritine inférieur de 1,4 mcg/L à celui d'un bébé allaité pendant 6 mois. En tenant compte du fait que le taux de ferritine médian est de 32 mcg/L, cela représente une différence d'à peine 4 %. Les effets mesurés sont donc somme toute modestes. Cela est d'autant plus vrai que 27 % des enfants analysés ont été allaités plus de 12 mois mais seulement 9 % de tous les enfants  souffraient d'une carence en fer et à peine 1,6 % avaient de l'anémie ferriprive.

C'est d'ailleurs une une faille de cette étude: le petit nombre de sujet avec une carence en fer (144 bébés) ou de l'anémie (23 bébés). En particulier pour ce qui est de l'anémie, cela représente un très petit échantillon. En recherche, plus un échantillon est petit moins les résultats obtenus sont fiables.

Enfin, les chercheurs n'ont pas du tout évalué l'alimentation des bébés étudiés. Pourtant, la faible consommation d'aliments riches en fer est un facteur important pouvant expliquer une carence chez un bébé. Les recommandations actuelles sont d'ailleurs de poursuivre l'allaitement après 6 mois tout en introduisant des aliments riches en fer. Pour déterminer si la durée de l'allaitement a vraiment un rôle à jouer sur les réserves de fer, il faudrait donc en tenir compte.

En conclusion, il est encore trop tôt pour déterminer avec certitude si la durée de l'allaitement peut affecter le statut en fer d'un bébé. De plus, pour l'instant, les risques semblent assez faibles alors que les bénéfices de l'allaitement sont eux bien documentés. Par conséquent, les femmes qui le souhaitent ne devraient pas hésiter à allaiter leur enfant aussi longtemps qu'elles le désirent.

Il est important de noter qu'un des auteurs de l'étude a des liens financiers avec plusieurs compagnies pharmaceutiques, dont certaines qui commercialisent des suppléments de fer.

Référence:
Maguire JL, Salehi L, Birken CS, Carsley S, Mamdani M, Thorpe KE, Lebovic G, Khovratovich M, Parkin PC; TARGet Kids! collaboration. Association between total duration of breastfeeding and iron deficiency. Pediatrics. 2013 May;131(5):e1530-7. doi: 10.1542/peds.2012-2465. Epub 2013 Apr 15.

2013/05/13

Question de la semaine: Certains laits ou produits laitiers sont-ils plus propices à l'intolérance au lactose?

Aujourd'hui, je réponds à la question d'Elise Vidal: "Est-ce que certains types de lait sont associés à un plus grand risque d'intolérance au lactose pour les enfants?"

L'intolérance au lactose est une condition caractérisée par un inconfort intestinal resssenti suite à la consommation d'un produit contenant du lactose, le sucre principal du lait. Les personnes qui en sont atteintes ne produisent pas assez de lactase, l'enzyme responsable de digérer le lactose dans l'intestin. Le lactose n'est donc pas digéré complètement et le surplus peut alors être fermenté par les bactéries de la flore intestinale. La présence de grande quantité de lactose dans l'intestin provoque aussi un flot d'eau vers celui-ci. C'est l'ensemble de ces facteurs qui causent de l'inconfort chez les individus affectés.

L'intolérance au lactose est très rare chez les bébés. En effet, l'activité de la lactase est élevée à la naissance pour permettre au bébé de digérer le lactose contenu dans le lait maternel. Au moment du sevrage et pendant l'enfance, la quantité de lactase va diminuer graduellement. Le phénomène a lieu habituellement entre 2 et 6 ans.

Au bout du compte, 70 à 100% des adultes à travers le monde deviendront intolérants au lactose, à l'exception des individus en provenance de l'Europe du Nord et de l'Europe central de même que leurs descendants habitant l'Amérique et l'Australie. Ces derniers tolèrent en effet beaucoup mieux le lactose. Par exemple, chez les Nord-Américains, seulement 15 % sont intolérants au lactose et 17 % dans le nord de la France (dans le sud, on parle plutôt de 65 %).

On sait que la quantité de lactose consommée est un facteur important pour le développement des symptômes. Par exemple, certaines personnes intolérantes peuvent tolérer 9 à 12 g de lactose, c'est-à-dire l'équivalent d'un verre de lait de vache de 200 ml.

Les laits fermentés, les yogourts de même que les produits laitiers auxquels on a ajouté des probiotiques sont associés à une diminution des symptômes d'intolérance au lactose. On croit que les bonnes bactéries se trouvant dans ces produits contiennent de la lactase qui peut être relâchée dans l'intestin et contribuer à digérer le surplus de lactose. Ces aliments ralentiraient aussi le voyage de la nourriture dans l'intestin ce qui laisserait plus de temps à la lactase pour digérer le lactose. Enfin, ils favoriseraient un bon environnement intestinal en modifiant, entre autres, son acidité.

Certaines personnes se demandent parfois si le lait pasteurisé est plus propice à déclencher une intolérance au lactose. Pour l'instant, les connaissances scientifiques sur le sujet ne semblent pas confirmer cette hypothèse. D'une part, la pasteurisation n'a pas d'effet sur la quantité ou la nature du lactose se trouvant dans le lait. Deuxièmement, le lait de vache cru ne contient pas de lactase qui pourrait favoriser la digestion. Enfin, il ne contient pas non plus suffisamment de probiotiques pour qu'on puisse remarquer les effets bénéfiques associés aux produits laitiers fermentés.

En conclusion, lors de l'introduction des produits laitiers chez un enfant, le type de lait de vache offert n'a pas d'impact particulier sur la tolérance au lactose. Quoiqu'il est plutôt rare qu'un jeune enfant soit affecté par cette condition, si c'est le cas, il faudrait donc se tourner vers un lait de vache spécialement traité qui ne contient pas de lactose, vers un lait végétal ou vers des produits laitiers fermentés.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse. 

Références:
Macdonald LE, Brett J, Kelton D, Majowicz SE, Snedeker K, Sargeant JM.  A systematic review and meta-analysis of the effects of pasteurization on milk vitamins, and evidence for raw milk consumption and other health-related outcomes. J Food Prot. 2011 Nov;74(11):1814-32. doi: 10.4315/0362-028X.JFP-10-269.

de Vrese M, Stegelmann A, Richter B, Fenselau S, Laue C, Schrezenmeir J. (2001) Probiotics--compensation for lactase insufficiency. Am J Clin Nutr. 2001 Feb;73(2 Suppl):421S-429S.

U.S. Food and Drug Administration (2011) Raw Milk Misconceptions and Danger of Raw Milk Consumption. Consulté le 11 mai 2013 à l'adresse http://www.fda.gov/Food/FoodborneIllnessContaminants/BuyStoreServeSafeFood/ucm247991.htm

2013/05/10

Maternage proximal et féminisme sont-ils compatibles?

Au grand dam de certaines féministes comme Elisabeth Badinter, pour ne nommer que celle-là, le maternage proximal est en vogue. Cette vision de l'éducation de l'enfant dont le but est de créer un attachement sécurisant avec celui-ci en augmentant la sensibilité à ses besoins et à ses signaux est en effet décrié par certains comme une approche non-féministe qui ferait reculer la situation de la femme. Cependant, est-ce vraiment le cas?

Des chercheurs de la Virginie ont voulu déterminer si les femmes féministes endossaient les pratiques derrière le maternage proximal. Pour ce faire, ils ont interrogés 431 femmes à l'aide d'un sondage en ligne. Par leurs réponses, ses femmes ont pu être réparties en quatre groupes: les mères féministes, les féministes sans enfant, les mères non-féministes et les femmes non-féministes sans enfants.

Lorsqu'on a demandé à ces femmes d'évaluer différentes pratiques spécifiques au maternage proximal (allaitement prolongé, co-dodo et portage), les femmes féministes étaient plus nombreuses à les soutenir que les femmes non-féministes. Au contraire, les femmes non-féministes favorisaient davantage les routines plus fermes pour les enfants.

Par ailleurs, les mères non-féministes étaient celles qui avaient le plus de préjugés par rapport au féminisme et au maternage proximal. Ces dernières croyaient en effet que les féministes ne seraient pas très intéressées par le maternage proximal vu le temps et l'effort nécessaire pour le pratiquer. Cette vision rejoint d'ailleurs le stéréotype courant de la féministe trop carriériste pour prendre soin de ses enfants.

Étrangement, les mères féministes elles-mêmes avaient des idées préconçues sur le sujet. Elles se décrivaient plutôt comme des féministes atypiques en raison de leur intérêt pour le maternage proximal.

Les résultats de cette étude semblent donc démontrer que les stéréotypes existant sur l'incompatibilité entre le maternage proximal et le féminisme ne sont pas représentatifs de la réalité. Ces données obligeront peut-être certaines personnes à admettre que pour certaines femmes la maternité n'est pas un obstacle à leur épanouissement et peut même y être essentiel.

Références:
Miriam Liss, Mindy J. Erchull. (2012) Feminism and Attachment Parenting: Attitudes, Stereotypes, and Misperceptions. Sex Roles; DOI: 10.1007/s11199-012-0173-z

Springer (2012, June 11). Are feminism and attachment parenting practices compatible?. ScienceDaily. Retrieved May 8, 2013, from http://www.sciencedaily.com­ /releases/2012/06/120611134241.htm

2013/05/08

Un autre super pouvoir pour le lait maternel!

Le lait maternel regorge de molécules particulièrement efficaces mais dont la fonction n'est pas toujours bien comprise. Prenons le complexe HAMLET (pour Human Alpha-Lactalbumine Made Lethal to Tumor Cells ou alpha-lactalbumine humaine devenue mortelle pour les cellules tumorales). On savait que ce complexe composé d'alpha-lactalbumine et de deux acides gras pouvait, comme son nom l'indique, tuer les cellules cancéreuses. Cependant, ce n'est pas tout. Des chercheurs de Buffalo viennent de démontrer que le HAMLET pourrait être la substance nécessaire pour lutter contre la résistance aux antibiotiques.

Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline
L'étude révèle en effet que l'exposition au complexe HAMLET permet de rendre toutes les souches de la bactérie Staphylococcus aureus vulnérables à plusieurs antibiotiques dont la méthicilline, la vancomycine, l'érythromycine et la gentamycine. Ces résultats sont en soit très impressionnants puisque plusieurs des souches testées étaient connues pour leur résistance à certains de ces antibiotiques dont la méthicilline et la vancomycine.

Par ailleurs, même pour les souches déjà sensibles à ceux-ci, l'utilisation du complexe HAMLET permettait de diminuer la quantité nécessaire pour éliminer la bactérie. Par conséquent, les chercheurs croient que le complexe HAMLET pourrait contribuer à diminuer l'apparition des résistances aux antibiotiques et même renverser le processus chez les souches déjà résistantes.

Pour comprendre comment le HAMLET peut réussir ce tour de force, il faut d'abord savoir que certaines bactéries réussissent à résister aux antibiotiques grâce à un système de pompes insérées dans leur membrane. Grâce à celui-ci, elles parviennent donc à expulser l'antibiotique vers l'extérieur avant même qu'il n'ait eu le temps d'agir.

Les chercheurs croient que le complexe HAMLET permet d'augmenter la sensibilité aux antibiotiques en s'attaquant aux membranes des bactéries. En les déstabilisant, les pompes à antibiotiques deviendraient inefficaces et devant l'accumulation d'antibiotiques, les différentes souches de Staphylococcus aureus ne parviendraient plus à résister.

Cette découverte est très intéressante puisqu'elle ouvre la porte à de nouveaux traitements pour se débarrasser du tristement célèbre SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline). Ce microbe est en effet un problème important dans les hôpitaux puisque peu de traitements sont efficaces pour l'éliminer. Alors mesdames, lors de la prochaine tétée de votre bébé, pensez que vous produisez dans votre lait une substance qui pourrait bien être une solution à l'épineux problème de la résistance aux antibiotiques.

Référence:
Marks LR, Clementi EA, Hakansson AP (2013) Sensitization of Staphylococcus aureus to Methicillin and Other Antibiotics In Vitro and In Vivo in the Presence of HAMLET. PLoS ONE 8(5): e63158. doi:10.1371/journal.pone.0063158