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8 avril 2016

Doit-on condamner la poudre pour bébé ?

Depuis quelques semaines, les médias sociaux sont envahis par des articles parlant d’un lien entre la poudre pour bébé et le cancer. Ce petit vent de panique nous provient des États-Unis.

En effet, au Missouri, un jury a condamné la compagnie Johnson & Johnson à verser 72 millions de dollars à la famille d’une femme décédée d’un cancer des ovaires. On reprochait à la compagnie de ne pas avoir averti clairement ses utilisatrices que des études avaient mis en évidence un lien entre un des ingrédients, le talc, et le cancer des ovaires. Le talc est une substance minérale composée de magnésium, de silice et d’oxygène qui a la propriété d’absorber l’humidité.

La première étude supposant un lien entre le talc et le cancer des ovaires a été publiée en 1982. Une étude réalisée en 2015 auprès de 2 000 femmes a d’ailleurs obtenu des résultats similaires et a conclu que l’utilisation de talc dans la région génitale chez des femmes adultes augmentait par environ 30 % le risque de développer un cancer des ovaires. La méthodologie de l’étude a toutefois été critiquée par certains scientifiques.

De son côté, Johnson & Johnson persiste à dire que le talc est un ingrédient tout à fait sécuritaire. Selon la compagnie, la preuve en est qu’il est utilisé depuis une centaine d’années. Il faut d’ailleurs mentionner que d’autres études réalisées sur le sujet n’ont trouvé aucun lien entre l’utilisation du talc et le cancer.

Par ailleurs, aucune étude à ce jour n’a pu prouver que le talc causait directement le cancer chez certaines personnes. Les scientifiques ont également de la difficulté à proposer un mécanisme par lequel le talc pourrait remonter de la région génitale vers les ovaires.

En bref, le sujet reste hautement controversé. Cela se reflète d’ailleurs dans la position des différents organismes de santé publique. L’Organisation mondiale de la santé par exemple inclut le talc dans sa liste de substances possiblement cancérigènes, mais ce n’est pas le cas des CDC américains. Pourtant, la Société américaine du cancer recommande aux femmes d’utiliser de la fécule de maïs plutôt que du talc.

Qu’est-ce que cela signifie pour les parents ?
En fait, c’est probablement l’aspect le plus bizarre de cette histoire. Cette controverse ne concerne pas vraiment les parents. D’une part, les études dont il est question ont été réalisées pour la plupart chez des femmes ménopausées et jamais sur des bébés. Il n’est donc pas possible de savoir si ces préoccupations s’appliquent aux jeunes enfants. En effet, on peut supposer que ces femmes utilisaient la poudre depuis plus longtemps et d’une façon différente que lors d’un changement de couche !

D’autre part, et c’est probablement l’élément à retenir, le talc n’est plus recommandé depuis plusieurs années chez les bébés et ce n’est vraiment pas en raison d’un risque de cancer. En fait, c’est plutôt parce qu’il s’agit d’un produit très volatil. En effet, lorsqu’on l’utilise, il se forme rapidement un nuage dans l’air et un bébé pourrait ainsi respirer le produit. Le talc pourrait alors causer des problèmes aux poumons fragiles du nourrisson. La Société canadienne de pédiatrie recommande donc de l’éviter et d’utiliser plutôt une crème à base d’oxyde de zinc ou de gelée de pétrole, la bonne vieille vaseline.

À propos de la sécurité des produits et jouets pour bébé:

Sources:
Grens, Kerry. (2016, 2 mars) Can Talc Cause Cancer? The Scientist Magazine.

NHS choices (2016, 8 mars) Talc and ovarian cancer: what the most recent evidence shows. NHS Choices

Phelan, Michael. (2016, 9 mars). Study Links Talcum Powder Use to Increased Risk of Ovarian Cancer. The Legal Examiner.

Société canadienne de pédiatrie. (2013) L'érythème fessier. Soins de nos enfants.

27 mai 2014

Les malheurs de Sophie... la girafe!

Aujourd'hui, je réponds à la question de Cynthia Bertin : « Bonjour, je viens d'accoucher d'un 2e enfant et je viens de me faire dire que Sophie la girafe était cancérigène! Y a-t-il eu de vraies études faites ou s'agit-il seulement de spéculations? »

Jouet très prisé des nourrissons, Sophie la girafe a été vendue à 50 millions d'exemplaires depuis sa mise en marché il y a plus de 50 ans. Voilà cependant qu'en 2011, l'Association UFC-Que choisir crée la controverse : la célèbre girafe serait cancérigène!

L'organisme a en effet testé 30 jouets pour les tout-petits pour déterminer s'ils contenaient des toxines néfastes pour la santé. Ils ont ainsi déterminé que cette pauvre Sophie libérait des précurseurs des nitrosamines lorsqu'elle était mâchouillée.

Les précurseurs des nitrosamines sont des composés qui peuvent se transformer en nitrosamine dans certaines circonstances, par exemple en contact avec l'acidité de l'estomac. Les nitrosamines, elles, sont des substances qui se retrouvent couramment dans l'environnement. Elles proviennent de produits chimiques utilisés en agriculture, du tabac, des détergents, des médicaments, des textiles, etc. Elles sont même présentes naturellement dans certains aliments.

Le problème avec les nitrosamines, c'est qu'elles sont potentiellement cancérigènes. Pourquoi potentiellement? Parce qu'il n'existe pas d'études réalisées chez l'humain se penchant sur le sujet. Par contre, suffisamment de recherches effectuées sur les animaux confirment les propriétés cancérigènes de ces substances. Par mesure de précaution, la plupart des gouvernements en limitent donc la présence dans les jouets.

Revenons maintenant à Sophie. Dans leur étude, l'Association UFC-Que choisir a mesuré un niveau de 0,945 mg/kg de précurseurs des nitrosamines. Le fabricant de la jolie Sophie reconnaît en effet que des traces de nitrosamines se retrouvent dans le jouet. Elles proviendraient de la vulcanisation de la sève d'hévéa qui est utilisée pour la fabriquer. Cependant, selon lui, Sophie demeure un jouet sécuritaire.

Pourquoi? Tout simplement parce que la girafe respecte les normes françaises en vigueur. En France, les jouets peuvent contenir jusqu'à 1 mg de précurseurs des nitrosamines. Selon certains scientifiques, une exposition 100 000 fois supérieure à la réglementation est nécessaire pour voir des effets cancérigènes. Le fabricant de Sophie explique d'ailleurs qu'il faudrait manger 36 Sophie pour être exposé à la même quantité de nitrosamines qu'on retrouve dans un verre de bière.

Alors, pourquoi l'Association UFC-Que choisir est-elle inquiète? Parce que les suces et les tétines doivent respecter une autre norme. En effet, le taux de précurseurs toléré pour ce type de produit est beaucoup plus bas : 0,1 mg/kg (au Canada, on parle même de 0,01 mg/kg). C'est l'argument de l'organisme. Sophie est un jouet qui passe beaucoup de temps dans la bouche des bébés. Les normes pour les suces et les tétines devraient donc s'appliquer à ce jouet. C'est d'ailleurs déjà le cas en Allemagne.

Alors, le fond de la question est précisément là. Les normes sur la toxicité de certaines substances sont-elles assez sévères pour garantir la sécurité des bébés? Ce qui inquiète certains experts, c'est le cumul de l'exposition. En effet, rares sont les bébés qui se contentent de mâchouiller Sophie. Beaucoup de jouets y passent! De plus, on l'a mentionné, les nitrosamines sont présentes partout dans l'environnement. Quel impact cela peut-il avoir à long terme sur le développement des enfants? Beaucoup de questions pour un si petit jouet!

Petite précision : Après la parution de l'étude de l'Association UFC-Que choisir, le fabricant de Sophie s'est engagé à modifier la procédure de fabrication pour éliminer toute trace de nitrosamine. Sur le site de Vulli, on peut consulter le résultat des tests effectués en date du 6 décembre 2012. Selon le rapport, le jouet respecterait maintenant les normes en vigueur en Allemagne.

Chaque semaine, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse. (N'étant pas médecin, il ne m'est pas possible de répondre à des questions médicales sur l'état de santé d'une mère ou d'un bébé. Si vous éprouvez des inquiétudes à ce sujet, contactez plutôt un professionnel de la santé.)

Références :
Maccaud, Jérémy. (2011, 2 décembre) Sophie la girafe est-elle toxique? Le Figaro.fr. Consulté le 24 mai 2013

Prudhomme, Cécile. (2011, 1er décembre) « Que choisir » tord le cou de Sophie la Girafe. lemonde.fr. Consulté le 24 mai 2014.

Bertrand, Morgane. (2011, 2 décembre) Sophie la girafe, espèce menacée? Le Nouvel Observateur. Consulté le 24 mai 2014.

NTP. 2011. Report on Carcinogens, Twelfth Edition. Research Triangle Park, NC: U.S. Department of Health and Human Services, Public Health Service, National Toxicology Program. 499 pp.

Société canadienne de pédiatrie. (2014) Les recommandations sur l'usage des sucettes. Consulté le 24 mai 2014.

Gouvernement du Canada. (2014) Règlement sur les produits dangereux (sucettes).

18 avril 2014

Panique au sujet du Diclectin!

Une onde de choc a secoué le monde de la périnatalité. Un article publié dans le Journal of Obstetrics and Gyneaecology Canada (JOGC) remet en cause l'efficacité et la sécurité du Diclectin, un médicament utilisé pour soulager les nausées et les vomissements par la moitié des femmes enceintes au Canada. Certains médias ont même écrit « que l'utilisation de ces deux produits ensemble par la mère durant sa grossesse pourrait être reliée à un risque accru de cancer infantile chez son bébé. » Devant l'inquiétude des femmes, le centre IMAGe du CHU Sainte-Justine et la Société des obstétriciens-gynécologues du Canada ont souhaité réagir publiquement.

L'efficacité du Diclectin
Les auteurs de l'article du JOGC croient que le Diclectin, une combinaison de doxylamine et de vitamine B6, ne serait pas plus efficace que la vitamine B6 seule pour traiter les nausées et les vomissements. Les pharmaciens du centre IMAGe expriment toutefois leur désaccord. Selon eux, la combinaison des deux substances permettrait une libération retardée du médicament et les femmes pourraient ainsi le prendre au coucher tout en ayant un soulagement au matin. Cette façon d'utiliser la doxylamine et la vitamine B6 serait d'ailleurs basée sur une grande expérience clinique, expliquent les pharmaciens. De plus, l'histoire même du Diclectin démontrerait son efficacité. En effet, lorsqu'un équivalent de ce médicament a été retiré du marché en 1983, les experts ont observé une augmentation de 37 % des hospitalisations dues aux nausées et aux vomissements de grossesse.

La sécurité du Diclectin
Les auteurs, qui sont associés à l'Université de Toronto, croient que la sécurité du Diclectin n'est pas bien établie, contrairement à ce qu'en dit la Société des obstétriciens-gynécologues du Canada.

Par exemple, l'équipe ontarienne s'interroge sur une étude souvent citée pour justifier l'utilisation du médicament. Celle-ci, qui conclut que le Diclectin diminue la fréquence des malformations congénitales, n'aurait pas été réalisée sur 200 000 femmes comme on le rapporte habituellement, mais plutôt sur 130 000. Lorsqu'on tient compte de cette information, le Diclectin n'a alors plus d'effet positif sur les malformations congénitales. Selon le centre IMAGe, cette nouvelle analyse maintient toutefois que le Diclectin n'est pas associé à ce genre de complications.

Certaines petites études indiqueraient aussi que le Diclectin augmente les risques de sténose du pylore et de cancers infantiles, mentionnent les chercheurs de Toronto, tout en spécifiant que ceux-ci demeurent faibles.

Le centre IMAGe reconnaît que les recherches sur la sténose du pylore, une pathologie de l'estomac du nouveau-né, sont en effet contradictoires. Cependant, cette condition est très rare et n'affecte que 2 à 3 enfants sur 1000. Même en supposant que le Diclectin en accentue la fréquence, on parlerait alors seulement de 5 enfants sur 1000. Par ailleurs, ce problème se développe en fin de grossesse alors que le Diclectin est plutôt utilisé pendant le premier trimestre.

Enfin, le centre IMAGe répond aux inquiétudes des chercheurs concernant le risque de cancers infantiles. Les pharmaciens du CHU Sainte-Justine soulignent que deux publications seulement se sont penchées sur les liens entre le Diclectin et ce type de cancer et qu'elles n'ont pas trouvé d'association significative sauf en analyse secondaire. De plus, certaines limites méthodologiques limiteraient la portée de ces résultats.

Alors, que faut-il en penser? 
Selon l'article du JOGC, les recommandations pour la gestion des nausées et des vomissements pendant la grossesse devraient être modifiées pour favoriser la prescription de traitements alternatifs comme la vitamine B6. 

Du côté du centre IMAGe du CHU Sainte-Justine, on dit plutôt que le Diclectin demeure une option de première ligne. Bien sûr, si la vitamine B6 seule offre un soulagement à la femme enceinte, elle peut aussi être utilisée. Il ne faut toutefois pas minimiser les risques de ne pas traiter les nausées et les vomissements pendant la grossesse, tiennent-ils à souligner. 

Enfin, la Société des obstétriciens-gynécologues du Canada maintient que le Diclectin ne pose aucun danger pendant la grossesse.

Un équivalent du Diclectin a été commercialisé pour la première fois dans les années 1950. Selon le fabricant, 33 millions de femmes ont utilisé ce médicament pour soulager leurs nausées et leurs vomissements pendant la grossesse.

Références : 

Koehler, Geoff (2014, 15 avril) Despite claims, commonly prescribed medication doesn't reduce birth defects, study finds. University of Toronto.

Persaud N, Chin J, Walker M. (2014) Should doxylamine-pyridoxine be used for nausea and vomiting of pregnancy? J Obstet Gynaecol Can 36(4)343-8.

Société des Obstétriciens et Gynécologues du Canada. Nouvelles à la SOGC. L’utilisation du Diclectin ne pose aucun danger.

14 janvier 2014

Question de la semaine : Que contiennent les produits pour bébé?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Sarah Mainguy : « Qu'est-ce que ne devrait pas contenir un savon ou une crème pour bébé pour être meilleur pour la santé? »

Parabène, phtalate, dioxane, formaldéhyde, phénoxyéthanol... Qu'ont-ils en commun? Non, ils ne donnent pas seulement beaucoup de points au Scrabble. Il s'agit en fait d'ingrédients pouvant se retrouver dans des produits d'hygiène pour bébé comme le shampoing, la lotion ou les lingettes pour les fesses.

Selon certains groupes environnementaux comme le Environmental Working Group, les tout-petits seraient exposés à 27 produits chimiques par jour dont certains sont associés au cancer, à des dommages pour le cerveau ou le système nerveux, aux allergies et aux perturbateurs endocriniens. D'après cet organisme, les parents devraient être prudents puisque la mention « pour enfants » ne garantit pas que le produit ait été testé ou soit sécuritaire. De plus, les enfants seraient plus vulnérables aux effets secondaires : leur peau est plus mince, ils respirent un plus grand volume d'air qu'un adulte et la barrière entre leur sang et leur cerveau n'est pas encore complètement formée.

Certains manufacturiers ont d'ailleurs cédé à la pression. Scientific American rapporte qu'en 2013, Johnson & Johnson a éliminé le formaldéhyde, les parabènes, le triclosan, les phtalates et les muscs polycycliques de leurs produits pour bébé. Ils ont aussi tenté de diminuer la quantité de dioxane. Selon la compagnie, la science démontrerait que ces ingrédients ne constituent pas un danger mais, devant l'inquiétude des consommateurs, ils ont choisi de modifier la composition de leurs produits.

Alors, que sait-on des substances chimiques se trouvant dans les cosmétiques pour bébé et doit-on les éviter?

Les phtalates
Selon certaines études, les phtalates perturberaient le développement normal des enfants. Entre autres, ces produits dérangeraient le fonctionnement des hormones et pourraient affecter le système reproducteur, en particulier chez les garçons. Ces substances augmenteraient aussi la fréquence des allergies. Bien que certains experts croient que les phtalates ne constituent pas un danger pour la population en général, la situation pourrait être différente pour les tout-petits qui sont en pleine croissance.

D'après une étude publiée dans la revue Pediatrics, les enfants exposés à des lotions pour bébé, de la poudre ou des shampoings ont des niveaux plus élevés de phtalate dans leur organisme puisqu'on peut en détecter les produits de dégradation dans leur urine. Les chercheurs concluent donc que les phtalates peuvent être absorbés par la peau des bébés et qu'il est préférable de réduire l'utilisation de ce type de cosmétiques.

D'autres scientifiques ont toutefois mis ces conclusions en doute. Selon eux, la principale voie d'exposition aux phtalates est par la bouche et non pas par la peau. De plus, la qualité de l'étude serait discutable. Les critiques croient qu'il n'est pas justifié de recommander aux parents de ne pas utiliser de produits pour bébés. Enfin, une nouvelle recherche réalisée en 2013 semble indiquer que la présence de phtalate y est très faible.

Les parabènes
Les parabènes sont des agents de conservation utilisés pour limiter la croissance des bactéries. Comme les phtalates, les parabènes pourraient affecter le fonctionnement des hormones et le système reproducteur. Bien qu'une étude ait associé les parabènes au cancer du sein, ce résultat n'aurait toutefois pas pu être confirmé par la suite.

Selon un article publié en 2013, les parabènes seraient assez communs dans les produits pour bébé. Entre autres, six marques de lingettes vendues en France en contiendraient. D'après des médecins de l'université Yale, le niveau de parabènes se trouvant dans les produits cosmétiques serait généralement sécuritaire mais pourrait causer des irritations ou des allergies chez certaines personnes. L'effet sur les tout-petits semble toutefois moins bien connu.

Le phénoxyéthanol
Selon une étude européenne, le phénoxyéthanol se retrouverait dans 14 marques de lingettes pour bébé vendues en France. À forte dose, ce produit est toxique pour le système reproducteur et pour le développement. Il est d'ailleurs interdit par l'Agence nationale de sécurité du médicament en France. En réaction à ces résultats, les chercheurs suggèrent de privilégier l'eau et le savon aux lingettes pour bébés.

Le dioxane et le formaldéhyde
Selon un article du Washington Post, des traces de dioxane et de formaldéhyde ont été détectées dans du shampoing, du gel de bain, des lotions et des lingettes pour bébé. En effet, 80 % des produits testés contentaient du formaldéhyde et 66% du dioxane. Certains experts croient toutefois que l'absorption de ces substances est très faible puisqu'elles sont généralement rincées après usage.

Le formaldéhyde peut causer des cancers si on l'ingère et le dioxane, si on le respire. Les scientifiques ignorent par contre les effets possibles lorsque c'est la peau qui entre en contact avec ces contaminants. Ce qui complique aussi l'évaluation des risques, c'est que les études sur ces deux ingrédients ont été réalisées sur des individus exposés de façon chronique pendant des années ou sur des animaux, des situations très différentes de celles vécues par un bébé.

Enfin, les emballages de cosmétiques indiquent rarement la présence de dioxane ou de formaldéhyde puisqu'ils ne sont pas de véritables ingrédients. Le dioxane est un contaminant généré par le processus manufacturier alors que le formaldéhyde est en fait un produit de la dégradation de certains agents de conservation.

Les fragrances et les parfums
Depuis 2006, Santé Canada oblige les manufacturiers de produits cosmétiques à indiquer la liste d'ingrédients sur leurs étiquettes. Ce règlement ne s'applique toutefois pas aux fragrances et aux parfums. Sous cette appellation, on peut donc regrouper une foule de composés chimiques.

Par exemple, les muscs polycycliques sont utilisés pour masquer les odeurs chimiques dans les produits dits « non parfumés ». On connaît encore peu leurs effets sur la santé et l'environnement. Ils sont facilement absorbés par la peau et s'accumulent dans les tissus graisseux. On croit entre autres qu'ils empêchent le fonctionnement de certaines pompes nécessaires pour se débarrasser des médicaments, ce qui leur permettrait de s'accumuler dans les cellules.

Certains phtalates peuvent aussi être utilisés comme fragrance et ne pas être indiqués dans la liste des ingrédients.

La conclusion?
Si on sait que certaines substances chimiques problématiques se retrouvent effectivement dans les produits cosmétiques pour bébé, on connaît moins leurs effets sur le développement de l'enfant. Les recommandations des experts sont tout aussi nébuleuses. Certains suggèrent d'éviter par précaution les produits contenant les ingrédients mentionnés plus haut. D'autres croient plutôt que les données scientifiques dont nous disposons ne sont pas suffisantes pour alarmer les parents. Par conséquent, la seule chose qui semble évidente, c'est que davantage de recherche sur le sujet sera bienvenu.


Références :
(2013) Alerte sur les lingettes et laits de toilette pour bébés.Le figaro. Consulté le 12 janvier 2014.

 American Chemical Society (2013, 11 décember). Personal care products possible sources of potentially harmful parabens for babies. ScienceDaily. Consulté le 12 janvier 2014.

Bailey, J. (2008) Baby products and phthalates. Pediatrics. 122(3):674-5; author reply 675. doi: 10.1542/peds.2008-1311.

Braun JM, Sathyanarayana S, Hauser R. (2013) Phthalate exposure and children's health. Curr Opin Pediatr. 25(2):247-54. doi: 10.1097/MOP.0b013e32835e1eb6.

Brown, D. (2009) Review Finds Modest Risk From Children's Toiletries. The Washington Post. consulté le 12 janvier 2004.

Environmental Working Group.(2007, 1er novembre) Children Exposed Daily to Personal Care Products With Chemicals Not Found Safe For Kids. Communiqué de presse.Consulté le 12 janvier 2014.

Fondation David Suzuki. (n.d.) La réglementation canadienne des produits cosmétiques a besoin de se refaire une beauté. Consulté le 12 janvier 2014. 

Kay, J. and Environmental Health News. (2013) Johnson & Johnson Removes Some Chemicals from Baby Shampoo, Other Products. Scientific American. Consulté en ligne le 12 janvier 2014. 

Potera, C. (2007) Chemical Exposures: The Sweet Scent on Baby’s Breath? Environ Health Perspect. 2007 October; 115(10): A491.

Sathyanarayana S, Karr CJ, Lozano P, Brown E, Calafat AM, Liu F, Swan SH. (2008) Baby care products: possible sources of infant phthalate exposure. Pediatrics. 121(2):e260-8. doi: 10.1542/peds.2006-3766.

Yale Medical Group. (n. d.) How Safe Are Cosmetics and Personal Care Products? Consulté le 12 janvier 2014.

21 mai 2013

Question de la semaine: Angelina, le gène BRCA1 et l'allaitement?

Cette semaine, je réponds à la question de Chantal Caissié: "On entend beaucoup parler de la mutation qui augmente les risques de cancer du sein d'Angelina Jolie. Est-ce que l'allaitement peut, dans ce cas, diminuer le pourcentage?"

L'annonce d'Angelina Jolie concernant l'ablation préventive de ses deux seins a permis de faire connaître au grand public deux gènes importants dans la prévention du cancer du sein: BRCA1 et BRCA2. En effet, Angelina Jolie est porteuse d'une mutation dans le gène BRCA1, ce qui la rend plus susceptible de développer un cancer du sein.

On estime que les porteuses de cette mutation ont un risque de 80 % de souffrir d'un cancer du sein à 70 ans et de 30 à 40 % pour le cancer des ovaires. Pour ce qui est des porteuses d'une mutation dans le gène BRCA2, celles-ci ont un risque de 50 % de développer un cancer du sein et de 10 à 15 % pour le cancer des ovaires. Les mutations dans les gènes BRCA1 et BRCA2 sont responsables de 5 % des cas de cancer du sein.

Lorsqu'ils sont fonctionnels, les gènes BRCA1 et BRCA2 permettent aux cellules de fabriquer deux protéines responsables de garder l'ADN intact. Cette fonction est primordiale puisque l'ADN de nos cellules est souvent endommagé par différents agents comme les rayons UV, les radiations et les substances chimiques. Lorsque cela arrive, il est critique de réparer l'ADN pour éviter que des gènes défectueux se propagent et donnent naissance à des cellules cancéreuses. Pour cette raison, on appelle les gènes comme BRCA1 et BRCA2 des gènes suppresseurs de tumeur.

En particulier, les protéines issues de ces deux gènes jouent un rôle pour réparer l'ADN. Elles vont aussi assurer que les cellules ne se multiplient pas tant que l'ADN n'est pas complètement réparé. Par conséquent, lorsque les gènes BRCA1 et BRCA2 sont mutés, ils ne peuvent plus produire des protéines fonctionnelles et l'ADN ne peut plus être réparé de façon adéquate. De nouvelles mutations s'accumulent alors et des cellules cancéreuses peuvent voir le jour.

Et l'allaitement dans tout ça?
On sait déjà que le fait d'avoir allaité est un facteur de protection contre le cancer du sein. Lors de l'allaitement, l'exposition aux hormones ovariennes comme l'estrogène et la progestérone diminue puisque le nombre de cycle ovulatoire est moindre. Le développement des lobules du sein pourrait aussi avoir un impact sur le développement du cancer. Enfin, la production de lait pourrait éviter l'accumulation de substances toxiques dans les canaux du sein.

Cependant, ces mécanismes sont-ils toujours efficaces pour les femmes porteuses de mutations dans les gènes BRCA1 ou BRCA2? Après tout, il s'agit d'une forte prédisposition à développer un cancer.

Il semblerait pourtant que oui pour ce qui est du gène BRCA1. En effet, le fait d'avoir allaité réduit significativement le risque de cancer du sein pour les femmes porteuses d'une copie mutée de BRCA1. La durée de l'allaitement semble aussi un facteur important.

Cette observation pourrait s'expliquer par le fait que les gènes BRCA semblent aussi impliquer dans la différentiation des cellules du sein. D'ailleurs, une mutation du gène BRCA1 est associée à une multiplication anormale des cellules du sein lors de l'allaitement.

La protection de l'allaitement ne semble toutefois pas présente pour les porteuses d'une mutation dans le gène BRCA2. Le développement des cancers BRCA1 et BRCA2 étant plutôt différent, cela pourrait expliquer que le degré de protection provenant de l'allaitement soit différent.

En conclusion, pour les femmes qui sont porteuses d'une mutation dans le gène BRCA1, l'allaitement peut constituer une mesure préventive au développement d'un cancer du sein. Enfin mentionnons que les femmes qui ont subi l'ablation préventive des seins avant la venue de leurs enfants, n'ont pas à s'inquiéter de l'impact du non-allaitement sur leurs risques de développer un cancer du sein. En effet, l'ablation préventive diminue les risques jusqu'à un niveau si bas que le fait de ne pas allaiter n'est alors plus un facteur important.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
O'Donovan PJ, Livingston DM. (2010) BRCA1 and BRCA2: breast/ovarian cancer susceptibility gene products and participants in DNA double-strand break repair. Carcinogenesis. 31(6):961-7. doi: 10.1093/carcin/bgq069. Epub 2010 Apr 16.

Kotsopoulos J, Lubinski J, Salmena L, Lynch HT, Kim-Sing C, Foulkes WD, Ghadirian P, Neuhausen SL, Demsky R, Tung N, Ainsworth P, Senter L, Eisen A, Eng C, Singer C, Ginsburg O, Blum J, Huzarski T, Poll A, Sun P, Narod SA; Hereditary Breast Cancer Clinical Study Group. (2012) Breastfeeding and the risk of breast cancer in BRCA1 and BRCA2 mutation carriers. Breast Cancer Res. 2012 Mar 9;14(2):R42.

Jernström H, Lubinski J, Lynch HT, Ghadirian P, Neuhausen S, Isaacs C, Weber BL, Horsman D, Rosen B, Foulkes WD, Friedman E, Gershoni-Baruch R, Ainsworth P, Daly M, Garber J, Olsson H, Sun P, Narod SA. (2004) Breast-feeding and the risk of breast cancer in BRCA1 and BRCA2 mutation carriers. J Natl Cancer Inst. 2004 Jul 21;96(14):1094-8.

18 juin 2012

Question de la semaine: Le lait maternel pourrait-il aider une personne dont le système immunitaire est affaibli par la chimiothérapie?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Chantal Caissié: "Le lait maternel peut-il aider une personne dont le système immunitaire est affaibli par la chimiothérapie?"

Lorsqu'une personne est atteinte d'un cancer, cela signifie que certaines cellules de son corps sont maintenant hors de contrôle et se multiplient de façon anarchique, causant les dommages qu'on connaît. Pour cette raison, l'équipe médicale aura parfois recours à des médicaments hautement toxiques pour les cellules qui se divisent rapidement. C'est ce qu'on appelle la chimiothérapie.

Malheureusement, ces médicaments ne font pas la différence entre les cellules cancéreuses et les cellules pour qui la multiplication rapide est normale, comme les cellules du système immunitaire. Celles-ci sont donc détruites et le patient n’a pour ainsi dire plus de système immunitaire fonctionnel, ce qui le rend très à risque de contracter des infections.

Comme on le sait, le lait maternel est un liquide biologique composé de nombreux facteurs immunitaires. Il contient plusieurs molécules antimicrobiennes, dont les fameux anticorps, ces protéines capables d'attaquer spécifiquement une foule de microorganismes. Par conséquent, lorsqu'une personne reçoit du lait maternel, il reçoit du fait même une certaine protection contre les infections. On dit alors qu'il est immunisé. Toutefois, on parle d'une immunisation passive. En effet, comme ce n'est pas le propre système immunitaire de la personne qui produit ces anticorps, la mémoire immunitaire ne s'établit pas et la protection fournie par les anticorps n'est que temporaire.

En théorie, une personne dont le système immunitaire est détruit par la chimiothérapie pourrait donc être protégée partiellement en recevant du lait maternel. Toutefois, dans la pratique, la situation peut être plus compliquée.

En effet, dans certains cas, le système immunitaire est à ce point détruit que le moindre microbe peut causer des infections sévères. Il faut alors prendre certaines mesures pour diminuer au minimum l’exposition à des microorganismes. Par exemple, dans certains cas, il peut être nécessaire de stériliser la nourriture du patient.

Malheureusement, le lait maternel n’est pas considéré stérile. On sait d'ailleurs que certains virus présents dans le lait maternel peuvent causer problème chez les bébés dont le système immunitaire est déficient. Il faut alors évaluer les risques associés à la présence de ces microorganismes dans le lait, les bénéfices associés aux molécules antimicrobiennes qu'il contient et bien sûr, l'état du patient. Enfin, il existe des méthodes pour stériliser le lait. Par exemple, les banques de lait ont des procédures particulières pour en diminuer la charge microbienne.

De plus, il est difficile de déterminer la quantité de lait nécessaire pour voir un effet chez un adulte. À titre indicatif, un bébé consomme 750 à 1000 mL par jour lorsqu'il est allaité exclusivement.

En conclusion, le lait maternel pourrait théoriquement être utilisé pour offrir une certaine forme d'immunisation aux patients soumis à des traitements de chimiothérapie mais il faudrait alors bien évaluer les risques d'infections possibles. Dans la pratique, les quantités de lait nécessaire seraient peut-être aussi trop importante. Finalement, la faisabilité d'un tel traitement demeure aussi problématique puisque dans le contexte actuel, on ne parvient même pas à offrir du lait maternel aux grands prématurés qui en ont tant besoin.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.
(N'étant pas médecin, il ne m'est pas possible de répondre à des questions médicales sur l'état de santé d'une mère ou d'un bébé. Si vous éprouvez des inquiétudes à ce sujet, contactez plutôt un professionnel de la santé.)

Références:
Marieb, Elaine N. (2008) Biologie humaine, 2éd., Montréal: Éditions du Renouveau Pédagogique.

Poliquin CM. (1990) Post-bone marrow transplant patient management. Yale J Biol Med. 63(5):495-502.

Walker, Marsha. (2006) Breastfeeding Management for the Clinician: Using the Evidence. Mississauga: Jones & Bartlett Learning.

30 mai 2012

Fécondation in vitro et cancer du sein

Le désir d'enfant peut être très fort et lorsque la nature n'est pas coopérative, certaines femmes se tournent vers des techniques de procréation assistée comme la fécondation in vitro (FIV). Ce faisant, ces futures mères mettent-elles leur propre santé en péril?

Des chercheurs australiens ont tenté de répondre à cette question en évaluant les risques de développer un cancer du sein suite à une FIV.

Pour ce faire, ils ont évalué l'état de santé de 21025 australiennes âgées de 20 à 44 ans et ayant vécu un traitement pour l'infertilité entre 1983 et 2002. 

Lorsque les chercheurs ont étudié toutes ces femmes, peu importe leur âge, ils n'ont pas trouvé d'association entre les FIV et les cancers du sein. Par contre, en restreignant leur étude aux femmes de moins de 24 ans, ils ont constaté que celles qui avaient subi une une FIV avaient un risque significativement plus élevé de développer un cancer du sein que les femmes qui avaient subi d'autres types de traitements d'infertilité.

Bien qu'il existe plusieurs façons de procéder à une FIV, la méthode conventionnelle consiste en une hyperstimulation des ovaires à l'aide d'hormones. Les ovules produites sont ensuite prélevées et traitées puis mises en présence du sperme, lui aussi préalablement préparé pour la procédure. Suite à la fécondation, les embryons sont mis en culture, sélectionnés et enfin transférés dans le corps de la femme.

Les chercheurs concluent donc que la FIV en jeune âge pourrait être associée à un risque plus élevé de cancer du sein. Cette conclusion devrait donc influencer les informations qu'on transmet aux jeunes femmes qui éprouvent des problèmes d'infertilité.

Référence: Stewart LM, Holman CD, Hart R, Bulsara MK, Preen DB, Finn JC. In vitro fertilization and breast cancer: is there cause for concern? Fertil Steril. 2012 May 17. [Epub ahead of print]


25 mai 2012

L'allaitement et les cancers ovariens

On aime bien rappeler aux mères que l'allaitement est très important pour la santé de leur bébé. On oublie malheureusement trop souvent de leur dire qu'il est aussi important pour leur propre santé. En effet, l'allaitement diminue significativement les risques pour la femme de développer un certain nombre de cancers.

Des chercheurs ont voulu en savoir plus sur les cancers ovariens en étudiant 2221 femmes de la région de Washington qui avaient eu au moins un enfant.

Ils ont ainsi observé que les femmes qui n'avaient jamais allaité avaient 22 % plus de risque de développer ce type de cancer. Par ailleurs, il semblerait que les effets de l'allaitement soit cumulatif puisque le risque de développer un cancer des ovaires diminue au fur et à mesure que la durée de l'allaitement augmente. En effet, les femmes qui avaient allaité 18 mois, avaient 44 % moins de risque de souffrir d'un cancer ovarien.

Par conséquent, en faisant la promotion de l'allaitement mais, surtout, en offrant du support aux mères pour leur permettre de poursuivre celui-ci, on promouvoit et on supporte aussi la santé des femmes.

Référence: S. J. Jordan, K. L. Cushing-Haugen, K. G. Wicklund, J. A. Doherty and M. A. Rossing. (2012) Breast-feeding and risk of epithelial ovarian cancer. Cancer Causes and Control, 23 (6); 919-927.