21 mai 2013

Question de la semaine: Angelina, le gène BRCA1 et l'allaitement?

Cette semaine, je réponds à la question de Chantal Caissié: "On entend beaucoup parler de la mutation qui augmente les risques de cancer du sein d'Angelina Jolie. Est-ce que l'allaitement peut, dans ce cas, diminuer le pourcentage?"

L'annonce d'Angelina Jolie concernant l'ablation préventive de ses deux seins a permis de faire connaître au grand public deux gènes importants dans la prévention du cancer du sein: BRCA1 et BRCA2. En effet, Angelina Jolie est porteuse d'une mutation dans le gène BRCA1, ce qui la rend plus susceptible de développer un cancer du sein.

On estime que les porteuses de cette mutation ont un risque de 80 % de souffrir d'un cancer du sein à 70 ans et de 30 à 40 % pour le cancer des ovaires. Pour ce qui est des porteuses d'une mutation dans le gène BRCA2, celles-ci ont un risque de 50 % de développer un cancer du sein et de 10 à 15 % pour le cancer des ovaires. Les mutations dans les gènes BRCA1 et BRCA2 sont responsables de 5 % des cas de cancer du sein.

Lorsqu'ils sont fonctionnels, les gènes BRCA1 et BRCA2 permettent aux cellules de fabriquer deux protéines responsables de garder l'ADN intact. Cette fonction est primordiale puisque l'ADN de nos cellules est souvent endommagé par différents agents comme les rayons UV, les radiations et les substances chimiques. Lorsque cela arrive, il est critique de réparer l'ADN pour éviter que des gènes défectueux se propagent et donnent naissance à des cellules cancéreuses. Pour cette raison, on appelle les gènes comme BRCA1 et BRCA2 des gènes suppresseurs de tumeur.

En particulier, les protéines issues de ces deux gènes jouent un rôle pour réparer l'ADN. Elles vont aussi assurer que les cellules ne se multiplient pas tant que l'ADN n'est pas complètement réparé. Par conséquent, lorsque les gènes BRCA1 et BRCA2 sont mutés, ils ne peuvent plus produire des protéines fonctionnelles et l'ADN ne peut plus être réparé de façon adéquate. De nouvelles mutations s'accumulent alors et des cellules cancéreuses peuvent voir le jour.

Et l'allaitement dans tout ça?
On sait déjà que le fait d'avoir allaité est un facteur de protection contre le cancer du sein. Lors de l'allaitement, l'exposition aux hormones ovariennes comme l'estrogène et la progestérone diminue puisque le nombre de cycle ovulatoire est moindre. Le développement des lobules du sein pourrait aussi avoir un impact sur le développement du cancer. Enfin, la production de lait pourrait éviter l'accumulation de substances toxiques dans les canaux du sein.

Cependant, ces mécanismes sont-ils toujours efficaces pour les femmes porteuses de mutations dans les gènes BRCA1 ou BRCA2? Après tout, il s'agit d'une forte prédisposition à développer un cancer.

Il semblerait pourtant que oui pour ce qui est du gène BRCA1. En effet, le fait d'avoir allaité réduit significativement le risque de cancer du sein pour les femmes porteuses d'une copie mutée de BRCA1. La durée de l'allaitement semble aussi un facteur important.

Cette observation pourrait s'expliquer par le fait que les gènes BRCA semblent aussi impliquer dans la différentiation des cellules du sein. D'ailleurs, une mutation du gène BRCA1 est associée à une multiplication anormale des cellules du sein lors de l'allaitement.

La protection de l'allaitement ne semble toutefois pas présente pour les porteuses d'une mutation dans le gène BRCA2. Le développement des cancers BRCA1 et BRCA2 étant plutôt différent, cela pourrait expliquer que le degré de protection provenant de l'allaitement soit différent.

En conclusion, pour les femmes qui sont porteuses d'une mutation dans le gène BRCA1, l'allaitement peut constituer une mesure préventive au développement d'un cancer du sein. Enfin mentionnons que les femmes qui ont subi l'ablation préventive des seins avant la venue de leurs enfants, n'ont pas à s'inquiéter de l'impact du non-allaitement sur leurs risques de développer un cancer du sein. En effet, l'ablation préventive diminue les risques jusqu'à un niveau si bas que le fait de ne pas allaiter n'est alors plus un facteur important.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
O'Donovan PJ, Livingston DM. (2010) BRCA1 and BRCA2: breast/ovarian cancer susceptibility gene products and participants in DNA double-strand break repair. Carcinogenesis. 31(6):961-7. doi: 10.1093/carcin/bgq069. Epub 2010 Apr 16.

Kotsopoulos J, Lubinski J, Salmena L, Lynch HT, Kim-Sing C, Foulkes WD, Ghadirian P, Neuhausen SL, Demsky R, Tung N, Ainsworth P, Senter L, Eisen A, Eng C, Singer C, Ginsburg O, Blum J, Huzarski T, Poll A, Sun P, Narod SA; Hereditary Breast Cancer Clinical Study Group. (2012) Breastfeeding and the risk of breast cancer in BRCA1 and BRCA2 mutation carriers. Breast Cancer Res. 2012 Mar 9;14(2):R42.

Jernström H, Lubinski J, Lynch HT, Ghadirian P, Neuhausen S, Isaacs C, Weber BL, Horsman D, Rosen B, Foulkes WD, Friedman E, Gershoni-Baruch R, Ainsworth P, Daly M, Garber J, Olsson H, Sun P, Narod SA. (2004) Breast-feeding and the risk of breast cancer in BRCA1 and BRCA2 mutation carriers. J Natl Cancer Inst. 2004 Jul 21;96(14):1094-8.

4 commentaires:

  1. Très intéressant. Je me permets néanmoins d'apporter une rectification à cette phrase : "exposition aux hormones ovariennes comme l'oestrogène et la progestérone diminue puisque le nombre de cycle ovulatoire est moindre."
    J'ai mon retour de couches à chaque fois comme si je n'allaitais pas, et je ne suis pas la seule. On ne peut donc pas généraliser la diminution des cycles et en faire un principe de base. Il serait donc plus judicieux d'ajouter "dans la majorité des cas" à cette information, afin qu'elle soit correcte. Sinon, c'est une tromperie faite aux femmes...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il ne s’agit pas d’une généralisation mais plutôt d’un mécanisme proposé pour expliquer un phénomène observé dans la population. Il faut bien comprendre que lorsqu’on élabore une théorie, on se base sur ce qui constitue la norme dans la population étudiée. Dans le cas du retour de la fertilité en lien avec l’allaitement, on sait que celui-ci peut être affecté par une multitude de facteurs (le nombre de tétées, la durée des tétées, l’intervalle entre les tétées, le statut hormonal de la femme, etc.) Par conséquent, si on étudie une femme en particulier, on risque de ne pas arriver aux bonnes conclusions puisque celle-ci peut être un cas spécial qui n’est pas représentatif de l’ensemble des femmes. Pour cette raison, on étudie plutôt une population de femmes ce qui permet de tenir compte de ces facteurs dits confondants. On observe alors que si on contrôle pour ces facteurs, les femmes qui allaitent ont globalement moins de cycles ovulatoires que celles qui n’allaitent pas. C’est donc ce qui constitue la norme des populations étudiées. Vous avez tout-à-fait raison que certaines femmes ont leur retour de couche plus tôt même si elles allaitent. Cependant, ce n’est vraisemblablement pas en raison de l’allaitement mais plutôt d’un des facteurs confondants. Ces cas anecdotiques ne sont donc pas pertinents pour l’élaboration d’une théorie.

      Supprimer
  2. L'allaitement procure d'innombrables bienfaits aux femmes, surtout pour ce qui est de la diminution du risque de cancer de seins, merci de nous l'avoir rappelé car cette raison est l'une des principales arguments pour sensibiliser les femmes à allaiter. Le côté négatif de l'ablation des seins avant bébé c'est qu'elle n'offre plus cette possibilité d'allaiter son bébé. Et ce point, je crois, n'est pas à prendre à la légère.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Même si mon billet abordait plutôt l'effet protecteur de l'allaitement pour prévenir les cancers du sein, vous avez tout-à-fait raison que l'ablation des seins prive la mère et l'enfant de la relation d'allaitement. C'est un aspect qui devrait effectivement être pris en compte au moment de la prise de décision.

      Supprimer