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29 mai 2014

Du Ritalin à 2 ans?

Un rapport du Center for Disease Control (CDC) révèle une situation inquiétante : selon certaines estimations, plus de 10 000 enfants de 2 ou 3 ans aux États-Unis reçoivent de la médication pour traiter un trouble de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Ces résultats ont été présentés au Georgia Mental Health Forum le 16 mai dernier et ont fait l'objet d'un article dans le New York Times.

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs du CDC ont épluché les réclamations faites auprès du programme Medicaid ou des compagnies d'assurances privées. Ils ont ainsi calculé qu'en Géorgie, 1 tout-petit sur 225 était traité avec des psychostimulants comme le Ritalin ou l'Adderall.

Cette situation inquiète les experts américains puisque ce traitement n'est pas du tout recommandé par les organisations médicales comme l'Académie américaine de pédiatrie (AAP). En fait, cet organisme n'offre même pas de lignes directrices pour diagnostiquer un TDAH chez les moins de 3 ans. Il existe en effet très peu de données scientifiques permettant d'établir ce genre de diagnostic en bas âge.

Avant 4 ans, l'hyperactivité et l'impulsivité font partie du développement normal d'un enfant. Certains experts américains croient donc que la prescription de médicaments comme le Ritalin ou l'Adderall à des tout-petits est une faute professionnelle. Les risques d'effets secondaires sont en effet plus grands chez ces jeunes enfants. Les scientifiques citent entre autres le retard de croissance, l'insomnie, la perte d'appétit et les hallucinations. Certains s'inquiètent également de problèmes cardiaques potentiels et de la dépendance aux drogues à l'adolescence ou à l'âge adulte.

Même chez les 4 à 5 ans, la thérapie comportementale constitue la première option de traitement en présence de symptômes d'hyperactivité ou d'inattention. On enseigne alors aux parents à offrir un environnement plus structuré à leur enfant. On leur explique aussi comment développer un lien positif avec leur petit et comment utiliser efficacement la discipline. Enfin, on aide les parents à avoir des attentes réalistes par rapport au comportement de leur enfant. Dans les cas où ces approches n'apportent aucune amélioration et que l'enfant ne peut pas fonctionner adéquatement dans le quotidien, le médecin pourrait envisager la médication. Ces situations sont toutefois exceptionnelles selon les chercheurs du CDC.

La situation au Québec
Il existe peu d'information sur le TDAH chez les tout-petits québécois. Selon des chiffres de l'Institut de la statistique, 8 % des enfants ont un niveau élevé de symptômes d'hyperactivité et d'inattention entre 3 ans et demi et 8 ans alors que pour 38 % d'entre eux, on parle plutôt d'un niveau modéré. L'Institut universitaire en santé mentale Douglas aborde pour sa part le sujet de l'âge recommandé pour commencer la médication. D'après leur site web, les médicaments peuvent être utilisés à partir de la première année, mais dans 2 à 3 cas sur 500, ils sont offerts à des enfants d'âge préscolaire.

Selon les experts américains, les médicaments pour traiter le TDAH constituent parfois la solution facile de médecins pressés pour parents désemparés. Ce n'est donc pas tout de remettre en question leur utilisation. Investir dans le soutien aux familles représente peut-être la seule vraie façon d'aider ces enfants à s'épanouir.

Sources :

Visser, Susanna.(2014) Implementing the IDT Strategic Plan & Unpacking the GA Data Among Young Children in GA. Rosalynn Carter Georgia Mental Health Forum. 48-67.

Cardin, J.F., Desrosiers, H., Belleau, L., Giguère, C. et Boivin, M. (2011) Les symptômes d’hyperactivité et d’inattention chez les enfants de la période préscolaire à la deuxième année du primaire. Institut de la statistique du Québec : portraits & trajectoires no. 12.

Institut universitaire en santé mentale Douglas. (2012) Réponses d'experts : Déficit de l'attention.

17 juin 2013

Question de la semaine: Y a-t-il un lien entre la césarienne et le TDAH?

Cette semaine, je réponds à la question d'Isabelle Johnson: "J’aimerais savoir s’il y a une étude ou un lien prouvant l’augmentation des cas de TDAH chez l’enfant né par césarienne versus l’enfant né par voies vaginales."

Le trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH) est un problème au niveau du comportement chez l'enfant caractérisé par une difficulté à se concentrer et accompagné d'hyperactivité ou d'impulsivité. Il s'agit d'un trouble encore mal caractérisé et dont les causes et facteurs de risque sont plutôt complexes.

On croit de plus en plus que la cause principale du TDAH est une prédisposition génétique. Cependant, sa transmission d'une génération à l'autre ne semble pas suivre les règles habituelles de la génétique. Pour cette raison, les experts supposent que plusieurs gènes pourraient être impliqués. De plus, ces gènes défectueux pourraient exercer leur influence seulement si certains facteurs environnementaux sont présents.

En d'autres termes, si un enfant est prédisposé génétiquement et qu'il est exposé à certains facteurs de risque, il développera un TDAH. Au contraire, un enfant non-prédisposé génétiquement exposé aux mêmes facteurs ne développera pas ce trouble.

Parmi les facteurs de risques associés au TDAH, on retrouve la naissance par césarienne. En effet, trois études ont démontré une association entre ce type de naissance et le TDAH.

Ainsi, en 2006, une étude auprès de 196 enfants islandais a noté qu'une augmentation du risque de TDAH  était associée à la césarienne.

Par la suite, en 2009, des chercheurs ont analysé trois groupes d'enfants chinois: ceux nés vaginalement, ceux nés lors d'un césarienne pratiquée pour des raisons sociales et enfin ceux nés lors d'une césarienne pratiquée pour des raisons médicales. Ils ont alors remarqué que si les deux premiers groupes avaient des résultats similaires dans un test mesurant l'attention et l'impulsivité, le dernier groupe avait des résultats significativement plus bas. Les chercheurs ont donc proposé que ce n'est pas la césarienne en elle-même qui serait responsable du TDAH chez certains enfants mais plutôt les complications qui peuvent mener à la chirurgie.

Enfin, en 2012, l'analyse de 164 enfants iraniens a permis de confirmer que la césarienne est bel et bien un facteur de risque pour le TDAH. Selon les auteurs de cette étude, la césarienne aurait en fait un effet psychologique sur la mère et cela pourrait ensuite affecter sa relation avec son enfant. Les chercheurs soulignent d'ailleurs que la césarienne imprévue augmente le risque de dépression et de stress post-traumatique. Cela est particulièrement important lorsqu'on sait que les troubles mentaux chez la mère peuvent conduire à l'apparition de symptôme du TDAH chez son enfant.

Par conséquent, que peut-on conclure de ces études? La plupart des connaissances que nous avons sur le sujet semblent indiquer que ce n'est pas tant la césarienne que le contexte dans lequel celle-ci est vécue qui serait un facteur de risque pour l'apparition du TDAH. On peut donc suggérer que toutes les pratiques obstétricales qui réduisent les complications pouvant mener à une césarienne sont à privilégier. De plus, il semble primordial de s'assurer que les femmes qui donnent naissance par césarienne reçoivent un support adéquat qui les aidera à bien gérer cette situation.

Enfin, je tiens à rappeler que le fait de naître par césarienne ne condamne pas un enfant à souffrir d'un TDAH. De la même façon, un enfant né vaginalement peut aussi développer ce trouble. Les causes du TDAH sont très complexes et plusieurs facteurs de risque doivent donc être en place pour que les symptômes apparaissent.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Tian XB, Zhao YR, Ma J, Liu F. (2009) [Attentiveness in school children: effect of cesarean section birth]. Zhongguo Dang Dai Er Ke Za Zhi. 2009 Nov;11(11):913-6.

Amiri S, Malek A, Sadegfard M, Abdi S. (2012) Pregnancy-related maternal risk factors of attention-deficit hyperactivity disorder: a case-control study. ISRN Pediatr. 2012;2012:458064. doi: 10.5402/2012/458064. Epub 2012 Jun 5.


Valdimarsdóttir M, Hrafnsdóttir AH, Magnússon P, Gudmundsson OO.(2006) [The frequency of some factors in pregnancy and delivery for Icelandic children with ADHD]. Laeknabladid. 92(9):609-14.