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8 avril 2016

Doit-on condamner la poudre pour bébé ?

Depuis quelques semaines, les médias sociaux sont envahis par des articles parlant d’un lien entre la poudre pour bébé et le cancer. Ce petit vent de panique nous provient des États-Unis.

En effet, au Missouri, un jury a condamné la compagnie Johnson & Johnson à verser 72 millions de dollars à la famille d’une femme décédée d’un cancer des ovaires. On reprochait à la compagnie de ne pas avoir averti clairement ses utilisatrices que des études avaient mis en évidence un lien entre un des ingrédients, le talc, et le cancer des ovaires. Le talc est une substance minérale composée de magnésium, de silice et d’oxygène qui a la propriété d’absorber l’humidité.

La première étude supposant un lien entre le talc et le cancer des ovaires a été publiée en 1982. Une étude réalisée en 2015 auprès de 2 000 femmes a d’ailleurs obtenu des résultats similaires et a conclu que l’utilisation de talc dans la région génitale chez des femmes adultes augmentait par environ 30 % le risque de développer un cancer des ovaires. La méthodologie de l’étude a toutefois été critiquée par certains scientifiques.

De son côté, Johnson & Johnson persiste à dire que le talc est un ingrédient tout à fait sécuritaire. Selon la compagnie, la preuve en est qu’il est utilisé depuis une centaine d’années. Il faut d’ailleurs mentionner que d’autres études réalisées sur le sujet n’ont trouvé aucun lien entre l’utilisation du talc et le cancer.

Par ailleurs, aucune étude à ce jour n’a pu prouver que le talc causait directement le cancer chez certaines personnes. Les scientifiques ont également de la difficulté à proposer un mécanisme par lequel le talc pourrait remonter de la région génitale vers les ovaires.

En bref, le sujet reste hautement controversé. Cela se reflète d’ailleurs dans la position des différents organismes de santé publique. L’Organisation mondiale de la santé par exemple inclut le talc dans sa liste de substances possiblement cancérigènes, mais ce n’est pas le cas des CDC américains. Pourtant, la Société américaine du cancer recommande aux femmes d’utiliser de la fécule de maïs plutôt que du talc.

Qu’est-ce que cela signifie pour les parents ?
En fait, c’est probablement l’aspect le plus bizarre de cette histoire. Cette controverse ne concerne pas vraiment les parents. D’une part, les études dont il est question ont été réalisées pour la plupart chez des femmes ménopausées et jamais sur des bébés. Il n’est donc pas possible de savoir si ces préoccupations s’appliquent aux jeunes enfants. En effet, on peut supposer que ces femmes utilisaient la poudre depuis plus longtemps et d’une façon différente que lors d’un changement de couche !

D’autre part, et c’est probablement l’élément à retenir, le talc n’est plus recommandé depuis plusieurs années chez les bébés et ce n’est vraiment pas en raison d’un risque de cancer. En fait, c’est plutôt parce qu’il s’agit d’un produit très volatil. En effet, lorsqu’on l’utilise, il se forme rapidement un nuage dans l’air et un bébé pourrait ainsi respirer le produit. Le talc pourrait alors causer des problèmes aux poumons fragiles du nourrisson. La Société canadienne de pédiatrie recommande donc de l’éviter et d’utiliser plutôt une crème à base d’oxyde de zinc ou de gelée de pétrole, la bonne vieille vaseline.

À propos de la sécurité des produits et jouets pour bébé:

Sources:
Grens, Kerry. (2016, 2 mars) Can Talc Cause Cancer? The Scientist Magazine.

NHS choices (2016, 8 mars) Talc and ovarian cancer: what the most recent evidence shows. NHS Choices

Phelan, Michael. (2016, 9 mars). Study Links Talcum Powder Use to Increased Risk of Ovarian Cancer. The Legal Examiner.

Société canadienne de pédiatrie. (2013) L'érythème fessier. Soins de nos enfants.

2 octobre 2014

Un couple, une poupée et un bébé

Vous avez rencontré l'amour de votre vie. Votre bonheur conjugal n'a d'égal que votre désir d'avoir un enfant ensemble. Même la nature semble vouloir célébrer votre union puisque votre petite famille s'agrandira dans quelques mois. Cependant, voilà, des doutes vous assaillent : quel genre de parent sera votre partenaire? Heureusement, il y a un moyen très simple de le découvrir : faites-le jouer à la poupée.

Des chercheurs américains ont en effet utilisé cette technique avec 182 couples qui attendaient un premier enfant dans quelques mois. Ils leur ont demandé de jouer avec une poupée pendant 5 minutes en s'imaginant qu'il s'agit de leur futur bébé. Chaque parent avait d'abord l'opportunité d'interagir seul avec le jouet puis les parents répétaient l'expérience ensemble. Tout au long de l'activité, les parents étaient filmés, permettant ainsi aux scientifiques d'analyser leurs moindres réactions.

Celles-ci sont d'ailleurs tout à fait divertissantes. Certains parents étaient très positifs : « Mon amour, tu seras un très bon parent! » Cependant, pour d'autres, la relation était déjà tendue : « Dis-moi que tu ne tiendras pas le vrai bébé de cette façon! » Est-ce que ces différentes réactions pourraient constituer un avant-goût de ce qui attend le couple après la naissance de l'enfant?

Pour le savoir, les scientifiques ont rencontré à nouveau les parents neuf mois après l'accouchement. Ils ont pu constater que le comportement des couples n'avait pas beaucoup changé. Ceux qui étaient déjà confiants pendant la grossesse l'étaient encore : « C'est vraiment naturel chez toi! » Au contraire, les couples tendus étaient toujours aussi critiques l'un envers l'autre.

Par ailleurs, les chercheurs ont analysé de façon indépendante le bonheur conjugal des couples étudiés. Ils ont ainsi constaté que celui-ci ne permettait pas de prédire quel type de parents allaient voir le jour en même temps que l'enfant. En d'autres termes, le couple parfait ne fait pas nécessairement la meilleure équipe de parents. C'est ce qui fait dire aux scientifiques que la relation amoureuse est très différente du lien entre deux parents.

L'étude comporte toutefois une limite importante. Certains soulignent entre autres que la majorité des parents qui se sont prêtés au jeu sont plus éduqués que la moyenne. Ces observations ne s'appliquent peut-être donc pas à l'ensemble des couples. Cela n'empêche pas les chercheurs de voir des perspectives prometteuses pour leur poupée. Ils suggèrent en effet que cette méthode pourrait être utilisée pour détecter les couples qui risquent de connaître des difficultés à la naissance de leur enfant et les aider ainsi à régler ces problèmes avant l'arrivée du bébé.

Par conséquent, futurs parents, si vous envisagiez d'investir dans un livre qui décrit à quoi s'attendre quand on attend un enfant, vous devriez peut-être reconsidérer votre décision et vous procurer plutôt une jolie poupée!

Sources : 
Altenburger, Lauren E.; Schoppe-Sullivan, Sarah J.; Lang, Sarah N.; Bower, Daniel J.; Kamp Dush, Claire M. (2014) Associations between prenatal coparenting behavior and observed coparenting behavior at 9-months postpartum. Journal of Family Psychology, Vol 28(4), Aug 2014, 495-504. doi : 10.1037/fam0000012

Carneiro, C., Corboz-Warnery, A. and Fivaz-Depeursinge, E. (2006), The Prenatal Lausanne Trilogue Play: A New Observational Assessment Tool of the Prenatal Co-Parenting Alliance. Infant Ment. Health J., 27 : 207–228. doi : 10.1002/imhj.20089

Ohio State University (2014, 25 août) Expectant parents » play with doll predicts later parenting behavior. Eurekalert. communiqué

26 août 2014

Quand l'enfance joue avec nos gènes : L'épigénétique (partie 2)

« Tout se joue avant 6 ans! » Les livres de psycho-pop qui abordent le lien entre petite enfance et développement de l'individu abondent. Si leurs approches sont parfois discutables, leur idée commune est appuyée par plusieurs études. L'explication du phénomène est toutefois nouvelle et se base en grande partie sur l'épigénétique.

Les exemples sont nombreux. La nutrition pendant la grossesse influencerait le risque de cancer du côlon chez le bébé, une fois devenu adulte. Les enfants qui grandissent dans un milieu défavorisé possèdent des globules blancs qui réagissent de manière anormale. Cependant, c'est l'impact des soins reçus par un nouveau-né qui a été le plus étudié et qui est maintenant le mieux compris.

Plusieurs études ont été réalisées sur les rats pour déterminer si une mère très protectrice influence différemment le développement de ses ratons, en la comparant à une mère négligente. Les scientifiques ont ainsi remarqué que les mères protectrices ont tendance à lécher et à toiletter davantage leurs petits. En réponse à ce comportement, ceux-ci développeraient davantage de récepteurs des glucocorticoïdes dans leur hippocampe, la région du cerveau responsable de la gestion du stress. Au contraire, si la mère néglige son bébé, celui-ci en possède très peu.

Une petite parenthèse s'impose ici. Le récepteur des glucocorticoïdes, appelons-le affectueusement GR, est très important pour gérer le stress. Lorsque notre corps perçoit un danger, il produit une hormone pour l'aider à bien réagir, le cortisol. Si le cortisol est très utile pour se défendre contre l'attaque d'un tigre, il génère malheureusement des effets secondaires désagréables quand la situation revient à la normale. Pour cette raison, le corps a mis au point un mécanisme pour arrêter l'état d'alerte promptement et celui-ci utilise le GR. Lorsque le GR se lie au cortisol, il envoie alors un signal stoppant la production d'hormones de stress. Fin de la parenthèse.

Revenons maintenant aux rats. Puisqu'ils ont plusieurs exemplaires du GR, les bébés de mères protectrices se calment très rapidement, ce qui constitue un avantage dans un environnement relativement paisible. Par contre, les petits de mères négligentes seront anxieux et agressifs... une bonne chose dans un milieu hostile. On suppose en fait qu'une mère vivant dans un endroit de ce genre aura moins de temps pour lécher et toiletter ses petits, un comportement décrit comme de la négligence par les chercheurs. Donc, par son comportement, la mère renseigne son enfant sur le monde dans lequel il vit et celui-ci s'adaptera pour avoir les meilleures chances de survie.

Et l'épigénétique dans tout cela? Et bien, les mécanismes épigénétiques sont précisément ce qui permet de modifier de façon permanente la quantité de GR produite par le cerveau du raton. Lorsqu'on étudie les gènes des ratons négligées, on remarque en effet que de nombreuses molécules méthyles ont été fixées au gène du GR, ce qui en réduit considérablement la production. Cette modification du gène est stable et persistera pendant toute la vie de l'animale.

C'est là tout l'intérêt de l'épigénétique. Ce mécanisme permet à l'expression des gènes de s'adapter rapidement à l'environnement. Ces modifications sont en quelque sorte la mémoire de nos cellules.

Fait intéressant, des observations similaires ont été faites chez l'humain. Au Québec, des chercheurs ont étudié les gènes d'individus qui se sont suicidés. Ils ont alors remarqué que parmi ces personnes, celles qui avaient vécu des abus pendant l'enfance avaient un plus grand nombre de méthyles sur un gène impliqué dans la production des protéines (celui de l'ARN ribosomal pour ceux que cela intéresse). Cette situation n'était toutefois observable que dans une seule région du cerveau : l'hippocampe. Ce patron de méthylation pourrait donc affecter le fonctionnement du cerveau des enfants et persister à l'âge adulte.

L'épigénétique offre ainsi pour la première fois un mécanisme biochimique expliquant comment l'environnement des premières années modifie l'expression des gènes. Une question demeure cependant : ces modifications peuvent-elles se transmettre aux générations suivantes?

Par définition, les changements épigénétiques sont temporaires puisqu'ils permettent de s'adapter à un milieu qui change. Elles sont donc potentiellement réversibles. En fait, au moment de la fertilisation de l'ovule par le spermatozoïde, toutes les molécules méthyles sont retirées des gènes, une remise à zéro autrement dit... Il semblerait toutefois que 1 % de celles-ci demeurent intouchées.

À ce jour, les chercheurs ne sont pas parvenus à démontrer la transmission d'une modification épigénétique sur quatre générations, la seule preuve acceptable en science qu'une telle modification serait permanente. L'épigénétique n'a donc pas terminé de nous livrer ses secrets et les prochaines années devraient nous procurer de nouvelles recherches étonnantes sur le rôle des premières années de vie sur le développement de l'individu.

Références :
Fridovich-Keil, Judith L. (n. d.) Epigenetics. Encyclopaedia Britannica. Consulté le 19 août 2014.

Gabory A1, Attig L, Junien C. (2011) Developmental programming and epigenetics. Am J Clin Nutr. 94(6 Suppl) : 1943S-1952S. doi : 10.3945/ajcn.110.000927. Epub 2011 Nov 2.

Human Early Learning Partnership. (n. d) Social epigenetics. Consulté le 19 août 2014.

Szyf M. (2011) The early life social environment and DNA methylation: DNA methylation mediating the long-term impact of social environments early in life. Epigenetics. 2011 Aug; 6(8) : 971-8. doi : 10.4161/epi.6.8.16793. Epub 2011 Aug 1

Tammen SA1, Friso S, Choi SW. (2013) Epigenetics : the link between nature and nurture. Mol Aspects Med. 2013 Jul-Aug; 34(4) : 753-64. doi : 10.1016/j.mam.2012.07.018. Epub 2012 Aug 10.
University of Utah - Health Sciences. (n. d.) Epigenetics. Consulté le 19 août 2014.


1 août 2014

L'attachement : c'est pas physique, c'est électrique!

Je ne vous apprendrai rien si je vous dis que le développement du cerveau d'un nouveau-né est influencé directement par le comportement de sa mère. Cette réalité est bien connue de tous. Mais, pour citer un célèbre humoriste de chez nous, « on ne veut pas le savoir, on veut le voir! » Et c'est exactement ce qu'ont réussi des chercheurs américains, avec l'aide de rats de laboratoire.

Six rates et leurs petits filmés pendant une centaine d'heures, le tout combiné à un émetteur qui détecte en simultané l'activité électrique du cerveau des petits : voici la stratégie utilisée pour visualiser la réaction du cerveau des bébés aux soins de leur mère. Les observations réalisées grâce à cette technique ont permis aux scientifiques de pénétrer à l'intérieur même de l'encéphale des ratons.

Leurs découvertes sont très intéressantes. Lorsque la mère laisse ses petits seuls dans le nid, leur activité cérébrale augmente de 50 à 100 %. Le schéma des ondes électriques est alors erratique et peu consistant. Ce patron d'activité correspond en fait aux multiples fonctions actives du cerveau : la cognition, le décodage des sensations, les commandes motrices. Selon les chercheurs, ce type d'activité électrique est essentielle à la croissance normale du cerveau et à la communication entre ses différentes zones. 

Au contraire, lors de la tétée, l'activité du cerveau des bébés ralentit et on observe l'apparition d'une synchronisation des ondes. Les ondes dites lentes augmentent alors de 30 %. Ce type d'activité cérébral correspond à l'une des phases initiales du développement du cerveau que l'on retrouve chez les mammifères, peu de temps après la naissance. Les scientifiques mentionnent d'ailleurs que c'est un moment propice à la formation des réseaux de neurones et à la production d'une gaine isolante, la myéline, autour des projections des cellules nerveuses. Ce processus permettrait, entre autres, l'accélération des signaux neuronaux. Chez l'humain, ce type d'onde est d'ailleurs associé à la concentration, à la méditation et à certaines phases du sommeil. En d'autres termes, les ratons devenaient très zen!

Toutefois, une maman rate, ce n'est pas que relaxant, c'est aussi stimulant. En effet, lors de l'éjection du lait, les chercheurs ont observé une impulsion soudaine d'activité électrique. Le même phénomène avait également lieu lorsque la rate faisait la toilette de ses bébés.

Jusqu'à présent, on ne pouvait qu'imaginer ce qui se passait dans la tête d'un bébé au contact de sa mère. Cette étude offre donc un nouvel éclairage sur le phénomène de l'attachement et sur son rôle dans le développement. L'alternance entre les différents types d'activité électrique permettrait en effet de modeler le cerveau. Puisque chaque mère a une façon bien particulière de prendre soin de son petit, les petits n'ont pas tous le même patron d'activité électrique cérébrale. On comprend alors la diversité dans les personnalités des enfants, autant chez les humains que chez les animaux.

Les scientifiques américains ne veulent maintenant pas s'arrêter en si bon chemin. Ils planifient en effet de cartographier le développement du cerveau des ratons selon les différents comportements de leur mère. Selon eux, à long terme, ces connaissances pourront aider à développer des traitements pour aider les petits qui ont pu connaître des difficultés dans les premiers moments de leur vie.

Références :
NYU Langone Medical Center (2014, 17 juillet) Measuring nurture: Study shows how 'good mothering' hardwires infant brain. Eurekalert. Consulté le 31 juillet 2014.

Sarro EC, Wilson DA, Sullivan RM.(2014) Maternal regulation of infant brain state. Curr Biol. 2014 Jul 21; 24(14) : 1664-9.

Richard Hall (1998) Stages of sleep. Sur le site Psychology World. Consulté le 31 juillet 2014.

20 juin 2014

L'enfance au temps des Néanderthaliens

Lorsqu'on dit Néanderthaliens, on pense souvent à des êtres un peu frustes et peu évolués. On s'imagine alors que leurs tout-petits vivaient une enfance difficile, courte et dangereuse. Des chercheurs britanniques remettent toutefois en doute cette vision. Selon eux, ces enfants n'avaient pas une vie si différente des tout-petits humains modernes.

Musée national de préhistoire à Les Eyzies de Tayac, France
L'enfance n'a jamais constitué un domaine de recherche prisé des archéologues. De plus, l'étude des enfants est plus difficile puisque les os sont souvent moins bien préservés et que les traces matérielles de l'enfance sont difficiles à identifier. Qu'à cela ne tienne! Les chercheurs de l'Université d'York ont décidé de revoir les découvertes concernant les hommes de Néanderthal en mettant l'accent sur tout ce qui touche l'enfance. Ils ont aussi choisi de s'intéresser en particulier à l'aspect culturel et social plutôt qu'aux évidences biologiques.

Tout d'abord, ils concluent de leur analyse que les enfants avaient une signification toute particulière dans la société néanderthalienne. En effet, le tiers des sépultures mises à jour sont celles d'enfants de moins de 4 ans. De plus, les tombes des tout-petits sont généralement plus élaborées que celle des adultes. C'est ce qui fait croire aux chercheurs que les enfants ont une grande importance symbolique pour les hommes de Néanderthal.

Sur certains sites archéologiques, on a également trouvé des outils qui semblent avoir été confectionnés pour servir de jouets d'apprentissage pour les petits. Même en ces temps reculés, on avait donc compris que l'enfant apprend par le jeu.

Enfin, lorsque les scientifiques comparent le fonctionnement de la société néanderthalienne avec les pratiques des grands singes ou des sociétés traditionnelles, ils en viennent à la conclusion que ces enfants étaient élevés selon des principes d'attachement sécuritaire. Ils avaient ainsi un fort lien émotionnel avec les membres de leur groupe. Les hommes de Néanderthal vivaient en effet en petits groupes isolés, une situation propice pour renforcer les liens internes de la communauté. Certaines évidences existent d'ailleurs démontrant que cette société prenait soin des enfants malades ou blessés pendant des mois, voire des années.

Selon les chercheurs, l'altruisme est une caractéristique centrale à l'évolution des êtres humains. Le peuple de Néanderthal ne fait pas exception. Malheureusement, on a longtemps cru que celui-ci était trop inférieur pour protéger ces enfants. On sait maintenant que ce n'est pas le cas même si l'environnement de ces individus était inhospitalier. En d'autres termes, il existe une différence entre une enfance difficile et une enfance vécue dans des conditions difficiles.

Références :
Spikins, P., Hitchens, G., Needham, A. and Rutherford, H. (2014), The Cradle of Thought: Growth, Learning, Play and Attachment in Neanderthal Children. Oxford Journal of Archaeology, 33 : 111–134. doi : 10.1111/ojoa.12030

University of York. (2014, 9 avril) Researchers say Neanderthals were no strangers to good parenting. Consulté le 19 juin 2014.

20 mai 2014

Que le meilleur parent gagne!

Cette semaine, dans le cadre du « Pleins feux sur la biodiversité » de l'Agence Science-Presse : les soins des enfants dans le monde animal.

La guerre des mamans (ou Mommy Wars, comme disent les Anglo-saxons) fait rage sur Internet depuis quelques années. Allaitement ou biberon, entraînement au sommeil ou co-dodo, accouchement naturel ou épidurale, mère tigre ou parentage proximal? Quelle est la meilleure façon d'élever ses enfants? Les humains ne semblent toutefois pas être les seuls à ne pas s'entendre sur le sujet.

Il peut sembler évident pour nous, Homo sapiens, qu'un parent doit être présent pour son petit. Cependant, pour plusieurs espèces animales, les soins parentaux constituent un casse-tête évolutif. En effet, lorsqu'un parent s'occupe de son bébé, il utilise des ressources qu'il ne pourra pas employer lui-même pour sa survie, sa croissance ou sa reproduction future. Pour qu'un parent choisisse d'investir auprès de sa progéniture, les bénéfices doivent donc dépasser les coûts.

Les scientifiques ont remarqué qu'il existe beaucoup de variation chez les animaux en ce qui a trait au type de soins parentaux. Plusieurs facteurs ont une influence : la maturité des petits à la naissance, les dangers environnementaux, les occasions de se reproduire, le mode de vie et même l'incertitude de la paternité.

Je vous propose donc aujourd'hui un petit tour d'horizon de la parentalité dans le monde animal.

« Maman, la plus belle du monde »
Chez la majorité des mammifères, la mère est celle qui s'investit le plus auprès des petits. Il est vrai que leurs bébés sont très immatures à la naissance. Sans l'aide de la mère, ceux-ci ne peuvent pas se nourrir ou se défendre des prédateurs. Celles qui choisiraient de ne donner aucun soin se retrouveraient donc rapidement sans progéniture. Cependant, pourquoi les femelles se sentent-elles responsables? Plusieurs hypothèses ont été élaborées à ce sujet. Certains scientifiques croient que chez ces espèces, la femelle investit plus d'énergie dans la production des cellules sexuelles et espère un retour sur son investissement. D'autres proposent que ces femelles ont moins d'occasions d'avoir des relations sexuelles et qu'il est alors primordial que le petit survive. Enfin, lorsque le mâle n'est pas certain de sa paternité, il ménagerait ses efforts.

« Papa a raison »
Selon ces hypothèses, le mâle serait donc responsable des petits lorsque la situation s'inverse. C'est le cas de 61 % des poissons et des amphibiens.

« Partage des tâches »
On remarque d'ailleurs que lorsque les occasions de se reproduire sont égales entre les mâles et les femelles d'une même espèce, les deux sexes s'occupent du petit. Plusieurs oiseaux et 20 % des poissons adoptent ce système.

« Vive la nanny! »
Le coucou a une façon très efficace de réduire son investissement tout en maximisant son profit : il met ses œufs dans le nid des autres oiseaux. Pour s'assurer que son petit sera accepté par la nanny, il n'hésite pas à éjecter les œufs originaux, à pondre d'excellentes copies des oeufs de l'espèce qu'il envahit et à imiter son cri.

« Jamais sans mon bébé! »
Les chauves-souris mexicaines se retrouvent dans une situation un peu particulière. En effet, ces animaux vivent en grande colonie et le risque de mélanger les petits est élevé. Les femelles utilisent donc un système de signaux vocaux et olfactifs pour s'assurer qu'elles s'occupent bien du bon bébé.

« La galère »
Au contraire, les canards, les oies ou les cygnes sont heureux de s'occuper des bébés des autres. Ce genre d'arrangement comporterait en fait peu d'inconvénients pour ces espèces et comporterait même plusieurs avantages. En demeurant en grand groupe, la tribu serait alors en meilleure position pour lutter contre les prédateurs... et le mauvais temps.

« Longue vie à la reine! »
Chez les abeilles, les guêpes, les termites et les fourmis, les bébés sont à la charge d'individus qui ont perdu la capacité de se reproduire. Ceux-ci ont donc la tâche critique de prendre soin des enfants royaux. La mère peut alors continuer à faire des petits sans se soucier du sort de ses autres enfants.

« On s'en fout »
La plupart des arthropodes terrestres de même que les requins ne s'occupent à peu près pas des bébés. Cette méthode représente un extrême qui se justifie par une progéniture mature et fonctionnelle dès la naissance. Certaines espèces produisent aussi un nombre élevé de bébés et peuvent donc souffrir que quelques-uns ne survivent pas.

Le côté merveilleux de toutes ces différentes approches des soins parentaux, c'est qu'elles favorisent en fait la biodiversité. Avec des stratégies variées pour veiller sur les petits, une multitude d'espèces ont pu voir le jour. La leçon de la nature à retenir : il y a plus d'une façon de prendre soin d'un petit...

Références :
Gonzalez-Voyer, A. and Kolm, N. 2010. Parental Care and Investment. eLS.

Kölliker, Mathias. (2012) The Evolution of Parental Care. Oxford University Press.

24 janvier 2014

Qu'il est mignon ce bébé!

Les bébés ont un je-ne-sais-quoi qui nous donne envie de les croquer... En fait, les scientifiques croient savoir exactement ce qui les rend si adorables : une grosse tête, un front saillant, de grands yeux, des joues rebondies, un petit nez et une petite bouche. Ce sont les caractéristiques typiques du bébé. Cependant, est-ce qu'un nourrisson est moins charmant parce qu'il a mauvais caractère?

C'est l'étrange question que se sont posée des chercheurs des Pays-Bas. Leur étude a en effet révélé que les bébés joyeux sont perçus comme plus mignons que ceux qui sont maussades.

Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques ont demandé à des individus d'évaluer si un bébé était mignon ou pas. Ceux-ci voyaient d'abord une photo où le bébé avait une expression neutre puis on juxtaposait à cette image d'autres images du même enfant, mais cette fois avec un air joyeux ou un air triste. Les participants pouvaient aussi entendre des sons produits par le nourrisson. Cette mise en scène avait pour but de leur faire connaître le supposé tempérament du bébé à noter.

Jusqu'à maintenant, les chercheurs savaient que les caractéristiques physiques du bébé contribuaient à le rendre adorable aux yeux des adultes. Par exemple, ceux-ci préfèrent regarder des photos représentant un bébé plutôt qu'un adulte. Les mères de bébés mignons seraient même plus attentionnées et plus enjouées. Les caractéristiques du bébé influenceraient donc les soins qu'il reçoit.

Cette nouvelle étude des Pays-Bas semble toutefois démontrer que la perception qu'un bébé est charmant ne reposerait pas uniquement sur son physique, mais aussi sur son tempérament. Étrangement, d'autres études ont plutôt observé l'effet inverse et conclu que les bébés mignons sont décrits comme plus aimables, plus amicaux, en meilleure santé et plus compétents.

La question demeure donc entière. Qu'est-ce qui peut bien rendre un bébé si mignon?

Références :
Parsons, C. E., Young, K. S., Bhandari, R., van Ijzendoorn, M. H., Bakermans-Kranenburg, M. J., Stein, A. and Kringelbach, M. L. (2013), The bonnie baby: experimentally manipulated temperament affects perceived cuteness and motivation to view infant faces. Developmental Science. doi: 10.1111/desc.12112

Glocker ML, Langleben DD, Ruparel K, Loughead JW, Gur RC, Sachser N. (2009) Baby Schema in Infant Faces Induces Cuteness Perception and Motivation for Caretaking in Adults. Ethology. 115(3):257-263.


14 janvier 2014

Question de la semaine : Que contiennent les produits pour bébé?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Sarah Mainguy : « Qu'est-ce que ne devrait pas contenir un savon ou une crème pour bébé pour être meilleur pour la santé? »

Parabène, phtalate, dioxane, formaldéhyde, phénoxyéthanol... Qu'ont-ils en commun? Non, ils ne donnent pas seulement beaucoup de points au Scrabble. Il s'agit en fait d'ingrédients pouvant se retrouver dans des produits d'hygiène pour bébé comme le shampoing, la lotion ou les lingettes pour les fesses.

Selon certains groupes environnementaux comme le Environmental Working Group, les tout-petits seraient exposés à 27 produits chimiques par jour dont certains sont associés au cancer, à des dommages pour le cerveau ou le système nerveux, aux allergies et aux perturbateurs endocriniens. D'après cet organisme, les parents devraient être prudents puisque la mention « pour enfants » ne garantit pas que le produit ait été testé ou soit sécuritaire. De plus, les enfants seraient plus vulnérables aux effets secondaires : leur peau est plus mince, ils respirent un plus grand volume d'air qu'un adulte et la barrière entre leur sang et leur cerveau n'est pas encore complètement formée.

Certains manufacturiers ont d'ailleurs cédé à la pression. Scientific American rapporte qu'en 2013, Johnson & Johnson a éliminé le formaldéhyde, les parabènes, le triclosan, les phtalates et les muscs polycycliques de leurs produits pour bébé. Ils ont aussi tenté de diminuer la quantité de dioxane. Selon la compagnie, la science démontrerait que ces ingrédients ne constituent pas un danger mais, devant l'inquiétude des consommateurs, ils ont choisi de modifier la composition de leurs produits.

Alors, que sait-on des substances chimiques se trouvant dans les cosmétiques pour bébé et doit-on les éviter?

Les phtalates
Selon certaines études, les phtalates perturberaient le développement normal des enfants. Entre autres, ces produits dérangeraient le fonctionnement des hormones et pourraient affecter le système reproducteur, en particulier chez les garçons. Ces substances augmenteraient aussi la fréquence des allergies. Bien que certains experts croient que les phtalates ne constituent pas un danger pour la population en général, la situation pourrait être différente pour les tout-petits qui sont en pleine croissance.

D'après une étude publiée dans la revue Pediatrics, les enfants exposés à des lotions pour bébé, de la poudre ou des shampoings ont des niveaux plus élevés de phtalate dans leur organisme puisqu'on peut en détecter les produits de dégradation dans leur urine. Les chercheurs concluent donc que les phtalates peuvent être absorbés par la peau des bébés et qu'il est préférable de réduire l'utilisation de ce type de cosmétiques.

D'autres scientifiques ont toutefois mis ces conclusions en doute. Selon eux, la principale voie d'exposition aux phtalates est par la bouche et non pas par la peau. De plus, la qualité de l'étude serait discutable. Les critiques croient qu'il n'est pas justifié de recommander aux parents de ne pas utiliser de produits pour bébés. Enfin, une nouvelle recherche réalisée en 2013 semble indiquer que la présence de phtalate y est très faible.

Les parabènes
Les parabènes sont des agents de conservation utilisés pour limiter la croissance des bactéries. Comme les phtalates, les parabènes pourraient affecter le fonctionnement des hormones et le système reproducteur. Bien qu'une étude ait associé les parabènes au cancer du sein, ce résultat n'aurait toutefois pas pu être confirmé par la suite.

Selon un article publié en 2013, les parabènes seraient assez communs dans les produits pour bébé. Entre autres, six marques de lingettes vendues en France en contiendraient. D'après des médecins de l'université Yale, le niveau de parabènes se trouvant dans les produits cosmétiques serait généralement sécuritaire mais pourrait causer des irritations ou des allergies chez certaines personnes. L'effet sur les tout-petits semble toutefois moins bien connu.

Le phénoxyéthanol
Selon une étude européenne, le phénoxyéthanol se retrouverait dans 14 marques de lingettes pour bébé vendues en France. À forte dose, ce produit est toxique pour le système reproducteur et pour le développement. Il est d'ailleurs interdit par l'Agence nationale de sécurité du médicament en France. En réaction à ces résultats, les chercheurs suggèrent de privilégier l'eau et le savon aux lingettes pour bébés.

Le dioxane et le formaldéhyde
Selon un article du Washington Post, des traces de dioxane et de formaldéhyde ont été détectées dans du shampoing, du gel de bain, des lotions et des lingettes pour bébé. En effet, 80 % des produits testés contentaient du formaldéhyde et 66% du dioxane. Certains experts croient toutefois que l'absorption de ces substances est très faible puisqu'elles sont généralement rincées après usage.

Le formaldéhyde peut causer des cancers si on l'ingère et le dioxane, si on le respire. Les scientifiques ignorent par contre les effets possibles lorsque c'est la peau qui entre en contact avec ces contaminants. Ce qui complique aussi l'évaluation des risques, c'est que les études sur ces deux ingrédients ont été réalisées sur des individus exposés de façon chronique pendant des années ou sur des animaux, des situations très différentes de celles vécues par un bébé.

Enfin, les emballages de cosmétiques indiquent rarement la présence de dioxane ou de formaldéhyde puisqu'ils ne sont pas de véritables ingrédients. Le dioxane est un contaminant généré par le processus manufacturier alors que le formaldéhyde est en fait un produit de la dégradation de certains agents de conservation.

Les fragrances et les parfums
Depuis 2006, Santé Canada oblige les manufacturiers de produits cosmétiques à indiquer la liste d'ingrédients sur leurs étiquettes. Ce règlement ne s'applique toutefois pas aux fragrances et aux parfums. Sous cette appellation, on peut donc regrouper une foule de composés chimiques.

Par exemple, les muscs polycycliques sont utilisés pour masquer les odeurs chimiques dans les produits dits « non parfumés ». On connaît encore peu leurs effets sur la santé et l'environnement. Ils sont facilement absorbés par la peau et s'accumulent dans les tissus graisseux. On croit entre autres qu'ils empêchent le fonctionnement de certaines pompes nécessaires pour se débarrasser des médicaments, ce qui leur permettrait de s'accumuler dans les cellules.

Certains phtalates peuvent aussi être utilisés comme fragrance et ne pas être indiqués dans la liste des ingrédients.

La conclusion?
Si on sait que certaines substances chimiques problématiques se retrouvent effectivement dans les produits cosmétiques pour bébé, on connaît moins leurs effets sur le développement de l'enfant. Les recommandations des experts sont tout aussi nébuleuses. Certains suggèrent d'éviter par précaution les produits contenant les ingrédients mentionnés plus haut. D'autres croient plutôt que les données scientifiques dont nous disposons ne sont pas suffisantes pour alarmer les parents. Par conséquent, la seule chose qui semble évidente, c'est que davantage de recherche sur le sujet sera bienvenu.


Références :
(2013) Alerte sur les lingettes et laits de toilette pour bébés.Le figaro. Consulté le 12 janvier 2014.

 American Chemical Society (2013, 11 décember). Personal care products possible sources of potentially harmful parabens for babies. ScienceDaily. Consulté le 12 janvier 2014.

Bailey, J. (2008) Baby products and phthalates. Pediatrics. 122(3):674-5; author reply 675. doi: 10.1542/peds.2008-1311.

Braun JM, Sathyanarayana S, Hauser R. (2013) Phthalate exposure and children's health. Curr Opin Pediatr. 25(2):247-54. doi: 10.1097/MOP.0b013e32835e1eb6.

Brown, D. (2009) Review Finds Modest Risk From Children's Toiletries. The Washington Post. consulté le 12 janvier 2004.

Environmental Working Group.(2007, 1er novembre) Children Exposed Daily to Personal Care Products With Chemicals Not Found Safe For Kids. Communiqué de presse.Consulté le 12 janvier 2014.

Fondation David Suzuki. (n.d.) La réglementation canadienne des produits cosmétiques a besoin de se refaire une beauté. Consulté le 12 janvier 2014. 

Kay, J. and Environmental Health News. (2013) Johnson & Johnson Removes Some Chemicals from Baby Shampoo, Other Products. Scientific American. Consulté en ligne le 12 janvier 2014. 

Potera, C. (2007) Chemical Exposures: The Sweet Scent on Baby’s Breath? Environ Health Perspect. 2007 October; 115(10): A491.

Sathyanarayana S, Karr CJ, Lozano P, Brown E, Calafat AM, Liu F, Swan SH. (2008) Baby care products: possible sources of infant phthalate exposure. Pediatrics. 121(2):e260-8. doi: 10.1542/peds.2006-3766.

Yale Medical Group. (n. d.) How Safe Are Cosmetics and Personal Care Products? Consulté le 12 janvier 2014.

20 décembre 2013

Et si votre enfant était un oiseau de nuit?

19 h. C'est l'heure du dodo! Mais vous fiez-vous à l'horloge de la cuisine ou à l'horloge biologique de votre enfant pour déterminer l'heure du coucher? Selon des chercheurs du Colorado, le décalage entre ces deux horloges pourrait expliquer bien des batailles au moment d'aller au lit.

Plutôt que des aiguilles, c'est une molécule appelée mélatonine qui sert à régler notre routine biologique. En effet, au début de la nuit, la quantité de mélatonine augmente dans notre corps et nous annonce que c'est l'heure de se reposer.

Dans cette petite étude réalisée sur 14 enfants de 30 à 36 mois, les scientifiques ont voulu déterminer à quelle heure se produisait l'augmentation de mélatonine ou, en d'autres mots, quelle était l'heure biologique du dodo chez les tout-petits.

Comme on pourrait s'y attendre, le moment coïncidant avec la hausse de la mélatonine variait d'un enfant à l'autre. Plus ce pic de mélatonine arrivait tard en soirée, plus l'enfant prenait du temps à s'endormir après avoir été mis au lit. Choisir une heure de sommeil qui concorde avec l'horloge biologique d'un enfant diminuerait donc les problèmes au moment du coucher.

Ces résultats ne sont pas si surprenants lorsqu'on pense à la situation chez l'adulte. Des études ont en effet démontré qu'un individu qui se couche avant son heure biologique risque de souffrir d'insomnie.

Certains d'entre vous se demandent sûrement : « Que faire si j'ai hérité d'un oiseau de nuit? » En effet, peut-on remettre une horloge biologique à l'heure? Les chercheurs savent que l'exposition à la lumière peut retarder l'augmentation de la mélatonine. Il est toutefois impossible de dire si on peut la devancer en diminuant la luminosité en soirée

Par conséquent, si votre bout de chou résiste beaucoup lorsque c'est l'heure d'aller au lit, il n'est peut-être pas prêt à dormir, expliquent les chercheurs. Il s'agit d'une piste supplémentaire à explorer pour les parents aux prises avec des enfants qui combattent le sommeil.

Environ 25 % des tout-petits auraient de la difficulté à s'endormir.

Références:
LeBourgeois, M. K., Wright, K. P., LeBourgeois, H. B. and Jenni, O. G. (2013), Dissonance Between Parent-Selected Bedtimes and Young Children's Circadian Physiology Influences Nighttime Settling Difficulties. Mind, Brain, and Education, 7: 234–242. doi: 10.1111/mbe.12032

University of Colorado at Boulder / EurekAlert (2013, 16 décembre 2013). « Bedtime for toddlers: Timing is everything, says CU-Boulder study ». http://www.eurekalert.org/pub_releases/2013-12/uoca-bft121613.php

29 novembre 2013

Les différents visages de l'ocytocine : le cas des pleurs d'un bébé

Ah... l'ocytocine! L'hormone de l'amour! Les mères en produisent et sont ensuite folles de leur bébé. C'est ce qu'on apprend sur tous les sites de parents, non? En fait, le phénomène est un peu plus compliqué. Cette molécule bien particulière provoque des comportements complètement différents selon la situation. Des chercheurs néerlandais l'ont bien démontré en étudiant un son qui nous fait tous réagir : les pleurs d'un bébé.

Pour évaluer l'impact de l'ocytocine sur la réponse aux plaintes d'un nourrisson, les scientifiques ont administré une dose de cette hormone aux participants d'une étude grâce à un vaporisateur nasal. Ceux-ci ont ensuite été soumis à deux situations. Dans la première, on leur a fait entendre les pleurs d'un bébé supposément malade. Dans l'autre, il s'agissait plutôt d'un bébé qui s'ennuie. Tout au long de l'expérience, les chercheurs ont analysé le cerveau des individus à l'aide de techniques de résonnance magnétique.

Lorsque les participants croyaient avoir affaire aux pleurs d'un bébé malade, l'ocytocine activait deux régions particulières du cerveau : le corps insulaire qui est responsable entre autres des émotions sociales comme l'empathie et le gyrus frontal inférieur qui joue un rôle de contrôle des impulsions en diminuant le goût du risque.

Par contre, lorsque les pleurs étaient ceux d'un bébé qui s'ennuie, l'ocytocine réduisait plutôt l'activité du corps amygdaloïde, ce qui avait pour effet d'atténuer l'anxiété. Cependant, si la fréquence des pleurs augmentait, l'activité de l'amygdale faisait de même.

Il semble donc que l'action de l'ocytocine varie selon le contexte, disent les chercheurs. Si nous croyons que notre enfant est malade, l'hormone favorisera l'empathie, nous portant à vouloir lui venir en aide. Au contraire, si nous pensons que notre enfant s'ennuie, l'ocytocine diminuera le sentiment d'urgence, évitant ainsi d'être en état de stress perpétuel devant les réactions de notre bébé.

D'autres études ont démontré que l'ocytocine jouait plusieurs rôles. Lorsque l'environnement est calme et sécuritaire, elle récompense le maintien de bons liens sociaux en créant une sensation de bien-être. Toutefois, notre cerveau produit également beaucoup d'ocytocine dans une situation stressante. Cela protègerait notre système nerveux contre un court-circuit occasionné par l'excès de stress et nous encouragerait aussi à aller au-devant des autres.

En somme, l'ocytocine est d'abord et avant tout une hormone dont le but est de favoriser les comportements sociaux. Bien sûr, elle est sécrétée lors des relations sexuelles, de l'accouchement et de l'allaitement, mais elle est surtout responsable de nous faire adopter la meilleure attitude socialement, selon le contexte. Étant donné que le succès de l'être humain réside dans sa capacité à vivre en groupe, cette hormone est donc essentielle à notre survie.

Références :
Riem, M. M.E., Voorthuis, A., Bakermans-Kranenburg, M. J. and van Ijzendoorn, M. H. (2013), Pity or peanuts? Oxytocin induces different neural responses to the same infant crying labeled as sick or bored. Developmental Science. doi: 10.1111/desc.12103

Sutton.(2013) Securely attached to science. The Psychologist, Vol. 29 (9) www.thepsychologist.org.uk

DeAngelis, Tory. (2008) The two faces of oxytocin : Why does the 'tend and befriend' hormone come into play at the best and worst of times? Monitor on Psychology, Vol 39 (2) : 30.

7 novembre 2013

Les enfants sont-ils le secret du bonheur?

Tout le monde le dit : votre tante, votre voisin, les psys à la télé. Ils sont tous d'accord. Votre vie ne devrait pas tourner autour de vos enfants. Pensez à vous d'abord si vous ne voulez pas dépérir tranquillement. Et bien, selon une équipe de chercheurs canadiens et néerlandais, c'est complètement faux! Les parents qui donnent la priorité à leurs enfants en retireraient beaucoup d'avantages.

C'est ce qui ressort de l'analyse de 322 parents canadiens. Ceux-ci ont répondu en premier à un questionnaire permettant d'évaluer à quel point leur vie tournait autour de leurs enfants. Ils devaient ensuite remplir un sondage sur leur niveau de bonheur et sur leur perception du sens de la vie. Enfin, on leur a demandé de raconter une journée typique pour eux et d'exprimer les sentiments qu'ils ressentaient selon le type d'activités.

Les scientifiques ont remarqué que les parents qui plaçaient les besoins de leurs enfants avant les leurs étaient plus heureux. Ils étaient aussi plus nombreux à dire que leurs enfants donnaient un sens à leur vie. De plus, ces parents ressentaient davantage d'émotions positives lorsqu'ils devaient faire des activités avec leurs enfants, ce qui ne les empêchait pas de se sentir bien le reste du temps.

Ces résultats sont pourtant à l'encontre de l'avis de plusieurs experts qui pensent plutôt que prioriser un enfant se fait au détriment du bien-être des parents. Les auteurs de cette étude croient toutefois que leurs observations ne font que confirmer un phénomène courant chez l'humain : plus un individu s'investit pour venir en aide aux autres, en particulier ses proches, plus il en retire de la satisfaction. Il s'agirait en fait d'un « investissement social » puisque la vie en groupe est un impératif à la survie de l'espèce humaine.

Bien sûr, les normes culturelles peuvent modifier le vécu des parents. Comme le soulignent les auteurs, le bien-être des individus lors de leurs activités quotidiennes est influencé par leur perception des attentes culturelles et des normes sociales. Par conséquent, dans une société où on prône l'autonomie en bas âge, les parents se retrouvent souvent tiraillés entre leur désir d'être avec leurs enfants et leur volonté de se conformer aux pressions de l'entourage.

La conclusion : n'ayons pas peur de donner du temps à nos tout-petits. Ces moments qui passent si vite sont aussi bons pour nous que pour eux.

Références :
Publications, S. (2013, November 4). "The correlation between child-centric behavior and parental happiness and fulfillment." Medical News Today. Retrieved from
http://www.medicalnewstoday.com/releases/268249.

Claire E. Ashton-James, Kostadin Kushlev and Elizabeth W. Dunn (2013) Parents Reap What They Sow: Child-Centrism and Parental Well-Being. Social Psychological and Personality Science published online 14 March 2013

9 septembre 2013

Question de la semaine: Les accessoires pour bébé sont-ils sécuritaires?

Aujourd'hui je réponds à la question de Valérie Gélinas: "Est-ce que les sièges de type bumbo, exerciseurs et jolly jumper sont dangereux pour bébé?"

Le siège vibrant, la balançoire, le centre d'activités stationnaire... ces accessoires ont quelque chose de magique. Notre bébé peut soudainement passer quelques instants hors de nos bras! Toutefois, existe-t-il des risques à les utiliser?

La mort subite du nourrisson
Les sièges de bébé en tout genre (siège d'auto, siège vibrant, balançoire) peuvent-ils être responsables de certains cas de mort subite du nourrisson? Selon les statistiques, bien que cela soit plutôt rare, 3,3 % des morts inexpliquées de bébés surviennent lorsque l'enfant est en position assise.

Ces évènements malheureux seraient dus à la position repliée du bébé dans ces dispositifs. La tête de l'enfant se retrouvant inclinée vers l'avant, cela aurait pour effet de bloquer les voies respiratoires.  Par conséquent, l'utilisation prolongée d'un siège pour bébé augmente la fréquence des arrêts temporaires de la respiration (apnée) et des modifications du rythme cardiaque (arythmie), diminuant ainsi l'oxygénation de l'enfant. Les enfants de moins d'un mois seraient particulièrement vulnérables puisque leur système respiratoire est encore immature.

Les chutes et les blessures
Certains accessoires sont aussi plus propices à certains accidents. Par exemple, les exerciseurs de type "Jolly Jumper" qui sont suspendus à un cadre de porte peuvent parfois se détacher ou un autre enfant pourrait pousser le bébé et celui-ci se heurterait alors sur le cadrage.

Les sièges de type "Bumbo" ont aussi fait l'objet d'un rappel en août 2012. Dans certains cas, les bébés pouvaient s'arquer vers l'arrière et alors tomber ou glisser hors du siège. Depuis, ces sièges sont équipés d'une ceinture de sécurité. Cependant, même avec cet ajout, ce siège ne devrait pas être utilisé sur une surface surélevé.

Enfin, deux cas de fracture du fémur (l'os de la cuisse) ont été rapportés suite à l'utilisation d'un centre d'activités stationnaire. Selon les médecins, le mouvement de torsion associé à ce genre d'appareil serait en cause. Il faut toutefois mentionné que ce type d'évènement semble excessivement rare.

Développement de l'enfant
Selon certaines études, des bébés pourraient passer jusqu'à 16 heures par jour dans des centres d'activité stationnaires, des sièges pour bébé (siège d'auto, chaise-haute, balançoire) et des exerciseurs "Jolly Jumper". Selon deux études différentes, cette utilisation excessive serait associée à des retards au niveau du développement moteur.

Par ailleurs, une aussi longue période de temps passée dans un accessoire où la tête est constamment appuyée pourrait affecter le développement du crâne. Il existe en effet une association entre le temps passé dans ces dispositifs et le syndrome de la tête plate.

Les recommandations?
Est-ce que ces risques signifient qu'il faut cesser l'utilisation des sièges vibrant, balançoires et centres d'activités stationnaires? Bien sûr que non. Ces accessoires peuvent être très utiles pour déposer bébé quelques instants dans un endroit sécuritaire, pour compléter rapidement le dîner ou pour tout simplement se reposer un moment. Par contre, il est important de les utiliser de façon judicieuse. 

Cela signifie tout d'abord de limiter le temps passé dans ces dispositifs. Pour bien se développer, un enfant doit bouger dès son plus jeune âge. On suggère donc de mettre bébé sur le ventre lorsqu'il est éveillé.

De plus, pour diminuer les risques de mort subite du nourrisson, il est préférable d'éviter de faire dormir un bébé dans un de ces sièges. Si l'enfant s'endort pendant l'utilisation, on peut le transférer doucement dans son lit. Si le bébé a moins de quatre mois, on s'assurera également d'utiliser un siège avec une bonne inclinaison vers l'arrière pour que les voies respiratoires soient bien dégagées.

Enfin, comme pour tout accessoire de bébé, en prenant soin de vérifier l'état du dispositif et de suivre les recommandations du manufacturier, on pourra diminuer les risques de blessures.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse. (N'étant pas médecin, il ne m'est pas possible de répondre à des questions médicales sur l'état de santé d'une mère ou d'un bébé. Si vous éprouvez des inquiétudes à ce sujet, contactez plutôt un professionnel de la santé.)

Références:
American Academy of Pediatrics. (2013) Safe and sound: tips for using infant swings. Consulté le 7 septembre 2013 à l'adresse http://aapnews.aappublications.org/content/34/1/25.5.full

Abbott AL, Bartlett DJ. (2001) Infant motor development and equipment use in the home. Child Care Health Dev. 27(3):295-306.

Centers for Disease Control and Prevention. (2012) Child Development. Consulté le 7 septembre 2013 à l'adresse http://www.cdc.gov/ncbddd/childdevelopment/positiveparenting/infants.html

Côté A, Bairam A, Deschenes M, Hatzakis G. Sudden infant deaths in sitting devices. Arch Dis Child. 2008 May;93(5):384-9. Epub 2007 Jul 19.

Fay, D., Hall, M., Murray, M., Saatdjian, A., Vohwinkel, E. (2006) The Effect of Infant Exercise Equipment on Motor Milestone Achievement. Pediatric Physical Therapy, 18 (1): 90.

Grant P, Mata MB, Tidwell M. (2001) Femur fracture in infants: a possible accidental etiology. Pediatrics. 2001 Oct;108(4):1009-11.

Hagen, K.A., Lundeen, Heather, M., Speich, S.A., Mabey, R., Mohr, P. (2006) Recent Trends and Attitudes Among Parents/Primary Caregivers and Physicians Toward the Use of Exersaucers. Pediatric Physical Therapy, 18 (1):92-93.


Santé Canada. (2012) Rappels de produit de consommation: Sièges pour bébé Bumbo. Consulté le 7 septembre 2013 à l'adresse http://www.healthycanadians.gc.ca/recall-alert-rappel-avis/hc-sc/2012/14919r-fra.php

18 mars 2013

Question de la semaine: Comment choisir un livre sur la parentalité?

Cette semaine, je réponds à la question de Renée Le Breton: "Comment fait-on pour savoir qu'un livre est une référence et que ce n'est pas écrit par une fausse experte?"


Pour plusieurs nouveaux parents, les livres traitant de parentalité sont une mine d'or d'informations. Le marché du livre a d'ailleurs bien compris cet attrait et on voit apparaître de plus en plus d'ouvrages sur les rayons des librairies. Il peut toutefois devenir difficile de départager les livres crédibles de ceux moins recommandables. Alors, comment s'y retrouver?

Tout d'abord, le premier critère à évaluer est sans doute la crédibilité de l'auteur. Par exemple, dans les livres traitant du sommeil des enfants, près de la moitié des auteurs n'ont pas de formation spécifique dans le domaine. Certains sont des journalistes qui rapportent les propos d'experts médicaux connus. Il faudra alors évaluer la qualité de leurs sources. D'autres se basent sur leur expérience personnelle pour conseiller les parents. L'absence de formation ne signifie pas que l'auteur ne peut pas avoir un point de vue intéressant. Toutefois, il faut alors garder en tête que les propos ne demeurent que l'opinion de celui-ci et ne sont pas nécessairement basés sur des faits démontrés.

Une grande proportion d'auteurs a pour sa part une formation médicale. En théorie, ces auteurs devraient donc fonder leur discours sur des études plus solides. Une telle formation peut aussi s'avérer utile si les questions que les parents se posent sont plutôt au niveau des problèmes médicaux. Cependant, dans plusieurs autres situations, la perspective médicale n'est pas nécessaire car il s'agit plutôt d'aspects psychologiques ou développementaux. On privilégiera alors un auteur avec une formation en psychologie ou plus spécifiquement en développement de l'enfant.

Par ailleurs, on remarque que dans le monde des livres sur la parentalité, les approches sont souvent contradictoires de l'un à l'autre. Par exemple, on voit beaucoup d'opposition entre une vision plus autoritaire et une plus permissive. De plus, la majorité des livres ne considèreront souvent qu'un aspect du développement de l'enfant. Ainsi, certains mettront l'emphase sur l'apprentissage de la discipline alors que d'autres miseront plutôt sur l'attachement.

Étrangement, malgré le fait que peu de preuves scientifiques soient disponibles dans bien des aspects de la parentalité, les auteurs de livres pour les parents adoptent souvent des positions très campées. Par conséquent, avant de choisir un tel livre, il est nécessaire de se demander quelle approche nous convient le mieux. Cela nous permettra de trouver un livre qui nous aidera à cheminer dans une voie qui correspond à nos valeurs.

En conclusion, la crédibilité de l'auteur et son approche face à la parentalité sont des critères importants dans le choix d'un  livre. Il y a en effet plusieurs façons de voir l'éducation des enfants. Le meilleur livre dépend donc des valeurs de chacun.

Pour en savoir plus sur les experts:
À propos des fameux experts...

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Ramos KD, Youngclarke DM. (2006) Parenting advice books about child sleep: cosleeping and crying it out. Sleep. 29(12):1616-23.

A. Rae Simpson (1998) The Role of the Mass Media in Parenting Education. Consulté le 15 mars 2013 à l'adresse http://parenthood.library.wisc.edu/Simpson/Simpson.html

1 octobre 2012

Question de la semaine: Qu'est-ce que l'hygiène naturelle?

Cette semaine, je discute d'un sujet proposé par Julie Mermillod: l'hygiène naturelle.

En 1962, le pédiatre Terry Brazelton a écrit un article sur l'entraînement à la propreté où il avançait que les enfants n'étaient pas prêts physiologiquement à être propre avant l'âge de 18 mois. C'est sur cette prémisse que se basent les approches d'entraînement à la propreté depuis 50 ans.

Toutefois, certaines personnes remettent en doute cette affirmation. D'une part, les nouveau-nés expérimenteraient des sensations au niveau de la vessie qui peuvent être détectée dans les zones corticales du cerveau. Par ailleurs, les enfants vivant en Afrique sont propres beaucoup plus tôt que les enfants occidentaux. En effet, dans certaines tribus est-africaines, la propreté est atteinte à l'âge de 4 à 6 mois. De plus, certaines études semblent indiquer que plus l'apprentissage de la propreté se fait tard, plus les risques de problèmes comme les pipis au lit, la constipation ou le refus d'aller à la selle sont élevés.

C'est pour ces raisons, qu'on voit retour d'une ancienne approche: l'hygiène naturelle. La technique utilisée est la suivante. Dès le premier mois de vie, le parent observe les signaux indiquant le besoin d'uriner ou de faire une selle chez son bébé. On estime que 90% des bébés démontrent ce type de signaux. Après quelques temps d'observation, le nourrisson est amené sur le pot, supporté par le parent bien sûr, lorsque ces signaux sont présents. Cette position est maintenue en attendant l'élimination. Rapidement, les bébés en viendraient à associer la position assise à l'élimination. Bien sûr, l'autonomie complète ne sera pas atteinte avant quelques années, puisque le bébé aura encore besoin de l'aide de ses parents pour se déshabiller par exemple.

Les parents qui pratiquent l'hygiène naturelle y voient plusieurs avantages. D'une part, elle permet au parent d'être plus à l'écoute des besoins de son enfant. D'autre part, la position assise rendrait l'élimination plus facile pour le bébé que lorsqu'il est sur le dos. Ensuite, le fait que les selles ne restent pas en contact avec les fesses du bébé diminuerait les cas d'irritation de la peau et d'érythème fessier. Enfin, cette méthode serait économique et environnementale.

Certains professionnels sont toutefois inquiets de ce qu'il considère comme un entraînement précoce à la propreté. En effet, suite à l'article de Brazelton, on a attribué des dysfonctions urinaires à la propreté précoce. Les partisans de l'hygiène naturelle croient toutefois que les effets rapportés par Brazelton étaient plutôt attribuables aux méthodes coercitives utilisées à l'époque. L'hygiène naturelle est au contraire une méthode douce et sensible aux besoins du bébé et ne devrait pas être confondue avec l'entraînement précoce à la propreté

En conclusion, bien que l'hygiène naturelle soit une approche très éloignée de nos normes culturelles occidentales, elle peut constituer une alternative intéressante, en particulier pour les parents pratiquant le parentage proximal. 

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Rugolotto S, Sun M, Ball T, Boucke L, de Vries M. (2007) A surging new interest on toilet training started during the first months of age in Western countries. Tech Coloproctol.;11(2):162-3.

Tali S, Efrat SU, Boucke L, Rugolotto S. Infant toilet training. J Pediatr (Rio J). 2009 Jan-Feb;85(1):87-8. 




24 septembre 2012

Question de la semaine: Quel est l'effet de la garderie sur le développement de l'enfant?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Nadia Bordeleau: Je voudrais savoir si la garderie a un effet nefaste sur le developpement du bébé ou de l'enfant?

L'effet de la garderie sur le développement de l'enfant est un sujet plutôt controversé notamment parce qu'il s'agit d'une question complexe. De nombreux facteurs peuvent avoir un impact sur le vécu de l'enfant à la garderie: le tempérament de l'enfant, les caractéristiques de sa famille, la qualité du milieu de garde, la durée de la fréquentation et l'âge de l'enfant lorsqu'il a commencé la garderie.

Certains chercheurs croient donc que plutôt que de se demander si la garderie est bonne ou mauvaise, on devrait tenter de comprendre comment elle peut influencer le développement de l'enfant.

Les experts s'entendent habituellement sur le fait que l'expérience du service de garde n'a pas automatiquement un effet négatif mais que certains enfants peuvent parfois vivre cela comme une expérience négative.  En effet, le début de la garderie signifie aussi la séparation d'avec les parents de même que des routines et des éducatrices moins familières. Ces nouveautés peuvent être des sources de stress. Cela est particulièrement vrai pour les bébés et les bambins qui ont encore besoin de la proximité de leurs parents. L'entrée à la garderie peut donc être d'abord perçue comme une situation de détresse. Ce stress peut d'ailleurs être mesuré par une élévation des niveaux de cortisol, une hormone de stress, chez l'enfant.

Toutefois, au fur et à mesure que l'enfant passe plus de temps à la garderie, il devient plus engagé au sein de son nouveau milieu, augmentant ainsi sa sociabilité et son entrain. Il développera aussi plus de familiarité avec ses éducatrices. Toutefois, il est bon de savoir que cette transition se fait plus rapidement quand l'enfant est plus vieux.

Règle général, les enfants qui vont à la garderie restent attachés à leurs parents et le type d'attachement ne sera pas différent de celui d'un enfant qui demeure à la maison. Les tout-petits continueront donc de préférer Papa et Maman aux éducatrices même si celles-ci deviendront des personnes significatives dans la vie de l'enfant.

Bien qu'on observe parfois que certains enfants qui commencent la garderie très tôt développent un peu plus d'agressivité, ce phénomène n'est pas observé dans les services de garde de qualité. En fait, la qualité des services de garde est le facteur qui aura le plus d'impact sur le développement de l'enfant. Bien que chaque enfant puisse réagir différemment, les garderies de piètre qualité ont généralement un effet négatif. Au contraire, une garderie de haute qualité aura des effets bénéfiques sur la plupart des enfants.

Enfin, dépendamment du milieu social dont est issu l'enfant, l'impact sera différent. Par exemple, il est bien documenté que les enfants provenant de familles défavorisées ont un meilleur développement cognitif et réussissent mieux académiquement s'ils fréquentent une garderie préscolaire. On ne sait toutefois pas si cela est applicable aux enfants provenant d'autres milieux sociaux.

En conclusion, bien que le début de la garderie puisse être un moment stressant dans la vie d'un tout-petit, celui-ci s'adapte généralement bien à son nouveau milieu. En fait, c'est la qualité du service de garde qui devrait préoccuper les parents puisque c'est ce facteur qui risque d'être le plus important. Enfin, n'oublions pas que chaque enfant peut réagir différemment à l'entrée à la garderie. Donc, en demeurant attentif à son enfant, on peut s'assurer que la transition se fasse en douceur.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Cloutier, R., Gosselin, P. et P. Tap. (2005) Psychologie de l'enfant, 2e éd. Montréal: Gaëtan morin éditeur. 

Zoritch B, Roberts I, Oakley A. (2000) Day care for pre-school children. Cochrane Database Syst Rev. 2000;(3):CD000564.

Wilfried Datler, Katharina Ereky-Stevens, Nina Hover-Reisner and Lars-Erik Malmberg. Toddlers’ transition to out-of-home day care: Settling into a new care environment. Infant Behav Dev. 2012 June; 35(3): 439–451.

12 septembre 2012

Les méthodes d'entraînement au sommeil sous la loupe

L'utilisation de techniques d'entraînement au sommeil chez les bébés peut-elle avoir des effets à long terme? Il s'agit d'une question controversée qui est débattue avec énergie chez les parents. Une étude parue récemment dans la revue Pediatrics arrive, elle, à la conclusion suivante: il n'y a pas d'effet négatif ou positif à utiliser des méthodes comportementales d'entraînement au sommeil.

L'étude a été réalisée auprès de 326 enfants qui avaient des problèmes de sommeil à l'âge de 7 mois. Après avoir été recrutés par l'équipe de chercheurs, 173 de ces enfants ont été choisis pour faire partie du groupe d'intervention. Cela signifie qu'entre l'âge de 8 et 10 mois, leurs parents ont reçu une brève formation sur les méthodes comportementales d'entraînement au sommeil.

Au cours de ces rencontres, les parents pouvaient discuter avec une infirmière formée dans le domaine afin de choisir la stratégie qui leur convenait le plus parmi les suivantes. La première méthode est appelée méthode des pleurs contrôlés. Dans cette technique, les parents répondent aux pleurs de leur enfant seulement après une période prédéterminée dont la durée augmente graduellement. La deuxième méthode est celle du retrait progressif qui consiste à s'asseoir avec son enfant jusqu'à ce qu'il s'endorme pour se retirer en s'éloignant graduellement, sur une période de trois semaines. Les parents pouvaient opter pour l'une ou l'autre des stratégies, pour un mélange des deux ou pour aucune de celles-ci.

Les enfants ont ensuite été revus à l'âge de 6 ans. Les chercheurs ont alors évalué l'état émotionnel, le comportement, la santé psychosociale des enfants de même que leur relation avec leurs parents. Pour tous les aspects étudiés, il n'y avait pas de différences entre le groupe d'intervention et le groupe contrôle.
 
Limites et interprétation de l'étude
On peut s'interroger sur la façon de définir le groupe contrôle et le groupe intervention. En fait, le groupe intervention est composé des enfants dont les parents ont reçu une séance d'information sur le sommeil de même qu'une discussion avec une infirmière formée. Rien n'empêche donc que certains parents aient choisi de ne pas utiliser les méthodes proposées. Cette méthodologie ne permet pas non plus de savoir si une méthode avait un impact différent de l'autre. De la même façon, les parents du groupe contrôle avaient l'opportunité de demander des conseils concernant le sommeil à une infirmière, mais celle-ci n'était alors pas spécialement formée. Dans ce cas, il serait possible que certains parents du groupe contrôle aient tenté eux-aussi des méthodes d'entraînement au sommeil avec leur enfant. On peut facilement voir que cette façon de définir les deux groupes diminue de beaucoup la portée des résultats obtenus. En effet, est-ce que l'absence d'impact à long terme provient du fait que les deux groupes étaient somme toute similaires?

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que toutes les méthodes comportementales ne sont pas égales. Les chercheurs rappellent en effet que des méthodes comme celle de l'extinction totale où le parent met l'enfant au lit pour ne plus revenir du tout avant le matin (à l'exception où l'enfant serait malade ou blessé) ne sont plus recommandées puisqu'elles causent de la détresse chez l'enfant et le parent. L'étude ne se penche donc pas sur des pratiques parentales préconisant de laisser pleurer un enfant de façon chronique ou excessive. Il a d'ailleurs été démontré que les pleurs excessifs sont dommageables au développement des enfants.

Un autre point important à soulever est l'âge des enfants lors de l'intervention. On parle ici d'enfants de 8 à 10 mois et non pas de très jeunes bébés d'à peine quelques mois. Étant donné, le développement rapide d'un enfant dans la première année de vie, cela peut faire une différence importante au niveau de sa capacité à s'endormir seul et à gérer les émotions suscitées par l'intervention.

Enfin, notons que l'intervention dont il est question dans cette étude impliquait une supervision importante de la part d'une infirmière spécialement formée pour la circonstance. Les parents avaient ainsi la chance de discuter avec celle-ci pour établir un plan d'action adapté à leur enfant et à leur famille. On ne parle donc pas de parents laissés à eux-mêmes avec pour seul guide un livre préconisant une méthode miracle supposée fonctionner pour tous. Les chercheurs soulignent d'ailleurs qu'il est possible que certains groupes d'enfants (par exemple ceux ayant vécu de la maltraitance ou des enfants particulièrement anxieux) puissent souffrir de certaines techniques. Dans ces cas, selon eux, il serait alors préférable d'utiliser la méthode du retrait progressif plutôt que celle des pleurs contrôlés.

En conclusion, malgré les limites de leur étude, les chercheurs australiens croient qu'il est possible d'intervenir auprès de son enfant pour lui permette d'apprendre à avoir une meilleure routine de sommeil sans que cela n'ait d'effets à long terme. Toutefois, la méthode choisie devrait être adaptée à chaque enfant et à chaque situation familiale. Enfin, n'oublions pas que les chercheurs n'ont pas observé d'effets positifs à long terme de ces méthodes. Par conséquent, un parent qui n'est pas à l'aise avec celles-ci peut tout-à-fait suivre son instinct et choisir des techniques plus appropriées à sa situation sans craindre que son enfant développe de mauvaises habitudes de sommeil.

Références:
A. M.H. Price,  M. Wake, O. C. Ukoumunne, and H. Hiscock.(2012) Five-Year Follow-up of Harms and Benefits of Behavioral Infant Sleep Intervention: Randomized Trial. Pediatrics peds.2011-3467; published ahead of print September 10, 2012.

H. Hiscock, J. Bayer, L. Gold, A. Hampton, O. C Ukoumunne, and M. Wake. (2007) Improving infant sleep and maternal mental health: a cluster randomised trial. Arch Dis Child; 92(11): 952–958.