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22 octobre 2014

Cachez cette suce que je ne saurais voir!

Le saviez-vous? Ce n'est pas avec une pomme mais bien avec une suce que le serpent a tenté Ève, la première mère de l'humanité. Depuis ce jour, ce petit bout de plastique si controversé suscite des réactions contradictoires. D'un côté, il y a ceux qui croient impossible d'élever un bébé sans cet outil miraculeux et de l'autre, ceux qui y voient bien un instrument du démon créé pour saboter l'allaitement.

Il faut dire que la majorité des organismes de santé la déconseille fortement pendant le premier mois de vie. Entre autres, l'Organisation mondiale de la santé a même bâti une des règles de l'Initiative amis des bébés autour de l'infâme sucette. L'étape 9 stipule en effet qu'il ne faut pas offrir de tétines artificielles aux enfants allaités. Cette recommandation est basée principalement sur des études d'observations qui ont remarqué une forte association entre l'utilisation de la suce et le sevrage précoce.

Le plan machiavélique entourant la suce serait relativement simple. Lorsqu'une mère donne la suce à son bébé au lieu de le mettre au sein, le nourrisson ne stimule pas suffisamment les glandes mammaires et la production dégringole alors. De plus, comme le bébé ne tète pas la suce et le sein de la même façon, il peut en venir à blesser les mamelons de sa mère. Tous ces petits problèmes seraient bien sûr la recette parfaite pour un sevrage précoce.

Cependant, certaines recherches ne semblent pas appuyer cette hypothèse. Par exemple, le collectif Cochrane a identifié deux études où on a divisé des femmes très motivées à allaiter en deux groupes : l'un où on recommendait aux mères d'éviter la suce et l'autre où on ne disait rien de particulier à ce sujet. Dans les deux groupes, le taux de sevrage à 4 et 3 mois était toutefois très similaire.

Une étude réalisée à Montréal apporte peut-être une piste d'explication. Les chercheurs, qui ont d'ailleurs conçu leur étude d'une façon semblable aux deux précédentes, ont eux aussi constaté que le fait de mettre les mères en garde contre la suce ne diminuait pas le sevrage précoce. Par contre, si on sépare plutôt les groupes en fonction de l'utilisation de la suce ou non, on remarque que les mères qui disent avoir employé la suce sèvrent en effet plus tôt que les autres. C'est ce qui porte les scientifiques à croire que la suce ne serait peut-être pas la cause du sevrage mais plutôt un indice que quelque choses ne va pas.

Cette explication semble logique puisqu'on sait que les douleurs aux mamelons et l'impression de manque de lait sont des raisons communes de sevrage précoce. Si une mère a des douleurs à la mise au sein, elle sera assurément tentée de contenter son bébé avec une suce lorsqu'elle le peut. De la même façon, une mère qui manque de lait et dont le bébé réclame le sein sans cesse introduira la suce pour se donner un répit. Cela expliquerait pourquoi suce et sevrage vont souvent de pair.

On peut donc penser que le fait de diaboliser la suce ne rend service à personne. Comme dans bien des domaines, offrir de l'information est sans doute plus payant. Par conséquent, si une mère sent le besoin de recourir à la suce, elle devrait se demander pour quelle raison et, si nécessaire, aller chercher de l'aide pour résoudre ses difficultés d'allaitement. Si tout va bien et qu'elle choisit d'employer la suce quand même, elle devrait alors savoir qu'une utilisation occasionnelle a souvent moins d'effet qu'une utilisation quotidienne. Elle doit aussi être consciente qu'aucune étude n'a pu établir que la suce ne cause pas de difficultés d'allaitement. Cependant, elle devrait également se rappeler la conclusion la plus importante de ces études : si elle est déterminée à allaiter, ce n'est pas une suce qui l'en empêchera.

Toujours à propos des suces...
Donne-moi ta suce, voyons n'aie pas peur...

La suce: une amie qui vous veut du bien?
Pourquoi la suce est-elle si populaire?
 
Références:
Canadian Paediatric Society. (2014) Recommendations for the use of pacifiers. Consulté le 21 octobre 2014.

Goldman RD (2013) Pacifier use in the first month of life. Can Fam Physician, 59(5):499-500.

Jaafar SH1, Jahanfar S, Angolkar M, Ho JJ. (2012) Effect of restricted pacifier use in breastfeeding term infants for increasing duration of breastfeeding. Cochrane Database Syst Rev., 7:CD007202. doi: 10.1002/14651858.CD007202.pub3.

21 juin 2013

Les dents des chimpanzés et l'allaitement

L'âge du sevrage a beaucoup diminué dans le dernier siècle. Ce que la plupart des mères et des bébés vivent aujourd'hui n'est donc pas représentatif de ce qui était courant pour nos ancêtres. Par exemple, les textes anciens semblent indiquer que les bébés égyptiens étaient allaités jusqu'à l'âge de trois ans. Aux États-Unis, certains auteurs du 18e siècle laissent entendre qu'il était typique d'allaiter un enfant pour 2 à 4 ans. On a toutefois peu d'information sur l'allaitement à l'époque de l'apparition des premiers humains.

Pour résoudre cette question, certains anthropologues tentent de faire des comparaisons avec nos parents, les primates. Entre autres, chez certains d'entre eux, l'apparition des premières molaires est associée au sevrage. Mais le développement dentaire est-il vraiment un bon outil pour évaluer le développement chez l'humain? Pour répondre à cette objection, des chercheurs ont choisi d'étudier le lien entre l'émergence de la première molaire de la mâchoire du bas et le sevrage chez notre plus proche cousin, le chimpanzé.

Cette nouvelle étude a analysé une bande de jeunes chimpanzés sauvages habitant en Uganda. Les chercheurs ont alors examiné l'émergence des premières molaires. Ils ont ainsi remarqué qu'en moyenne, ces dents faisaient leur apparition à l'âge de 3,3 ans. Cependant, tous les bébés singes étudiés ont continué de téter même après ce moment. En fait, le pourcentage de temps passé au sein augmentait entre 2 ans et 3,5 ans pour ensuite diminuer entre 3,5 et 4,5 ans. Le sevrage se produisait finalement entre 4,5 et 5 ans.

Les chercheurs concluent donc que, chez le chimpanzé, il n'y a pas de lien entre l'apparition des molaires et le sevrage. En fait, ceux-ci croient plutôt que l'apparition des molaires serait reliée au passage à une alimentation adulte qui a lieu autour de 3 ans. Avant cet âge, les bébés chimpanzés sont beaucoup plus dépendants de leur mère. D'ailleurs, les petits qui perdent leur mère avant 2,5 à 3 ans ont peu de chance de survivre.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette absence de lien entre l'apparition des dents et le sevrage selon les chercheurs. D'une part, il s'agit de deux processus étendus dans le temps et non pas d'évènements ponctuels, ce qui peut rendre les analyses difficiles. Deuxièmement, chez le chimpanzé, il existe beaucoup de variation dans l'âge du sevrage qui peut aller de 4,2 à 7,2 ans selon certaines études.

En conclusion, si les observations faites chez le chimpanzé sont applicables à l'homme primitif, cela signifie qu'il faudra chercher un autre indicateur pour évaluer l'âge du sevrage à la préhistoire. Certaines études suggèrent en effet que le lien entre le métabolisme et la lactation est plus complexe qu'il n'y paraît.

Pour en savoir plus sur le sevrage biologique:
Quel est l'âge biologique du sevrage?

Référence:
Smith TM, Machanda Z, Bernard AB, Donovan RM, Papakyrikos AM, Muller MN, Wrangham R. (2013) First molar eruption, weaning, and life history in living wild chimpanzees. Proc Natl Acad Sci U S A. 2013 Feb 19;110(8):2787-91. doi: 10.1073/pnas.1218746110. Epub 2013 Jan 28.

16 juillet 2012

Question de la semaine: Le sevrage est-il nécessaire lors d'une procédure de procréation assistée?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Céline de Montmollin: "Est-ce possible de poursuivre l'allaitement pendant une procédure de procréation médicale assistée?"

La fertilité pendant l'allaitement est un sujet déjà complexe puisque la reproduction et la lactation sont deux processus intimement liés. On peut donc deviner que cela devient plutôt compliqué lorsqu'on parle de traitements de procréation assistée.

D'une part, l'allaitement étant un moyen de contraception naturelle, certaines femmes ont de la difficulté à concevoir si elles allaitent toujours. Bien souvent, le retour de la fertilité n'a lieu que lorsque le nombre et la durée des tétées diminuent de façon significative. Selon certains chercheurs, il y a très peu de possibilités de grossesse lorsqu'on allaite plus de 3 à 4 fois par jour. On parle bien sûr de tétées significatives et pas de tétées de réconfort. Par ailleurs, il semblerait que l'arrêt des tétées de nuit soit critique pour certaines femmes. Par conséquent, lorsqu'une femme allaite, l'infertilité peut être tout-à-fait normal et ne pas requérir de traitements particuliers. Lorsque l'enfant prendra le sein moins souvent, la fertilité reviendra d'elle-même.

D'autre part, les traitements d'infertilités requièrent souvent la prise de médicament très divers et certains professionnels de la santé s'interrogent sur la compatibilité de ces médicaments avec l'allaitement. Selon la cause de l'infertilité, les traitements, et donc les médicaments utilisés, peuvent varier.

Par exemple, certaines femmes ont des cycles très irréguliers et vont donc avoir besoin de prendre des médicaments stimulant l'ovulation comme le clomiphène (Clomid, Serophene) ou les gonadotrophines (Gonal-F, Follistim). Selon le livre Medications and Mother's Milk de Thomas Hale, le clomiphène et les gonadotrophines sont des médicaments classé L3, c'est-à-dire qu'il s'agit de médicaments modérément sécuritaires pour lesquels il n'y a toutefois pas d'études contrôlées chez les femmes allaitantes. Par ailleurs, selon Hale, on n'a pas rapporté de cas où ces médicaments s'étaient retrouvés dans le lait maternel mais ils pourraient diminuer la production de lait.

D'autres médicaments utilisés pour induire l'ovulation comme l'hormone gonadotrophine chorionique (hCG, Pregnyl, Novarel) peuvent également servir à régulariser la deuxième phase du cycle ovarien, ce qui permet l'implantation de l'embryon et la poursuite de la grossesse. Toujours selon Hale, ces médicaments se retrouvent aussi dans la catégorie L3 mais aucun effet sur les enfants allaités n'a été rapporté. En fait, on doute même qu'ils puissent être absorbés par le système digestif de l'enfant et se retrouver dans la circulation sanguine.

Les médicaments mentionnés plus haut peuvent aussi être utilisés avant une insémination artificielle ou une fécondation in vitro. Toutefois, lors de ce type de procédure, il est primordial que l'ovulation ait lieu au bon moment. Pour cette raison, on commence parfois en utilisant des médicaments pour empêcher une ovulation surprise comme l'hormone agoniste des gonadotrophines (Lupron)  ou l'hormone antagoniste des gonadotrophines (Ganirelix). Thomas Hale classe le Lupron dans la catégorie L5, c'est-à-dire contre-indiqué pendant l'allaitement, parce qu'il diminue significativement les taux de prolactine et pourrait donc diminuer la production de lait. Hale ne croit toutefois pas qu'il serait risqué pour l'enfant. Enfin, le Ganirelix (ou Cetrotide) se retrouve dans la catégorie L3 puisqu'il existe très peu d'études sur ce médicament. Hale juge cependant qu'il ne passe probablement pas dans le lait à cause de sa structure moléculaire et qu'il serait, de toute façon, peu absorbé par le système digestif de l'enfant.

En conclusion, lorsqu'une femme souhaite concevoir un autre enfant, elle devrait d'abord analyser son style d'allaitement actuel pour évaluer si cela pourrait expliquer son infertilité. Si l'allaitement n'est pas en cause et que des traitements s'imposent, il n'est peut-être pas nécessaire de sevrer l'enfant puisqu'aucun effet néfaste pour l'enfant allaité n'a été rapporté pour les médicaments utilisés en procréation assistée. De plus, considérant la structure de certains de ces médicaments, il est peu probable qu'ils réussissent à passer dans le lait maternel. Il est toutefois impossible de conclure avec certitude qu'il n'y a aucun risque pour l'enfant allaité à cause du peu d'études existant. De plus, on sait que ces médicaments peuvent dans certains cas diminuer la production de lait. Pour ces raisons, chaque femme devrait discuter avec son médecin pour évaluer les pour et les contre du sevrage et déterminer la meilleure voie à suivre dans sa situation.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Hale, T. H. (2010). Medications and Mothers’ Milk. Amarillo: Hale Publishing.

McNeilly AS, Glasier AF, Howie PW, Houston MJ, Cook A, Boyle H. (1983) Fertility after childbirth: pregnancy associated with breast feeding. Clin Endocrinol (Oxf).;19(2):167-73.

Strong Fertility Center. (2010) Medications Commonly Used in Fertility Treatments. University of Rochester Medical Center: Rochester. Consulté en ligne le 14 juillet 2012.

1 juin 2012

Sevrage et dépression

La dépression post-partum a des effets sur la façon dont une mère prend soin de son bébé. Entre autres, on sait que les mères souffrant de dépression ont davantage tendance à offrir des suppléments et à ne pas poursuivre l'allaitement jusqu'à 6 mois. Étant donné que l'allaitement, via la sécrétion d'ocytocine, aurait la capacité de réduire l'anxiété et la dépression, on peut s'interroger sur l'effet du sevrage sur les mères qui en souffrent.

Pour en savoir plus, des chercheurs norvégiens ont donc étudié 42000 femmes enceintes recrutées lors d'une échographie de routine. Les chercheurs ont ensuite évalué leur état de santé mental avant l'accouchement (30 semaines de gestation) et 6 mois après la naissance du bébé. Ils ont également pris en note la façon dont était nourri l'enfant pendant la première moitié de sa vie.

Les chercheurs ont ainsi remarqué que le fait de cesser complètement l'allaitement augmentait les risques de souffrir de dépression ou d'anxiété et que même un allaitement partiel pouvait réduire ce risque. Par ailleurs, chez les femmes qui souffraient déjà d'anxiété ou de dépression pendant la grossesse, le fait d'arrêter complètement l'allaitement empirait leurs symptômes.

Il faut toutefois être prudent dans l'interprétation de ces résultats. En effet, il serait possible qu'un élément stressant ait mené au sevrage et que cet élément soit aussi responsable des l'augmentation des symptômes de dépression. Par exemple, des études ont démontré que les femmes ayant des douleurs importantes aux mamelons (une raison fréquente de sevrage) ont plus de risques de vivre des épisodes de dépression.

Par contre, ce qu'on peut tirer de cette étude, c'est que le sevrage n'est vraisemblablement pas la solution à recommander aux femmes anxieuses ou dépressives. On devrait plutôt aider ces femmes à diminuer leurs sources de stress et à surmonter les problèmes qu'elles rencontrent. En fait, selon ces résultats, lorsqu'une femme est bien épaulée, l'allaitement pourrait être un atout pour vaincre la dépression et l'anxiété.

Référence: Eivind Ystrom. (2012) Breastfeeding cessation and symptoms of anxiety and depression: a longitudinal cohort study. BMC Pregnancy and Childbirth. 12:36.

14 mai 2012

Question de la semaine: La composition du lait maternel change-t-elle pendant l'allaitement?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Chantal Caissié: Est-ce que la composition du lait maternel change pendant l'allaitement?

Colostrum et lait mature
Tout comme les besoins d'un bébé changent à mesure qu'il vieillit, la composition du lait change elle aussi. En fait, plusieurs facteurs vont influencer la composition du lait maternel: le stade de la lactation, l'âge gestationnel du bébé, le moment pendant la tétée, la fréquence des tétées et le degré de plénitude des seins.

L'âge gestationnel du bébé
Les mères qui accouchent de bébés prématurés ont un lait beaucoup plus calorique car il contient 30 % plus de gras que le lait des mères de bébés à terme. Le contenu en azote (une composante importante des protéines) du lait "préterme" est aussi 20 % plus élevé que le lait "à terme". Ces particularités démontrent bien les besoins élevés en gras et en protéines des bébés prématurés. Cela explique aussi pourquoi il est préférable, lorsque cela est possible, d'offrir à un bébé prématuré le lait de sa propre mère plutôt que celui de mères donneuses. Bien sûr, si la mère ne peut offrir son propre lait, le lait provenant d'une banque de lait devrait être utilisé avant les préparations commerciales.

Le stade de la lactation
Le lait produit dès la naissance, le colostrum, est plus riche en protéines, en minéraux et moins concentré en gras, en vitamine et en hydrates de carbone. En fait, la composition du colostrum reflète les besoins du bébé dans les premiers jours. En effet, le système immunitaire du nouveau-né est très immature et il a donc besoin d'un coup de pouce pour lutter contre les infections. Avec un lait riche en protéines (et donc en anticorps), même si le nouveau-né ne consomme qu'une très petite quantité de lait, il reçoit la même dose d'anticorps que recevrait un bébé de quelques mois qui consomme un plus grand volume de lait.

De la même façon, au moment du sevrage, la quantité d'anticorps que reçoit l'enfant demeure constante même si le volume de lait diminue graduellement. On sait aussi que le lait des mères qui allaitent depuis plus d'un an est plus riche en gras et en calorie. De cette façon, un pourcentage élevé de l'apport calorique de l'enfant continue de provenir du lait maternel et ce, même s'il tète moins souvent. Par ailleurs, pendant le sevrage, la concentration en protéines et en sodium augmente. C'est d'ailleurs pour cette raison que lait devient alors plus salé. En contrepartie, les taux de potassium, de glucose et de lactose diminuent.

Le moment de la journée
On sait également que les concentrations en azote (et donc en protéines), en lactose et en gras du lait maternel varient pendant une même journée. Par exemple, chez certaines mères, le taux de gras augmente à partir des petites heures du matin jusqu'à la moitié de la journée. Toutefois, ce genre de pattern ne dépend pas seulement de l'heure de la journée mais aussi de la gestion de l'allaitement (à la demande vs selon un horaire). La quantité de lait change également, le volume pouvant augmenter par 3 à 5 fois selon le moment de la journée. Ces observations expliquent en partie le fait que les tétées ne sont pas réparties également pendant une journée.

Pendant la tétée
Au cours d'une tétée, le changement le plus important est la concentration en gras. Généralement, plus la tétée avance, plus le taux de gras augmente. Cela est dû au fait que les gouttelettes de gras du lait ont tendance à coller aux parois des canaux lactifères. Par conséquent, au début de la tétée, lorsque le sein est plein, c'est plutôt le lait riche en eau que le bébé reçoit. Par contre, vers la fin de la tétée, lorsque le volume de lait a diminué, le bébé peut aller chercher les globules de gras plus facilement. Pour cette même raison, lorsque les tétées sont espacées et que les seins sont très pleins, le lait qu'ils contiennent est beaucoup moins gras que lorsque les tétées sont rapprochées.

En résumé, le lait maternel est un liquide dynamique qui se modifie constamment pour répondre aux besoins de l'enfant. Ce phénomène est une preuve de plus que l'évolution a perfectionné la lactation au point d'en faire une mécanique parfaitement réglée.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse. 

Références:
Lawrence, R. A., & Lawrence, R.M. (2005). Breastfeeding: A Guide for the Medical Profession (6th ed.). Philadelphie : Elsevier Mosby.
Riordan, J., & Wambach, K. (2010). Breastfeeding and Human Lactation (4th ed.). Sudbury: Jones and Bartlett.

23 avril 2012

Question de la semaine: Pourquoi allaiter plus de deux ans?

Cette semaine, je réponds à la question de Chantal Caissié: Pourquoi allaiter plus de deux ans?

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), "pour l’ensemble d’une population, on recommande désormais l’allaitement exclusif au sein pendant les six premiers mois de la vie et il doit se poursuivre ensuite jusqu’à l’âge de deux ans au moins, en l’associant à une alimentation de complément qui convienne."

En effet, les avantages de l'allaitement sont assez bien démontrés jusqu'à l'âge de deux ans. Toujours selon l'OMS, "le lait maternel est aussi une source importante d’énergie et de nutriments pour les enfants de 6 à 23 mois. Il peut fournir la moitié ou plus des besoins énergétiques de l’enfant de 6 à 12 mois, et le tiers des besoins énergétiques de l’enfant de 12 à 24 mois."

(c) Ligue La Leche
Mais qu'en est-il après deux ans? Comme le mentionne l'anthropologue Katherine Dettwyler, il existe malheureusement très peu d'études sur les bienfaits du lait humain après 24 mois. Cette dernière a toutefois fait plusieurs études sur l'âge théorique du sevrage des enfants humains en observant ce qui se passe chez les animaux. Par exemple, certains mammifères allaitent leurs petits jusqu'à ce qu'ils aient quadruplés leur poids de naissance. Chez l'humain, cela arrive habituellement autour de l'âge de 2.5 et 3.5 ans. Par ailleurs, on sait que certains singes sèvrent leurs enfants lorsque les premières molaires permanentes font leur apparition. Chez l'humain, cela se passe entre 5.5 et 6 ans.

Grâce à ces comparaisons, Katherine Dettwyler a supposé que l'âge biologique de sevrage des enfants humains se situait quelque part entre 2.5 et 7 ans. De plus, l'anthropologue remarque avec justesse que bien que la démonstration scientifique n'a pas encore été faite qu'il était bénéfique de poursuivre l'allaitement après deux ans, il serait surprenant que le lait maternel perde toutes ses merveilleuses propriétés le jour où un enfant fête son deuxième anniversaire.

Enfin, à la recherche d'arguments prouvant les bénéfices de l'allaitement prolongé, on oublie souvent l'essentiel. L'allaitement est une relation particulière avec son enfant qui lui apporte amour et réconfort autant qu'elle nous permet de nous sentir complète en tant que mère. Existe-t-il vraiment une meilleure raison pour allaiter longtemps?

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse. 


Références:
Dettwyler, Katherine. A Natural Age of Weaning. 1999.
Dettwyler, Katherine. Why Nurse Toddlers. 1999.
OMS, Santé de la mère, du nouveau-né, de l'enfant et de l’adolescent: Allaitement maternel. Consulté le 21 avril 2012.
OMS, Alimentation du nourrisson et du jeune enfant, 2010.


20 février 2012

L'allaitement et le risque de carie dentaire

Voici un article que j'ai rédigé à l'origine pour le site Parentzie. 

 Lorsqu’on étudie l’effet du lait humain sur l’émail des dents, les recherches démontrent que la dissolution de l’émail est moindre avec du lait humain qu’avec des solutions sucrées. Il a également été démontré que le lait humain à lui seul ne favorise pas la carie dentaire puisqu’il ne cause pas la décalcification de l’émail. Par contre, en présence du sucrose contenu dans certains aliments, le lait humain pourrait causer la carie dentaire. Cela signifie donc que l’hygiène buccale est très importante.

Par contre, si le lait maternel ne cause pas de caries, la situation est très différente pour les préparations commerciales pour nourrissons. En effet, celles-ci diminuent significativement le pH de la bouche d’un bébé ce qui augmente la multiplication des bactéries et aussi la dissolution de l’émail des dents.

Et l’allaitement prolongé?
Par ailleurs, lorsqu’on regarde l’association entre la durée de l’allaitement et la présence de caries dentaires, on remarque qu’il n’y a aucun lien significatif entre les deux. En fait, une étude effectuée auprès d’enfants grecs démontre même que l’allaitement pourrait avoir un rôle protecteur. En effet, si s’endormir avec un biberon peut causer la carie, l’allaitement empêche plutôt son développement. Le même genre d’étude a été fait en Iran où l’allaitement prolongé est la norme culturelle et est parvenu aux mêmes résultats.

Malheureusement, il est possible de trouver des études établissant un risque plus élevé de carie dentaire chez les enfants allaités. Il est donc important de lire ces études d’un œil critique pour déterminer lesquelles sont valables et lesquelles ont une méthodologie déficiente.

À la recherche d’un consensus
Plusieurs équipes de chercheurs ont donc fait une revue des études existant sur le sujet pour établir un consensus. À la lumière de leur analyse,  il semble que beaucoup d’études comportent des lacunes importantes. Ils ont aussi remarqué que la question de l’allaitement et de la carie dentaire est très complexe et implique plusieurs variables différentes. Il n’est donc pas possible d’établir un âge de sevrage qui diminuerait l’incidence de la carie chez les jeunes enfants.

En résumé, il n’existe pas de preuves scientifiques démontrant que le lait humain peut causer la carie dentaire et il n’y a donc pas de raison pour les dentistes de recommander le sevrage. Il semble donc que plusieurs professionnels font l’erreur d’associer des risques de l’alimentation au biberon à l’allaitement.  Par conséquent, pour prévenir la carie chez les jeunes enfants, les parents devraient plutôt accorder de l’importance à une bonne hygiène buccale.

20 janvier 2012

Pourquoi la suce est-elle si populaire?

S'il y a un sujet qui déclenche les passions, c'est bien l'utilisation de la suce et son effet sur l'allaitement. En effet, l'introduction précoce de la suce (avant 4 semaines) serait associée à une diminution de la durée totale de l'allaitement. Pourtant, malgré ce risque non-négligeable, un nombre important de mères allaitantes choisissent tout de même d'offrir une suce à leur bébé.

Des chercheurs australiens ont tenté de comprendre pourquoi la suce demeurait si populaire et publient maintenant leurs résultats dans le journal BMC Pediatrics.

Ces chercheurs ont interrogé 670 nouvelles mères australiennes concernant l'utilisation de la suce et l'alimentation de leur bébé. Il est intéressant de mentionner que toutes ces femmes étaient mères pour la première fois.

Tout d'abord, mentionnons que cette étude a bel et bien confirmé la popularité de la suce. En effet, 79% des mères interrogées ont offert une suce à leur enfant. En général, l'introduction de la suce a eu lieu vers 2 semaines. Par ailleurs,  à l'âge de 3 semaines, le deux-tiers des enfants en avait reçu une.

Si le tiers des mères disent avoir offert une suce de leur propre chef, 28.7% disent avoir été conseillées par leur mère/belle-mère, 22.7% par leur sage-femme et 20.2% par leurs amies.

Les mères questionnées dans cette recherche ont donné plusieurs raisons pour l'utilisation de la suce, les plus fréquentes étant: pour réconforter leur bébé (78%), pour l'aider à s'endormir (57%) et pour le garder heureux et tranquille (40%).

Enfin, mentionnons que cette étude a également confirmé que les mères ayant introduit la suce avant l'âge de 4 semaines avaient plus de risques d'avoir cessé l'allaitement plus tôt que les mères n'ayant jamais offert de suce. Il en était de même pour les mères qui offraient la suce quotidiennement.

Cette étude démontre bien à mon avis que beaucoup d'éducation devrait être fait auprès des mères mais aussi des personnes qui supportent les nouvelles mamans, que ce soit le personnel médical ou les grands-parents. Par ailleurs, lorsqu'on analyse les raisons pour offrir une suce, on réalise qu'il est important d'aider les mères à développer des attentes réalistes face aux comportements d'un nouveau-né. Enfin, on devrait aussi informer davantage les futurs mères sur les autres moyens de réconforter un bébé, que ce soit l'allaitement, le portage, le cododo, les massages ou le peau-à-peau.

(Pour une analyse plus complète du lien entre la suce et le sevrage, c'est ici.)

Référence:
Chelsea E Mauch, Jane A Scott, Anthea M Magarey and Lynne A Daniels. Predictors of and reasons for pacifier use in first-time mothers: an observational study. BMC Pediatrics 2012, 12:7

L'article complet est disponible gratuitement à l'adresse suivante: http://www.biomedcentral.com/content/pdf/1471-2431-12-7.pdf

17 décembre 2011

Du lait maternel vert?

Une mère devrait-elle s'inquiéter si le lait qu'elle produit est vert? C'est à cette question qu'a tenté de répondre une équipe pédiatrique de Turquie.

En effet, dans un édition récente du journal Breastfeeding Medicine, des pédiatres racontent l'histoire d'une nouvelle mère qui avait choisi de cesser l'allaitement après que son lait soit devenu vert. Une équipe de pédiatres et de spécialistes des maladies infectieuses a donc été appelé à investiguer pour trouver la cause de cette étrange coloration.

Après une batterie d'examens physiques et de tests de laboratoire, il s'est avéré que la couleur verte du lait de cette mère était due à sa consommation de multivitamines. On a donc recommandé à la mère de poursuivre l'allaitement malgré la couleur étrange de son lait.

Pour éviter les sevrages inutiles, les auteurs de l'article conclut qu'il serait important de bien informer les mères: le lait maternel peut changer de couleur en fonction des aliments et des médicaments consommés par celles-ci.

Résumé de l'article paru dans Breastfeeding Medicine: A Mother with Green Breastmilk Due to Multivamin and Mineral Intake: A Case Report

10 décembre 2011

Facteurs associés au sevrage pendant le premier mois

En Suède, des chercheurs ont  voulu savoir pourquoi les mères suédoises mettaient fin à l'allaitement quelques semaines seulement après la naissance.

Entre 2007 et 2008, ces chercheurs ont donc fait passer un questionnaire à de nouvelles mères lors de leur premier rendez-vous dans un centre de santé pédiatrique. Ils ont ainsi établi que 27% des mères interrogées avaient des problèmes d'allaitement. Ils ont aussi observé une corrélation négative entre l'allaitement et l'utilisation de la suce de même qu'entre les problèmes d'allaitement et le tabagisme. Il y avait également une association entre les problèmes d'allaitement et une mauvaise succion ou une impression de mauvais gain de poids.

Selon les chercheurs, les mères associent donc le sevrage avec différents problèmes d'allaitement. Ces problèmes peuvent être corrigés grâce à un support adéquat mais celui-ci doit avoir lieu au bon moment. Les auteurs concluent également que le support offert par les centres de santé pédiatrique doit être fait sur mesure pour répondre aux besoins de la mère.

Résumé de l'article dans la revue Acta Paediatrica:  Factors associated with discontinuation of breastfeeding before 1 month of age