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9 mars 2016

La vitamine D pendant la grossesse: le conte de deux communiqués

S’il y a un commentaire que j’entends souvent à propos de la recherche scientifique, c’est bien le fameux « de toute façon, bientôt une nouvelle étude va dire exactement le contraire ». Imaginez donc ma stupéfaction lorsque pendant ma revue de presse quotidienne j’ai lu « les suppléments de vitamine D pendant la grossesse pourraient aider les os des bébés d’hiver » suivi immédiatement par « les suppléments de vitamine D pendant la grossesse n’améliorent pas la santé des os ».

Le premier communiqué provient de l’Université de Southampton et résume une expérience conduite auprès de 1000 femmes enceintes. La moitié d’entre elles ont reçu 1000 unités internationales de vitamine D tous les jours de la 14e semaine de grossesse jusqu’à l’accouchement. Les autres ont reçu un placebo. Selon les auteurs de l’étude, les niveaux de vitamine D d’une mère diminuent pendant les mois d’hiver. Puisque les os durcissent plus particulièrement vers la fin de la grossesse, les bébés nés l’hiver profiteraient plus particulièrement de la supplémentation. Ils concluent en effet que « la vitamine D est sécuritaire et efficace pour augmenter les niveaux de vitamine D des mères dont les bébés sont nés pendant les mois d’hiver ».

Passons maintenant au deuxième communiqué. Celui-ci a été écrit par The Lancet. D’entrée de jeu, les auteurs mentionnent que « prendre des suppléments de vitamine D durant la grossesse, comme cela est recommandé à toutes les femmes selon les directives cliniques de la Grande-Bretagne n’a pas d’effet significatif sur la densité osseuse des bébés ». L’étude a été réalisée auprès de 1134 femmes enceintes qui ont été recrutées entre 14 et 17 semaines de grossesse. La moitié d’entre elles ont reçu 25 microgrammes de vitamine D tous les jours de la grossesse jusqu’à l’accouchement. Les autres ont reçu un placebo.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, à ce moment, j’ai eu une étrange impression de déjà vu. En fait, dans le premier communiqué on peut lire que « l’analyse de tous les bébés nés pendant l’étude n’a pas démontré de différence de masse osseuse entre les bébés nés de mères qui ont pris un supplément et les bébés de mères qui ont pris un placebo ». Dans le deuxième, on mentionne également que « les résultats suggèrent que les suppléments de vitamine D pourraient être bénéfiques pour les bébés nés pendant les mois d’hiver ».

À tous ceux qui ont deviné que les deux communiqués parlent exactement de la même étude, j’accorde deux morceaux de robots. Il semble que l’Université de Southampton et The Lancet ont une vision bien différente de l’étude réalisée par un certain Cyrus Cooper et ses collègues ! De plus, The Lancet fait preuve de plus de précision (1134 femmes plutôt que 1000) et d'un plus grand souci de vulgarisation (25 microgrammes de vitamine D plutôt que 1000 unité internationales) dans la description de l'étude.

Alors, quelle leçon peut-on tirer tout ça ? D’abord, les départements de communication de ces deux institutions n’ont visiblement pas de grandes habiletés à communiquer entre eux. Un coup de téléphone ou un courriel aurait suffi à s’assurer que tout le monde dit la même chose !

Ensuite, il ne faut jamais se fier seulement à un titre. Sur les médias sociaux, il est très fréquent de voir des lecteurs commenter un sujet en se basant seulement sur le titre pour donner leur opinion. Cette étude sur la vitamine D illustre très bien pourquoi ce n’est pas une bonne idée.

À propos des médias et des études:
Grossesse et chocolat: méfiez-vous des médias!
Le mystère de la spectaculaire étude sur les enfants et la télé

Sources:
University of Southampton. (2016, 1er mars). Pregnancy vitamin D supplementation may help winter baby's bones.

5 juillet 2013

Vitamine D: Et si on supplémentait la mère?

Qui pourrait croire qu'une seule lettre pourrait être source d'autant de débats! Si la plupart des experts s'entendent pour dire que les carences en vitamine D sont assez courantes chez les bébés allaités, la façon de résoudre le problème ne fait pas l'unanimité.

Santé Canada suggère d'offrir un supplément de 400 UI de vitamine D à tous les bébés allaités mais cet avis n'est pas partagé par tous. Par exemple, de plus en plus de chercheurs évaluent la possibilité d'offrir un supplément à la mère. Dans une édition récente du Journal of Human Lactation, des chercheurs ont évalué les données existant au sujet de cette alternative. Leur revue de littérature leur a permis de trouver 13 études se penchant sur le sujet.

D'après les auteurs, trois de ces études ont démontré un lien entre la quantité de vitamine D qu'une mère reçoit et les niveaux de cette même vitamine dans le sang de son bébé. Les auteurs concluent donc que si la mère consomme suffisamment de vitamine D, la quantité se trouvant dans le lait sera adéquate pour répondre aux besoins de son enfant.

Cependant, tout n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Il reste en effet beaucoup de recherche à faire pour déterminer la quantité de vitamine D qu'une femme devrait consommer pour assurer la santé de son enfant pendant l'allaitement. Certaines sources parlent d'un supplément de 6400 UI. Les auteurs de la revue de littérature, eux, parlent plutôt d'une quantité correspondant à 10 fois l'apport quotidien recommandé. Cela permettrait alors d'assurer un transfert efficace de la mère vers le bébé.

Ces études sont particulièrement importantes puisque plusieurs liens existent entre une carence en vitamine D et certaines maladies. De plus, les carences en vitamine D, autant chez la mère que chez le bébé, semblent être en hausse présentement. Les nombreuses recommandations d'éviter l'exposition au soleil pour éviter le cancer de la peau aurait l'effet pervers d'augmenter les risques de carences. En effet, la source principale de vitamine D est la production par notre peau lorsque celle-ci est exposée au soleil.

Pour l'instant, les recommandations demeurent donc de supplémenter les bébés allaités. Cependant, certains parents sont réfractaires à ce traitement en raison des liens possibles entre les suppléments de vitamine D et les allergies. Espérons donc que de nouvelles recherches apporteront bientôt plus d'information sur l'efficacité de supplémenter la mère.

Pour en savoir plus sur le débat entourant les suppléments de vitamine D:
Les carences en vitamine D : pas seulement chez les nourrissons
Les bébés allaités ont-ils réellement besoin de vitamine D?
Les suppléments de vitamine D sont-ils efficaces?
Suppléments de vitamine D: le débat continue!
Les femmes enceintes manquent-elles de vitamine D?

Références:
Thiele DK, Senti JL, Anderson CM. (2013) Maternal vitamin D supplementation to meet the needs of the breastfed infant: a systematic review. J Hum Lact. 29(2):163-70. doi: 10.1177/0890334413477916. Epub 2013 Mar 4.

Mohrbacher, N. (2010) Breastfeeding Answers Made Simple. Amarillo: Hale Publishing.

Hyppönen E, Sovio U, Wjst M, Patel S, Pekkanen J, Hartikainen AL, Järvelinb MR. (2004) Infant vitamin d supplementation and allergic conditions in adulthood: northern Finland birth cohort 1966. Ann N Y Acad Sci. 1037:84-95.

25 mars 2013

Question de la semaine: Les carences en vitamines peuvent-elles affecter la production des spermatozoïdes?

Cette semaine, je réponds à la question de Viviane Firmery: "La production des spermatozoïdes est-elle affectée par une carence vitaminique (je pense en particulier à la vitamine D et la vitamine C qui manquent davantage en hiver)?"

Pour bien comprendre comment la nutrition pourrait influencer la production des spermatozoïdes, il faut expliquer brièvement les mécanismes de reproduction humaine.

Toutes les cellules du corps humain contiennent 23 chromosomes, présents chacun en deux copies pour un total de 46 chromosomes. Lors de la conception d'un bébé, celui-ci doit recevoir autant de chromosomes de sa mère que de son père. Pour cette raison, lors de la production des ovules et des spermatozoïdes, il faut réduire le nombre de chromosomes pour que ces cellules contiennent alors une seule copie des 23 chromosomes. De cette façon, lorsque l'ovule et le spermatozoïde fusionnent pour former la première cellule du bébé, celui-ci reçoit alors tout le matériel génétique dont il a besoin pour se développer c'est-à-dire les 46 chromosomes.

Plus spécifiquement, chez l'homme, quatre étapes sont nécessaires pour produire des spermatozoïdes fonctionnels. Tout d'abord, des cellules non-spécialisées et pouvant, dans les bonnes conditions, engendrer d'autres cellules spécialisées du corps doivent être produites. Par la suite, ces cellules vont se transformer pour devenir des cellules précurseures des spermatozoïdes. À ce stade, les cellules précurseures contiennent toujours 46 chromosomes. C'est à l'étape suivante que ces cellules vont se diviser pour donner naissances à des cellules appelées spermatides qui contiennent seulement 23 chromosomes. Enfin, la maturation des spermatides permettra l'apparition de spermatozoïdes mobiles et fonctionnels.

Puisque les chromosomes sont composés d'ADN et que le bon état des chromosomes est essentiel au bon fonctionnement des spermatozoïdes, tout ce qui pourrait affecter la qualité de l'ADN pourrait aussi nuire à la production de ceux-ci. Comme les composantes de l'ADN proviennent majoritairement de l'alimentation, celle-ci a donc un effet sur la reproduction. Par ailleurs, plusieurs vitamines semblent impliquer dans le processus de maturation des spermatozoïdes.

La vitamine A:
Cette vitamine, sous la forme d'acide rétinoïque, est importante pour réduire le nombre de chromosomes de 46 à 23. Elle est donc requise pour la production des spermatozoïdes. Ainsi, chez la souris, une déficience en vitamine A empêche donc les cellules précurseures de se transformer éventuellement en spermatozoïdes. Chez l'humain, on ignore toutefois encore l'effet d'une carence en vitamine A sur le système reproducteur.

Les vitamines C et E:
Les vitamines C et E sont des substances antioxydantes. Les antioxydants ont la particularité de protéger l'ADN contre des molécules qui pourraient l'endommager et qu'on appelle les radicaux libres. On sait d'ailleurs que les spermatozoïdes sont particulièrement sensibles aux radicaux libres. Les hommes infertiles à qui on donne des suppléments de vitamine C, de vitamine E et de glutathion (une autre substance antioxydante) voit donc leur nombre de spermatozoïdes augmenter.

Le folate:
Le folate est un membre de la famille des vitamines B et joue un rôle  important dans la fabrication de l'ADN. Pour cette raison, il est essentiel à la reproduction. Des chercheurs ont remarqué que les hommes qui recevaient un supplément de folate et de zinc avaient aussi un plus grand nombre de spermatozoïdes. Le folate favoriserait également leur mobilité.

La vitamine D:
La vitamine D sert à gérer l'utilisation du calcium par le corps. Comme le calcium est essentiel à la production des spermatozoïdes et à leur mobilité, des chercheurs croient qu'une déficience en vitamine D pourrait nuire à la fertilité masculine. On a observé chez le rat qu'une telle déficience était en effet associée à une diminution du nombre de spermatozoïdes. Chez l'humain, on sait que les cellules des testicules peuvent utiliser la vitamine D. Cela pourrait donc être important à la production des cellules sexuelles, probablement en modifiant l'expression des gènes.

En conclusion, bien que cela ne soit pas complètement démontré expérimentalement, il semble probable que certaines carences en vitamines occasionnent des problèmes de fertilité chez l'homme. Par conséquent, lorsqu'un couple cherche à concevoir un enfant, une alimentation saine et équilibrée est aussi importante pour le futur père que pour la future mère.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Cathryn A. Hogarth and Michael D. Griswold. (2010) The key role of vitamin A in spermatogenesis. J Clin Invest. 120(4): 956–962.

Ebisch IM, Thomas CM, Peters WH, Braat DD, Steegers-Theunissen RP. The importance of folate, zinc and antioxidants in the pathogenesis and prevention of subfertility. Hum Reprod Update. 2007 Mar-Apr;13(2):163-74. Epub 2006 Nov 11.

Martin Blomberg Jensen, John E. Nielsen, Anne Jørgensen, Ewa Rajpert-De Meyts, David Møbjerg Kristensen, Niels Jørgensen, Niels E. Skakkebaek, Anders Juul and Henrik Leffers. (2010) Vitamin D receptor and vitamin D metabolizing enzymes are expressed in the human male reproductive tract.
Hum. Reprod. 25 (5): 1303-1311. doi: 10.1093/humrep/deq024 First published online: February 18, 2010

4 janvier 2013

Les femmes enceintes manquent-elles de vitamine D?

On s'interroge beaucoup sur la pertinence ou non d'offrir des suppléments de vitamine D aux bébés allaités mais on parle malheureusement trop rarement du statut en vitamine D des femmes enceintes.

Pourtant les réserves de vitamine D d'une femme pendant la grossesse auront des impacts importants sur les niveaux du bébé par la suite. Par exemple, on sait qu'une déficience chez la mère est associée à des problèmes de minéralisation osseuse chez l'enfant à naître. C'est pourquoi des chercheurs britanniques ont voulu en savoir plus sur la fréquence des carences en vitamine D chez les femmes enceintes.

D'après les données disponibles sur le site du journal Maternal and Child Nutrition, l'étude qui vient de paraître a porté sur 346 femmes provenant de différentes origines ethniques et ayant accouché entre avril 2008 et mars 2009. Le taux de vitamine D dans le sang de ces femmes a été déterminé en laboratoire. Pour les besoins de l'étude, les chercheurs ont déterminé qu'un taux de vitamine D inférieur à 25 nmol/L serait considéré comme une déficience alors qu'un taux entre 25 et 75 nmol/L serait insuffisant. Enfin, les femmes avec un taux supérieur à 75 nmol/L auraient un taux jugé adéquat de vitamine D.

En général, seulement 18% des femmes étudiées avaient un taux adéquat alors que 25 % avaient des niveaux insuffisants et 36% étaient carrément en carence. L'effet était nettement plus marqué chez les femmes à la peau foncée puisque seulement 8% avait un taux de vitamine D adéquat, comparativement à 43% des femmes à la peau pâle. Les femmes obèses étaient aussi plus à risque d'avoir un niveau de vitamine D insuffisant.

Enfin, autre fait intéressant, cette déficience en vitamine D était observable peu importe la saison. On se serait pourtant attendu à ce que le problème soit plus fréquent en hiver, moment de l'année où les rayons du soleil ne sont pas assez forts pour permettre la synthèse de la vitamine D par la peau. On peut donc supposer que cette observation démontre bien que notre style de vie (peu d'activités extérieurs, utilisation de crème solaire) a un impact important sur les niveaux de vitamine D.

Ainsi, cette étude démontre que le manque de vitamine D chez les femmes enceintes semble généralisé au Royaume-Uni. Par ailleurs, une étude similaire réalisée aux États-Unis en 2007 arrivait aux mêmes conclusions. On peut donc supposer que ces résultats s'appliquent à l'ensemble des pays occidentaux.

Les chercheurs croient donc que les recommandations de supplémentation devraient être supportées plus activement mais aussi que d'autres mesures devraient être mises en place pour favoriser l'amélioration des taux de vitamine D chez les femmes enceintes. En effet, dans l'étude américaine de 2007, 90% des femmes prenaient des suppléments de vitamine D et avaient malgré tout des quantités insuffisantes dans leur sang. 

En conclusion, le statut en vitamine D d'une majorité de femmes enceintes demeure problématique et ce, malgré la prise de suppléments. Cela indique vraisemblablement que les formes de supplémentation actuelles ne sont pas assez efficaces. Il serait donc primordial de remédier à la situation étant donné les conséquences possibles.

Référence:
McAree, T., Jacobs, B., Manickavasagar, T., Sivalokanathan, S., Brennan, L., Bassett, P., Rainbow, S. and Blair, M. (2013) Vitamin D deficiency in pregnancy – still a public health issue. Maternal & Child Nutrition, 9: 23–30.

Marjorie L. McCullough (2007) Vitamin D Deficiency in Pregnancy: Bringing the Issues to Light J. Nutr. 137: 2 305-306

19 octobre 2012

Suppléments de vitamine D: le débat continue!

Il y a deux semaines, je parlais d'une étude qui semblait démontrer que les suppléments de vitamine D chez les bébés allaités n'étaient pas efficaces pour augmenter de façon suffisante les taux de vitamine D dans le sang des nourrissons. Pourtant, cette semaine, une étude publiée dans le journal Maternal and Child Nutrition conclut plutôt que la plupart des enfants recevant un supplément de vitamine D sont protégés contre des niveaux sanguins de vitamine D insuffisants.

En effet, des chercheurs de la Colombie-Britannique ont étudié 65 bébés de Vancouver âgés entre 2 et 4 mois dont 89% recevaient des suppléments de vitamine D. Selon leurs résultats, le taux moyen de vitamine D dans le sang de ces enfants était de 77,5 nmol/L. Toutefois, 14 % des bébés avaient un taux inférieur à 50 nmol/L et chez 49 % des enfants, les taux se situaient entre 50 et 75 nmol/L. Donc, 63 % des enfants avaient un taux inférieur à 75 nmol/L.

Revoyons maintenant les résultats de l'équipe turque dont l'article a été publié dans la revue Pediatrics il y a quelques semaines. Chez les bébés turcs, 28 % des bébés étaient sous la barre du 50 nmol/L et 38,5% entre 51 et 75 nmol/L pour un total de 66,5% sous les 75 nmol/L.

Lorsqu'on compare les deux études, on remarque que les données obtenues ne sont pas si éloignées, quoique dans l'étude turc, le nombre d'enfant dont le taux de vitamine D est inférieur à 50 nmol/L est deux fois plus élevé. En effet, dans les deux cas, plus de 60 % des enfants ont un taux inférieur à 75 nmol/L. Alors pourquoi des conclusions si différentes?

Une partie de la réponse vient des niveaux recommandés de vitamine D utilisés par les deux équipes de chercheurs. Ainsi, selon les chercheurs turcs, on parle d'insuffisance en vitamine D lorsque les niveaux sanguins sont en dessous de 74 nmol/L et de déficience en bas de 50 nmol/L. Ici, par contre, Santé Canada estime qu'il y a des risques de carence en dessous de 30 nmol/L et que certaines personnes peuvent être à risque entre 30 et 50 nmol/L. En fait Santé Canada stipule que, pour presque tout le monde, des niveaux supérieurs à 50 nmol/L sont suffisants.

À partir de ces standards, on peut alors comprendre que les chercheurs turcs concluent que chez la majorité des bébés les niveaux de vitamine D sont insuffisants alors que les chercheurs canadiens sont satisfaits qu'à peine 14 % des bébés soient sous les 50 nmol/L.

Malgré tout, on peut s'interroger sur certaines différences aux niveaux des données mais cela s'explique vraisemblablement par des différences entre les groupes de bébés étudiés. Par exemple, les bébés turcs étaient allaités exclusivement alors que les canadiens l'étaient de façon prédominante. De la même façon, tous les bébés turcs recevaient un supplément de 400 UI de vitamine D alors que seulement 89% des bébés canadiens recevaient une dose non spécifiée. Enfin, notons que les habitudes de vie pouvant différer entre la Turquie et le Canada, les niveaux de vitamine D peuvent aussi varier en conséquence.

Pour terminer, il faut mentionner que cette nouvelle étude apporte toutefois un élément nouveau. Les chercheurs canadiens ont en effet remarqué que les bébés qui recevaient un supplément quotidien d'au moins 400 UI, avaient des taux de vitamine D plus élevé que les bébés qui n'en recevaient par environ 24 nmol/L. Cela peut donc nous donner une idée quantitative de l'impact de la supplémentation chez le nourrisson.

En conclusion, nous sommes encore loin d'un consensus au sujet des suppléments de vitamine D. Toutefois, chaque étude apporte de nouvelles données qui nous permettrons de nous en approcher. Enfin, une controverse comme celle sur la vitamine D nous rappelle l'importance de bien lire la méthodologie des études avant de tirer des conclusions.

Références:
Green, T. J., Li, W., Barr, S. I., Jahani, M. and Chapman, G. E. (2012), Vitamin D supplementation is associated with higher serum 25OHD in Asian and White infants living in Vancouver, Canada. Maternal & Child Nutrition. doi: 10.1111/mcn.12008

Oya Halicioglu, Sumer Sutcuoglu, Feyza Koc, Omur Yildiz, Sezin A. Akman,and Sadik Aksit. (2012) Vitamin D Status of Exclusively Breastfed 4-Month-Old Infants Supplemented During Different Seasons. Pediatrics 2012; 130:4 e921-e927; published ahead of print September 24, 2012.

Santé Canada (2012) La vitamine D et le calcium : Révision des Apports nutritionnels de référence. Consulté à l'adresse http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/nutrition/vitamin/vita-d-fra.php le 18 octobre 2012


4 octobre 2012

Les suppléments de vitamine D sont-ils efficaces?

La déficience en vitamine D est plutôt fréquente chez les bébés allaités exclusivement. En effet, une étude récente révélait que 95% des bébés de quatre semaines allaités exclusivement n'avait pas des niveaux suffisants de vitamine D dans leur système. Ce n'est bien sûr pas l'allaitement qu'il faut blâmer mais plutôt notre latitude qui rend la production de vitamine D impossible en hiver, notre style de vie nord-américain favorisant les activités intérieures et la diminution de la couche d'ozone nous obligeant à utiliser de la crème solaire.

C'est pour cette raison que Santé Canada recommande d'offrir aux bébés allaités exclusivement un supplément de 400 UI de vitamine D quotidiennement (les bébés nourris aux biberons recevant déjà ce supplément dans leur préparation commerciale pour nourrissons). Toutefois, ce supplément est-il vraiment efficace?

C'est ce qu'ont voulu savoir des chercheurs turcs dans une étude publiée récemment dans le journal Pediatrics. Pour y arriver, ils ont évalué les niveaux de vitamine D de 143 bébés de 4 mois, allaités exclusivement, qui recevaient des suppléments quotidiens de 400 UI de vitamine D.

Les chercheurs ont ainsi remarqué que 28% des enfants avaient carrément une déficience en vitamine D et qu'un autre 38,5% des enfants avaient des niveaux tout de même insuffisants. Par ailleurs, la situation était encore pire pendant les mois d'hiver. Notons enfin, que la quantité d'hormone parathyroïdienne semblait aussi avoir un impact.

En conclusion, bien que tous les experts s'entendent pour dire que les enfants allaités exclusivement sont plus à risque de souffrir d'une carence en vitamine D, il semble que la supplémentation directe du bébé avec 400 UI de vitamine D ne soit pas la méthode la plus efficace pour régler ce problème. Les auteurs de cette étude suggèrent donc d'estimer plus en détails quel serait le dosage optimal pour s'assurer que le bébé reçoit toute la vitamine D dont il a besoin. Enfin, une autre option parfois discutée serait d'évaluer la possibilité de supplémenter les mères pour ainsi élever les niveaux de vitamine D de leur lait.

Référence:
Oya Halicioglu, Sumer Sutcuoglu, Feyza Koc, Omur Yildiz, Sezin A. Akman,and Sadik Aksit. (2012) Vitamin D Status of Exclusively Breastfed 4-Month-Old Infants Supplemented During Different Seasons. Pediatrics 2012; 130:4 e921-e927; published ahead of print September 24, 2012.

   

20 juin 2012

Les bébés allaités ont-ils réellement besoin de vitamine D?

Il est connu que les bébés allaités exclusivement sont plus à risque de développer une déficience en vitamine D s'ils ne reçoivent pas un supplément et s'ils sont peu exposés au soleil. En effet, le lait maternel contient peu de vitamine D et le soleil est nécessaire pour que le corps puisse en produire lui-même. (Un billet précédent pour en savoir plus sur la vitamine D)

On ignore toutefois à partir de quelle durée d'exposition au soleil les suppléments deviennent superflus pour les bébés.

Des chercheurs ont donc analysé l'apport en vitamine D provenant de l'alimentation de même que la production de cette vitamine suite à l'exposition au soleil pendant la première année de vie d'un bébé allaité.

Il faut d'abord noter que dans cette étude, moins de 20 % des bébés allaités recevaient un supplément de vitamine D. Les chercheurs ont aussi remarqué qu'à l'âge de 4 semaines, 18 % des bébés avaient une déficience sévère en vitamine D et 77 % une déficience modérée.

Par ailleurs, à l'âge de 6 mois, les bébés nés en hiver ou au printemps étaient moins à risque d'être déficients en vitamine D, tout comme ceux qui avaient connu une plus courte durée d'allaitement exclusif.

Ces résultats s'expliquent facilement. D'une part, le fait de naître en hiver ou au printemps signifie que le bébé aura 6 mois pendant les mois d'été, une période plus ensoleillée et donc plus propice à la production de vitamine D. D'autre part, puisque l'étude a été faite dans une population de bébés ne recevant pas de suppléments, l'introduction de préparations commerciales pour nourrisson (automatiquement supplémentées en vitamine D) permet de combler une partie des besoins du nourrisson.

Il faut toutefois être prudent dans l'interprétation de ces résultats. Il serait en effet faux de conclure que l'allaitement exclusif est dangereux pour le statut en vitamine D d'un bébé. En fait, cette recherche ne fait que mettre en évidence l'importance de la supplémentation en vitamine D des bébés allaités qui sont peu exposés au soleil.

Enfin, à l'âge d'un an, les bébés étaient tous beaucoup plus exposés au soleil et, conséquemment, seulement 12 % des bébés avaient toujours une carence en vitamine D.

En conclusion, les très jeunes bébés allaités exclusivement, puisqu'ils sont en général peu exposés au soleil, sont plus à risque d'être carencés en vitamine D. L'utilisation d'un supplément est donc recommandable dans ces cas. Par contre, à mesure que l'enfant grandi et est davantage exposé au soleil, les suppléments de vitamine D ne sont plus aussi essentiels.

Référence:
Adekunle Dawodu, Lauren Zalla, Jessica G. Woo, Patricia M. Herbers, Barbara S. Davidson, James E. Heubi and Ardythe L. Morrow. (2012) Heightened attention to supplementation is needed to improve the vitamin D status of breastfeeding mothers and infants when sunshine exposure is restricted. Maternal & Child Nutrition. Article first published online: 19 JUN 2012.


9 avril 2012

Question de la semaine: Un bambin allaité qui ne consomme pas de lait de vache peut-il développer des carences?

Cette semaine, je réponds à la question de Rebecca Maftoul: Je continue d'allaiter ma fille qui a maintenant 21 mois. Je ne lui ai jamais donné de lait de vache. Si elle ne reçoit rien d'autre que mon lait (et de l'eau - pas de jus) pour boire, risque-t-elle de manquer de certains minéraux, comme le calcium par exemple ? 

Tout d'abord, il est intéressant de savoir que dans plusieurs régions du monde, on ne consomme pas de lait en tant que tel après le sevrage. Ici, on met beaucoup d’emphase sur le lait de vache qui est une source de calcium et de vitamine D.

Pendant la première année d'allaitement, le bébé reçoit environ 200 mg par jour de calcium via le lait maternel. À titre indicatif, on recommande un apport de 700 mg par jour pour un enfant entre 1 et 3 ans. Toutefois, les quantités de calcium dans le lait maternel varient beaucoup d'une mère à l'autre et tendent à diminuer au fur et à mesure que l'allaitement progresse. Bien sûr, un autre facteur important est la quantité de lait maternel que l'enfant consomme.


Le lait maternel seul ne pourrait donc pas subvenir aux besoins en calcium d'un bambin. Par contre, le lait de vache n'est pas la seule option.

On retrouve du calcium dans plusieurs aliments. Par exemple, les autres produits laitiers et leurs substituts (fromage, yogourt, crème glacée, boisson de soya enrichie) en contiennent beaucoup. On en trouve aussi dans les sardines, le saumon, le brocoli, les épinards, le bok choy, les haricots secs, les graines de sésame, la mélasse, le tofu enrichi en calcium et les amandes. Ensuite, il faut savoir que l'absorption du calcium dépend beaucoup de notre consommation. En effet, le taux d'absorption du calcium augmente lorsque les apports sont faibles. Lors de besoin accrus comme la grossesse, l'allaitement et l'adolescence, l'absorption est aussi plus efficace. Enfin, certains facteurs peuvent aussi favoriser l'absorption comme la vitamine D, le lactose (c'est pourquoi le calcium du lait maternel est bien absorbé) et l'activité physique. Au contraire, les fibres alimentaires, l'acide phytique qu'on retrouve dans les produits de grains entiers et les émotions négatives diminuent  l'absorption du calcium.

Pour ce qui est de la vitamine D, il y en a très peu dans le lait maternel (en moyenne 26 UI par litre). De plus, cette vitamine est difficile à trouver dans l'alimentation puisqu'elle est normalement produite lors de l'exposition au soleil. Malheureusement, notre mode de vie actuel rend ce processus difficile. Dans l'alimentation, les autres sources de vitamine D sont les boissons de soya enrichies en vitamine D, la margarine, le beurre, le poisson, le foie et les oeufs. Enfin, il est aussi possible d'utiliser des suppléments si on croit que notre alimentation est déficiente en vitamine D.

Par conséquent, en portant une attention particulière à l'alimentation de notre enfant, il est possible de s'assurer qu'il reçoit tout ce dont il a besoin. En effet, une alimentation variée permettra d'aller chercher non seulement le calcium et la vitamine D nécessaire mais aussi les matières grasses, les protéines et les autres vitamines et minéraux nécessaires à son développement.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Jacques, Hélène. (2011) Éléments de nutrition. Québec: Université Laval.
Prentice A. 2000. Calcium in pregnancy and lactation. Annu Rev Nutr. ;20:249-72.
Walker, Marsha. (2011) Breastfeeding Management for the Clinician: Using the Evidence,  Jones & Bartlett Learning.
Santé Canada.  Apports nutritionnels de référence en vitamines, en éléments (minéraux) et en macronutriments.

23 décembre 2011

Les carences en vitamine D : pas seulement chez les nourrissons


Cet article avait été écrit en avril 2009 pour le site web Petit Monde (aujourd'hui Yoopa)

Afin de prévenir le rachitisme, on recommande des suppléments de vitamine D pour les bébés allaités. On sait toutefois que le risque de développer cette maladie ne provient pas d’un défaut du lait mais, entre autres, d’une quantité insuffisante de cette vitamine chez la mère. Cela signifie-t-il que les mères qui allaitent ou qui sont enceintes devraient, elles aussi, prendre des suppléments? C’est la question que posent des chercheurs de la Caroline du Sud dans une édition récente de Breastfeeding Medicine.
Il est bien connu que notre principale source de vitamine D est le soleil. Toutefois, selon ces chercheurs, les changements dans notre style de vie des dernières décennies ont grandement diminué notre exposition à celui-ci. En effet, une étude de la US Environmental Protection Agency évalue que les américains passent 93% de leur temps à l’intérieur. Par ailleurs, le lien entre le soleil et le cancer de la peau a augmenté notre utilisation de crème solaire, ce qui a un effet important sur la fabrication de vitamine D par notre corps. En effet, Santé Canada estime qu’une crème solaire de FPS 8 réduit cette production de 97,5%. Enfin, la latitude nordique du Canada diminue également notre capacité à synthétiser de la vitamine D. À titre indicatif, une étude publiée en 1988 estimait que dans une ville comme Boston, le peu d’ensoleillement nous empêche de produire cette vitamine de novembre à février.
Par ailleurs, il est très difficile d’obtenir de la vitamine D à partir de notre alimentation. En effet, seulement 10% des quantités se trouvant dans notre corps proviendrait de notre diète. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on en ajoute maintenant au lait.
Une carence en vitamine D chez la mère n’est pas sans conséquence. Bien sûr, cela aura une influence directe sur les réserves du bébé à la naissance de même que sur la quantité qui se retrouvera dans le lait maternel. De plus, des études récentes démontrent que la vitamine D préviendrait aussi plusieurs maladies chez la mère telles que le diabète, le cancer et les allergies. Selon l’article paru dans Breastfeeding Medicine, il est donc temps de s’interroger sur les façons de prévenir les carences en vitamine D chez la mère au même titre que chez le nourrisson.