4 octobre 2012

Les suppléments de vitamine D sont-ils efficaces?

La déficience en vitamine D est plutôt fréquente chez les bébés allaités exclusivement. En effet, une étude récente révélait que 95% des bébés de quatre semaines allaités exclusivement n'avait pas des niveaux suffisants de vitamine D dans leur système. Ce n'est bien sûr pas l'allaitement qu'il faut blâmer mais plutôt notre latitude qui rend la production de vitamine D impossible en hiver, notre style de vie nord-américain favorisant les activités intérieures et la diminution de la couche d'ozone nous obligeant à utiliser de la crème solaire.

C'est pour cette raison que Santé Canada recommande d'offrir aux bébés allaités exclusivement un supplément de 400 UI de vitamine D quotidiennement (les bébés nourris aux biberons recevant déjà ce supplément dans leur préparation commerciale pour nourrissons). Toutefois, ce supplément est-il vraiment efficace?

C'est ce qu'ont voulu savoir des chercheurs turcs dans une étude publiée récemment dans le journal Pediatrics. Pour y arriver, ils ont évalué les niveaux de vitamine D de 143 bébés de 4 mois, allaités exclusivement, qui recevaient des suppléments quotidiens de 400 UI de vitamine D.

Les chercheurs ont ainsi remarqué que 28% des enfants avaient carrément une déficience en vitamine D et qu'un autre 38,5% des enfants avaient des niveaux tout de même insuffisants. Par ailleurs, la situation était encore pire pendant les mois d'hiver. Notons enfin, que la quantité d'hormone parathyroïdienne semblait aussi avoir un impact.

En conclusion, bien que tous les experts s'entendent pour dire que les enfants allaités exclusivement sont plus à risque de souffrir d'une carence en vitamine D, il semble que la supplémentation directe du bébé avec 400 UI de vitamine D ne soit pas la méthode la plus efficace pour régler ce problème. Les auteurs de cette étude suggèrent donc d'estimer plus en détails quel serait le dosage optimal pour s'assurer que le bébé reçoit toute la vitamine D dont il a besoin. Enfin, une autre option parfois discutée serait d'évaluer la possibilité de supplémenter les mères pour ainsi élever les niveaux de vitamine D de leur lait.

Référence:
Oya Halicioglu, Sumer Sutcuoglu, Feyza Koc, Omur Yildiz, Sezin A. Akman,and Sadik Aksit. (2012) Vitamin D Status of Exclusively Breastfed 4-Month-Old Infants Supplemented During Different Seasons. Pediatrics 2012; 130:4 e921-e927; published ahead of print September 24, 2012.

   

4 commentaires:

  1. Je partage ici un commentaire intéressant des auteures du livre Bien vivre l'allaitement, publié au départ sur la page Facebook de Maman Éprouvette:

    La question du statut en vitamine D de la mère avant et pendant la grossesse est en effet essentielle, mais elle est rarement pris en compte, malheureusement. Le fait-on dans cette étude? Surtout quand on sait que même chez les enfants qui ne sont pas allaités, les statuts en vitamine D sont loin d'être optimaux. En 2010, une enquête menée par le U.S. Centers for Disease Control and Prevention avait montré que moins de 37% des bébés non-allaités présentaient des seuils acceptables de vitamine D - même s'ils consommaient une préparation enrichie en vitamine D! À notre avis, la piste de la supplémentation de la mère nous semble la plus porteuse, nous abordons d'ailleurs le sujet dans Bien vivre l'allaitement. En ce sens, les travaux de Carol J Wagner sont particulièrement intéressants.

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  2. Bonjour et merci pour ce blog que je découvre.

    J'ai cru comprendre que tu vivais au Canada.
    En France (pas très ensoleillé non plus), on supplemente les bébés allaités au sein avec 1200UI de vitamine D par jour et non 400UI. C'est parfaitement bien toléré par les bébés et nettement plus efficaces. D'ailleurs, les bébés nourris avec du lait artificiel (déjà supplementé) reçoivent eux aussi un complement de 600UI de vitamine D par jour.

    Y a-t-il une raison pour que le dosage des supplémentations soit si bas en Amérique du Nord ? En attendant que les chercheurs aient trouvé le dosage optimal à donner aux mamans allaitantes pour couvrir à la fois leurs besoins et ceux de leur enfant, ne serait-il pas sage d'augmenter tout simplement le dosage des compléments de vitamine D donnés aux bébés comme c'est fait en Europe depuis des années ?

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    1. J'habite en effet au Québec et les recommandations en matière de vitamine D sont différentes de celles de la France. Notons qu'il n'est pas rare que les recommandations varient d'un pays à l'autre puisque les habitudes de vie varient aussi.

      Ici, Santé Canada base ses recommandation sur les Apports nutritionnels de référence. Dans le cas de la vitamine D, Santé Canada estime que 400 UI de vitamine D sont suffisantes quotidiennement pour un nourrisson et que 1000 UI est l'apport maximal tolérable par jour.
      Santé Canada mentionne: "Selon le rapport de l'IOM, un apport de vitamine D supérieur au nouvel ANR ne présente aucun avantage pour la santé."
      Toutefois, Santé Canada mentionne aussi:
      "Les taux sériques de 25-hydroxyvitamine D (25OHD) sont le meilleur indicateur du statut vitaminique D. Ces valeurs sont la somme des apports de toutes sources : aliments, suppléments et rayons solaires.

      Les concentrations sériques de 25OHD optimales pour la santé font l'objet de vifs débats, et il n'y pas eu de seuils établis par consensus scientifique.

      Le comité d'experts de l'IOM mentionne toutefois que son examen des données l'amène à proposer ce qui suit au sujet des concentrations sériques.

      - Il y a un risque de carence (rachitisme ou ostéomalacie) en vitamine D pour des concentrations sériques de 25OHD <30 nmol/l.
      - Certaines personnes ont un risque d’insuffisance en vitamine D avec des concentrations de 30 à 50 nmol/l.
      - Pour presque tout le monde, des concentrations ≥50 nmol/l sont suffisantes.
      - Il pourrait y avoir des motifs de s'inquiéter en présence de concentrations >125 nmol/l.

      Le comité d’experts de l'IOM encourage l'établissement de seuils fondés sur des données probantes pour les taux sériques relatifs à des carences ou à des excès."

      Dans l'article dont il est question dans mon billet, 28% des bébés avaient des taux de 25(OH)D inférieurs à 50nmol/L et 38,5% entre 51 et 74 nmol/L.

      On peut donc penser que si les résultats de cette étude sont confirmés par d'autres, Santé Canada en viendra peut-être à réviser ses recommandations.

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  3. Morale.... prenez un bain de soleil.

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