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15 juin 2015

Dépression post-partum du père: plus fréquente qu’on croit

Du 15 au 21 juin, c'est la semaine québécoise de la paternité. Il s’agit donc d’une bonne occasion pour souligner une situation dont on parle peu : la dépression post-partum paternelle. Une étude réalisée au Japon s'est justement penchée sur le phénomène.

Selon les chercheurs japonais, 13,6% des pères étudiés souffraient de dépression post-partum. Ce type de problèmes de santé mentale était aussi fréquent que la dépression maternelle qui touchait 10,3% des mères. Les scientifiques ont d'ailleurs remarqué que la dépression chez la mère augmentait le risque du père d'en souffrir lui aussi. De plus, les pères dépressifs étaient plus nombreux à être insatisfaits par rapport à leur relation de couple. L'arrivée d'un enfant peut en effet être un défi important pour un jeune couple, expliquent les scientifiques.

D'autres facteurs pouvant nuire à la santé mentale des pères ont également été mis en évidence. Par exemple, le fait d'avoir eu besoin de traitement de fertilité était associé à un risque plus grand de dépression. C'était aussi le cas des pères qui étaient anxieux par rapport à leur situation économique et de ceux qui ont déjà connu ce genre de problèmes de santé mentale dans le passé.

Les chercheurs insistent donc sur la nécessité de reconnaître les pères vivant une dépression. Cela est d'autant plus important si la mère est elle-même dépressive puisque le père pourrait ne pas être en mesure de la soutenir adéquatement. De plus, plusieurs études ont révélé que les pères dépressifs ont moins d'interactions positives avec leurs enfants.

La dépression paternelle influencerait ainsi le développement des enfants. En effet, lorsqu'un père est dépressif, son enfant a deux fois plus de risque de connaître des problèmes émotifs ou comportementaux à 3 ans et demi. Ces enfants sont aussi plus susceptibles de connaître des troubles de santé mentale à 7 ans. Reconnaître la dépression paternelle est donc primordial autant pour ces hommes que pour leurs enfants.

Cette étude a été réalisée auprès de 807 couples avec un bébé âgé de 4 mois.

- Ce billet a également été publié sur le site de l'Agence Science-Presse.

À propos de la paternité:

Références:
Nishimura, A., Fujita, Y., Katsuta, M., Ishihara, A, et Ohashi, K. (2015) Paternal postnatal depression in Japan: an investigation of correlated factors including relationship with a partner. BMC Pregnancy Childbirth. 15(1):128.

26 janvier 2015

Les pères et les mères sont-ils égaux face à la culpabilité?

Lorsqu'il est question de culpabilité, on parle presque exclusivement de celle des mères. Est-ce parce que les pères ne se sentent jamais coupables? J'ai voulu analyser cette question dans mon sondage sur la culpabilité. Mon constat : ces messieurs semblent moins affectés par la culpabilité.

En effet, lorsqu'on demande aux parents « à quelle fréquence éprouvez-vous de la culpabilité au sujet de vos décisions parentales? », 55 % des femmes répondent « souvent » ou « à tous les jours ». Au contraire, 40 % des hommes répondent « jamais » ou « presque jamais » et 45 % à « l'occasion ».

Selon Raymond Villeneuve, directeur du Regroupement pour la valorisation de la paternité, cette observation concorde bien avec ce qu'il voit sur le terrain. « J'ai eu le plaisir de soutenir les pères dans les cours prénataux pendant 6 ans. J'ai alors accompagné des centaines de parents. Ce que je constate, c'est que les futures mamans intègrent beaucoup plus la pression sociale extérieure. Elles y sont plus perméables et se mettent davantage de pression. » Les pères seraient aussi conscients de ces discours sociaux, mais ils ne se sentiraient pas nécessairement coupables s'ils y dérogent à l'occasion.

 « On souhaite l'égalité, ajoute M. Villeneuve, mais les demandes sociales sont différentes pour les hommes et pour les femmes. » Les nombreux discours sociaux mettent une très grande pression sur les mères et celles-ci y adhéreraient très fortement. « Au contraire, les pères sont les champions du lâcher-prise, » dit M. Villeneuve.

Les visages de la culpabilité
Au-delà de sa fréquence, la perception de la culpabilité diffère chez les hommes. En effet, 55 % des pères sont d'accord pour dire que la culpabilité qu'ils ressentent est justifiée alors que c'est le cas de seulement 30 % des femmes. De plus, l'influence de la culpabilité diffèrerait entre les deux sexes. Ainsi une plus grande proportion des pères croient que ce sentiment leur permet de réfléchir à leurs choix (60 % des hommes vs 50 % femmes). Chez les femmes, on mentionne plus souvent l'augmentation du niveau de stress (71 % femmes vs 35% hommes).

Encore là, M. Villeneuve propose que ce phénomène s'explique par les discours sociaux que les femmes et les hommes reçoivent. « Les femmes intègrent tellement d'injonctions sociales, que ça devient fou, explique-t-il. Avec ces attentes impossibles, elles se disent que ça n'a pas de bon sens de vouloir faire tout ça. Il y a alors une sorte de prise de conscience. » Au contraire, les hommes se concentrent sur certains aspects plus critiques selon eux et laissent tomber les détails. Lorsqu'ils ressentent de la culpabilité, c'est donc pour des choses qui leur semblent réellement importantes.

En fait, les sources de culpabilité des hommes seraient différentes de celles qui touchent les femmes. Par exemple, les pères seraient préoccupés par la question du partage des tâches, des soins de l'enfant, mais surtout des relations avec celui-ci. « Il faut que tu aies un coup de cœur pour ton bébé dès que tu le vois, remarque M. Villeneuve. Une partie des hommes est à l'aise avec ça, mais il y a une autre partie des hommes qui ne savent pas quoi faire avec un bébé. Ça, on n'a pas le droit de dire. »

Le couple et la culpabilité
Bien que les hommes ressentent moins de culpabilité, ils seraient plus nombreux à recevoir des commentaires culpabilisants provenant de leur partenaire de vie (60 % des hommes contre 37 % des femmes). « Cela nous ramène aux obligations qu'on se donne à soi-même, » croit M. Villeneuve. La liste des choses à faire pour être une bonne mère selon les femmes est très longue et à peu près impossible à accomplir seule. La pression sociale que s'imposent les femmes, elles tentent donc de la transférer aux hommes. Par contre, pour les hommes, la liste est plus courte. Il est alors plus facile de répondre à la demande, d'où le fait qu'ils ressentent moins le besoin de déléguer des tâches à leur partenaire.

Selon M. Villeneuve, pour mettre fin à la culpabilité, il faut être plus prudent dans les discours sociaux qu'on adopte. « Quand on demande trop à tout le monde d'être pareil et de faire les choses de la même façon, les gens peuvent se sentir coupables. Il faut faire attention au modèle unique. » Une remarque pertinente qui est aussi valable pour les femmes que pour les hommes.

Les parents et la culpabilité: Sondage réalisé sur Survey Monkey auprès de 186 répondants, du 23 au 31 décembre 2014. Le lien vers le sondage a été diffusé sur les médias sociaux.

27 mars 2013

Quel est le rôle du père pendant la grossesse?

La plupart des experts s'entendent pour dire que l'implication d'un père pendant la grossesse a un impact sur le déroulement de celle-ci et même sur le développement de l'enfant plus tard. Cependant, il n'y a pas encore de consensus sur la définition d'un père impliqué. Pour en savoir plus, des chercheurs britanniques ont interrogés des parents sur leur perception de l'implication du père pendant la grossesse.

Dans le cadre de groupes de discussion, 50 pères et mères ont échangé sur l'implication du père pendant la grossesse. Ils ont ainsi pu identifier ce qui constituait, selon eux, les qualités du père "idéal" et les barrières potentielles à son implication.

D'après les participants, un père est d'abord un homme qui prend soin et élève un enfant, peu importe le lien biologique l'unissant à celui-ci. Pendant la grossesse,  le père "idéal" est donc celui qui est présent, accessible et disponible.

Cependant, les participants croient que le père ne doit pas être là seulement physiquement. Il doit participer de façon active au suivi de grossesse, que ce soit les cours prénataux ou l'échographie, et s'intéresser au déroulement de celle-ci. Les parents jugeaient aussi que le père devrait participer aux décisions importantes comme le choix du lieu d'accouchement ou le nom du bébé. En bref, aux yeux des participants, la mère et le père devraient former une équipe et travailler ensemble pour éviter, entre autres, que la mère ne se sente seule.

Le père devrait aussi jouer un rôle de réconfort et de support. Un père impliqué comprend donc ce que la mère vit et démontre de l'empathie face à ses émotions. Il l'écoute lorsqu'elle en a besoin et lui offre un support logistique, par exemple en l'aidant dans les tâches ménagères ou avec les enfants plus vieux. En d'autres termes, les participants considéraient que le rôle du père est en quelque sorte de protéger la mère.

Il est aussi intéressant de noter qu'aucun participant n'a soulevé l'importance du soutien financier. Cette observation laisse supposer que le stéréotype du père pourvoyeur est peu répandu chez les parents.

Si tous les participants étaient d'accord sur la nécessité pour le père de s'impliquer pendant la grossesse, ils s'entendaient aussi sur le fait que plusieurs barrières à cette implication existent malheureusement encore. Entre autres, les parents ont discuté de l'incertitude du père face au rôle qu'on attend de lui, de la crainte des nouvelles responsabilités qui viennent avec le bébé, des mauvaises relations avec la belle-famille et des stéréotypes selon lesquels les soins des enfants sont le domaine de la mère.

Par ailleurs, les participants s'entendaient pour dire que le sentiment amoureux était un facteur important dans l'implication du père auprès de la mère pendant la grossesse. Selon eux, le père sera plus impliqué si les sentiments qu'il éprouve pour la mère sont forts. Une bonne communication au sein du couple serait également primordiale.

Les auteurs de cette étude nous rappellent que l'implication du père pendant la grossesse peut diminuer les comportements maternels négatifs au niveau de la santé et qu'ils diminuent les risques de certaines complications lors de l'accouchement. En effet, un père impliqué influence les comportements de la mère et réduit aussi le stress maternel. Pour cette raison, il est primordial de réduire les barrières à cette implication. Comme le mentionne les participants à cette étude, cela passe entre autres par davantage de ressources pour les futurs pères et aussi des modèles positifs de paternité.

Sur l'implication du père après l'accouchement:
L'importance du père suite à un accouchement difficile

Référence:
Alio AP, Lewis CA, Scarborough K, Harris K, Fiscella K. (2013) A community perspective on the role of fathers during pregnancy: a qualitative study. BMC Pregnancy Childbirth. 13:60. doi: 10.1186/1471-2393-13-60.



25 mars 2013

Question de la semaine: Les carences en vitamines peuvent-elles affecter la production des spermatozoïdes?

Cette semaine, je réponds à la question de Viviane Firmery: "La production des spermatozoïdes est-elle affectée par une carence vitaminique (je pense en particulier à la vitamine D et la vitamine C qui manquent davantage en hiver)?"

Pour bien comprendre comment la nutrition pourrait influencer la production des spermatozoïdes, il faut expliquer brièvement les mécanismes de reproduction humaine.

Toutes les cellules du corps humain contiennent 23 chromosomes, présents chacun en deux copies pour un total de 46 chromosomes. Lors de la conception d'un bébé, celui-ci doit recevoir autant de chromosomes de sa mère que de son père. Pour cette raison, lors de la production des ovules et des spermatozoïdes, il faut réduire le nombre de chromosomes pour que ces cellules contiennent alors une seule copie des 23 chromosomes. De cette façon, lorsque l'ovule et le spermatozoïde fusionnent pour former la première cellule du bébé, celui-ci reçoit alors tout le matériel génétique dont il a besoin pour se développer c'est-à-dire les 46 chromosomes.

Plus spécifiquement, chez l'homme, quatre étapes sont nécessaires pour produire des spermatozoïdes fonctionnels. Tout d'abord, des cellules non-spécialisées et pouvant, dans les bonnes conditions, engendrer d'autres cellules spécialisées du corps doivent être produites. Par la suite, ces cellules vont se transformer pour devenir des cellules précurseures des spermatozoïdes. À ce stade, les cellules précurseures contiennent toujours 46 chromosomes. C'est à l'étape suivante que ces cellules vont se diviser pour donner naissances à des cellules appelées spermatides qui contiennent seulement 23 chromosomes. Enfin, la maturation des spermatides permettra l'apparition de spermatozoïdes mobiles et fonctionnels.

Puisque les chromosomes sont composés d'ADN et que le bon état des chromosomes est essentiel au bon fonctionnement des spermatozoïdes, tout ce qui pourrait affecter la qualité de l'ADN pourrait aussi nuire à la production de ceux-ci. Comme les composantes de l'ADN proviennent majoritairement de l'alimentation, celle-ci a donc un effet sur la reproduction. Par ailleurs, plusieurs vitamines semblent impliquer dans le processus de maturation des spermatozoïdes.

La vitamine A:
Cette vitamine, sous la forme d'acide rétinoïque, est importante pour réduire le nombre de chromosomes de 46 à 23. Elle est donc requise pour la production des spermatozoïdes. Ainsi, chez la souris, une déficience en vitamine A empêche donc les cellules précurseures de se transformer éventuellement en spermatozoïdes. Chez l'humain, on ignore toutefois encore l'effet d'une carence en vitamine A sur le système reproducteur.

Les vitamines C et E:
Les vitamines C et E sont des substances antioxydantes. Les antioxydants ont la particularité de protéger l'ADN contre des molécules qui pourraient l'endommager et qu'on appelle les radicaux libres. On sait d'ailleurs que les spermatozoïdes sont particulièrement sensibles aux radicaux libres. Les hommes infertiles à qui on donne des suppléments de vitamine C, de vitamine E et de glutathion (une autre substance antioxydante) voit donc leur nombre de spermatozoïdes augmenter.

Le folate:
Le folate est un membre de la famille des vitamines B et joue un rôle  important dans la fabrication de l'ADN. Pour cette raison, il est essentiel à la reproduction. Des chercheurs ont remarqué que les hommes qui recevaient un supplément de folate et de zinc avaient aussi un plus grand nombre de spermatozoïdes. Le folate favoriserait également leur mobilité.

La vitamine D:
La vitamine D sert à gérer l'utilisation du calcium par le corps. Comme le calcium est essentiel à la production des spermatozoïdes et à leur mobilité, des chercheurs croient qu'une déficience en vitamine D pourrait nuire à la fertilité masculine. On a observé chez le rat qu'une telle déficience était en effet associée à une diminution du nombre de spermatozoïdes. Chez l'humain, on sait que les cellules des testicules peuvent utiliser la vitamine D. Cela pourrait donc être important à la production des cellules sexuelles, probablement en modifiant l'expression des gènes.

En conclusion, bien que cela ne soit pas complètement démontré expérimentalement, il semble probable que certaines carences en vitamines occasionnent des problèmes de fertilité chez l'homme. Par conséquent, lorsqu'un couple cherche à concevoir un enfant, une alimentation saine et équilibrée est aussi importante pour le futur père que pour la future mère.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Cathryn A. Hogarth and Michael D. Griswold. (2010) The key role of vitamin A in spermatogenesis. J Clin Invest. 120(4): 956–962.

Ebisch IM, Thomas CM, Peters WH, Braat DD, Steegers-Theunissen RP. The importance of folate, zinc and antioxidants in the pathogenesis and prevention of subfertility. Hum Reprod Update. 2007 Mar-Apr;13(2):163-74. Epub 2006 Nov 11.

Martin Blomberg Jensen, John E. Nielsen, Anne Jørgensen, Ewa Rajpert-De Meyts, David Møbjerg Kristensen, Niels Jørgensen, Niels E. Skakkebaek, Anders Juul and Henrik Leffers. (2010) Vitamin D receptor and vitamin D metabolizing enzymes are expressed in the human male reproductive tract.
Hum. Reprod. 25 (5): 1303-1311. doi: 10.1093/humrep/deq024 First published online: February 18, 2010

21 janvier 2013

Question de la semaine: Les massages sont-ils bénéfiques pour le nouveau-né?

Cette semaine, je réponds à la question de Noulia-Saunia Osvalt : "Ma soeur vient de m'offrir une séance de massage pour mon bébé, et la dame qui m'a montré comment masser mon fils m'a dit que beaucoup d'études scientifiques commencent à montrer que les massages sont bon pour la santé et l'éveil des bébés. Quelles sont ces études?"

Le massage du nouveau-né est une pratique traditionnelle dans plusieurs régions du monde comme en Inde, au Bangladesh, au Népal, en Afrique et dans certaines sociétés du Pacifique Sud. Par exemple, au Népal, 89,5% des femmes massent leur bébé. Le massage est souvent initié dans les 12 heures suivant la naissance par une grand-mère ou une aînée.

En Occident, le massage du nouveau-né commence tout juste à gagner en popularité. Les études démontrent en effet de plus en plus que le massage aurait des effets bénéfiques pour le bébé.

Par exemple, certaines études ont noté une association entre les massages et un meilleur gain de poids. Cette approche favoriserait aussi le développement des os et une meilleure régulation de la respiration. Elle pourrait également aider le bébé à maintenir sa température. De plus, en augmentant le nombre de selles dans les premiers jours suivants la naissance, cette technique diminuerait l'incidence de la jaunisse.

Du point de vue du développement, le massage du nouveau-né stimulerait les aspects neurologique et neuromoteur. Par exemple, une étude de 2009 démontrait que le fait d'être massé accélérait la maturation de l'activité du cerveau et des fonctions visuelles du nouveau-né.

Le massage aurait également des impacts sur le comportement du bébé. Les bébés massés sont plus alertes et passent moins de temps endormi. En fait, ils sont plus actifs le jour et ont un meilleur sommeil la nuit. Ils sont également moins irritables et pleurent moins. On suppose donc que les massages pourraient diminuer la fréquence et l'intensité des coliques.

Enfin, le massage pourrait aussi être bénéfique au développement du lien entre les parents et l'enfant. Du côté de la mère, cette approche améliorerait l'interaction entre celle-ci et son bébé. Du côté du père, le massage permettrait de diminuer significativement le stress paternel.

Par ailleurs, les massages ont très peu de désavantages. Notons toutefois que, chez les prématurés, cette technique pourrait théoriquement augmenter le risque d'infection. Certains bébés pourraient aussi réagir à l'huile utilisée pour faire le massage. Enfin, les massages sont contre-indiqués pour les prématurés dont l'état n'est pas encore stabilisé, les bébés souffrants de problèmes cardiaques et en présence de lésion de la peau.

Les mécanismes possibles
Pour l'instant deux hypothèses existent pour expliquer les effets bénéfiques du massage.

Premièrement, certains experts croient que les massages augmenteraient l'activité du nerf vague, un nerf impliqué entre autres au niveau de la digestion et de la fréquence cardiaque. Cela aurait donc pour effet d'augmenter l'activité du système digestif et de favoriser ainsi une meilleure absorption des nutriments. C'est d'ailleurs de cette façon que les massages pourraient améliorer le gain de poids.

La deuxième hypothèse repose sur la régulation du stress. On croit que l'effet apaisant des massages diminuerait l'activité du système de réponse au stress, le système nerveux sympathique, ce qui entraînerait une réduction des taux d'hormones de stress comme le cortisol et la noradrénaline. Ce serait alors le système nerveux parasympathique, responsable de la maintenance et du développement du corps, qui prendrait le contrôle. Ultimement, cela favoriserait donc la croissance du bébé et le bon fonctionnement de son système immunitaire.

En conclusion, la recherche semble en effet démontrer que les massages sont bénéfiques pour les nouveau-nés et qu'ils comportent très peu de risques. Ils sont également profitables pour les parents puisqu'ils favorisent la création du lien parent-enfant. Il s'agit donc d'une technique qui mériterait d'être plus connue.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse
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Références:
Kulkarni A, Kaushik JS, Gupta P, Sharma H, Agrawal RK. (2010) Massage and touch therapy in neonates: the current evidence. Indian Pediatr. 47(9):771-6.

Beider S, Mahrer NE, Gold JI. (2007) Pediatric massage therapy: an overview for clinicians. Pediatr Clin North Am. 54(6):1025-41; xii-xiii.


Chen J, Sadakata M, Ishida M, Sekizuka N, Sayama M. (2011) Baby massage ameliorates neonatal jaundice in full-term newborn infants. Tohoku J Exp Med. 223(2):97-102.

Guzzetta A, Baldini S, Bancale A, Baroncelli L, Ciucci F, Ghirri P, Putignano E, Sale A, Viegi A, Berardi N, Boldrini A, Cioni G, Maffei L. (2009) Massage accelerates brain development and the maturation of visual function. J Neurosci.29(18):6042-51.

Cheng CD, Volk AA, Marini ZA. (2011) Supporting fathering through infant massage. J Perinat Educ. 20(4):200-9.



3 octobre 2012

La transition vers la paternité chez les pères de bébés allaités

L'arrivée d'un nouveau bébé bouleverse la routine établie de tous les membres d'une famille. On connaît d'ailleurs assez bien la transition que doit vivre la mère. On parle toutefois beaucoup moins de l'expérience du père.

Selon Mme Francine de Montigny, auteure d'une étude sur le sujet, l'homme doit toutefois lui aussi faire sa place dans cette nouvelle dynamique.  D'un part, il doit trouver l'équilibre entre son rôle de pourvoyeur et son désir d'être présent dans la vie de son enfant. Il doit également acquérir des compétences au niveau des soins à donner au bébé pour développer sa confiance envers ses propres capacités.

On sait que certains facteurs favoriseront l'implication d'un père auprès de son enfant. Par exemple,  l'importance que l'homme accorde au rôle de père dans sa vie de même que l'impression qu'il a de faire une différence dans la vie de sa famille auront un impact. L'implication auprès de l'enfant dès sa naissance sera également un élément favorable. De plus, il semble qu'un père s'investira davantage auprès de son enfant si la mère croit que cela est important, si elle le supporte lui aussi et si la relation conjugale est bonne.

Et l'allaitement?
On a longtemps accusé l'allaitement d'être un obstacle au développement du rôle de père. On dit en effet que les pères d'enfants allaités se sentent souvent rejetés et exclus de la relation mère-enfant. Certains prétendent même que l'allaitement a retardé l'apparition de l'attachement entre eux et leur enfant.

Toutefois, la situation est plus complexe qu'il ne le semble.

L'étude réalisée par Mme de Montigny révèle que les pères sont en général favorables à l'allaitement mais deviennent plus ambivalents quand leur conjointe rencontre des difficultés. Cela pourrait donc expliquer l'effet de l'allaitement sur la relation père-enfant. En effet, on remarque que lorsque le père est stressé, comme c'est le cas lorsque l'allaitement ne se déroule pas bien, son sentiment de compétence s'en retrouve réduit et, du même coup, son implication auprès de son enfant.

Par ailleurs, ce phénomène peut être amplifié par le fait que les pères considèrent en général que le support social n'est pas nécessaire ou qu'il n'est pas utile. Cette attitude pourrait bien sûr s'expliquer par certains aspects de notre culture nord-américaine où les hommes ont plus de difficultés à aller chercher de l'aide. Toutefois, une autre explication possible est que le support offert en général aux nouveaux parents est orienté vers la mère et ne répond peut-être pas aux besoins des pères.

Plusieurs études ont démontré que le support du père était un facteur important à la réussite de l'allaitement. Par conséquent, comme le révèle l'étude de Mme de Montigny, si on souhaite favoriser l'allaitement, il est primordial de développer un support adéquat pour les pères. Ils font, après tout, partie de cette nouvelle famille qui voit le jour et devraient donc recevoir les outils nécessaires pour s'y sentir bien.

Référence:
de Montigny, Francine; Lacharité, Carl; Devault, Annie.  (2012) Transition to Fatherhood: Modeling the Experience of Fathers of Breastfed Infants. Advances in Nursing Science, 35 (3): E11–E22.





7 septembre 2012

Le co-dodo et la testostérone

L'être humain est une des rares espèces où le mâle s'implique de façon significative auprès de ses enfants, assistant souvent directement la mère dans les soins aux petits. Toutefois, cette caractéristique nécessite un changement comportemental chez l'homme. Il doit passer du mode reproduction au mode parent. La testostérone étant impliquée dans la recherche d'une partenaire sexuelle, les chercheurs croient qu'une diminution du taux de testostérone est essentielle à cette transition.

On peut donc supposer que dans les cultures où le père est très présent auprès de ses enfants, cette chute de la testostérone est plus importante. La présence d'un père auprès de ses petits peut prendre différents visages. Par exemple, le fait de dormir à proximité de son enfant pourrait-il avoir un impact important sur le taux de testostérone du père?

C'est ce qu'une équipe de chercheurs américains, incluant entre autres James McKenna, a voulu déterminé en étudiant 362 pères des Philippines. Ils ont ainsi révélé que les pères qui dormaient sur la même surface que leur enfant, avait un niveau de testostérone plus bas en fin de journée que les pères qui dormaient en solitaire.

Il est bon de noter que le taux de testostérone basal d'un homme ne permettait pas de prédire l'arrangement de sommeil dans sa famille. En d'autres termes, ce n'est pas le fait d'avoir un bas taux de testostérone qui incite un père à dormir avec son enfant mais plutôt l'arrangement de sommeil qui affecte la production de testostérone chez le père.

Ces résultats vont dans le même sens que plusieurs études qui démontrent que les hommes avec des hauts niveaux de testostérone ont des comportements moins adaptés au rôle de père: tendance à prendre des risques, comportements agressifs, moins de sympathie aux besoins du nourrisson. On a aussi démontré que les pères qui répondaient aux pleurs de leur bébé expérimentaient une diminution de leur taux de testostérone.

Il est donc possible que la baisse de testostérone chez le père, causée par le sommeil à proximité d'un enfant, soit bénéfique pour ce dernier. En effet, cette diminution permettrait à l'homme d'être plus adéquat dans ses comportements paternels.

Référence:
Gettler LT, McKenna JJ, McDade TW, Agustin SS, Kuzawa CW (2012) Does Cosleeping Contribute to Lower Testosterone Levels in Fathers? Evidence from the Philippines. PLoS ONE 7(9): e41559.

24 mars 2012

Le peau-à-peau est-il différent selon le sexe du bébé?

Les effets positifs du peau-à-peau sont de plus en plus reconnus. Bien entendu, tous les bébés bénéficient de cette méthode mais les filles et les garçons y réagissent-ils de la même façon?

Crédit : Melimama (Wikimedia Commons)
Des chercheurs suédois ont tenté de répondre à cette question en filmant l'interaction parent-bébé pendant une séance de peau-à-peau de 25 minutes immédiatement après une naissance par césarienne.

Ils ont ainsi remarqué que les filles commençaient à chercher le sein plus tôt que les garçons, autant en peau-à-peau avec leur mère qu'avec leur père. Les chercheurs ont aussi observé que les filles pleuraient toutefois davantage que les garçons.

Par ailleurs, la mère et le père présentaient eux aussi des comportements différents pendant la séance de peau à peau. Ainsi, les mères avaient tendance à toucher plus souvent leur bébé que les pères et elles touchaient aussi davantage les bébés garçons que les filles.

Sans surprise, les bébés en peau-à-peau avec leur mère commençaient à téter plus tôt que ceux en peau-à-peau avec leur père. Pour cette raison, on suggère habituellement de favoriser cette méthode avec la mère lorsque cela est possible.

Par contre, si la mère n'est pas disponible, le peau-à-peau avec le père est aussi un moment privilégié qui aidera à l'établissement du lien père-enfant.

Enfin, les chercheurs ont remarqué que les pères parlaient directement à leur bébé plus souvent si le bébé était un garçon. Malheureusement, l'étude ne mentionne pas s'il était question de la performance des Canadiens dans la dernière saison...

Référence: Velandia M, Uvnäs-Moberg K, Nissen E. Sex differences in newborn interaction with mother or father during skin-to-skin contact after Caesarean section. Acta Paediatr. 2012 Apr;101(4):360-7.

7 mars 2012

L'importance du père suite à un accouchement difficile

On sait déjà que la présence du père lors de la naissance d'un enfant est primordiale. Toutefois, cela peut prendre une signification particulière lorsque l'accouchement a été difficile. Le père peut alors devenir une ressource inestimable pour la mère et le bébé pendant le séjour à l'hôpital.

D'un côté pratico-pratique, le conjoint procure des soins physiques à l'enfant et à la mère en attendant que celle-ci se sente mieux. L'implication du père peut comprendre: changer les couches, faire faire le rot, endormir le bébé, amener l'enfant à sa mère lorsqu'il a besoin de téter, etc.

Tout cela permet d'une part de diminuer le fardeau ressenti parfois par la mère, ce qui favorise du même coup la création du lien mère-enfant. D'autre part, il s'agit aussi d'une belle occasion pour approfondir la relation entre le père et son bébé.

La présence du père pendant la première semaine suivant un accouchement difficile joue également un rôle important pour aider la mère à se sentir en contrôle. Par exemple, si la mère est fatiguée, les soins que le père peut offrir à l'enfant permettra une transition en douceur vers son nouveau rôle de mère. Par sa présence, le conjoint peut aussi offrir de l'empathie à la mère, ce qui l'aidera à récupérer émotionnellement.

Il ne faut pas oublier que les pères eux-mêmes profitent de cet engagement. Plusieurs d'entre eux croient en effet que leur devoir est de protéger la mère et l'enfant. Ce faisant, cela augmente leur confiance en eux-mêmes et leur sentiment d'être un vrai père.

Malheureusement, l'importance du père n'est pas toujours reconnue à sa juste valeur par le personnel hospitalier. En effet, plusieurs nouveaux papas ont eu à se battre pour rester aux côtés de leur conjointe pendant ces moments difficiles. Sans surprise, les pères éprouvent souvent moins de satisfaction par rapport aux soins dispensés par la maternité en période post-partum.

Par conséquent, si on souhaite améliorer la situation des mères ayant vécu un accouchement difficile, il est essentiel de penser aussi aux pères. Cela signifie donc de leur donner plus d'influence sur les soins offerts à la mère et au bébé et aussi de les impliquer davantage dans les prises de décisions.

Référence: Erlandsson K, Lindgren H. Being a resource for both mother and child: fathers' experiences following a complicated birth. J Perinat Educ. 2011 Spring;20(2):91-9.

17 mai 2011

Quel est le rôle du père dans la relation d'allaitement?

Voici le résumé d'un article paru récemment dans Journal of Human Lactation (traduction libre de ma part):

Le père influence les décisions et les expériences de la mère en regard de l'allaitement. La perception que le père a de son rôle en tant que membre d'une famille allaitante est vraisemblablement une composante importante de cette influence. Pour évaluer cette possibilité, vingt-et-un pères impliqués auprès de leur bébé allaité se sont portés volontaires pour une entrevue traitant de leur façon de "paterner" leur bébé allaité et de leur rôle dans la famille allaitante. Les pères ont ainsi déterminé qu'ils avaient un rôle unique comme partenaire s'assurant que leur bébé reçoit tous les bénéfices de l'allaitement. Un rôle primordial des pères était de supporter l'allaitement en développant leur connaissances sur le sujet et en utilisant ces connaissances pour encourager et assister la mère dans son allaitement de même qu'en reconnaissant la valeur de la mère allaitante et en partageant les tâches ménagères et les soins des enfants. Le rôle nourricier du père implique le développement d'un lien père-enfant fort et ce, malgré moins d'occasions de tisser des liens par l'alimentation. L'expérience de ces pères suggère qu'il est important de les épauler pour les aider à réaliser qu'ils contribuent d'une façon unique à prendre soin de leur enfant en tant que partenaire dans la relation d'allaitement.


Source:
Rempel, L. A. & J. K. Rempel. The Breastfeeding Team: The Role of Involved Fathers in the Breastfeeding Family. J Hum Lact May 2011 vol. 27 no. 2 115-121