7 septembre 2012

Le co-dodo et la testostérone

L'être humain est une des rares espèces où le mâle s'implique de façon significative auprès de ses enfants, assistant souvent directement la mère dans les soins aux petits. Toutefois, cette caractéristique nécessite un changement comportemental chez l'homme. Il doit passer du mode reproduction au mode parent. La testostérone étant impliquée dans la recherche d'une partenaire sexuelle, les chercheurs croient qu'une diminution du taux de testostérone est essentielle à cette transition.

On peut donc supposer que dans les cultures où le père est très présent auprès de ses enfants, cette chute de la testostérone est plus importante. La présence d'un père auprès de ses petits peut prendre différents visages. Par exemple, le fait de dormir à proximité de son enfant pourrait-il avoir un impact important sur le taux de testostérone du père?

C'est ce qu'une équipe de chercheurs américains, incluant entre autres James McKenna, a voulu déterminé en étudiant 362 pères des Philippines. Ils ont ainsi révélé que les pères qui dormaient sur la même surface que leur enfant, avait un niveau de testostérone plus bas en fin de journée que les pères qui dormaient en solitaire.

Il est bon de noter que le taux de testostérone basal d'un homme ne permettait pas de prédire l'arrangement de sommeil dans sa famille. En d'autres termes, ce n'est pas le fait d'avoir un bas taux de testostérone qui incite un père à dormir avec son enfant mais plutôt l'arrangement de sommeil qui affecte la production de testostérone chez le père.

Ces résultats vont dans le même sens que plusieurs études qui démontrent que les hommes avec des hauts niveaux de testostérone ont des comportements moins adaptés au rôle de père: tendance à prendre des risques, comportements agressifs, moins de sympathie aux besoins du nourrisson. On a aussi démontré que les pères qui répondaient aux pleurs de leur bébé expérimentaient une diminution de leur taux de testostérone.

Il est donc possible que la baisse de testostérone chez le père, causée par le sommeil à proximité d'un enfant, soit bénéfique pour ce dernier. En effet, cette diminution permettrait à l'homme d'être plus adéquat dans ses comportements paternels.

Référence:
Gettler LT, McKenna JJ, McDade TW, Agustin SS, Kuzawa CW (2012) Does Cosleeping Contribute to Lower Testosterone Levels in Fathers? Evidence from the Philippines. PLoS ONE 7(9): e41559.

4 commentaires:

  1. Et après on condamne le co-dodo ?! VIVE LE CO-DODO!!!

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  2. Cet article contient le germe d'un discours subversif, je trouve, dans la mesure où il se trouve à requestionner (mais sans le faire, et voilà pourquoi je me permets d'ajouter ce commentaire) le rôle et l'importance que nous accordons à la testostérone. Plus clairement, la société a associé haut taux de testostérone et performance de tout ordre : compétitivité nécessaire dans le monde du travail, combativité et force, etc. Cependant, en hissant ces valeurs au sommet de la hiérarchie, nous oublions qu'elles ne sont pas du tout positive et que nous aurions avantage à les descendre dans notre échelle de valeurs. En effet, ces valeurs portent leurs envers : manque d'empathie (nécessaire pour être compétitif et combatif), égocentrisme, et on pourrait aller jusqu'à parler de valeurs qui créent et alimentent les conflits plutôt que de chercher des solutions à travers un consensus. Bref, ces valeurs dites "masculines" liées au taux élevé de testostérones, ne sont pas positives dans l'absolu. Il faut relativiser l'importance de leur présence pour nous assurer un monde meilleur entre hommes et femmes, entre les humains au sens "macro" et entre les hommes et leurs enfants au sens "micro".
    Bref, cet article montre, à mon sens, qu'un taux élevé de testostérone ne crée pas le "mâle" adapté à la société ni aux réalités de la famille ni au respect des autres personnes, dont les femmes et les enfants. Il faudrait donc cesser de prendre la testostérone pour l'ingrédient de la virilité et de la réussite et le remettre à sa place : une hormone comme une autre dont les taux varient avec les moments de la vie et les contextes, et que les femmes possèdent également, la plupart du temps en taux inférieur à celui des hommes, mais sans oublier que certaines femmes ont un taux supérieurs à certains hommes.
    On voit aussi que notre conception de la biologie est sexiste puisqu'elle hiérarchise même les hormones selon qu'elles soient "féminines" ou "masculines", ainsi, on dénonce les risques associés à des apports élevé en oestrogène (dans l'eau ou dans les aliments qui en sont riches), mais on ne dénonce pas les risques associés à des taux élevés de testostérone et on encourage même les femmes en ménopause ou après la ménopause à en consommer comme fontaine de jouvence...

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    1. Il est en effet illogique de "hierarchiser" les hormones. Chaque hormone a son utilité, autant chez l'homme que chez la femme. Le bon fonctionnement de l'être humain dépend du fait que la bonne hormone est produite au bon moment. On le voit dans cet article, une trop forte production de testostérone peut être nuisible dans certains contextes et la nature s'est assuré de mettre en place des mécanismes pour en contrôler l'expression.

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