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13 juillet 2016

Calculer la date prévue d'accouchement: mission impossible?

À première vue, la date d’accouchement semble facile à calculer. On prend la date des dernières menstruations, on ajoute 9 mois et voilà ! Vous pouvez maintenant mettre cette journée à votre agenda... ou pas. Certaines études révèlent en effet que seulement 4 % des femmes enceintes donnent naissance à leur date prévue d’accouchement.

Le calcul de la date prévue d’accouchement s’appuie en grande partie sur la règle de Naegele qui a en fait été élaborée par le médecin hollandais Boerhave en 1744. Cette règle n’est toutefois basée sur aucune preuve scientifique et comporte plusieurs problèmes :
  • la règle suppose que le cycle menstruel de la femme est régulier, c’est-à-dire qu’il dure 28 jours et que l’ovulation a lieu le 14e jour ;
  • puisque les mois n’ont pas tous la même longueur, la durée de la grossesse varierait en théorie selon le mois de conception si on utilise la règle de Naegele ;
  • pour que la règle puisse calculer une date juste, la femme doit se rappeler précisément la date de ses dernières règles.
Cependant, le plus gros problème avec la règle de Naegele, c’est qu’elle repose sur l’idée qu’une grossesse ne dure que 40 semaines. Des chercheurs remettent toutefois cette idée en question.

Il faut mentionner qu’il est difficile de déterminer la durée normale de la grossesse. En effet, comme nous avons l’habitude de déclencher le travail lorsqu’une femme dépasse trop la date prévue d’accouchement, cela rend le calcul compliqué puisqu’on se retrouve avec des grossesses qui ne se sont jamais terminées naturellement. Cependant, si on exclut ces grossesses de l’analyse, cela signifie qu’on ignore systématiquement les grossesses les plus longues. Il faut donc avoir recours à des méthodes statistiques complexes comme l’analyse de survie. C’est ainsi que des chercheurs ont pu démontrer que la grossesse dure environ 3 jours de plus que les 40 semaines traditionnelles.

Le manque de précision de la règle de Naegele peut avoir des répercussions importantes sur le déroulement de l’accouchement. Selon une étude, 44 % des femmes qui ont été provoquées disent l’avoir été parce que leur bébé était à terme ou proche de la date prévue d’accouchement et 18 % disent que leur professionnel de la santé était inquiet parce qu’elles avaient dépassé cette date. Malheureusement, l’induction du travail sans raison médicale a été associée à une hausse du taux de césarienne.

Pour en savoir plus sur le calcul de la date prévue d'accouchement, sur ses limites et sur la durée de la grossesse, je vous invite à lire la fiche que j'ai rédigée pour le site Naître et grandir: La durée de la grossesse.

Références:
Dekker, Rebecca. Evidence on Inducing Labor for going past your Due Date. evidencebasedbirth.com

Lynch, Courtney D. et Jun ZHANG. (2007) The research implications of the selection of a gestational age estimation method. Paediatric and Perinatal Epidemiology, vol. 21, (Suppl. 2), p. 86-96.

Smith, Gordon C.S. (2001) Use of time to event analysis to estimate the normal duration of human pregnancy. Human Reproduction, vol. 16, no 7, p. 1497-1500.

4 juillet 2016

Tests de grossesse: histoire et efficacité

Les tests de grossesse font partie de ces objets communs que presque toutes les femmes utiliseront un jour ou l’autre. Même s’il peut sembler banal aujourd’hui de pouvoir déterminer en moins de deux minutes si une femme est enceinte, la conception des tests de grossesse a été un parcours laborieux.

Sur le site du NIH History, on retrouve des informations intéressantes sur la petite histoire des tests de grossesse. Ainsi, au quatorzième siècle avant Jésus-Christ, les Égyptiens avaient mis au point leur propre test maison. Déjà à l’époque, la procédure demandait de faire pipi sur quelque chose. C’était alors sur des graines de blé et d’orge. Si l'une des plantes poussait, la femme était enceinte.  Fait intéressant, cette méthode avait l’avantage d’établir du même coup le sexe. Si l’orge poussait, la femme était enceinte d’un garçon alors que la croissance du blé indiquait plutôt une fille.

Des scientifiques ont testé l’efficacité du blé et de l'orge pour détecter la grossesse en 1963. Ils ont alors confirmé que l’urine des femmes enceintes favorisait en effet leur croissance dans 70 % des cas. Selon eux, l’estrogène qui se retrouve en grande quantité dans l’urine pendant la grossesse pourrait être responsable du phénomène.

Par la suite, au Moyen-Âge, on mélangeait l’urine avec du vin pour déterminer si une femme est enceinte ou non. Selon les experts du NIH, cette méthode aurait pu avoir une certaine efficacité. Les médecins de la Renaissance, eux, préféraient observer la couleur et la consistance de l’urine pour se prononcer.

Les tests de grossesse modernes
Les premiers tests de grossesse tels qu’on les connaît ont fait leur apparition dans les pharmacies dans les années 1970. Depuis cette époque, le principe demeure le même. Le test détecte la présence de l’hormone hCG qui est produite par le placenta dès que l’embryon s’implante dans la paroi de l’utérus.

Dans un éditorial publié dans le journal Clinical Chemistry and Laboratory Medicine, David G. Grenache livre une réflexion intéressante sur la fiabilité des tests de grossesse.

L’efficacité des tests disponibles sur le marché varie beaucoup, déplore-t-il, puisque les fabricants sont souvent devant un dilemme. Leur test doit être suffisamment sensible pour détecter rapidement la grossesse sans toutefois générer un faux positif lors d’une fausse couche qui a lieu très peu de temps après la fécondation, explique David G. Grenache.

Par ailleurs, l’efficacité des tests de grossesse vantée par les fabricants est rarement exacte. Selon certaines études, ils sont soit plus sensibles, soit moins sensibles que ce qui est écrit sur l’emballage. C’est pourquoi David G. Grenache souhaiterait que les limites de détection de ces tests soient standardisées. Un test peu fiable pourrait en effet avoir des répercussions négatives. Par exemple, un résultat faussement négatif pourrait exposer le bébé à des substances nocives (ex. : l’alcool ou le tabac) puisque la femme enceinte ne modifiera pas ses habitudes de vie adéquatement.

Pour en savoir plus sur le fonctionnement des tests de grossesse, sur leur efficacité et la façon de les utiliser, je vous invite à consulter la fiche que j’ai rédigée sur le sujet pour le site Naître et grandir : Les tests de grossesse.


Références:
NIH History. A Thin-Blue Line: The History of the Pregnancy Test Kit.

Grenache, David G. (2015) Variable accuracy of home pregnacy tests: truth in advertising. Clin Chem Lab Med; 53 (3): 339-341.

30 avril 2016

Le foetus est-il sensible à la pollution?

La pollution de l’air est une préoccupation importante pour la santé humaine. Des chercheurs américains sont d’ailleurs arrivés dernièrement à des conclusions inquiétantes pour le développement des enfants. En effet, selon leur étude, la pollution atmosphérique affecterait les bébés même dans le ventre de leur mère.

Les scientifiques ont fait cette découverte en étudiant des polluants bien particuliers, les hydrocarbures aromatiques polycycliques ou HAP. Les HAP sont produits entre autres lors de la combustion de l’essence des voitures. On les retrouve aussi dans la fumée libérée par les appareils de chauffage et dans celle du tabac. Tous ces processus libèrent en effet de minuscules particules polluantes qui se rendent facilement dans les poumons en raison de leur petite taille.

Pour lire la suite, consulter mon plus récent billet sur Naître et grandir: Pollution et développement: des effets dès la grossesse

9 mars 2016

La vitamine D pendant la grossesse: le conte de deux communiqués

S’il y a un commentaire que j’entends souvent à propos de la recherche scientifique, c’est bien le fameux « de toute façon, bientôt une nouvelle étude va dire exactement le contraire ». Imaginez donc ma stupéfaction lorsque pendant ma revue de presse quotidienne j’ai lu « les suppléments de vitamine D pendant la grossesse pourraient aider les os des bébés d’hiver » suivi immédiatement par « les suppléments de vitamine D pendant la grossesse n’améliorent pas la santé des os ».

Le premier communiqué provient de l’Université de Southampton et résume une expérience conduite auprès de 1000 femmes enceintes. La moitié d’entre elles ont reçu 1000 unités internationales de vitamine D tous les jours de la 14e semaine de grossesse jusqu’à l’accouchement. Les autres ont reçu un placebo. Selon les auteurs de l’étude, les niveaux de vitamine D d’une mère diminuent pendant les mois d’hiver. Puisque les os durcissent plus particulièrement vers la fin de la grossesse, les bébés nés l’hiver profiteraient plus particulièrement de la supplémentation. Ils concluent en effet que « la vitamine D est sécuritaire et efficace pour augmenter les niveaux de vitamine D des mères dont les bébés sont nés pendant les mois d’hiver ».

Passons maintenant au deuxième communiqué. Celui-ci a été écrit par The Lancet. D’entrée de jeu, les auteurs mentionnent que « prendre des suppléments de vitamine D durant la grossesse, comme cela est recommandé à toutes les femmes selon les directives cliniques de la Grande-Bretagne n’a pas d’effet significatif sur la densité osseuse des bébés ». L’étude a été réalisée auprès de 1134 femmes enceintes qui ont été recrutées entre 14 et 17 semaines de grossesse. La moitié d’entre elles ont reçu 25 microgrammes de vitamine D tous les jours de la grossesse jusqu’à l’accouchement. Les autres ont reçu un placebo.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, à ce moment, j’ai eu une étrange impression de déjà vu. En fait, dans le premier communiqué on peut lire que « l’analyse de tous les bébés nés pendant l’étude n’a pas démontré de différence de masse osseuse entre les bébés nés de mères qui ont pris un supplément et les bébés de mères qui ont pris un placebo ». Dans le deuxième, on mentionne également que « les résultats suggèrent que les suppléments de vitamine D pourraient être bénéfiques pour les bébés nés pendant les mois d’hiver ».

À tous ceux qui ont deviné que les deux communiqués parlent exactement de la même étude, j’accorde deux morceaux de robots. Il semble que l’Université de Southampton et The Lancet ont une vision bien différente de l’étude réalisée par un certain Cyrus Cooper et ses collègues ! De plus, The Lancet fait preuve de plus de précision (1134 femmes plutôt que 1000) et d'un plus grand souci de vulgarisation (25 microgrammes de vitamine D plutôt que 1000 unité internationales) dans la description de l'étude.

Alors, quelle leçon peut-on tirer tout ça ? D’abord, les départements de communication de ces deux institutions n’ont visiblement pas de grandes habiletés à communiquer entre eux. Un coup de téléphone ou un courriel aurait suffi à s’assurer que tout le monde dit la même chose !

Ensuite, il ne faut jamais se fier seulement à un titre. Sur les médias sociaux, il est très fréquent de voir des lecteurs commenter un sujet en se basant seulement sur le titre pour donner leur opinion. Cette étude sur la vitamine D illustre très bien pourquoi ce n’est pas une bonne idée.

À propos des médias et des études:
Grossesse et chocolat: méfiez-vous des médias!
Le mystère de la spectaculaire étude sur les enfants et la télé

Sources:
University of Southampton. (2016, 1er mars). Pregnancy vitamin D supplementation may help winter baby's bones.

10 février 2016

Grossesse et chocolat: méfiez-vous des médias!

À quelques jours de la Saint-Valentin, le titre est accrocheur : « Le chocolat serait très bon pour les femmes enceintes ». Malheureusement, il s’agit d’un excellent exemple d’une étude médiatisée pour aucune autre raison que celle de contenir le mot chocolat.

Avouons tout de même que le nom de l’étude porte à confusion. En effet, les chercheurs qui devaient présenter leurs résultats à Atlanta dans le cadre du Pregnancy Meeting ont intitulé leur présentation « Le chocolat à haute teneur en flavanol pour améliorer la fonction placentaire et diminuer le risque de pré-éclampsie : un essai clinique randomisé en double aveugle ». Bien sûr, notre réaction à la lecture de ce titre est de dire « Cool ! Le chocolat noir prévient la pré-éclampsie ». Cependant, erreur ! Prenons donc un moment pour en savoir plus sur l’étude en question.
 

L’idée de tester l’effet du chocolat pendant la grossesse provient de chercheurs de l’Université Laval. Leur objectif était effectivement de démontrer que le chocolat noir peut réduire le risque de pré-éclampsie. Il faut mentionner que des études avaient déjà été réalisées sur le sujet dans le passé et étaient arrivées à des résultats contradictoires. Pour faire la lumière sur tout ça, les chercheurs de Québec ont divisé129 femmes enceintes en deux groupes. Le premier allait manger 30 g de chocolat noir tous les jours pendant 12 semaines. Le deuxième allait se contenter de chocolat ordinaire. Ils ont ensuite mesuré le flux sanguin de l’utérus, du placenta et du fœtus de même que le poids du placenta et du bébé à la naissance. Ils ont aussi évalué la fréquence de la pré-éclampsie et de l’hypertension gestationnelle.

Après toutes ces savantes observations, les chercheurs ont fait la stupéfiante découverte suivante : aucune différence entre les deux groupes ! Par conséquent, leur hypothèse de départ s’est avérée rejetée. Le titre de leur étude aurait dû être « Le chocolat à haute teneur en flavanol pour améliorer la fonction placentaire et diminuer le risque de pré-éclampsie… ne fonctionne pas. »

Je ne peux bien sûr pas présumer de la réaction des chercheurs lorsqu’ils ont compris que leurs résultats ne permettaient pas de confirmer leur hypothèse. Cependant, on peut très bien imaginer qu’ils ont épluché leurs données en détail pour trouver quelque chose d’intéressant. C’est probablement à ce moment qu’ils ont remarqué que le flux sanguin de l’utérus, du placenta et du fœtus avait augmenté entre le début et la fin de l’expérience chez toutes les femmes étudiées. Il était même plus élevé que ce à quoi on s’attend dans la population en général. Ils se sont alors dit : « Notre étude indique que le chocolat pourrait avoir un impact positif sur la croissance et le développement du fœtus et du placenta. L’effet du chocolat ne serait pas dû seulement au contenu en favanol. » (Il s’agit ici d’une citation du Dr Emmanuel Bujold.)

C’est ainsi que les journalistes de Metro News ont cru bon d’écrire : « Il semblerait que la consommation de chocolat soit préconisée pour le bon déroulement de ces 9 mois. » Cette conclusion est pour le moins hâtive. Permettez-moi d’ailleurs de citer à nouveau le Dr Bujold. « Nous ne pouvons pas spéculer sur l’effet global du chocolat sur le risque de pré-éclampsie à partir des résultats de notre étude parce que nous n’avions pas de groupe de femmes qui n’ont pas mangé de chocolat. » Le Dr Bujold répondait ici à la question de Medical News Today « Recommandez-vous aux femmes enceintes de manger du chocolat quotidiennement pour améliorer le développement du fœtus ? »

Le Dr Bujold a complètement raison. Sans avoir un groupe contrôle qui n’a pas mangé de chocolat, savoir si l’effet observé sur le flux sanguin est vraiment dû à la consommation de chocolat est impossible. Peut-être que les appareils utilisés pour mesurer étaient mal calibrés. Peut-être que le stress de l’expérimentation a influencé la circulation sanguine. Peut-être que les futures mères ont bu plus de lait pour accompagner leur chocolat et que cet aliment est le véritable responsable. Peut-être même qu’une distorsion temporelle a eu lieu ce jour-là à Québec et que les mesures ont été faussées. Qui sait ?

Bien sûr, il n’est pas impossible que le chocolat soit vraiment l’aliment miracle pour prévenir la pré-éclampsie. L’équipe du Dr Bujold est tout à fait justifiée de fouiller davantage cette hypothèse. Cependant, écrire dans les médias que le chocolat est recommandé durant la grossesse est prématuré. Alors, en attendant des résultats plus solides, les femmes enceintes devront continuer de manger du chocolat seulement pour le plaisir. Une raison amplement suffisante selon moi.

Au sujet de l’alimentation pendant la grossesse :

Sources:
SOCIETY FOR MATERNAL-FETAL MEDICINE. (2016, 1er février) The benefits of chocolate during pregnancy. Eurekalert.

WHITEMAN, Honor. (2016, 6 février) Eating chocolate during pregnancy may benefit fetal growth, development. Medical News Today.

SAER, Clara. (2016, 2 février) Le chocolat serait très bon pour les femmes enceintes. Metro News.

24 juin 2015

Grossesse, embryons et prématurés: revue de presse du 24 juin 2015

Conseils pour futures mamans
Dans un article publié sur State.fr, Charlotte Lazimi aborde le sujet des interdits pendant la grossesse. Depuis très longtemps, les femmes enceintes reçoivent des conseils qu'elles doivent suivre pour assurer la santé de leur futur bébé. Qu'on parle de réduire le risque d'infection, de contrôler la prise de poids maternelle ou de protéger l'âme du fœtus (!), toutes les raisons sont bonnes pour sermonner les futures mamans. Pourquoi se permet-on cette intrusion dans leur vie privée? Pour prévenir des dangers rares, mais bien réels ou pour continuer de s'approprier le corps des femmes? Et, si tout était dans la façon de le dire...
Culpabilise-t-on trop les femmes enceintes?

Quoi faire avec les surplus d'embryons?
Lors d'un processus de fécondation in vitro, plusieurs embryons sont produits et ce ne sont bien sûr pas tous ces embryons qui seront implantés dans l'utérus. S'il est possible de congeler les surplus un certain temps, quel avenir leur réserve-t-on à long terme? C'est le sujet d'un article du blogue Motherlode du New York Times. L'une des options est le don d'embryon à des couples infertiles.
Unused Embryos, to Donate, Destroy or Debate

Prématurés: impliquer la famille
La naissance d'un bébé prématuré est un évènement très difficile pour ses parents. Dans le magazine Enfants Québec, Nathalie Côté explique comment une nouvelle approche implantée au CHUL à Québec pourrait être bénéfique pour toute la famille des petits prématurés. Le Modèle d'intégration de la famille dans les soins a pour but d'impliquer davantage les parents d'un bébé prématuré. Non seulement les parents en profiteraient, mais les bébés gagneraient aussi plus de poids et quitteraient l'hôpital plus rapidement.
Au chevet des grands prématurés

La semaine dernière: Accouchement, césarienne et anthropologie

11 mars 2015

1000 jours, matière blanche et bébé-surprise: revue de presse du 11 mars

1000 jours pour la santé
Les 1000 premiers jours d'un enfant, c'est du moment où l'ovule rencontre le spermatozoïde jusqu'à son anniversaire de 2 ans. En entrevue pour le Figaro, Philippe Deruelle explique pourquoi cette période est si cruciale pour la santé future d'un individu. L'enfant serait alors plus vulnérable aux conditions défavorables dans son environnement, ce qui pourraient ensuite influencer l'expression des gènes. C'est ce qui influencerait le développement de maladies chroniques comme le diabète, l'obésité et les maladies cardiovasculaires.
Les 1000 premiers jours, déterminants pour la santé de l'enfant

Matière blanche et lecture

Un article du New Yorker raconte que des chercheurs ont observé une différence dans le développement de la matière blanche du cerveau entre ceux qui ont de la difficulté à lire et ceux qui lisent avec aisance. Cette observation était particulièrement vraie pour une zone du cerveau: la région temporopariétale gauche. Cette portion du cerveau est primordiale pour la compréhension des sons, la parole et la lecture. Selon les chercheurs, si le développement de  la matière blanche ne se fait pas comme prévu entre la maternelle et la 3e année, la lecture serait plus difficile. L'environnement dans lequel l'enfant évolue pourrait être en partie responsable de la façon dont le cerveau s'organise. Selon les chercheurs, leurs résultats vont plus loin que la neuroscience. Ils remettent aussi en question l'environnement dans lequel un enfant devrait apprendre à lire.
How Children Learn To Read

Un bébé-surprise
Ce genre de nouvelle fait les manchettes à l'occasion. Une femme met un bébé au monde en ignorant qu'elle était enceinte. À l'émission Médium large animée par Catherine Perrin, la sage-femme Isabelle Brabant et la psychiatre Marie-Josée Poulin explore les différents facteurs pouvant mener à une telle situation.
Être enceinte sans le savoir, c'est possible

23 juillet 2014

Les bébés et le bon vieux temps!

Le dernier siècle aura été synonyme de changement pour tout ce qui entoure la grossesse, l’accouchement et la maternité. Quelle mère n'est pas parfois nostalgique du bon vieux temps? Mais comment cela se passait-il exactement dans le bon vieux temps? Comme les historiens s’intéressent souvent plus à la politique qu’à la puériculture, la réponse à cette question n’est pas toujours évidente. Heureusement, Denise Lemieux, dans son livre Les petits innocents, aborde le thème de l’enfance en Nouvelle-France et lève le voile sur la vie de famille à l’époque.

Bien sûr, même aux premiers temps de la colonie, tout commence par la grossesse et celle-ci ne se passe pas tellement différemment d'aujourd'hui. Ainsi, l'idée de traiter cette période de la vie d'une femme comme une maladie est moins nouvelle qu’on ne le pense. En fait, puisqu’à l’époque la grossesse se termine parfois moins bien, une certaine inquiétude entoure la naissance. 

Les gens croient donc qu’une femme enceinte doit être très prudente pour protéger l'enfant à venir. Pour eux, le corps de la mère et celui du bébé ne forment qu'un. Par conséquent, si la femme enceinte voit des choses particulièrement belles ou, au contraire, horribles, cela s’imprègnera dans le corps et le caractère de l’enfant. Par exemple, on cite le cas étrange d’une femme qui aimait assister aux exécutions publiques lorsqu’elle était enceinte et dont l’enfant était particulièrement cruel.

Par contre, quand vient le temps de l’accouchement, cela se passe très différemment. Tout d’abord, la naissance a lieu à la maison puisque l'accès aux hôpitaux est tout simplement interdit aux femmes enceintes et aux enfants de moins de sept ans. Bien que certains chirurgiens puissent pratiquer des accouchements, une sage-femme est toujours présente. En effet, la pudeur empêche un homme d’être seul pour examiner une femme. En théorie, le père n’assiste pas à l’accouchement. Par contre, dans la pratique, certains d'entre eux sont là pour épauler leur épouse. L’accouchement demeurera tout de même le monopole des femmes jusqu’à la fin du 18e siècle.

À une époque où la première préparation commerciale pour nourrisson n'a pas encore été mise au point, l’allaitement est bien sûr prédominant en Nouvelle-France. Cependant, certaines aristocrates ou bourgeoises n’allaitent pas et confient leur enfant dès la naissance à des nourrices. Ce comportement est toutefois très critiqué par les religieux et donc peu répandu dans la population en général. On dit en effet qu’une mauvaise nourrice peut être dangereuse pour le bébé car ce dernier « suce le vice et la vertu avec le lait. » Les religieux comparent d’ailleurs le comportement des aristocrates à celui des femmes amérindiennes qui refusent qu’une autre allaite leur bébé.
Aujourd’hui, la plupart des mères veulent que leurs mamelles servent d’attrait… et se voulant donner du bon temps envoient leurs enfants aux champs, là où ils sont donnés à des nourrices vicieuses, desquelles ils sucent avec le lait la corruption et la mauvaise nature. […] Les femmes sauvages ont plus d’amour que cela envers leurs petits : car [nulle] autre qu’elles ne les nourrissent.
Par conséquent, déjà à cette époque, on fait la promotion de l'allaitement. Les religieux disent même qu’en allaitant son enfant, une mère est semblable à la Vierge Marie nourrissant l’Enfant Jésus. Cette image est très importante à l’époque et est peut-être une réaction à la pratique qu’on retrouve dans les milieux aristocrates ou bourgeois qui consiste à séparer l’enfant de ses parents pour l’envoyer en apprentissage.

Pour ce qui est des aliments complémentaires, ils sont introduits très tôt par les colons français. On prépare une bouillie composée de farine et de lait animal que la mère offre sur le bout de son doigt. Les Amérindiennes, elles, allaitent exclusivement ce qui étonne beaucoup les nouveaux colons.

L'emmaillotage est également une pratique répandue. Les femmes de l’époque emmaillotent le bébé complètement dans plusieurs épaisseurs de linge. Les bras demeureront immobilisés jusqu’à 5 mois parfois alors que les jambes ne seront libérées qu’aux alentours de 8 mois. Cette curieuse méthode avait pour but, semble-t-il, de protéger l’enfant du froid et des dangers de chute.

Enfin, pour ce qui est du sommeil, les mères semblent vivre une situation semblable à la nôtre : un déchirement entre l’avis des « experts » et leurs propres instincts. En effet, les religieux leur déconseillent vivement de dormir avec leur bébé de crainte que ce dernier ne soit étouffé pendant la nuit. Par contre, les Canadiennes-françaises auraient plutôt tendance à minimiser ce risque. Elles craignent davantage que le bébé meure de froid seul dans son berceau. Quelques centaines d'années plus tard, le débat se poursuit!

Sous certains aspects, les mères de la Nouvelle-France vivaient probablement des questionnements semblables aux nôtres. La nostalgie d'un autre temps n'est certainement pas le propre des femmes du 21e siècle. Qui sait, peut-être que ces mères rêvaient aussi d'une époque plus simple comme celle d'avant les grandes explorations...

Références :
Lemieux, Denise. (1985) Les Petits innocents : l'enfance en Nouvelle-France. Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 205p.

21 juillet 2014

Questionnement, suivi prénatal et Internet : qu'en pensent les femmes francophones?

Le suivi prénatal des femmes françaises et québécoises leur permet-il de trouver des réponses à leurs questions sur la grossesse? Que pensent ces futures mères des renseignements disponibles sur Internet? Voici les résultats de mon petit sondage maison, inspiré par une étude américaine réalisée en Pennsylvanie.

Selon les répondantes au sondage, leurs deux principales sources d'information pendant la grossesse sont la personne assurant leur suivi et les sites web traditionnels.

Le suivi prénatal
Dans l'ensemble, les mères sondées estiment que le professionnel qui effectue leur suivi de grossesse répond bien à leur besoin d'information.

Cependant, lorsqu'on compare les réponses des femmes françaises à celles des femmes québécoises, on remarque que la satisfaction est plus grande de ce côté de l'Atlantique.


En comparant le type de suivi de grossesse, on remarque que certains professionnels sont plus efficaces que d'autres pour répondre aux questions de leurs patientes. En effet, les sages-femmes offriraient davantage d'information que les médecins en général et ce sont les gynécologues-obstétriciens qui suscitent le plus de commentaires négatifs.




L'information sur Internet
La grande majorité des mères interrogées utilisent Internet et les médias sociaux plusieurs fois par semaine pour trouver des réponses à leurs questions sur la grossesse.



Bien qu'une plus grande proportion de ces femmes soient ambivalentes sur la qualité de l'information se trouvant sur Internet et les médias sociaux, elles sont quand même satisfaites du degré de fiabilité des renseignements qui s'y trouvent.



Les femmes enceintes ne semblent donc pas partager l'opinion de certains professionnels de la santé qui s’inquiètent de la qualité de l’information qui se retrouve sur Internet. Pourtant, plusieurs études réalisées sur les sites médicaux traditionnels ont conclu que dans bien des cas l’information véhiculée peut être trompeuse ou en contradiction avec certaines recommandations du monde médical.

En somme, pour les mères interrogées, le suivi prénatal et Internet sont des ressources complémentaires leur permettant de trouver de l'information dont elles ont besoin. D'ailleurs, lorsqu'on leur demande sous quelle forme elles souhaitent en savoir plus, elles disent préférer les conversations avec un professionnel ou les sites web.



En plus d'être affiché sur le blogue Maman Éprouvette, le lien du sondage a été abondamment partagé dans les médias sociaux. Le questionnaire était accessible du 10 au 17 juillet 2014. En tout, 69 femmes y ont répondu, majoritairement en provenance du Québec et de la France. 

Références :
Ernst, E. Schmidt, K. (2002) Health risks over the Internet: advice offered by “medical herbalists” to a pregnant woman. Wiener Medizinische Wochenschrift, 7-8 : 190-192.

Eysenbach, G., Powell, J., Kuss, O., Sa, E.R. (2002) Empirical studies assessing the quality of health information for consumers on the world wide web: a systematic review. JAMA, 20 : 2691-700.

Hardwick, J., Mackenzie, F. (2002) Information contained in miscarriage-related websites and the predictive value of website scoring systems. European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology. 106 : 60-63.

10 juillet 2014

À la recherche d'information : les femmes enceintes sur Internet

Chères lectrices qui cherchez des réponses à vos questions sur Internet, il semble que vous ne soyez pas seules. Une petite étude réalisée en Pennsylvanie révèle que les futures mamans utilisent de plus en plus l'Internet pour trouver de l'information sur la grossesse, car leur suivi prénatal ne répond pas à leurs préoccupations.

Les chercheurs américains ont invité 17 mères à discuter de leurs besoins d'information pendant la grossesse et de leur utilisation d'Internet et des médias sociaux. Malheureusement, l'évaluation qu'elles font de leur suivi prénatal n'est pas très positive.

D'une part, ces femmes croient que le premier rendez-vous de suivi a lieu trop tard pour répondre à toutes les questions qui les assaillent en début de grossesse. Aux États-Unis, les femmes rencontrent leur médecin pour la première fois à 8 semaines alors qu'au Québec, c'est un peu avant la 12e semaine.

D'autre part, les nombreuses brochures que les femmes reçoivent à ce moment ne semblent pas répondre à leurs besoins. L'information y serait insuffisante et souvent dépassée. Elle est aussi présentée sous un format qui ne rejoint pas les jeunes mères. Plutôt que des brochures, celles-ci aimeraient mieux des vidéos, des applications pour leur téléphone cellulaire ou des sites web. 

En somme, les futures mères sentent que le suivi prénatal n'est pas assez centré sur la patiente. Selon les chercheurs, il y aurait un décalage important entre ce que ces femmes veulent et ce que le milieu médical leur offre. Un fossé générationnel, quoi!

C'est pour cette raison que la majorité d'entre elles se tournent vers Internet pour s'informer. Elles ne sont toutefois pas complètement satisfaites de ce qu'elles y trouvent en raison du manque de crédibilité de plusieurs sources. L'information y est aussi plus inquiétante qu'utile selon elles. Depuis les débuts de l'Internet, des experts s'inquiètent d'ailleurs de la qualité de l'information médicale numérique.

Selon les chercheurs, les médecins doivent donc modifier le suivi prénatal pour mieux répondre aux besoins des mères, mais aussi éduquer leurs patientes pour les aider à devenir de meilleures consommatrices d'information sur Internet.

Pour ma part, je crois également que le milieu de la santé doit améliorer sa présence sur Internet et dans les médias sociaux. J'en fais d'ailleurs mention dans mon texte « Promotion de l’allaitement dans les médias sociaux : place aux mères » publié dans le livre Promotion de l'allaitement maternel au Québec : Regards critiques. Je veux toutefois souligner la qualité de l'information se trouvant sur le Portail d'information prénatal de l'Institut national de santé publique.

Enfin, je dois de mentionner qu'il s'agit d'une très petite étude et qu'il est donc impossible de déterminer si ces résultats représentent le vécu de la majorité des femmes enceintes. C'est pourquoi je vous propose de répondre à un petit sondage sans aucune prétention scientifique sur le sujet. Vous pouvez y avoir accès en cliquant sur ce lien : https://fr.surveymonkey.com/s/7BMKPS5
Je vous reviens bientôt avec les résultats!

Références :
Indivero, V. (2014, 7 juillet) Expectant moms turn to « Dr. Google » for pregnancy advice (communiqué). Eurekalert consulté le 9 juillet 2014.

Kraschnewski JL, Chuang CH, Poole ES, Peyton T, Blubaugh I, Pauli J, Feher A, Reddy M. (2014) Paging "dr. Google": does technology fill the gap created by the prenatal care visit structure? Qualitative focus group study with pregnant women. J Med Internet Res. 2014 Jun 3; 16(6) : e147. doi : 10.2196/jmir.3385.

18 avril 2014

Panique au sujet du Diclectin!

Une onde de choc a secoué le monde de la périnatalité. Un article publié dans le Journal of Obstetrics and Gyneaecology Canada (JOGC) remet en cause l'efficacité et la sécurité du Diclectin, un médicament utilisé pour soulager les nausées et les vomissements par la moitié des femmes enceintes au Canada. Certains médias ont même écrit « que l'utilisation de ces deux produits ensemble par la mère durant sa grossesse pourrait être reliée à un risque accru de cancer infantile chez son bébé. » Devant l'inquiétude des femmes, le centre IMAGe du CHU Sainte-Justine et la Société des obstétriciens-gynécologues du Canada ont souhaité réagir publiquement.

L'efficacité du Diclectin
Les auteurs de l'article du JOGC croient que le Diclectin, une combinaison de doxylamine et de vitamine B6, ne serait pas plus efficace que la vitamine B6 seule pour traiter les nausées et les vomissements. Les pharmaciens du centre IMAGe expriment toutefois leur désaccord. Selon eux, la combinaison des deux substances permettrait une libération retardée du médicament et les femmes pourraient ainsi le prendre au coucher tout en ayant un soulagement au matin. Cette façon d'utiliser la doxylamine et la vitamine B6 serait d'ailleurs basée sur une grande expérience clinique, expliquent les pharmaciens. De plus, l'histoire même du Diclectin démontrerait son efficacité. En effet, lorsqu'un équivalent de ce médicament a été retiré du marché en 1983, les experts ont observé une augmentation de 37 % des hospitalisations dues aux nausées et aux vomissements de grossesse.

La sécurité du Diclectin
Les auteurs, qui sont associés à l'Université de Toronto, croient que la sécurité du Diclectin n'est pas bien établie, contrairement à ce qu'en dit la Société des obstétriciens-gynécologues du Canada.

Par exemple, l'équipe ontarienne s'interroge sur une étude souvent citée pour justifier l'utilisation du médicament. Celle-ci, qui conclut que le Diclectin diminue la fréquence des malformations congénitales, n'aurait pas été réalisée sur 200 000 femmes comme on le rapporte habituellement, mais plutôt sur 130 000. Lorsqu'on tient compte de cette information, le Diclectin n'a alors plus d'effet positif sur les malformations congénitales. Selon le centre IMAGe, cette nouvelle analyse maintient toutefois que le Diclectin n'est pas associé à ce genre de complications.

Certaines petites études indiqueraient aussi que le Diclectin augmente les risques de sténose du pylore et de cancers infantiles, mentionnent les chercheurs de Toronto, tout en spécifiant que ceux-ci demeurent faibles.

Le centre IMAGe reconnaît que les recherches sur la sténose du pylore, une pathologie de l'estomac du nouveau-né, sont en effet contradictoires. Cependant, cette condition est très rare et n'affecte que 2 à 3 enfants sur 1000. Même en supposant que le Diclectin en accentue la fréquence, on parlerait alors seulement de 5 enfants sur 1000. Par ailleurs, ce problème se développe en fin de grossesse alors que le Diclectin est plutôt utilisé pendant le premier trimestre.

Enfin, le centre IMAGe répond aux inquiétudes des chercheurs concernant le risque de cancers infantiles. Les pharmaciens du CHU Sainte-Justine soulignent que deux publications seulement se sont penchées sur les liens entre le Diclectin et ce type de cancer et qu'elles n'ont pas trouvé d'association significative sauf en analyse secondaire. De plus, certaines limites méthodologiques limiteraient la portée de ces résultats.

Alors, que faut-il en penser? 
Selon l'article du JOGC, les recommandations pour la gestion des nausées et des vomissements pendant la grossesse devraient être modifiées pour favoriser la prescription de traitements alternatifs comme la vitamine B6. 

Du côté du centre IMAGe du CHU Sainte-Justine, on dit plutôt que le Diclectin demeure une option de première ligne. Bien sûr, si la vitamine B6 seule offre un soulagement à la femme enceinte, elle peut aussi être utilisée. Il ne faut toutefois pas minimiser les risques de ne pas traiter les nausées et les vomissements pendant la grossesse, tiennent-ils à souligner. 

Enfin, la Société des obstétriciens-gynécologues du Canada maintient que le Diclectin ne pose aucun danger pendant la grossesse.

Un équivalent du Diclectin a été commercialisé pour la première fois dans les années 1950. Selon le fabricant, 33 millions de femmes ont utilisé ce médicament pour soulager leurs nausées et leurs vomissements pendant la grossesse.

Références : 

Koehler, Geoff (2014, 15 avril) Despite claims, commonly prescribed medication doesn't reduce birth defects, study finds. University of Toronto.

Persaud N, Chin J, Walker M. (2014) Should doxylamine-pyridoxine be used for nausea and vomiting of pregnancy? J Obstet Gynaecol Can 36(4)343-8.

Société des Obstétriciens et Gynécologues du Canada. Nouvelles à la SOGC. L’utilisation du Diclectin ne pose aucun danger.

28 mars 2014

Vous êtes enceinte? Eh bien, vomissez maintenant!

Votre souhait le plus cher est de mettre au monde un nouveau Einstein? Avez-vous envisagé de vomir un peu pendant votre grossesse? En effet, selon une nouvelle qui circule sur les médias sociaux, les nausées et les vomissements amélioreraient le développement intellectuel des enfants.

Il s'agit en fait d'une étude publiée en 2009 et réalisée par des chercheurs du Hospital for Sick Children de Toronto. Ceux-ci ont étudié trois groupes de mères. Dans le premier, ces femmes avaient vécu des nausées ou des vomissements pendant leur grossesse et avaient utilisé un médicament, le diclectin, pour soulager leurs symptômes. Dans le deuxième, les mères avaient aussi connu ce désagrément, mais n'avaient pas utilisé de médicament pour y remédier. Enfin, le troisième groupe n'a pas expérimenté de nausées matinales.

Les scientifiques ont ensuite évalué les fonctions cognitives des enfants de ces femmes, âgés de 3 à 7 ans. Selon les tests réalisés au cours de l'étude, les enfants dont la mère avait souffert de nausées ou de vomissement pendant la grossesse avaient un QI plus élevé, une meilleure mémoire et un meilleur langage. Les chercheurs avancent même que la sévérité de ces malaises pouvait prédire le score des enfants à ces différents tests. La prise de diclectin ne semblait cependant pas influencer ces observations.

Bonne nouvelle toutefois! Tous les enfants étudiés avaient des résultats normaux pour les critères mesurés. Par conséquent, si vous n'avez pas eu le cœur flottant pendant neuf mois, votre petit devrait quand même terminer son primaire.

Selon les chercheurs, les nausées matinales seraient causées par des modifications dans la sécrétion de certaines hormones comme l'hormone de grossesse (HCG) ou la thyroxine. Celles-ci favorisent la croissance du placenta, mais pourraient aussi être responsables des effets bénéfiques observés dans cette étude. Les scientifiques rappellent d'ailleurs que d'autres recherches ont démontré que les nausées diminuent le risque de fausses couches, de bébés mort-nés et de travail prématuré. En bref, les nausées constitueraient le symptôme d'une grossesse en santé.

Alors, voilà! Tout est dit. Hors des nausées, point de salut.

Peut-être pas finalement... Des experts du NHS, un organisme associé au Department of Health d'Angleterre, ont mis en ligne une analyse de cette étude. Selon eux, celle-ci ne prouve pas du tout que les nausées améliorent l'intelligence. Entre autres, le lien entre la sévérité des nausées et le QI devra être démontré plus sérieusement. Pourquoi? Parce que certains aspects de cette recherche posent problème.

D'abord, il s'agit d'une étude rétrospective. Cela signifie qu'on a demandé à ces femmes de donner des détails sur leur vécu pendant leur grossesse alors que celle-ci a eu lieu il y a 3 à 7 ans. Leurs souvenirs ne sont peut-être pas tout à fait exacts. En particulier, évaluer précisément la sévérité des nausées après tout ce temps est difficile.

Ensuite, pour mesurer l'intelligence des enfants, les chercheurs n'ont pas toujours utilisé les mêmes tests, ce qui est un problème en soi. En effet, lorsqu'on effectue ce genre de comparaison, employer un seul outil permet de s'assurer que les effets observés ne s'expliquent pas par une différence de précision d'un test à l'autre. L'âge des enfants varie aussi beaucoup. Étant donné que l'intelligence n'est pas la même à 3 et à 7 ans, cela pourrait causer des effets inattendus sur les résultats. Par ailleurs, les chercheurs ont analysé 90 critères précis pour évaluer le développement neural et seulement 8 d'entre eux étaient plus élevés pour les enfants de mères avec des nausées. Cette observation pourrait être due au hasard selon les experts du NHS.

Enfin, les auteurs de l'étude mettent leurs résultats sur le compte des variations hormonales. Pourtant, ils n'ont effectué aucune mesure du taux d'hormone des participantes. Le mécanisme proposé demeure donc une hypothèse qu'il reste à prouver.

Les experts du NHS soulignent aussi que l'étude a été financée par la compagnie qui produit le diclectin.

Alors, malheureusement, la solution pour faire évoluer la race humaine vers un niveau supérieur d'intelligence qui lui permettra de voter sagement aux élections ne sera pas de faire vomir davantage les femmes enceintes. Mais ne vous inquiétez pas, on nous proposera sûrement très bientôt une nouvelle idée pour rendre nos rejetons géniaux.

Références :
Nulman I1, Rovet J, Barrera M, Knittel-Keren D, Feldman BM, Koren G. (2009) Long-term neurodevelopment of children exposed to maternal nausea and vomiting of pregnancy and diclectin. J Pediatr. 2009 Jul;155(1):45-50, 50.e1-2. doi: 10.1016/j.jpeds.2009.02.005. Epub 2009 Apr 24.

SickKids (n.d.) Motherisk News: Morning sickness may lead to brighter kids. Consulté le 27 mars 2014.

Norton, Amy. (2009, 31 juillet) Morning sickness tied to higher child IQ. Reuters. Consulté le 27 mars 2014

NHS choices. (2009, May 7) Morning sickness "ups baby IQ". Consulté le 27 mars 2014.

21 mars 2014

La peur et la dépression

Donner naissance à un enfant constitue une expérience puissante qui peut même changer la vie d'une femme. Malheureusement, pour certaines futures mères, l'idée d'accoucher est une source d'anxiété intense. Selon des chercheurs finlandais, cette peur ne serait pas à prendre à la légère puisqu'elle augmenterait la fréquence de la dépression post-partum.

Dans leur étude réalisée auprès de 500 000 femmes, les scientifiques ont noté que celles dont le médecin a diagnostiqué une peur d'accoucher courraient trois fois plus de risque d'être dépressives après l'arrivée de leur bébé. Chez les femmes qui avaient déjà vécu une dépression dans le passé, cette crainte multipliait le risque de dépression par 5.

Ces résultats confirment ceux d'une méta-analyse démontrant que la dépression ou l'anxiété pendant la grossesse favorise la dépression post-partum. D'autres aspects comme un accouchement par césarienne, une naissance prématurée ou un nouveau-né avec une anomalie congénitale majeure sont aussi associés à une fréquence plus élevée de ce problème de santé mentale.

L'identification des facteurs de risque est très importante pour permettre aux professionnels de dépister efficacement les mères qui auront besoin d'une aide particulière après la venue de leur enfant. 

Surtout, ces résultats rappellent l'importance de changer notre façon de voir la naissance. Notre société présente en effet cette étape cruciale comme un mauvais moment à passer pour la mère. On ne s'étonne alors pas que 20 à 25 % des femmes enceintes canadiennes aient une peur significative de l’accouchement. Cette situation a malheureusement un impact direct sur la santé mentale des femmes et du fait même sur le développement de leur enfant. Un argument de plus pour le mouvement d'humanisation des naissances.

Références : 
University of Eastern Finland (2014, 3 janvier) Fear of childbirth predicts postpartum depression. EurekAlert. Consulté le 20 mars 2013

Haines H. M., Rubertsson C., Pallant J.F. and Hildingsson, I. (2012) The influence of women’s fear, attitudes and beliefs of childbirth on mode and experience of birth. BMC Pregnancy and Childbirth 12:55.
Räisänen S1, Lehto SM, Nielsen HS, Gissler M, Kramer MR, Heinonen S. (2013) Fear of childbirth predicts postpartum depression: a population-based analysis of 511 422 singleton births in Finland. BMJ Open. 3(11):e004047. doi: 10.1136/bmjopen-2013-004047.

17 février 2014

Question de la semaine : Les soins dentaires pendant la grossesse

Aujourd'hui, je réponds à la question de Rachel Delplanque : « Qu'en est-il des soins dentaires pendant la grossesse et de leur implication santé pour la mère et le fœtus? »

La grossesse peut être source de plusieurs petits inconforts. Lorsqu'un mal de dents s'installe toutefois, la vie peut devenir carrément insupportable. Malheureusement, moins de 10 % des dentistes feraient tous les traitements nécessaires lorsque vient le temps de soigner une femme enceinte. Par exemple, 14 % d'entre eux se disent contre l'anesthésie locale pendant la grossesse. Pourtant, de plus en plus d'organisations médicales croient que ces réticences ne sont pas justifiées et seraient même dommageables.

En fait, pendant la grossesse, 80 % des femmes connaîtront certains problèmes de santé buccale en raison des changements physiques qu'elles vivent.

Entre autres, pendant le troisième trimestre, les femmes enceintes réagissent plus fortement à la présence de plaque dans leur bouche. Résultat : leurs gencives enflent et saignent plus facilement. Chez 5 % des futures mères, cette réponse inflammatoire est déclenchée par les bactéries, ce qui crée des lésions sur la gencive du haut. De plus, les ligaments supportant les dents s'assouplissent ce qui peut augmenter la mobilité de celles-ci. Enfin, la salive plus acide des femmes enceintes les prédispose à la carie dentaire, un phénomène amplifié par les rages de sucreries ou par les vomissements qui attaquent l'émail des dents.

Les femmes enceintes peuvent donc avoir besoin de soins dentaires. En fait, certaines maladies buccales non traitées seraient associées à la pré-éclampsie, aux naissances prématurées et aux bébés de petits poids de naissance. En effet, lorsque des maladies buccales se déclenchent, certains microbes et quelques molécules favorisant l'inflammation voyagent à travers le corps et se rendent jusqu'au col de l'utérus, où ils peuvent contribuer au déclenchement de l'accouchement. De plus, de bons soins dentaires diminueraient la transmission des bactéries causant la carie de la mère vers le bébé.

En d'autres termes, le fait de retarder des traitements peut avoir des conséquences fâcheuses. Toutefois, qu'en est-il de leur sécurité pour la mère et le fœtus?

Traitement des maladies de gencives (ex. : gingivites et autres inflammations des tissus entourant et supportant les dents)
D'après les scientifiques, ces traitements n'auraient pas d'effets secondaires pour le fœtus, qu'ils soient accompagnés ou non d'une anesthésie locale. Ils sont généralement composés de plusieurs procédures : contrôle et retrait de la plaque à toutes les 2 à 3 semaines, détartrage, rinçage quotidien de la bouche avec un antiseptique comme le chlorhexidine. Ces traitements diminueraient le taux de naissance prématurée et le nombre de bébés de petits poids de naissance.

Les rayons X
Selon le American Congress of Obstetricians and Gynecologists, les rayons X dentaires ne constituent pas un risque pour le fœtus. D'après les scientifiques, la dose de radiation à laquelle le bébé est exposé est de l'ordre de 0,01 mrad et une dose inférieure à 5 rad serait jugée sans danger. D'ailleurs, une étude britannique auprès de 7 375 mères ayant subi un rayon X dentaire n'a pas mesuré d'augmentation du taux d'accouchements prématurés ou du nombre de nourrissons avec un petit poids de naissance. À titre de comparaison, même des bébés dont la mère a passé un scan abdominal et qui ont donc été exposés à beaucoup plus de radiations que lors d'un rayon X dentaire, n'avaient pas plus de tumeurs que les autres. Par mesure de précaution, on suggère tout de même de protéger l'abdomen et la glande thyroïde.

Traitement de canal et obturations
« La grossesse n'est pas une raison pour retarder un traitement de canal ou une obturation si nécessaire, car retarder le traitement pourrait mener à des complications, » conclut l'American Congress of Obstetricians and Gynecologists. Selon cet organisme, toutes les conditions demandant une action immédiate (extraction, traitement de canal, restauration d'une carie) peuvent être soignées à n'importe quel moment de la grossesse. Cette conclusion est d'ailleurs partagée par les auteurs d'un article paru dans le journal Canadian Family Physician. On y lit en effet que la pose d'amalgame composé de mercure est sans danger pour le fœtus puisque la quantité de mercure libérée par un amalgame est minime. Ils suggèrent toutefois d'éviter l'utilisation du peroxyde d'hydrogène pendant la procédure qui augmente la relâche du mercure.

De son côté, Santé Canada recommande de ne pas installer ou remplacer des amalgames pendant la grossesse. Certains experts croient cependant qu'il s'agit d'une approche conservatrice. Les études qui existent sur le sujet et réalisées sur un total de 2179 nourrissons n'ont noté aucune malformation congénitale, séquelle neurologique, fausse couche ou réduction de la fertilité en lien avec les obturations pendant la grossesse.

Anesthésie locale
Toujours selon l'American Congress of Obstetricians and Gynecologists et les auteurs du Canadian Family Physician, l'anesthésie locale à base de lidocaïne (avec ou sans épinéphrine) serait sécuritaire. Les experts citent entre autres une étude réalisée sur 823 femmes qui n'aurait noté aucun effet secondaire pour le fœtus. On suggère toutefois de bien aspirer pendant la procédure pour minimiser les risques d'une injection intravasculaire.

Bien qu'il faut reconnaître que plusieurs dentistes sont inquiets au sujet de la sécurité des traitements dentaires et des médicaments pendant la grossesse, cela ne justifie pas que certaines femmes enceintes ne reçoivent pas de soins dentaires complets avant la naissance de leur bébé. En fait, selon l'American Congress of Obstetricians and Gynecologists, la solution est simple : améliorer les connaissances des dentistes sur les soins dentaires pendant la grossesse.


Références :
The American Congress of Obstetricians and Gynecologists. (2013) Dental X-Rays, Teeth Cleanings = Safe During Pregnancy. Consulté le 15 février 2014.

The American Congress of Obstetricians and Gynecologists. (2013) Oral Health Care During Pregnancy and Through the Lifespan. Consulté le 15 février 2014.

Wrzosek, T, Einarson, A. (2009) Dental care during pregnancy. Canadian Family Physician, 55 (6) : 598-599.

7 février 2014

Le cas étrange de l'alcool pendant la grossesse

Tous les experts s'entendent : beaucoup d'alcool pendant la grossesse est synonyme d'impacts catastrophiques sur le développement du bébé. Cependant, la situation est moins claire lorsqu'on parle d'une consommation modérée. Par exemple, une étude publiée récemment conclut qu'un peu d'alcool n'influence pas négativement le bébé. Certains chercheurs croient même que la consommation légère d'alcool serait protectrice. Ces conclusions sont pour le moins étranges. Comment l'alcool pourrait-il favoriser le développement d'un fœtus?

Une scientifique du Danemark a choisi de faire la lumière sur ce mystère en étudiant 37 000 mères danoises et leurs enfants âgés de 7 ans. Elle a donc comparé les femmes qui n'avaient pas bu du tout pendant leur grossesse à celles qui avaient consommé modérément (2 à 4 verres par semaine). Comme dans les études précédentes, elle a noté que les enfants des secondes avaient de meilleurs résultats cognitifs et comportementaux que ceux des premières. Cependant, la chercheuse ne s'est pas arrêtée là.

Elle a en effet voulu savoir si ces mères qui continuaient à boire modérément pendant leur grossesse avaient quelque chose de particulier. Elle a trouvé la réponse en épluchant les données recueillies sur ces femmes.

Elle a ainsi remarqué que celles-ci avaient un mode de vie caractéristique. Elles étaient en général plus âgées et détenaient plus souvent un diplôme universitaire. Elles avaient également de meilleures habitudes de vie. Elles consommaient du poisson mais pas de boisson gazeuse, écoutaient peu la télévision, ne fumaient pas, ne souffraient pas de problèmes mentaux et leur indice de masse corporelle était dans la normale.

Toutes ces caractéristiques sont connues pour favoriser le développement d'un enfant, autant du point de vue de l'attachement que pour l'aspect psychologique ou cognitif. Ils pourraient ainsi fournir une piste pour expliquer les données contradictoires existant sur l'alcool pendant la grossesse.

En effet, bien souvent, les chercheurs ne tiennent pas compte de ces facteurs lorsqu'ils étudient l'impact de l'alcool sur le développement du fœtus. Pourtant, ceux-ci pourraient masquer les conséquences négatives, faibles mais bien réelles, de la consommation d'alcool.

Cette analyse particulièrement intéressante rappelle donc deux choses. Premièrement, les recherches épidémiologiques doivent être bien élaborées pour arriver à des conclusions fidèles à la réalité. Deuxièmement, lorsqu'une étude révèle des résultats qu'on ne peut expliquer avec nos connaissances actuelles de la biologie et de la physiologie, il faut chercher plus loin. Il s'agit peut-être effectivement d'une nouvelle explication à un phénomène mal compris, mais il pourrait aussi s'agir tout simplement... d'une mauvaise étude!

Références : 
University of Copenhagen. (2014, 2 janvier) Study on pregnancy and alcohol fails to take psychological factors into account. Consulté le 6 février sur le site Eurekalert.

Niclasen J. (2013) Drinking or Not Drinking in Pregnancy: The Multiplicity of Confounding Influences. Alcohol Alcohol. 2013 Oct 8. [Epub ahead of print]


21 janvier 2014

Question de la semaine : Lait de sorcière et mini-menstruation

Aujourd'hui, j'aborde un sujet proposé par Eva Sorli : l'impact des hormones maternelles sur le bébé pendant la grossesse et l'allaitement.

Au Moyen Âge, on croyait que les sorcières pouvaient nourrir leurs enfants démons aux mamelons mêmes des nouveau-nés. Le lait produit par un nourrisson porte depuis le nom de « lait de sorcière ». Pour éloigner les petits diables, certaines grand-mères ou sages-femmes exprimaient elles-mêmes ce lait maudit.

On sait maintenant que la production de petites quantités de lait par un nouveau-né de même que les mini-menstruations que certaines fillettes expérimentent au moment de la naissance n'ont rien de surnaturel. Il s'agit en fait d'un processus tout à fait normal qui n'est rien d'autre qu'une réaction du bébé aux hormones maternelles.

En effet, pendant la grossesse, le foetus est exposé aux hormones qui sont présentes dans le sang de la mère et qui réussissent à traverser le placenta. Ce sont les estrogènes en particulier qui seraient en cause. Ces hormones atteignent des niveaux très élevés pendant la grossesse, c'est-à-dire environ 100 fois supérieurs à ceux d'une femme non enceinte.

Cette quantité importante d'estrogène serait responsable de la production du lait de sorcière puisqu'elle favoriserait le développement de bourgeons mammaires chez le nouveau-né, garçon ou fille, et donc la sécrétion temporaire de lait. Celui-ci fait habituellement son apparition autour du 3e jour et disparaît autour de deux semaines plus tard. La situation peut toutefois durer un peu plus longtemps pour les bébés allaités. Environ 5,9 % des nourrissons produiraient ce type de lait.

Par ailleurs, du point de vue vaginal, l'exposition à l'estrogène cause parfois le gonflement des lèvres de même que de petites pertes vaginales blanches. La chute rapide des hormones maternelles peut aussi provoquer de légers saignements vaginaux qu'on appelle mini-menstruation. Si 25,4% des bébés filles expérimenteraient des saignements microscopiques, on estime que seulement 3,3 % auront des saignements visibles. Ceux-ci disparaissent habituellement dans les deux premiers mois de vie.


Et pendant l'allaitement?

Sachant l'impact des hormones maternelles sur le bébé lors de l'accouchement, certaines personnes se demandent si on pourrait observer un phénomène semblable chez le bébé allaité lorsque le cycle menstruel de la mère reprend.

Premièrement, les niveaux d'estrogènes pendant un cycle menstruel sans fécondation ne se comparent pas du tout à ceux expérimentés pendant la grossesse. À peine 24 heures après l'accouchement, les quantités d'estrogènes chez la mère ne représentent plus que 2 % de la situation avant l'arrivée du bébé. Par la suite, lorsque le cycle menstruel reprend, la femme atteint ses plus hauts niveaux d'estrogène lors de l'ovulation et des menstruations, c'est-à-dire autour de 0,4 ng/mL. À titre comparatif, quelques jours avant l'accouchement, une femme produit 300 000 ng d'estrogène par jour.

Deuxièmement, il faut évaluer le transfert des hormones sexuelles dans le lait de la mère. Malheureusement, la plupart des données existantes concernent plutôt le transfert d'hormones lors de la prise d'un contraceptif hormonal. Selon certains experts, les hormones contraceptives sont excrétées en très petites quantités (< 1% de la dose maternelle) dans le lait. Dans le cas des contraceptifs oraux combinés, ces niveaux sont similaires aux niveaux d'estrogène et de progestérone dans le lait maternel de mères avec des cycles ovulatoires. Un suivi effectué pendant 8 ans sur des nourrissons dont les mères utilisaient un contraceptif oral combiné en allaitant n'a montré aucun effet négatif sur la croissance ou le développement.

Bien sûr, ces molécules ne se comportent pas nécessairement de la même manière que l'estrogène naturel de la mère. Cependant, si dans les deux cas les niveaux dans le lait sont similaires et qu'aucun impact sur les bébés allaités n'a été observé lors de la prise de contraceptifs oraux, on peut supposer que les estrogènes naturels de la mère ne sont pas en quantité suffisante pour provoquer des effets similaires a ceux observés à la naissance.

En comprenant bien ce qui se passe d'un point de vue hormonal lors de l'accouchement et de l'allaitement, on peut maintenant expliquer des phénomènes étranges comme le lait de sorcière ou les mini-menstruations. Une victoire de la connaissance sur les superstitions...


Références :
A.D.A.M Medical Encyclopeida. (2013) Hormonal effects in newborns : Newborn breast swelling; physiologic leukorrhea. Consulté le 18 janvier 2014 sur le site U.S. National Library of Medicine.

Blackburn, S. T. (2012) Maternal, Fetal, & Neonatal Physiology: A Clinical Perspective. Maryland: Elsevier.

Faculty of Family Planning & Reproductive Health Care. FFPRHC Guidance (July 2004): Contraceptive choices for breastfeeding women. J Fam Plann Reprod Health Care. 2004 Jul;30(3):181-9; quiz 189.

Grider, A.R., Adams Hillard, P. J. (1997) Vaginal Bleeding in Pediatric Patients. Journal of Pediatric and Adolescent Gynecology, vol 10 (3) : 173.

Huber A. (1976) [The frequency of physiologic vaginal bleeding of newborn infants]. Zentralbl Gynakol. 1976;98(16):1017-20.

Leung AK, Pacaud D. (2004) Diagnosis and management of galactorrhea. Am Fam Physician. 70(3):543-50.

Potts, Malcolm (1999). Ever Since Adam and Eve: The Evolution of Human Sexuality. p. 145.
http://books.google.ca/books/about/Ever_Since_Adam_and_Eve.html?id=RoDv0JiIqF4C&redir_esc=y

5 décembre 2013

Le stress pendant la grossesse : une analyse complexe

On parle beaucoup de la dépression post-partum, mais on oublie parfois que les problèmes psychologiques commencent souvent bien avant la naissance. L'étude des impacts du stress pendant la grossesse revêt donc une grande importance. Des chercheurs de la Suède ont voulu y remédier en analysant le niveau de stress des mères pendant la grossesse et ensuite chez leurs enfants. Leurs résultats apportent toutefois plus de questions que de réponses.

Pour évaluer le stress vécu par les participants, les scientifiques ont mesuré la quantité de cortisol se trouvant dans leurs cheveux. Cette hormone est en effet sécrétée à la suite d'un stress prolongé. Ils ont ainsi remarqué un lien entre le cortisol maternel pendant le deuxième et le troisième trimestre de la grossesse et celui de l'enfant à 1 et 3 ans. Par contre, avec le temps, la présence de cortisol diminuait selon des mesures prises à 5 et 8 ans.

L'association entre les niveaux de cortisol de la mère et ceux de l'enfant impliquerait deux choses, proposent les chercheurs.

Premièrement, il est possible qu'une prédisposition génétique transmise de la mère à son bébé provoque cette quantité importante de cortisol. Deuxièmement, les scientifiques suggèrent que le stress élevé de la mère influence le fonctionnement de la réponse au stress chez l'enfant.

En effet, lorsque nous sommes dans une situation stressante, l'hypothalamus (une portion du cerveau réglant le métabolisme, mais aussi impliquée au niveau des émotions) sécrète une hormone de libération qui stimule l'hypophyse (toujours dans le cerveau) à produire l'hormone ACTH. C'est cette substance qui provoquera la production de cortisol par les glandes surrénales. Ce serait donc cette cascade d'hormones qui pourrait être influencée par le stress de la mère selon les scientifiques.

Ces conclusions font toutefois abstraction de certaines limites de l'étude.

Tout d'abord, les chercheurs ont remarqué une association entre le stress maternel et celui de l'enfant. Par contre, ils n'ont pas démontré que le stress de la mère était responsable de l'état de l'enfant. Certains éléments stressants dans l'environnement pourraient avoir influencé l'enfant comme la mère. D'ailleurs, les scientifiques ont noté un lien entre des conditions sociales difficiles et les niveaux de cortisol.

De plus, si la mère éprouvait un niveau de stress élevé pendant la grossesse, on peut supposer qu'elle est demeurée anxieuse après la naissance de son enfant. Sachant que les mères avec des problèmes de santé mentale peuvent connaître des difficultés à prendre soin de leur bébé, il faut éviter de conclure trop rapidement que le stress pendant la grossesse est responsable de l'état psychologique des enfants à 1 ou 3 ans. La situation après l'accouchement pourrait aussi avoir un rôle à jouer.

Les résultats de cette étude ne devraient donc pas constituer une source d'inquiétude supplémentaire pour les mères. De plus, les données compilées auprès des enfants plus vieux sont encourageantes puisqu'elles suggèrent qu'avec le temps, les niveaux de cortisol reviennent à la normale. Cependant, cette recherche devrait motiver les intervenants en périnatalité à mettre tout en œuvre pour aider les futures mères se trouvant dans une situation difficile psychologiquement à obtenir de l'aide.

Références :
Karlén J, Frostell A, Theodorsson E, Faresjö T, Ludvigsson J. (2013) Maternal Influence on Child HPA Axis: A Prospective Study of Cortisol Levels in Hair. Pediatrics. 2013 Nov;132(5):e1333-40. doi: 10.1542/peds.2013-1178. Epub 2013 Oct 7.

Marieb, Elaine N. (2008) Biologie humaine, 2éd., Montréal: Éditions du Renouveau Pédagogique.

27 novembre 2013

Les mères dépressives craignent les antidépresseurs

La dépression pendant la grossesse et après l'accouchement a des conséquences sur le développement de la relation mère-enfant et sur celui du bébé, d'où l'importance de la traiter rapidement. Pourtant, beaucoup de mères dépressives ne reçoivent pas de soins. À la recherche d'une explication, des chercheurs américains ont interrogé de futures mères pour connaître leur opinion sur les traitements possibles de cette condition.

Ce sont 61 femmes enceintes de 32 semaines de grossesse, dont la moitié souffrait d'une dépression sérieuse, qui se sont prêtées à cette discussion. Toutes les mères rencontrées, dépressives ou non, disent se sentir mal à l'aise avec les solutions pharmacologiques pour soigner la dépression post-partum. Elles s'inquiètent en particulier de la présence de ces médicaments dans le lait maternel et privilégieraient donc la psychothérapie en cas de besoin.

Cependant, cet inconfort avec les antidépresseurs est encore plus marqué chez les femmes dépressives. Bien qu'environ 70 % d'entre elles suivaient un traitement au moment de l'entrevue, elles mentionnent éprouver une ambivalence par rapport à l'utilisation de l'approche pharmacologique.

Pour ces mères, les antidépresseurs ne constituent qu'un dernier recours et leur fait craindre pour le développement de leur bébé. Elles s'interrogent entre autres sur la possibilité que ces médicaments provoquent un accouchement prématuré. Elles craignent aussi que leur enfant expérimente des symptômes de sevrages, qu'il développe des difficultés d'apprentissage ou qu'il devienne lui-même dépendant à ce type de produits plus tard.

L'étude des chercheurs américains arrive en fait à une conclusion inquiétante. Plus la dépression est sévère, plus l'incertitude de la mère par rapport aux médicaments est grande et plus les chances qu'elle reçoive un traitement diminuent.

Les femmes enceintes dépressives bénéficieraient donc de recevoir un plus grand soutien dans leur processus de décision, croient les scientifiques. Ceux-ci proposent d'utiliser la psychoéducation pour aider les mères à obtenir l'information nécessaire à l'évaluation des bénéfices et des risques d'un traitement. 
Enfin, puisque plusieurs d'entre elles semblent s'intéresser aux approches non pharmacologiques, les chercheurs soulignent l'importance d'effectuer plus de recherche à ce sujet pour être en mesure de mieux soutenir les femmes dans leur choix. Ces percées parviendront peut-être à assurer que les mères souffrant de dépression reçoivent toute l'aide essentielle à leur bien-être et à celui de leur enfant.

Références :

Battle CL, Salisbury AL, Schofield CA, Ortiz-Hernandez S. (2013) Perinatal Antidepressant Use: Understanding Women's Preferences and Concerns. J Psychiatr Pract. 2013 Nov;19(6):443-53. doi: 10.1097/01.pra.0000438183.74359.46.

Journal of Psychiatric Practic (Philadelphie, novembre 2013) Depression in Pregnancy: New Study Shows Preferences for Therapy Over Medication. Site de Lippincott Williams & Wilkins, consulté le 26 novembre 2013.