17 février 2014

Question de la semaine : Les soins dentaires pendant la grossesse

Aujourd'hui, je réponds à la question de Rachel Delplanque : « Qu'en est-il des soins dentaires pendant la grossesse et de leur implication santé pour la mère et le fœtus? »

La grossesse peut être source de plusieurs petits inconforts. Lorsqu'un mal de dents s'installe toutefois, la vie peut devenir carrément insupportable. Malheureusement, moins de 10 % des dentistes feraient tous les traitements nécessaires lorsque vient le temps de soigner une femme enceinte. Par exemple, 14 % d'entre eux se disent contre l'anesthésie locale pendant la grossesse. Pourtant, de plus en plus d'organisations médicales croient que ces réticences ne sont pas justifiées et seraient même dommageables.

En fait, pendant la grossesse, 80 % des femmes connaîtront certains problèmes de santé buccale en raison des changements physiques qu'elles vivent.

Entre autres, pendant le troisième trimestre, les femmes enceintes réagissent plus fortement à la présence de plaque dans leur bouche. Résultat : leurs gencives enflent et saignent plus facilement. Chez 5 % des futures mères, cette réponse inflammatoire est déclenchée par les bactéries, ce qui crée des lésions sur la gencive du haut. De plus, les ligaments supportant les dents s'assouplissent ce qui peut augmenter la mobilité de celles-ci. Enfin, la salive plus acide des femmes enceintes les prédispose à la carie dentaire, un phénomène amplifié par les rages de sucreries ou par les vomissements qui attaquent l'émail des dents.

Les femmes enceintes peuvent donc avoir besoin de soins dentaires. En fait, certaines maladies buccales non traitées seraient associées à la pré-éclampsie, aux naissances prématurées et aux bébés de petits poids de naissance. En effet, lorsque des maladies buccales se déclenchent, certains microbes et quelques molécules favorisant l'inflammation voyagent à travers le corps et se rendent jusqu'au col de l'utérus, où ils peuvent contribuer au déclenchement de l'accouchement. De plus, de bons soins dentaires diminueraient la transmission des bactéries causant la carie de la mère vers le bébé.

En d'autres termes, le fait de retarder des traitements peut avoir des conséquences fâcheuses. Toutefois, qu'en est-il de leur sécurité pour la mère et le fœtus?

Traitement des maladies de gencives (ex. : gingivites et autres inflammations des tissus entourant et supportant les dents)
D'après les scientifiques, ces traitements n'auraient pas d'effets secondaires pour le fœtus, qu'ils soient accompagnés ou non d'une anesthésie locale. Ils sont généralement composés de plusieurs procédures : contrôle et retrait de la plaque à toutes les 2 à 3 semaines, détartrage, rinçage quotidien de la bouche avec un antiseptique comme le chlorhexidine. Ces traitements diminueraient le taux de naissance prématurée et le nombre de bébés de petits poids de naissance.

Les rayons X
Selon le American Congress of Obstetricians and Gynecologists, les rayons X dentaires ne constituent pas un risque pour le fœtus. D'après les scientifiques, la dose de radiation à laquelle le bébé est exposé est de l'ordre de 0,01 mrad et une dose inférieure à 5 rad serait jugée sans danger. D'ailleurs, une étude britannique auprès de 7 375 mères ayant subi un rayon X dentaire n'a pas mesuré d'augmentation du taux d'accouchements prématurés ou du nombre de nourrissons avec un petit poids de naissance. À titre de comparaison, même des bébés dont la mère a passé un scan abdominal et qui ont donc été exposés à beaucoup plus de radiations que lors d'un rayon X dentaire, n'avaient pas plus de tumeurs que les autres. Par mesure de précaution, on suggère tout de même de protéger l'abdomen et la glande thyroïde.

Traitement de canal et obturations
« La grossesse n'est pas une raison pour retarder un traitement de canal ou une obturation si nécessaire, car retarder le traitement pourrait mener à des complications, » conclut l'American Congress of Obstetricians and Gynecologists. Selon cet organisme, toutes les conditions demandant une action immédiate (extraction, traitement de canal, restauration d'une carie) peuvent être soignées à n'importe quel moment de la grossesse. Cette conclusion est d'ailleurs partagée par les auteurs d'un article paru dans le journal Canadian Family Physician. On y lit en effet que la pose d'amalgame composé de mercure est sans danger pour le fœtus puisque la quantité de mercure libérée par un amalgame est minime. Ils suggèrent toutefois d'éviter l'utilisation du peroxyde d'hydrogène pendant la procédure qui augmente la relâche du mercure.

De son côté, Santé Canada recommande de ne pas installer ou remplacer des amalgames pendant la grossesse. Certains experts croient cependant qu'il s'agit d'une approche conservatrice. Les études qui existent sur le sujet et réalisées sur un total de 2179 nourrissons n'ont noté aucune malformation congénitale, séquelle neurologique, fausse couche ou réduction de la fertilité en lien avec les obturations pendant la grossesse.

Anesthésie locale
Toujours selon l'American Congress of Obstetricians and Gynecologists et les auteurs du Canadian Family Physician, l'anesthésie locale à base de lidocaïne (avec ou sans épinéphrine) serait sécuritaire. Les experts citent entre autres une étude réalisée sur 823 femmes qui n'aurait noté aucun effet secondaire pour le fœtus. On suggère toutefois de bien aspirer pendant la procédure pour minimiser les risques d'une injection intravasculaire.

Bien qu'il faut reconnaître que plusieurs dentistes sont inquiets au sujet de la sécurité des traitements dentaires et des médicaments pendant la grossesse, cela ne justifie pas que certaines femmes enceintes ne reçoivent pas de soins dentaires complets avant la naissance de leur bébé. En fait, selon l'American Congress of Obstetricians and Gynecologists, la solution est simple : améliorer les connaissances des dentistes sur les soins dentaires pendant la grossesse.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse. (N'étant pas médecin, il ne m'est pas possible de répondre à des questions médicales sur l'état de santé d'une mère ou d'un bébé. Si vous éprouvez des inquiétudes à ce sujet, contactez plutôt un professionnel de la santé.)

Références :
The American Congress of Obstetricians and Gynecologists. (2013) Dental X-Rays, Teeth Cleanings = Safe During Pregnancy. Consulté le 15 février 2014.

The American Congress of Obstetricians and Gynecologists. (2013) Oral Health Care During Pregnancy and Through the Lifespan. Consulté le 15 février 2014.

Wrzosek, T, Einarson, A. (2009) Dental care during pregnancy. Canadian Family Physician, 55 (6) : 598-599.

2 commentaires:

  1. Bonjour,

    Etant chirurgien-dentiste, je dois apporter quelques précisions à ce que je viens de lire :

    Concernant les amalgames dentaires, le mercure, même en petite quantité passe la barrière placentaire. Même si aucun effet malformatif n'a pu être mis en évidence sur les nouveau nés, il est recommandé de limiter l'exposition de la mère. Donc ne pas poser d'amalgames pendant la grossesse et ne pas en retirer non plus (ce sont les deux phases critiques ou le relargage de mercure dans l'organisme est le plus important). S'il s'avère nécessaire de déposer un amalgame (urgence), cela doit être fait avec quelques précautions (usage de la digue et aspiration chirurgicale).
    C'est une recommandation de l'OMS, depuis 1980, reprise depuis par l'ordre des chirurgiens-dentistes.

    Concernant l'anesthésie locale, il faut quand même préciser que tous les anesthésiques locaux franchissent la barrière placentaire. Même si, sauf accident, on n'injecte pas en intravasculaire, il convient donc d'utiliser le produit le moins toxique pour le foetus, donc pas la lidocaïne, mais plutôt l'articaïne.

    On peut dans la majorité des cas soigner à tout moment de la grossesse, mais on essaie de regrouper les soins non urgents sur le 2e trimestre.

    Merci pour cet article.

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    1. Je vous remercie de nous faire profiter de votre expertise.

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