23 juillet 2014

Les bébés et le bon vieux temps!

Le dernier siècle aura été synonyme de changement pour tout ce qui entoure la grossesse, l’accouchement et la maternité. Quelle mère n'est pas parfois nostalgique du bon vieux temps? Mais comment cela se passait-il exactement dans le bon vieux temps? Comme les historiens s’intéressent souvent plus à la politique qu’à la puériculture, la réponse à cette question n’est pas toujours évidente. Heureusement, Denise Lemieux, dans son livre Les petits innocents, aborde le thème de l’enfance en Nouvelle-France et lève le voile sur la vie de famille à l’époque.

Bien sûr, même aux premiers temps de la colonie, tout commence par la grossesse et celle-ci ne se passe pas tellement différemment d'aujourd'hui. Ainsi, l'idée de traiter cette période de la vie d'une femme comme une maladie est moins nouvelle qu’on ne le pense. En fait, puisqu’à l’époque la grossesse se termine parfois moins bien, une certaine inquiétude entoure la naissance. 

Les gens croient donc qu’une femme enceinte doit être très prudente pour protéger l'enfant à venir. Pour eux, le corps de la mère et celui du bébé ne forment qu'un. Par conséquent, si la femme enceinte voit des choses particulièrement belles ou, au contraire, horribles, cela s’imprègnera dans le corps et le caractère de l’enfant. Par exemple, on cite le cas étrange d’une femme qui aimait assister aux exécutions publiques lorsqu’elle était enceinte et dont l’enfant était particulièrement cruel.

Par contre, quand vient le temps de l’accouchement, cela se passe très différemment. Tout d’abord, la naissance a lieu à la maison puisque l'accès aux hôpitaux est tout simplement interdit aux femmes enceintes et aux enfants de moins de sept ans. Bien que certains chirurgiens puissent pratiquer des accouchements, une sage-femme est toujours présente. En effet, la pudeur empêche un homme d’être seul pour examiner une femme. En théorie, le père n’assiste pas à l’accouchement. Par contre, dans la pratique, certains d'entre eux sont là pour épauler leur épouse. L’accouchement demeurera tout de même le monopole des femmes jusqu’à la fin du 18e siècle.

À une époque où la première préparation commerciale pour nourrisson n'a pas encore été mise au point, l’allaitement est bien sûr prédominant en Nouvelle-France. Cependant, certaines aristocrates ou bourgeoises n’allaitent pas et confient leur enfant dès la naissance à des nourrices. Ce comportement est toutefois très critiqué par les religieux et donc peu répandu dans la population en général. On dit en effet qu’une mauvaise nourrice peut être dangereuse pour le bébé car ce dernier « suce le vice et la vertu avec le lait. » Les religieux comparent d’ailleurs le comportement des aristocrates à celui des femmes amérindiennes qui refusent qu’une autre allaite leur bébé.
Aujourd’hui, la plupart des mères veulent que leurs mamelles servent d’attrait… et se voulant donner du bon temps envoient leurs enfants aux champs, là où ils sont donnés à des nourrices vicieuses, desquelles ils sucent avec le lait la corruption et la mauvaise nature. […] Les femmes sauvages ont plus d’amour que cela envers leurs petits : car [nulle] autre qu’elles ne les nourrissent.
Par conséquent, déjà à cette époque, on fait la promotion de l'allaitement. Les religieux disent même qu’en allaitant son enfant, une mère est semblable à la Vierge Marie nourrissant l’Enfant Jésus. Cette image est très importante à l’époque et est peut-être une réaction à la pratique qu’on retrouve dans les milieux aristocrates ou bourgeois qui consiste à séparer l’enfant de ses parents pour l’envoyer en apprentissage.

Pour ce qui est des aliments complémentaires, ils sont introduits très tôt par les colons français. On prépare une bouillie composée de farine et de lait animal que la mère offre sur le bout de son doigt. Les Amérindiennes, elles, allaitent exclusivement ce qui étonne beaucoup les nouveaux colons.

L'emmaillotage est également une pratique répandue. Les femmes de l’époque emmaillotent le bébé complètement dans plusieurs épaisseurs de linge. Les bras demeureront immobilisés jusqu’à 5 mois parfois alors que les jambes ne seront libérées qu’aux alentours de 8 mois. Cette curieuse méthode avait pour but, semble-t-il, de protéger l’enfant du froid et des dangers de chute.

Enfin, pour ce qui est du sommeil, les mères semblent vivre une situation semblable à la nôtre : un déchirement entre l’avis des « experts » et leurs propres instincts. En effet, les religieux leur déconseillent vivement de dormir avec leur bébé de crainte que ce dernier ne soit étouffé pendant la nuit. Par contre, les Canadiennes-françaises auraient plutôt tendance à minimiser ce risque. Elles craignent davantage que le bébé meure de froid seul dans son berceau. Quelques centaines d'années plus tard, le débat se poursuit!

Sous certains aspects, les mères de la Nouvelle-France vivaient probablement des questionnements semblables aux nôtres. La nostalgie d'un autre temps n'est certainement pas le propre des femmes du 21e siècle. Qui sait, peut-être que ces mères rêvaient aussi d'une époque plus simple comme celle d'avant les grandes explorations...

Références :
Lemieux, Denise. (1985) Les Petits innocents : l'enfance en Nouvelle-France. Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 205p.

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