5 janvier 2015

La culpabilité et vous!

Parents lecteurs, éprouvez-vous de la culpabilité? Si vous êtes comme la majorité des 186 parents ayant répondu à mon sondage sur le sujet, vous en ressentez souvent et peut-être même tous les jours. Bien que cet exercice n'ait aucune prétention scientifique, les résultats de ce petit questionnaire offrent des informations intéressantes sur la façon dont les parents vivent la culpabilité.

On apprend, par exemple, que 90% des parents interrogés ont déjà reçu un commentaire culpabilisant au sujet de leurs choix parentaux. Cette statistique semble confirmer que tout le monde et son père aiment donner leur opinion sur l'éducation des enfants. Selon Chantal Bayard, sociologue et co-directrice du livre La promotion de l’allaitement au Québec, regards critiques, un commentaire non sollicité représente le regard que l’autre a sur nous. Il peut donc introduire le doute quant à nos capacités à faire de bons choix et ébranler nos convictions.

Chez 76 % des répondants, c'est un membre de leur famille qui a eu ce genre de remarques. Il n'est donc pas étonnant que selon 47 % d'entre eux la culpabilité qu'ils ressentent augmente les tensions avec leur entourage. Vous l'avez peut-être d'ailleurs vécu dans votre dernière fête de famille! Cela dit, même les amis et les inconnus ont leur mot à dire puisqu’ils ont offert leur opinion à 44 % et 49 % des parents respectivement.

Par ailleurs, 53 % des répondants ont été exposés à un commentaire culpabilisant de la part d'un professionnel de la santé. Pour 38 % d'entre eux, la culpabilité les rend plus réticents à consulter. « Ce résultat ne me surprend pas, souligne Chantal Bayard. J’ai vu ce type de résultat dans les études sur la stigmatisation à l’égard du poids. Des personnes obèses ou ayant un surpoids affirmaient qu’elles ne consultaient plus leur médecin pour cette raison, ce qui avait des conséquences à long terme sur leur santé. » Comme quoi le respect est probablement plus efficace que le jugement pour développer de bonnes relations patient-médecin.

Les décisions parentales suscitant de la culpabilité sont plutôt variées. La question du sommeil est celle qui revient le plus souvent. Elle a été relevée par 25 % des répondants. Les parents se sentiraient coupables peu importe qu’ils choisissent ou non d'utiliser la méthode du 5-10-15 ou de pratiquer le partage de lit. La discipline, pour sa part, arrive en deuxième position. Les parents qui ont répondu au sondage s'interrogent en effet sur l'utilisation des récompenses, des conséquences, des restrictions ou des retraits lorsque vient le temps de gérer les comportements de leur enfant. Parents-tigres et parents-bienveillants, il semblerait que vous êtes dans le même bateau. En troisième position, on retrouve sans surprise l'éternel débat entourant l'allaitement. Fait intéressant, autant l’allaitement prolongé que le non-allaitement suscitent de la culpabilité. Enfin, la conciliation travail-famille et l'utilisation de la garderie préoccupent 16 % des parents interrogés, un dilemme qui ne se simplifiera probablement pas avec les plus récentes politiques gouvernementales concernant les familles.

La culpabilité a bien sûr un effet sur le vécu des parents. Pour 68 % des répondants, la culpabilité augmente leur niveau de stress et pour 52 % elle diminue leur sentiment de compétence parentale. « Ça dépend des situations, mais la plupart du temps, le sentiment de culpabilité me fait vivre beaucoup d'anxiété. J'ai encore de la difficulté à sortir de chez moi avec ma fille de deux ans et demi parce que j'ai constamment l'impression que je suis la plus inadéquate des mères. Le sentiment de culpabilité me paralyse, » explique d'ailleurs l'une des répondantes.

« Je culpabilise surtout quand mes actes ne sont pas en accord avec mes choix parentaux, » mentionne toutefois une autre mère. La culpabilité pourrait donc avoir un bon côté et servir de moteur à l’action. En effet, la majorité des répondants croit que ce sentiment leur permet de réfléchir à leurs choix parentaux. Pour 27 % des parents interrogés, la culpabilité les aiderait même à prendre de meilleures décisions à l'avenir.

« Nous vivons dans une société où l'on croit que les parents sont les seuls responsables du développement des enfants, observe Chantal Bayard. Ainsi, les choix individuels de chaque parent sont présentés comme une façon d'assurer le développement optimal des enfants, alors que beaucoup d'autres facteurs interviennent dans leur développement. Même s’ils savent que c’est impossible, les parents souhaitent donner tout ce qu’il leur faut pour réussir dès les premiers instants. Dans une telle société de performance où les individus sont amenés à penser qu'ils sont les seuls à déterminer leur avenir, il est donc peu surprenant que cela affecte aussi notre façon d’éduquer nos enfants. » Dans un ce contexte, on comprend mieux comment la culpabilité peut si facilement nous envahir à partir du jour où on devient parent!

Dans les prochaines semaines, je publierai deux autres articles sur le sujet de la culpabilité :
Source
Les parents et la culpabilité: Sondage réalisé sur Survey Monkey auprès de 186 répondants, du 23 au 31 décembre 2014. Le lien vers le sondage a été diffusé sur les médias sociaux.

1 commentaire:

  1. La responsabilité n'est pas toujours facile à prendre. Mais, lorsque l'enfant né, on réalise vite que notre vie de parents sera remplie de décisions aussi compliquées. On a tendance à se dire que ce sera plus simple lorsque l'enfant sera là mais en fait, chaque période a son lot de stress et d'angoisses. Un jour, on se rend compte que chaque décision est prise en notre âme et conscience et que l'on est persuadés au fond de nous de faire le meilleur choix. Lorsqu'on a réalisé cela, on n'est plus blessé par les réflexions désobligeantes des ignorants.

    RépondreSupprimer