19 octobre 2012

Suppléments de vitamine D: le débat continue!

Il y a deux semaines, je parlais d'une étude qui semblait démontrer que les suppléments de vitamine D chez les bébés allaités n'étaient pas efficaces pour augmenter de façon suffisante les taux de vitamine D dans le sang des nourrissons. Pourtant, cette semaine, une étude publiée dans le journal Maternal and Child Nutrition conclut plutôt que la plupart des enfants recevant un supplément de vitamine D sont protégés contre des niveaux sanguins de vitamine D insuffisants.

En effet, des chercheurs de la Colombie-Britannique ont étudié 65 bébés de Vancouver âgés entre 2 et 4 mois dont 89% recevaient des suppléments de vitamine D. Selon leurs résultats, le taux moyen de vitamine D dans le sang de ces enfants était de 77,5 nmol/L. Toutefois, 14 % des bébés avaient un taux inférieur à 50 nmol/L et chez 49 % des enfants, les taux se situaient entre 50 et 75 nmol/L. Donc, 63 % des enfants avaient un taux inférieur à 75 nmol/L.

Revoyons maintenant les résultats de l'équipe turque dont l'article a été publié dans la revue Pediatrics il y a quelques semaines. Chez les bébés turcs, 28 % des bébés étaient sous la barre du 50 nmol/L et 38,5% entre 51 et 75 nmol/L pour un total de 66,5% sous les 75 nmol/L.

Lorsqu'on compare les deux études, on remarque que les données obtenues ne sont pas si éloignées, quoique dans l'étude turc, le nombre d'enfant dont le taux de vitamine D est inférieur à 50 nmol/L est deux fois plus élevé. En effet, dans les deux cas, plus de 60 % des enfants ont un taux inférieur à 75 nmol/L. Alors pourquoi des conclusions si différentes?

Une partie de la réponse vient des niveaux recommandés de vitamine D utilisés par les deux équipes de chercheurs. Ainsi, selon les chercheurs turcs, on parle d'insuffisance en vitamine D lorsque les niveaux sanguins sont en dessous de 74 nmol/L et de déficience en bas de 50 nmol/L. Ici, par contre, Santé Canada estime qu'il y a des risques de carence en dessous de 30 nmol/L et que certaines personnes peuvent être à risque entre 30 et 50 nmol/L. En fait Santé Canada stipule que, pour presque tout le monde, des niveaux supérieurs à 50 nmol/L sont suffisants.

À partir de ces standards, on peut alors comprendre que les chercheurs turcs concluent que chez la majorité des bébés les niveaux de vitamine D sont insuffisants alors que les chercheurs canadiens sont satisfaits qu'à peine 14 % des bébés soient sous les 50 nmol/L.

Malgré tout, on peut s'interroger sur certaines différences aux niveaux des données mais cela s'explique vraisemblablement par des différences entre les groupes de bébés étudiés. Par exemple, les bébés turcs étaient allaités exclusivement alors que les canadiens l'étaient de façon prédominante. De la même façon, tous les bébés turcs recevaient un supplément de 400 UI de vitamine D alors que seulement 89% des bébés canadiens recevaient une dose non spécifiée. Enfin, notons que les habitudes de vie pouvant différer entre la Turquie et le Canada, les niveaux de vitamine D peuvent aussi varier en conséquence.

Pour terminer, il faut mentionner que cette nouvelle étude apporte toutefois un élément nouveau. Les chercheurs canadiens ont en effet remarqué que les bébés qui recevaient un supplément quotidien d'au moins 400 UI, avaient des taux de vitamine D plus élevé que les bébés qui n'en recevaient par environ 24 nmol/L. Cela peut donc nous donner une idée quantitative de l'impact de la supplémentation chez le nourrisson.

En conclusion, nous sommes encore loin d'un consensus au sujet des suppléments de vitamine D. Toutefois, chaque étude apporte de nouvelles données qui nous permettrons de nous en approcher. Enfin, une controverse comme celle sur la vitamine D nous rappelle l'importance de bien lire la méthodologie des études avant de tirer des conclusions.

Références:
Green, T. J., Li, W., Barr, S. I., Jahani, M. and Chapman, G. E. (2012), Vitamin D supplementation is associated with higher serum 25OHD in Asian and White infants living in Vancouver, Canada. Maternal & Child Nutrition. doi: 10.1111/mcn.12008

Oya Halicioglu, Sumer Sutcuoglu, Feyza Koc, Omur Yildiz, Sezin A. Akman,and Sadik Aksit. (2012) Vitamin D Status of Exclusively Breastfed 4-Month-Old Infants Supplemented During Different Seasons. Pediatrics 2012; 130:4 e921-e927; published ahead of print September 24, 2012.

Santé Canada (2012) La vitamine D et le calcium : Révision des Apports nutritionnels de référence. Consulté à l'adresse http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/nutrition/vitamin/vita-d-fra.php le 18 octobre 2012


5 commentaires:

  1. On peut également s'interroger sur la pertinence de ce critère intermédiaire, taux de vit D sérique, versus un critère clinique : la diminution du nombre de cas de rachitisme.

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    1. Oui, c'est un très bon point.

      Sur son site, Santé Canada mentionne d'ailleurs que "les ANREF [apports nutritionnels de référence] pour la vitamine D ont été calculés en fonction du maintien de la santé osseuse et d'une exposition minimale au soleil" et que "les concentrations sériques de 25OHD optimales pour la santé font l'objet de vifs débats, et il n'y pas eu de seuils établis par consensus scientifique". Enfin, Santé Canada mentionne que "le comité d’experts de l'IOM encourage l'établissement de seuils fondés sur des données probantes pour les taux sériques relatifs à des carences ou à des excès."

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  2. Je me demande quels sont les critères de détermination d'un taux adéquat de vitamine D. Si les taux ont été déterminés dans un pays différent, sur des individus alimentés différemment du Québec par exemple où les taux d'ensoleillement varient. Mon questionnement est basé sur les courbes de croissance des bébés allaités versus ceux nourris à la préparation commerciale : beaucoup de pédiatres affirment encore que les bébés "ne suivent pas leur courbe" ou "sont trop petits" alors qu'ils ne se fient pas aux bonnes courbes.

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    1. Santé Canada se base sur les données suivantes pour déterminer ce qu'ils considèrent un taux adéquat:

      - Il y a un risque de carence (rachitisme ou ostéomalacie) en vitamine D pour des concentrations sériques de 25OHD <30 nmol/l. Certaines personnes ont un risque d’insuffisance en vitamine D avec des concentrations de 30 à 50 nmol/l.
      - Pour presque tout le monde, des concentrations ≥50 nmol/l sont suffisantes.
      - Il pourrait y avoir des motifs de s'inquiéter en présence de concentrations >125 nmol/l.

      Lorsque Santé Canada détermine les apports nutritionnels de référence, ils se basent sur les données concernant la population canadienne car le mode de vie propre à un pays peut modifier les besoins pour un nutriment donné.

      Pour ce qui est des courbes de croissance, il y a maintenant un consensus par rapport au fait que la croissance de tous les bébés, allaités ou non, devrait être évaluée en comparant avec les courbes de l'OMS. Ces courbes ont été réalisées en observant la croissance de bébés allaités exclusivement. Ces courbes devraient être utilisées pour tous les bébés car, l'allaitement étant la norme biologique de notre espèce, elles représentent la croissance normale d'un bébé.

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  3. Merci pour cet article très intéressant. En effet, il faut relativiser selon les normes, et surtout les taux d'ensoleillement (et d'exposition, qui peuvent être différents dans une même région).
    Par ailleurs, je m'interroge aussi sur la différence entre la vit D synthétisée chimiquement -celle que l'on donne en supplément, donc- et celle synthétisée "naturellement" par le corps humain (ou absorbée par l'alimentation, mais ce sont des taux très faibles). Chimiquement, les molécules sont différentes, cela aurait-il des effets sur la santé?
    Je rejoins ainsi le commentaire précédent, en ce sens que le but final est bien la santé des enfants et la prévention du rachitisme (et autres) et non le taux sanguin.

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