22 octobre 2012

Question de la semaine: l'allaitement pendant la grossesse peut-il causer des fausses couches?

Cette semaine, je réponds à une question qui m'a été posée souvent: "L'allaitement pendant la grossesse peut-elle causer des fausses couches?"

Jusqu'à tout récemment, il n'existait pas d'études se penchant sur les risques de fausse couche chez les mères enceintes poursuivant l'allaitement pendant la grossesse. Pour cette raison, plusieurs professionnels de la santé préféraient recommander le sevrage. 

Pourtant, plusieurs experts en allaitement croyaient déjà que les contractions ressenties pendant l'allaitement étaient une partie normale de la grossesse. En effet, la stimulation des mamelons entraîne la sécrétion d'une petite quantité d'ocytocine qui, à son tour, cause des contractions de l'utérus et des alvéoles des seins. De la même façon, des contractions utérines ont également lieu pendant les relations sexuelles que les couples continuent d'avoir pendant la grossesse puisque qu'il y a sécrétion d'ocytocine à ce moment aussi.

Une petite étude rétrospective réalisée en 1993 semblait d'ailleurs confirmer cette hypothèse. Un questionnaire avait alors été remis à 57 mères qui allaitaient pendant leur grossesse. Selon leurs réponses, la plupart de ces mères ont révélé n'avoir jamais ressenti de contractions spécifiques à l'allaitement pendant la grossesse et, chez les quatre mères pour qui c'était le cas, celles-ci ont quand même donné naissance à des bébés normaux et en santé.

Par la suite, en 2009, la première étude réelle sur le sujet été réalisée au Japon. L’auteure de celle-ci a  étudié 110 mères allaitant pendant la grossesse ainsi que 774 femmes enceintes dont l’aîné était sevré. Notons que toutes ces femmes avaient vécu une grossesse antérieure qui s’était terminée par la naissance à terme d’un enfant en santé et aucune n’avaient connu de fausses couches ou de naissances prématurées.  Par ailleurs, chez les femmes allaitantes, dans 93.6% des cas, l’enfant allaité avait moins de 3 ans et dans 86,4 % des cas, l’enfant tétait jusqu’à 6 fois par jour. 

Suite à cette étude, l’auteure a constaté qu’il n’y avait pas de différences significatives entre le taux de fausses couches des deux groupes (7.3 % chez les mères allaitantes et 8.4 % dans le groupe contrôle). Il n’y avait pas non plus de lien entre le nombre de tétées par jour et le risque de fausses couches.

Bien que cette étude semble démontrer que l'allaitement pendant la grossesse n'est pas associé à un risque plus élevé de fausses couches, il ne faut pas oublier que celle-ci a été réalisée chez des femmes en santé n’ayant pas d’historique de fausses couches. Par conséquent, des douleurs utérines, un historique ou des symptômes de travail précoce ou une difficulté à prendre du poids pendant la grossesse pourraient être des raisons d'évaluer les risques de la poursuite de l'allaitement. En fait, selon certains experts, si un médecin conseille aux parents d’éviter les relations sexuelles, le sevrage est probablement recommandé aussi.

En conclusion, bien qu'il puisse exister certains cas particuliers, les études existant sur le sujet suggèrent que la poursuite de l'allaitement pendant la grossesse n'augmente pas le risque que celle-ci se termine par une fausse couche.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse. 

Référence:
Ishii, H. (2009). Does breastfeeding induce spontaneous abortion? J. Obstet. Gynaecol. Res. 35 (5) : 864-868.

Mohrbacher, N. (2010) Breastfeeding Answers Made Simple. Amarillo: Hale Publishing.

Mohrbacher, N. (2006) Traité de l’allaitement maternel, format de poche. Charlemagne: Ligue La Leche.

Moscone, S. and Moore, J. Breastfeeding during pregnancy. J Hum Lact 1993;9 (2):83-88.







1 commentaire:

  1. Encore une fois, superbe article résumant très bien des données scientifiques souvent très techniques à lire.
    Merci pour ton travail Kathleen!

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