12 septembre 2012

Les méthodes d'entraînement au sommeil sous la loupe

L'utilisation de techniques d'entraînement au sommeil chez les bébés peut-elle avoir des effets à long terme? Il s'agit d'une question controversée qui est débattue avec énergie chez les parents. Une étude parue récemment dans la revue Pediatrics arrive, elle, à la conclusion suivante: il n'y a pas d'effet négatif ou positif à utiliser des méthodes comportementales d'entraînement au sommeil.

L'étude a été réalisée auprès de 326 enfants qui avaient des problèmes de sommeil à l'âge de 7 mois. Après avoir été recrutés par l'équipe de chercheurs, 173 de ces enfants ont été choisis pour faire partie du groupe d'intervention. Cela signifie qu'entre l'âge de 8 et 10 mois, leurs parents ont reçu une brève formation sur les méthodes comportementales d'entraînement au sommeil.

Au cours de ces rencontres, les parents pouvaient discuter avec une infirmière formée dans le domaine afin de choisir la stratégie qui leur convenait le plus parmi les suivantes. La première méthode est appelée méthode des pleurs contrôlés. Dans cette technique, les parents répondent aux pleurs de leur enfant seulement après une période prédéterminée dont la durée augmente graduellement. La deuxième méthode est celle du retrait progressif qui consiste à s'asseoir avec son enfant jusqu'à ce qu'il s'endorme pour se retirer en s'éloignant graduellement, sur une période de trois semaines. Les parents pouvaient opter pour l'une ou l'autre des stratégies, pour un mélange des deux ou pour aucune de celles-ci.

Les enfants ont ensuite été revus à l'âge de 6 ans. Les chercheurs ont alors évalué l'état émotionnel, le comportement, la santé psychosociale des enfants de même que leur relation avec leurs parents. Pour tous les aspects étudiés, il n'y avait pas de différences entre le groupe d'intervention et le groupe contrôle.
 
Limites et interprétation de l'étude
On peut s'interroger sur la façon de définir le groupe contrôle et le groupe intervention. En fait, le groupe intervention est composé des enfants dont les parents ont reçu une séance d'information sur le sommeil de même qu'une discussion avec une infirmière formée. Rien n'empêche donc que certains parents aient choisi de ne pas utiliser les méthodes proposées. Cette méthodologie ne permet pas non plus de savoir si une méthode avait un impact différent de l'autre. De la même façon, les parents du groupe contrôle avaient l'opportunité de demander des conseils concernant le sommeil à une infirmière, mais celle-ci n'était alors pas spécialement formée. Dans ce cas, il serait possible que certains parents du groupe contrôle aient tenté eux-aussi des méthodes d'entraînement au sommeil avec leur enfant. On peut facilement voir que cette façon de définir les deux groupes diminue de beaucoup la portée des résultats obtenus. En effet, est-ce que l'absence d'impact à long terme provient du fait que les deux groupes étaient somme toute similaires?

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que toutes les méthodes comportementales ne sont pas égales. Les chercheurs rappellent en effet que des méthodes comme celle de l'extinction totale où le parent met l'enfant au lit pour ne plus revenir du tout avant le matin (à l'exception où l'enfant serait malade ou blessé) ne sont plus recommandées puisqu'elles causent de la détresse chez l'enfant et le parent. L'étude ne se penche donc pas sur des pratiques parentales préconisant de laisser pleurer un enfant de façon chronique ou excessive. Il a d'ailleurs été démontré que les pleurs excessifs sont dommageables au développement des enfants.

Un autre point important à soulever est l'âge des enfants lors de l'intervention. On parle ici d'enfants de 8 à 10 mois et non pas de très jeunes bébés d'à peine quelques mois. Étant donné, le développement rapide d'un enfant dans la première année de vie, cela peut faire une différence importante au niveau de sa capacité à s'endormir seul et à gérer les émotions suscitées par l'intervention.

Enfin, notons que l'intervention dont il est question dans cette étude impliquait une supervision importante de la part d'une infirmière spécialement formée pour la circonstance. Les parents avaient ainsi la chance de discuter avec celle-ci pour établir un plan d'action adapté à leur enfant et à leur famille. On ne parle donc pas de parents laissés à eux-mêmes avec pour seul guide un livre préconisant une méthode miracle supposée fonctionner pour tous. Les chercheurs soulignent d'ailleurs qu'il est possible que certains groupes d'enfants (par exemple ceux ayant vécu de la maltraitance ou des enfants particulièrement anxieux) puissent souffrir de certaines techniques. Dans ces cas, selon eux, il serait alors préférable d'utiliser la méthode du retrait progressif plutôt que celle des pleurs contrôlés.

En conclusion, malgré les limites de leur étude, les chercheurs australiens croient qu'il est possible d'intervenir auprès de son enfant pour lui permette d'apprendre à avoir une meilleure routine de sommeil sans que cela n'ait d'effets à long terme. Toutefois, la méthode choisie devrait être adaptée à chaque enfant et à chaque situation familiale. Enfin, n'oublions pas que les chercheurs n'ont pas observé d'effets positifs à long terme de ces méthodes. Par conséquent, un parent qui n'est pas à l'aise avec celles-ci peut tout-à-fait suivre son instinct et choisir des techniques plus appropriées à sa situation sans craindre que son enfant développe de mauvaises habitudes de sommeil.

Références:
A. M.H. Price,  M. Wake, O. C. Ukoumunne, and H. Hiscock.(2012) Five-Year Follow-up of Harms and Benefits of Behavioral Infant Sleep Intervention: Randomized Trial. Pediatrics peds.2011-3467; published ahead of print September 10, 2012.

H. Hiscock, J. Bayer, L. Gold, A. Hampton, O. C Ukoumunne, and M. Wake. (2007) Improving infant sleep and maternal mental health: a cluster randomised trial. Arch Dis Child; 92(11): 952–958.

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