1 août 2014

L'attachement : c'est pas physique, c'est électrique!

Je ne vous apprendrai rien si je vous dis que le développement du cerveau d'un nouveau-né est influencé directement par le comportement de sa mère. Cette réalité est bien connue de tous. Mais, pour citer un célèbre humoriste de chez nous, « on ne veut pas le savoir, on veut le voir! » Et c'est exactement ce qu'ont réussi des chercheurs américains, avec l'aide de rats de laboratoire.

Six rates et leurs petits filmés pendant une centaine d'heures, le tout combiné à un émetteur qui détecte en simultané l'activité électrique du cerveau des petits : voici la stratégie utilisée pour visualiser la réaction du cerveau des bébés aux soins de leur mère. Les observations réalisées grâce à cette technique ont permis aux scientifiques de pénétrer à l'intérieur même de l'encéphale des ratons.

Leurs découvertes sont très intéressantes. Lorsque la mère laisse ses petits seuls dans le nid, leur activité cérébrale augmente de 50 à 100 %. Le schéma des ondes électriques est alors erratique et peu consistant. Ce patron d'activité correspond en fait aux multiples fonctions actives du cerveau : la cognition, le décodage des sensations, les commandes motrices. Selon les chercheurs, ce type d'activité électrique est essentielle à la croissance normale du cerveau et à la communication entre ses différentes zones. 

Au contraire, lors de la tétée, l'activité du cerveau des bébés ralentit et on observe l'apparition d'une synchronisation des ondes. Les ondes dites lentes augmentent alors de 30 %. Ce type d'activité cérébral correspond à l'une des phases initiales du développement du cerveau que l'on retrouve chez les mammifères, peu de temps après la naissance. Les scientifiques mentionnent d'ailleurs que c'est un moment propice à la formation des réseaux de neurones et à la production d'une gaine isolante, la myéline, autour des projections des cellules nerveuses. Ce processus permettrait, entre autres, l'accélération des signaux neuronaux. Chez l'humain, ce type d'onde est d'ailleurs associé à la concentration, à la méditation et à certaines phases du sommeil. En d'autres termes, les ratons devenaient très zen!

Toutefois, une maman rate, ce n'est pas que relaxant, c'est aussi stimulant. En effet, lors de l'éjection du lait, les chercheurs ont observé une impulsion soudaine d'activité électrique. Le même phénomène avait également lieu lorsque la rate faisait la toilette de ses bébés.

Jusqu'à présent, on ne pouvait qu'imaginer ce qui se passait dans la tête d'un bébé au contact de sa mère. Cette étude offre donc un nouvel éclairage sur le phénomène de l'attachement et sur son rôle dans le développement. L'alternance entre les différents types d'activité électrique permettrait en effet de modeler le cerveau. Puisque chaque mère a une façon bien particulière de prendre soin de son petit, les petits n'ont pas tous le même patron d'activité électrique cérébrale. On comprend alors la diversité dans les personnalités des enfants, autant chez les humains que chez les animaux.

Les scientifiques américains ne veulent maintenant pas s'arrêter en si bon chemin. Ils planifient en effet de cartographier le développement du cerveau des ratons selon les différents comportements de leur mère. Selon eux, à long terme, ces connaissances pourront aider à développer des traitements pour aider les petits qui ont pu connaître des difficultés dans les premiers moments de leur vie.

Références :
NYU Langone Medical Center (2014, 17 juillet) Measuring nurture: Study shows how 'good mothering' hardwires infant brain. Eurekalert. Consulté le 31 juillet 2014.

Sarro EC, Wilson DA, Sullivan RM.(2014) Maternal regulation of infant brain state. Curr Biol. 2014 Jul 21; 24(14) : 1664-9.

Richard Hall (1998) Stages of sleep. Sur le site Psychology World. Consulté le 31 juillet 2014.

2 commentaires:

  1. Question : Dans le cas de bébés qui seraient adoptés par des couples homosexuels (Hommes), cette connexion n'existerait pas, selon l'étude. Quelles en seraient donc les conséquences sur le cerveau des bébés ?

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    1. L'étude ne conclut rien de la sorte. L'étude a en effet été réalisée avec des mères, mais on peut très bien supposer que les soins d'un père provoquent des réactions similaires dans le cerveau d'un bébé. L'important n'est pas qui prend soin de l'enfant, mais la qualité des soins offerts.

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