11 mai 2015

Allaitement: vers une meilleure connaissance de l'effet des médicaments

Ce n'est pas parce qu'on allaite qu'on cesse d'avoir des migraines ou le rhume des foins. Malheureusement, si on se fie à l'étiquette de la plupart des médicaments, ceux-ci ne sont pas recommandés aux femmes qui allaitent car il existe très peu d'information sur leur utilisation pendant l'allaitement. La situation pourrait toutefois changer dans les prochaines années grâce au projet d'une chercheuse de l'Université de Montréal.

Mme Annick Bérard, épidémiologiste et cotitulaire de la Chaire pharmaceutique Famille Louis Boivin sur les médicaments, la grossesse et l’allaitement, croit en effet que sa mégabase de données sur l'utilisation des médicaments pendant la grossesse pourra bientôt être utilisée pour obtenir plus d'information sur les médicaments et l'allaitement. « Dans un avenir proche, on pourra vraiment regarder l'effet de la prise de médicament pendant l'allaitement à l'échelle populationnelle parce qu'on aura cette information, » affirme-t-elle.

L'équipe du Dr Bérard a mis au point une formidable base de données qui contient pour l'instant des informations sur les médicaments et la grossesse. « Nous avons des données sur au-dessus de 500 000 grossesses et sur un peu moins de 350 000 enfants sur un suivi de 17 ans, » explique Dr Bérard. La base de données a été mise sur pied avec le jumelage des grandes banques de données au Québec, soit la Régie de l'Assurance Maladie du Québec (RAMQ), MedEcho, le fichier des événements démographiques du Québec, géré par l'Institut de la Statistique du Québec (ISQ), et le fichier du Ministère de l’éducation, des loisirs et des sports (MELS).

Lorsqu'une mère entre dans l'étude, elle est suivie tout au long de sa grossesse. Puis, quand la grossesse se termine, l'équipe du Dr Bérard continue à suivre la mère et le bébé. C'est pourquoi il serait possible, en théorie, d'obtenir des informations sur l'allaitement.

Dans la pratique, les choses sont un peu plus compliquées. « Jusqu'à présent, nous avions l'information sur la prise médicamenteuse après l'accouchement, mais pas l'information si une femme allaitait ou non. » Cependant, depuis quelque temps, la Dre Bérard et son équipe contactent les mères pour avoir des échantillons de salive. Il est alors possible de leur demander de l'information sur l'allaitement. Les mères doivent donner la date du début de leur allaitement, la date de fin et spécifier le type d'allaitement (exclusif ou mixte).

Cette méthode n'est toutefois pas parfaite. « Une femme peut être entrée dans notre cohorte en 2005 lorsqu'elle a accouché et nous la contactons seulement maintenant. » Il serait alors possible qu'elle ne se souvienne pas très bien de certains détails. Malgré tout, la chercheuse est positive. « Nous croyons que le moment de la grossesse et de l'allaitement sont des moments privilégiés, pas pour tout le monde, mais pour la plupart des mères, souligne Dre Bérard. Les mères sont donc capables de rapporter leur période d'allaitement avec une précision convenable. » De plus, l'équipe de la Dre Bérard informatise aussi les dossiers médicaux des mères et des enfants après la naissance, ce qui constitue une autre source d'information sur l'allaitement de ces enfants.

Depuis 2002 jusqu’à maintenant, la cohorte a généré au-delà de 100 articles scientifiques sur la prise de médicaments pendant la grossesse. Ces données ont permis de réviser les traitements de nombreuses conditions pendant la grossesse. La collecte d'information sur l'allaitement pourrait donc aider les professionnels à mieux gérer les traitements médicamenteux chez les femmes allaitantes.

- Ce billet a également été publié sur le site de l'Agence Science-Presse.

Pour en savoir plus sur les médicaments et l'allaitement:

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