20 mai 2014

Que le meilleur parent gagne!

Cette semaine, dans le cadre du « Pleins feux sur la biodiversité » de l'Agence Science-Presse : les soins des enfants dans le monde animal.

La guerre des mamans (ou Mommy Wars, comme disent les Anglo-saxons) fait rage sur Internet depuis quelques années. Allaitement ou biberon, entraînement au sommeil ou co-dodo, accouchement naturel ou épidurale, mère tigre ou parentage proximal? Quelle est la meilleure façon d'élever ses enfants? Les humains ne semblent toutefois pas être les seuls à ne pas s'entendre sur le sujet.

Il peut sembler évident pour nous, Homo sapiens, qu'un parent doit être présent pour son petit. Cependant, pour plusieurs espèces animales, les soins parentaux constituent un casse-tête évolutif. En effet, lorsqu'un parent s'occupe de son bébé, il utilise des ressources qu'il ne pourra pas employer lui-même pour sa survie, sa croissance ou sa reproduction future. Pour qu'un parent choisisse d'investir auprès de sa progéniture, les bénéfices doivent donc dépasser les coûts.

Les scientifiques ont remarqué qu'il existe beaucoup de variation chez les animaux en ce qui a trait au type de soins parentaux. Plusieurs facteurs ont une influence : la maturité des petits à la naissance, les dangers environnementaux, les occasions de se reproduire, le mode de vie et même l'incertitude de la paternité.

Je vous propose donc aujourd'hui un petit tour d'horizon de la parentalité dans le monde animal.

« Maman, la plus belle du monde »
Chez la majorité des mammifères, la mère est celle qui s'investit le plus auprès des petits. Il est vrai que leurs bébés sont très immatures à la naissance. Sans l'aide de la mère, ceux-ci ne peuvent pas se nourrir ou se défendre des prédateurs. Celles qui choisiraient de ne donner aucun soin se retrouveraient donc rapidement sans progéniture. Cependant, pourquoi les femelles se sentent-elles responsables? Plusieurs hypothèses ont été élaborées à ce sujet. Certains scientifiques croient que chez ces espèces, la femelle investit plus d'énergie dans la production des cellules sexuelles et espère un retour sur son investissement. D'autres proposent que ces femelles ont moins d'occasions d'avoir des relations sexuelles et qu'il est alors primordial que le petit survive. Enfin, lorsque le mâle n'est pas certain de sa paternité, il ménagerait ses efforts.

« Papa a raison »
Selon ces hypothèses, le mâle serait donc responsable des petits lorsque la situation s'inverse. C'est le cas de 61 % des poissons et des amphibiens.

« Partage des tâches »
On remarque d'ailleurs que lorsque les occasions de se reproduire sont égales entre les mâles et les femelles d'une même espèce, les deux sexes s'occupent du petit. Plusieurs oiseaux et 20 % des poissons adoptent ce système.

« Vive la nanny! »
Le coucou a une façon très efficace de réduire son investissement tout en maximisant son profit : il met ses œufs dans le nid des autres oiseaux. Pour s'assurer que son petit sera accepté par la nanny, il n'hésite pas à éjecter les œufs originaux, à pondre d'excellentes copies des oeufs de l'espèce qu'il envahit et à imiter son cri.

« Jamais sans mon bébé! »
Les chauves-souris mexicaines se retrouvent dans une situation un peu particulière. En effet, ces animaux vivent en grande colonie et le risque de mélanger les petits est élevé. Les femelles utilisent donc un système de signaux vocaux et olfactifs pour s'assurer qu'elles s'occupent bien du bon bébé.

« La galère »
Au contraire, les canards, les oies ou les cygnes sont heureux de s'occuper des bébés des autres. Ce genre d'arrangement comporterait en fait peu d'inconvénients pour ces espèces et comporterait même plusieurs avantages. En demeurant en grand groupe, la tribu serait alors en meilleure position pour lutter contre les prédateurs... et le mauvais temps.

« Longue vie à la reine! »
Chez les abeilles, les guêpes, les termites et les fourmis, les bébés sont à la charge d'individus qui ont perdu la capacité de se reproduire. Ceux-ci ont donc la tâche critique de prendre soin des enfants royaux. La mère peut alors continuer à faire des petits sans se soucier du sort de ses autres enfants.

« On s'en fout »
La plupart des arthropodes terrestres de même que les requins ne s'occupent à peu près pas des bébés. Cette méthode représente un extrême qui se justifie par une progéniture mature et fonctionnelle dès la naissance. Certaines espèces produisent aussi un nombre élevé de bébés et peuvent donc souffrir que quelques-uns ne survivent pas.

Le côté merveilleux de toutes ces différentes approches des soins parentaux, c'est qu'elles favorisent en fait la biodiversité. Avec des stratégies variées pour veiller sur les petits, une multitude d'espèces ont pu voir le jour. La leçon de la nature à retenir : il y a plus d'une façon de prendre soin d'un petit...

Références :
Gonzalez-Voyer, A. and Kolm, N. 2010. Parental Care and Investment. eLS.

Kölliker, Mathias. (2012) The Evolution of Parental Care. Oxford University Press.

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