20 mars 2013

Accouchement, allaitement et bactéries...

Le développement de la flore microbienne est un sujet dont on entend de plus en plus parler. On sait que plusieurs facteurs peuvent avoir un impact sur celui-ci dont, entre autres, le type d'accouchement et l'exposition au lait maternel. Récemment, des chercheurs de Winnipeg ont voulu pousser l'analyse en examinant la composition de la flore microbienne de plusieurs nourrissons.

Conformément aux résultats d'autres études, les bactéries les plus fréquentes chez tous les nourrissons étudiés sont celles des genres Bifidobacterium, Firmicutes et quelques entérobactéries. Certains bébés étaient aussi porteurs du genre Bacteroides. Cependant, tel qu'on s'y attendait, il y avait des différences significatives entre les nourrissons selon le mode d'accouchement et d'alimentation.

Bifidobacterium
Ainsi, les chercheurs ont pu remarquer que les bébés nés par césarienne avaient une flore moins riche et moins diversifiée que les bébés nés vaginalement. On comptait entre autres moins de bactéries des genres Escherichia et Shigella et aucune du genre Bacteroides. Ces résultats confirmeraient l'hypothèse voulant que la césarienne empêche le bébé d'être exposé aux microbes de la mère, en particulier aux bactéries intestinales

L'effet était cependant moins important lors d'une césarienne d'urgence que lors d'une césarienne planifiée. Selon les chercheurs, cela pourrait s'expliquer par l'utilisation d'antibiotiques lors de la césarienne planifiée ou par une exposition partielle aux bactéries de la mère lors de la rupture des membranes dans le cas de la césarienne d'urgence.

Bacteroides
En ce qui a trait à l'alimentation du nouveau-né, on remarque que les bébés nourris avec des préparations commerciales pour nourrissons (PCN) ont au contraire une flore plus riche et diversifiée que les enfants allaités. Par exemple, on retrouve davantage de bactéries comme C. difficile, une bactérie pathogène associée à certaines maladies de même que des membres du groupe Verrumicrobiaceae.

D'après les auteurs de l'étude, cette observation s'expliquerait par le fait que les sucres se trouvant dans le lait maternel permettent de sélectionner un type bien précis de bactéries. On sait en effet que celui-ci fournit aux "bonnes bactéries" les substances nécessaires à leur croissance.

On voit de plus en plus la flore microbienne comme un "super" organe du corps humain. La communauté bactérienne habitant notre intestin joue en effet un rôle essentiel à l'équilibre intestinal, au développement du système immunitaire, à la protection contre les pathogènes, à la digestion des nutriments et à l'apport en énergie. Par conséquent, lorsqu'elle ne se développe pas normalement, on peut voir apparaître des maladies de l'intestin, des entérocolites nécrosantes, du diabète, de l'obésité, des cancers, des allergies et de l'asthme.

Sachant les conséquences à long terme d'un débalancement de la flore microbienne, cette étude souligne l'importance de mettre tous les efforts possibles pour que les conditions entourant la naissance du bébé soient le plus près possible de ce qui se passe dans la nature. Cela signifie aussi que si un bébé ne peut pas naître vaginalement ou être allaité, il faut alors trouver des façons de diminuer les risques associés à sa situation.

Référence:
Meghan B. Azad,Theodore Konya, Heather Maughan, David S. Guttman, Catherine J. Field, Radha S. Chari, Malcolm R. Sears, Allan B. Becker, James A. Scott, Anita L. Kozyrskyj. (2013) Gut microbiota of healthy Canadian infants: profiles by mode of delivery and infant diet at 4 months
CMAJ vol. 185 no. 5 First published February 11, 2013, doi: 10.1503/cmaj.121189

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