5 mai 2014

Mettez-y du miel... antibactérien?

Cette semaine, je réponds à la question de Geneviève Coulombe : « J'aimerais en savoir plus sur le Medihoney  pour traiter les douleurs aux mamelons. »

La douleur aux mamelons est l'une des raisons souvent invoquées pour expliquer un sevrage précoce. L'apparition d'une multitude de produits sur le marché pour traiter cette problématique n'est donc pas surprenante. L'un des derniers en liste est le miel antibactérien, commercialisé sous le nom de Medihoney.

Des fleurs de manuka
Les scientifiques savent depuis longtemps que le miel a des vertus antimicrobiennes. Toutefois, cette particularité semble varier en fonction de l'origine biologique du miel de même que de l'endroit sur la planète où il a été récolté. Le miel de manuka, un arbuste poussant en Nouvelle-Zélande, aurait des propriétés intéressantes. C'est ce dernier qui est utilisé pour produire Medihoney.

Plusieurs études ont en effet démontré que le miel de manuka était utile pour traiter certaines infections chroniques qui ne répondent plus aux antibiotiques. Des expériences en laboratoire indiquent que ce produit est efficace contre la bactérie Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline. En faible quantité, le Medihoney pourrait même améliorer l'efficacité des antibiotiques.

L'effet du Medihoney serait dû entre autres à deux molécules, le méthylglyoxyl et le peroxyde d'hydrogène. Selon certains scientifiques, c'est la présence de plusieurs composantes antimicrobiennes différentes qui expliquerait que ce produit ne favorise pas la résistance bactérienne. D'autres suggèrent que Medihoney empêcherait carrément l'apparition de mutations causant la résistance ou qu'il tuerait les bactéries avant même qu'elles puissent en développer. Le contenu élevé en sucre du miel pourrait aussi déshydrater les microorganismes.

C'est probablement en raison de ces propriétés que certaines consultantes en lactation américaines comme Nancy Mohrbacher et Marsha Walker incluent maintenant le miel dans leur liste d'options pour traiter les mamelons blessés. Cette dernière parle toutefois d'une utilisation anecdotique par plusieurs cliniciens en allaitement.

À ce jour, aucune étude n'a toutefois été réalisée sur l'utilisation de Medihoney par les mères allaitantes. « Je n'avais jamais entendu parler de ce produit, mais selon le site web du fabricant, des études cliniques en bonne et due forme ont été faites pour certains types de plaies graves, comme les ulcères et les plaies de lit. Le seul problème possible que je vois, c'est qu'il ne semble pas y avoir de données à propos de la sûreté chez le nourrisson, » explique Olivier Bernard, pharmacien et auteur du blogue Le Pharmachien. « D'ailleurs, la brochure de Medihoney ne mentionne nulle part l'utilisation sur les mamelons. Il serait donc préférable de s'assurer qu'il ne reste plus de Medihoney sur le mamelon avant les boires. »

On sait en effet que le miel peut contenir des spores de la bactérie Clostridium botulinum. Ce microorganisme peut causer une paralysie et la mort chez les bébés de moins d’un an. Il faut toutefois mentionner que Medihoney est irradié afin de détruire ces spores.

Malgré cette précaution, Olivier Bernard préfère être prudent. « Si leur miel a des effets bénéfiques aussi importants, c'est nécessairement parce qu'il contient des composés spéciaux que l'on ne retrouve pas dans le miel conventionnel, n'est-ce pas? Cependant, leur produit est pour usage topique et non pas pour usage oral. Peut-être que l'ingestion des fameux composés n'est pas une bonne idée? Je doute qu'il y ait des risques, mais je suis toujours plus conservateur quand il est question de grossesse et d'allaitement. » De son côté, Nancy Mohrbacher recommande d'éviter le produit en présence d'allergie au miel ou aux piqûres d'abeilles.

Medihoney constitue donc un produit avec un potentiel intéressant pour soigner les plaies sur les mamelons. Cependant, tant qu'on n’aura pas déterminé de façon plus convaincante s'il est sécuritaire pour les bébés, s'en tenir aux traitements conventionnels est peut-être préférable. 

Références :
Mohrbacher, Nancy. (n. d.) Nipple pain & trauma : Causes & treatment. Présentation Power Point

Müller P, Alber DG, Turnbull L, Schlothauer RC, Carter DA, Whitchurch CB, Harry EJ. (2013) Synergism between Medihoney and rifampicin against methicillin-resistant Staphylococcus aureus (MRSA). PLoS One. 2013;8(2) : e57679. doi : 10.1371/journal.pone.0057679. Epub 2013 Feb 28.

Simon A1, Traynor K, Santos K, Blaser G, Bode U, Molan P. (2009) Medical honey for wound care--still the 'latest resort'? Evid Based Complement Alternat Med. 6(2) : 165-73. doi : 10.1093/ecam/nem175. Epub 2008 Jan 7.

RelaxNews. (2011, 8 août) Un nouveau produit au miel pour traiter les plaies. La Presse.

Walker, M. (2013) Are There Any Cures for Sore Nipples? Clinical Lactation 4 (3) : 106-115.

2 commentaires:

  1. Merci pour l'excellent article et la citation Kathleen !

    Le point le plus important (que j'aurais dû mentionner mais dont tu as sûrement déjà parlé) est qu'avant de songer à essayer des nouvelles substances exotiques pour soigner les mamelons, je recommanderais d'abord à toute femme d'obtenir une consultation pour évaluer la technique de prise au sein. C'est la première chose à vérifier !

    A+!

    Olivier a.k.a. Le Pharmachien

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    1. Merci à toi d'avoir répondu à mes questions!

      En effet, il ne faut pas se contenter de soulager les symptômes mais plutôt trouver la cause des douleurs. Une consultation avec une IBCLC peut être très utile.

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