9 décembre 2013

Question de la semaine : Une césarienne naturelle?

Aujourd'hui, la question de Marina Goussef (J'avais une question sur le développement de l'enfant par rapport à son mode de mise au monde : est-ce qu'un enfant à besoin de plus « d'attention » (câlins, être porté, de contact...) lorsqu'il a eu une naissance par césarienne qu'un enfant né par voie basse?) m'a inspiré un sujet un peu différent : la césarienne naturelle.

Une césarienne naturelle, est-ce que c'est possible? Aussi étrange que l'expression puisse paraître, des équipes d'obstétriques travaillent depuis quelque temps pour rendre l'expérience de la césarienne moins éloignée de celle vaginale. La raison? On sait de plus en plus que ce n'est pas tant la façon de naître qui influence le développement d'un enfant, mais tout le contexte qui l'entoure.

La césarienne demeure une chirurgie majeure. En tant que telle, elle agit grandement sur la perception qu'une mère a de son accouchement de même que sur son état psychologique. Lorsqu'on interroge des mères qui ont donné naissance de cette manière, elles se disent moins satisfaites de leur expérience, leurs réactions sont plus négatives et certaines ont même une vision moins positive de leur nouveau-né.

Les femmes qui ont accouché par césarienne seraient donc plus à risque de connaître des problèmes psychologiques comme la dépression post-partum. Cela pourrait expliquer que quelques-unes ont parfois moins d'interactions avec leur bébé une fois à la maison.

D'un côté pratico-pratique, la césarienne augmente la séparation mère-enfant dans les heures suivant la naissance. Certaines études l'ont d'ailleurs démontré. Le délai pour qu'une mère puisse enfin interagir avec son nouveau-né est beaucoup plus long dans le cas d'une césarienne que pour un accouchement vaginal.

Ces deux aspects, la séparation mère-enfant et les difficultés psychologiques maternelles, auraient un impact sur le développement du lien d'attachement. Les scientifiques savent que la dépression chez la mère modifie sa façon de prendre soin de son bébé. De plus, les nourrissons qui ont eu la chance d'être en peau à peau avec leur mère dans les deux heures suivant leur naissance développent une meilleure interaction parent-enfant à l'âge d'un an. Comme la qualité de l'attachement peut prédire le développement socioémotionnel de l'enfant, améliorer l'expérience de la césarienne pour les parents profitera à toute la famille.

C'est le but poursuivi par une équipe britannique d'obstétriciens. Ils cherchent à mettre au point une césarienne naturelle et ont élaboré la procédure suivante.

Après avoir réalisé l'incision et nettoyé le sang, les médecins permettent aux parents de voir la naissance. Lorsque la tête du bébé est sortie, les professionnels laissent le bébé respirer de lui-même, le tronc encore dans l'utérus et toujours relié au placenta. À partir du moment où le bébé pleure, les épaules sont dégagées. Le bébé libère parfois lui-même ses bras et demeure ainsi un moment pour que sa mère puisse l'observer. Une fois que le bébé est entièrement à l'extérieur, le cordon est clampé et le bébé est mis en peau à peau avec sa mère. La plupart des soins de routine sont effectués dans cette position et le bébé peut rester ainsi jusqu'à la fin de la chirurgie.

Selon l'équipe britannique, les couples qui ont vécu une césarienne naturelle apprécient cette nouvelle procédure. Sur plus de 100 césariennes pratiquées, les obstétriciens n'ont reçu aucun commentaire négatif. Quoique cette technique nécessitera encore des études pour s'assurer de son aspect sécuritaire, la césarienne naturelle pourrait être une façon de rendre la routine entourant la césarienne plus compatible avec les besoins de la mère et du bébé.

En travaillant à rendre la césarienne plus centrée sur la famille, les obstétriciens espèrent réduire les effets psychologiques de la césarienne sur la mère et son nouveau-né. Une idée qui contribuera à humaniser les naissances.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références :

Akman I, Kusçu K, Ozdemir N, Yurdakul Z, Solakoglu M, Orhan L, Karabekiroglu A, Ozek E. (2006) Mothers' postpartum psychological adjustment and infantile colic. Arch Dis Child. 91(5):417-9. Epub 2006 Feb 1.

Bystrova K, Ivanova V, Edhborg M, Matthiesen AS, Ransjö-Arvidson AB, Mukhamedrakhimov R, Uvnäs-Moberg K, Widström AM. (2009) Early contact versus separation: effects on mother-infant interaction one year later. Birth. 36(2):97-109. doi: 10.1111/j.1523-536X.2009.00307.x.

DiMatteo MR, Morton SC, Lepper HS, Damush TM, Carney MF, Pearson M, Kahn KL.(1996) Cesarean childbirth and psychosocial outcomes: a meta-analysis. Health Psychol. 15(4):303-14.

Lobel M, DeLuca RS. (2007) Psychosocial sequelae of cesarean delivery: review and analysis of their causes and implications. Soc Sci Med. 64(11):2272-84. Epub 2007 Mar 29.

Smith J, Plaat F, Fisk NM. (2008) The natural caesarean: a woman-centred technique.
BJOG. 115(8):1037-42; discussion 1042. doi: 10.1111/j.1471-0528.2008.01777.x.