23 octobre 2015

Votre enfant a-t-il les gènes qu'il faut pour se coucher tard?

Nous sommes le soir du 31 décembre. (Que voulez-vous, plus que 9 semaines avant Noël!) Vous allez fêter en famille chez des amis. Il est 19 h 55. Dites-vous « Oh, mon Dieu! Déjà presque 20 h. Il faut que je couche mon petit dernier sinon il sera insupportable demain! » ou « Bah... On peut bien attendre minuit. Ce n’est pas grave de se coucher tard une fois de temps en temps! » Selon une étude réalisée en partie à Montréal, il serait bien possible que votre réponse dépende en fait des gènes de votre enfant.

L’effet du manque de sommeil sur le comportement des tout-petits est bien connu. En bref, une nuit écourtée ou une sieste sautée rend plusieurs enfants irritables ou très peu tolérants à la frustration. Cependant, les scientifiques savent depuis longtemps que tous les enfants ne sont pas égaux devant le manque de sommeil. C’est pourquoi les auteurs de cette nouvelle étude publiée dans Pediatrics ont décidé d’analyser les répercussions de la génétique sur le comportement des tout-petits qui ont mal dormi.

Plus précisément, les chercheurs ont choisi de regarder plus près le gène codant pour le transporteur de la sérotonine, une hormone impliquée entre autres dans la régulation du comportement. Le gène en question, appelons-le 5-HTTTLPR, existe en deux versions, la version S et la version L. Selon des études réalisées auparavant, les individus porteurs de la version S sont plus à risque de dépression à l’âge adulte et gèrent moins bien leurs émotions lorsqu’ils sont dans une situation difficile.

Les scientifiques ont donc recruté 209 mères de Montréal et d’Hamilton pendant leur grossesse. Après la naissance, ils ont interrogé ces femmes régulièrement sur les habitudes de sommeil de leur enfant et sur leur comportement et leur gestion des émotions à 3 ans. Ils en ont également profité pour prendre un prélèvement chez ces tout-petits pour établir leur profil génétique.

C’est ainsi que les chercheurs ont déterminé que les enfants porteurs de la version S du gène 5-HTTTLPR éprouvaient de la frustration, de la peur, de l’inconfort, de la tristesse ou des problèmes de concentration lorsqu’ils dormaient moins. Ce n’était toutefois pas le cas de ceux qui possédaient seulement la version L.

Par conséquent, les enfants porteurs de la version S sont plus sensibles au manque de sommeil. Alors, doit-on se décourager si notre enfant fait partie des chanceux qui ont reçu une version S à la loto des gènes? Pas nécessairement selon les chercheurs. Ils ont en effet observé que ces enfants étaient ceux qui avaient le meilleur comportement lorsqu’ils dormaient une bonne nuit. Les enfants avec la version L, au contraire, n’amélioraient pas leur comportement si on leur permettait de dormir davantage. En d’autres termes, les enfants avec la version S seraient mieux adaptés à un environnement où il est possible de bien dormir alors que ceux avec la version L seraient peu affectés par le nombre d’heures de sommeil.

Il ne s’agit pas de la première étude à suggérer que la génétique a un rôle important à jouer dans le sommeil des tout-petits. Par conséquent, même si l’environnement demeure un facteur à considérer, cela signifie que les parents n’ont d’autres choix que d’adapter leurs interventions à la personnalité de leur enfant. Pensez-y au prochain réveillon du jour de l’an.

Pour en savoir plus sur le sommeil des tout-petits:
À la recherche de l'âge absolu pour faire ses nuits
Et si votre enfant était un oiseau de nuit?

Source: 
Bouvette-Turcot AA, Pluess M, Bernier A, Pennestri MH, Levitan R, Sokolowski MB, Kennedy JL, Minde K, Steiner M, Pokhvisneva I, Meaney MJ, Gaudreau H. (2015) Effects of Genotype and Sleep on Temperament. Pediatrics. 136(4):e914-21.

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