3 septembre 2013

Question de la semaine: Doit-on attendre un certain temps après une césarienne pour faire un nouveau bébé?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Martine Gauthier: "Après avoir eu une césarienne, les médecins nous conseillent d'attendre au moins un an avant de concevoir de nouveau. J'aimerais savoir de quels genre de risques il est question et si possible d'avoir une explication sur les raisons de cette consigne populaire."

Après une naissance par césarienne, certains médecins suggèrent d'attendre un certain temps avant de concevoir un nouvel enfant. Pour une mère, cette idée peut sembler sans fondement. Il est donc intéressant de savoir que cette recommandation vise en fait à diminuer les anomalies du placenta, de même que les risques de rupture utérine lors d'une prochaine grossesse.

Les anomalies du placenta
Lors d'une césarienne, la paroi de l'utérus est sectionnée, endommageant alors sa couche musculaire (le myomètre) de même que la muqueuse où s'installe habituellement le bébé (l'endomètre).  Ces blessures de l'utérus peuvent avoir certaines conséquences comme la formation des petites tumeurs bénignes ou l'inflammation de l'endomètre.

Cependant, au fur et à mesure que le temps passe après la césarienne, la mère récupère et refait ses réserves, ce qui permet aux blessures de l'utérus de guérir complètement. Ce n'est malheureusement pas le cas si une deuxième grossesse survient trop rapidement. Une portion de l'utérus demeure donc plus fragile, notamment au niveau des vaisseaux sanguins.

C'est ce qui pourrait créer des difficultés lorsque vient le moment où un nouvel embryon cherche à s'installer dans la paroi de l'utérus.

Ainsi, si l'embryon tente de s'implanter à un endroit où la circulation sanguine est déficiente, certaines complications peuvent se produire. Par exemple, le placenta peut grossir démesurément pour compenser le mauvais approvisionnement en sang et s'étendre vers le bas de l'utérus. Le placenta pourrait alors s'installer sur le col de l'utérus, un phénomène appelé placenta praevia. Chez les femmes en général, environ 1 sur 200 connaîtra ce genre de situation. Plus précisément, si le premier accouchement était vaginal, on parle de 0,38 % alors que chez les femmes qui ont connu une césarienne à la grossesse précédente, il s'agit de 0,63 %. Cependant, si la grossesse survient moins d'un an après la césarienne, la fréquence passe à 0,78 %.

Par ailleurs, lorsque la circulation sanguine est anormale dans la région de l'utérus où le placenta s'est installé, un saignement peut aussi se déclencher plus facilement, ce qui pourrait mener à un décollement placentaire. On estime que 1 femme sur 100 vivra cette complication. Après un accouchement vaginal, la fréquence des décollements placentaires est toutefois de 0,74% alors qu'elle est de 0,95 % après une césarienne. Encore ici, l'intervalle écoulé depuis la césarienne précédente peut avoir un impact sur la fréquence de cette situation. En effet, si la deuxième grossesse survient moins d'un an après la césarienne, la fréquence augmente à environ 1,7%.

Enfin, dans certains cas, lorsque le placenta s'installe sur la cicatrice laissée par la césarienne, celui-ci peut envahir la couche musculaire de l'utérus, un phénomène appelé placenta accreta. Le placenta accreta est plutôt rare, environ 3 cas sur 1000, mais sa fréquence augmenterait avec la diminution de l'intervalle entre la césarienne et la conception suivante.

La rupture utérine
Si une femme souhaite tenter un accouchement vaginal après une césarienne (AVAC), les experts suggèrent d'attendre plus de 24 mois entre les deux naissances. D'une part, il semblerait que les chances de succès lors de l'AVAC soient plus grandes après cet intervalle. Ensuite, le risque de rupture utérine diminue drastiquement après 24 mois. Il passe en effet de 4,8% moins de 12 mois après la césarienne, à 2,7% entre 13 et 24 mois d'intervalle pour enfin se stabiliser autour de 0,9 % lorsque deux ans séparent les accouchements. Bien sûr, ces pourcentages peuvent varier selon le type d'incision réalisé lors de la chirurgie.

Ces observations s'expliqueraient assez aisément. Selon les experts, une plus longue période entre les deux grossesses permet en fait à la cicatrice de la césarienne d'atteindre une meilleure résistance à la traction avant de subir à nouveau le stress mécanique des contractions, diminuant ainsi les risques d'une déchirure.



En conclusion, le fait d'attendre un peu plus longtemps pour concevoir à nouveau après une césarienne diminuerait effectivement les risques d'anomalies du placenta. Cependant, il convient de souligner que ces complications demeurent plutôt rares et ce, même lorsque l'intervalle entre les deux grossesses est court. Du côté des ruptures utérines, attendre plus de 24 mois semble avoir un effet bénéfique. Par conséquent, si une femme souhaite tenter un AVAC, elle augmentera ses chances de réussite de cette façon.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse. (N'étant pas médecin, il ne m'est pas possible de répondre à des questions médicales sur l'état de santé d'une mère ou d'un bébé. Si vous éprouvez des inquiétudes à ce sujet, contactez plutôt un professionnel de la santé.)

Références:

Blackburn, S. T. (2012) Maternal, Fetal, & Neonatal Physiology: A Clinical Perspective. Maryland: Elsevier. 

Getahun D, Oyelese Y, Salihu HM, Ananth CV. (2006) Previous cesarean delivery and risks of placenta previa and placental abruption. Obstet Gynecol. 107(4):771-8.

Nahum, G. G. (2012) Uterine Rupture in Pregnancy. Medscape. Consulté le 1er septembre 2013 à l'adresse http://reference.medscape.com/article/275854-overview

Stamilio DM, DeFranco E, Paré E, Odibo AO, Peipert JF, Allsworth JE, Stevens E, Macones GA. (2007) Short interpregnancy interval: risk of uterine rupture and complications of vaginal birth after cesarean delivery. Obstet Gynecol. 110(5):1075-82.

SOGC.(2005) Guidelines for Vaginal Birth After Previous Caesarean Birth. SOGC Clinical Practice Guidelines. Consulté le 1e septembre 2013 à l'adresse: http://sogc.org/guidelines/guidelines-for-vaginal-birth-after-previous-caesarean-birth-replaces-147-july-2004/

Wax JR, Seiler A, Horowitz S, Ingardia CJ. (2000) Interpregnancy interval as a risk factor for placenta accreta. Conn Med. 64(11):659-61.

3 commentaires:

  1. très bon article merci beaucoup, j'ai néanmoins une question, ayant subit 3 césariennes, j'aimerai savoir, l'impact que celles-ci ont sur la position de l'utérus ? Je m'explique : avant d'avoir mes enfants mon utérus était en position normal, col bien placé vers le bas, depuis mes césariennes il est rétro-versé, rétro-fléchit est-ce vraiment dû à mes césariennes ? Merci de votre éventuelle réponse.

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    1. C'est une bonne question. D'après ce que j'ai lu, la position de l'utérus n'est pas fixe et peut même changer pendant le cours de la grossesse. J'ignore malheureusement si la césarienne peut avoir un impact.

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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