22 avril 2013

Question de la semaine: L'acupuncture et l'homéopathie peuvent-ils déclencher le travail?

Aujourd'hui, je réponds à la question de Elysabeth Murray : "J'aimerais beaucoup avoir plus d'information sur l'impact des méthodes alternatives dans la préparation à l'accouchement (ex: maturation du col, accélération du travail, etc.), plus particulièrement au sujet de l'acupuncture et de l'homéopathie."

Il est difficile de trouver de l'information scientifique sur les médecines alternatives puisque celles-ci sont basées principalement sur le savoir traditionnel. Le nombre d'études sur le sujet est plutôt restreint et leur qualité n'est pas toujours optimale.

Prenons tout d'abord l'acupuncture. Certaines études d'observations ont noté une association entre l'utilisation de cette technique et l'induction du travail. Dans le cadre de ces études, on compare donc des femmes qui ont reçu des traitements d'acupuncture avec des femmes qui n'en ont pas reçu. Le problème avec ce type d'étude, c'est qu'on ne sait pas si les femmes qui choisissent d'avoir recours à l'acupuncture ont d'autres comportements qui pourraient favoriser le déclenchement du travail.

Pour cette raison, il est préférable de procéder à des études contrôlées randomisées. Dans ces études, on choisit au hasard quelles femmes seront traitées avec de l'acupuncture et quelles femmes ne le seront pas. De cette façon, on diminue les risques qu'un autre facteur ait une influence sur le résultat. Idéalement, on aimerait aussi que ces études soient réalisées à l'aveugle, c'est-à-dire sans que les femmes ne sachent si elles ont vraiment reçu le traitement à l'étude. Dans le cas de l'acupuncture, on utilise comme placebo des aiguilles qui ne sont pas positionnées sur un vrai point d'acupuncture ou qui ne sont pas utilisées correctement .

Il existe peu d'études contrôlées randomisées concernant l'acupuncture. Une étude en 2001 concluait que ce traitement accélérait le déclenchement du travail et diminuait l'épaisseur du col de l'utérus. Une autre étude réalisée en 2007 semblait démontrer que l'acupuncture était associée à une fréquence plus élevée d'accouchements spontanés et à une diminution du taux de césarienne. Cette dernière étude comportait toutefois plusieurs erreurs de méthodologie et n'analysait qu'un petit échantillon peu uniforme.

Pour cette raison, en 2009, une analyse des études existant sur le sujet a conclu que les données dont on dispose actuellement ne sont pas suffisantes pour déterminer l'efficacité de l'acupuncture pour déclencher le travail. Par ailleurs, en 2010, une nouvelle étude randomisée, en double aveugle, sur 125 femmes concluait qu'il n'y avait pas de différences au niveau du nombre de femmes qui avait commencé leur travail 24 heures après le traitement entre le groupe acupuncture et le groupe placebo. Il n'y avait pas non plus d'effet sur la dilation du col.

Pour ce qui est de l'homéopathie, les données sont encore plus rares. D'après les auteurs d'une étude de cas en 2007, les preuves de l'efficacité de l'homéopathie sur le déclenchement du travail sont plutôt anecdotiques. Davantage de recherches seraient donc nécessaires pour déterminer si les remèdes homéopathiques peuvent être des alternatives efficaces aux traitements médicaux traditionnels. 

Par ailleurs, une revue de littérature réalisée en 2010 n'a pu trouver que deux études avec placebo en double aveugle sur le sujet. Ces études, réalisées sur un total de 133 femmes, n'étaient pas non plus d'une très bonne qualité et n'ont pas réussi à démontrer une différence entre le groupe ayant reçu un remède homéopathique et le groupe placebo. Par conséquent, les auteurs de la revue concluent qu'il n'y a pas assez de preuves pour recommander les traitements homéopathiques pour favoriser le déclenchement du travail.

En conclusion, selon l'état actuel de la recherche, l'acupuncture et l'homéopathie ne semblent pas être des méthodes miracles pour déclencher le travail. Cela ne veut pas dire que certaines femmes ne peuvent pas connaître un certain succès en les essayant. Cependant, on ne peut pas généraliser cette réussite à toutes les femmes et elle est probablement due à des facteurs autres.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Harper TC, Coeytaux RR, Chen W, Campbell K, Kaufman JS, Moise KJ, Thorp JM. (2006) A randomized controlled trial of acupuncture for initiation of labor in nulliparous women. J Matern Fetal Neonatal Med. 19(8):465-70.

Smith CA, Crowther CA. (2009) Acupuncture for induction of labour. Cochrane Database of Systematic Reviews 2009, Issue 1. Art. No.: CD002962. DOI: 10.1002/14651858.CD002962.pub2.

Smith CA. (2010) Homoeopathy for induction of labour. Cochrane Database Syst Rev. 2010;(4):CD003399.

Kistin SJ, Newman AD. (2007) Induction of labor with homeopathy: a case report. J Midwifery Womens Health. 52(3):303-7.

Modlock J, Nielsen BB, Uldbjerg N. (2010) Acupuncture for the induction of labour: a double-blind randomised controlled study. BJOG. 117(10):1255-61. doi: 10.1111/j.1471-0528.2010.02647.x. Epub 2010 Jun 24.

1 commentaire:

  1. Je suis un peu étonnée que vous n'avez pas expliqué que les dilutions extrêmes des produits homéopathiques font en sorte qu'ils sont essentiellement des placébos.

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