6 février 2013

L'approche de la mère face à l'alimentation influencerait son choix d'allaiter ou non

L'alimentation d'un enfant peut être une source d'inquiétudes pour bien des parents. Mange-t-il assez? Au contraire, mange-t-il trop? Si certains parents choisissent d'intervenir pour gérer l'alimentation de leur tout-petit, d'autres choisissent de laisser ces décisions à l'enfant en supposant que celui-ci saura reconnaître ses besoins. Et si ces différentes approches étaient observables dès la naissance? C'est ce que des chercheurs semblent avoir découvert dans une étude publiée récemment dans la revue PLOS One.

Les chercheurs américains ont en effet remarqué que le mode d'alimentation choisi par la mère semblait associé à l'approche de cette dernière face à l'alimentation de son bébé. Pour en arriver à cette conclusion, les auteurs ont interrogés 384 mères sur la façon dont leur bébé était nourri à la naissance et sur leur approche par rapport à l'alimentation.

C'est ainsi qu'ils ont pu remarquer que les mères qui allaitaient avaient moins tendance soit à encourager leur bébé à boire davantage (en minutant la durée des tétées ou en réveillant leur bébé pour qu'il continue à boire), soit à limiter la quantité de lait consommée (en espaçant les tétées par exemple) que les mères qui utilisaient des préparations commerciales pour nourrissons (PCN) pour nourrir leur enfant. Les mères allaitantes étaient aussi moins préoccupées par le gain de poids de leur bébé. Par ailleurs, lorsqu'un bébé allaité était sevré, plus le sevrage survenait tôt, plus la mère avait une approche interventionniste dans l'alimentation de son bébé.

Il est aussi intéressant de noter que les mères qui offraient leur propre lait au biberon avaient plus tendance à encourager le bébé à boire davantage que les mères qui offraient des PCN. Elles ne limitaient toutefois pas la quantité de lait consommé par leur bébé de façon significative. Par ailleurs, le moment d'introduction des solides semblaient aussi être associé à l'approche de la mère par rapport à l'alimentation.

Selon les chercheurs, deux hypothèses pourraient expliquer ces observations.

D'une part, étant donné que l'allaitement à la demande est nécessaire à l'établissement d'une bonne production de lait et qu'il est difficile de savoir exactement la quantité de lait consommé par un bébé lors de la tétée, les mères allaitantes modifieraient peut-être leur approche de l'alimentation pour s'adapter aux exigences de l'allaitement.

D'autre part, l'inverse serait aussi possible. C'est-à-dire qu'il se pourrait que les mères qui se sentent plus à l'aise avec une approche plus interventionniste de l'alimentation soient plus attirées par l'alimentation au biberon pour leur enfant puisqu'elle leur permet une plus grande impression de contrôle.

En conclusion, le degré d'interventionnisme d'une mère face à l'alimentation de son enfant pourrait avoir un impact sur le choix du mode d'alimentation à la naissance du bébé. Cette observation pourrait donc nous aider à mieux comprendre les motivations qui influencent une mère lorsqu'elle décide d'allaiter ou non. De plus, cela pourrait nous amener à revoir notre façon d'aider les mères qui vivent des difficultés d'allaitement en tenant compte des perceptions que celles-ci entretiennent par rapport à l'alimentation.

Référence:
Brown A, Lee M (2013) Breastfeeding Is Associated with a Maternal Feeding Style Low in Control from Birth. PLoS ONE 8(1): e54229. doi:10.1371/journal.pone.0054229

5 commentaires:

  1. Très intéressant. Nous avions justement cette discussion hier avec mon mari. En effet, notre fille de 5 mois et demi est pour le moment exclusivement allaitée, ce depuis la naissance. Elle va à la crèche depuis qu'elle a trois mois et je fournis donc des biberons de mon lait (nous sommes en France et je suis donc la seule à le faire... Quand on va faire l'introduction des solides et que je vais continuer à amener mon lait on va définitivement passer dans la case originaux bobo écolo)... Bref, ces derniers temps elle prend moins de lait à la crèche, passant le moment du biberon à, je cite "regarder partout, jouer avec ses pieds" et "vous vous rendez compte elle n'a bu que 100 ml et 110 ml (au lieu de 2 x 200)". Alors que les autres parents peuvent passer des heures à disserter sur une différence de 10 ml de lait industriel d'un jour à l'autre, avec son père notre réaction est toujours de dire: Très bien, elle a pris ce dont elle a besoin. Des fois elle se rattrape le soir au sein, des fois pas, elle grandit correctement (bon dans les carnets de santé français les courbes sont celles des bébés nourris au lait industriel donc au niveau poids elle est dans la tranche inférieure, mais dans la supérieure niveau taille, et je "contrôle" avec les courbes de l'OMS)... Je ne vais pas dire que je m'en fous (mère indigne que je suis ;-)) mais pas loin: elle est en pleine forme, joyeuse, épanouie, souriante, éveillée donc je pars du principe qu'elle sait ce qu'elle fait et que par ailleurs, lui apprendre à avoir confiance dans ses propres sensations de satiété est un beau cadeau à lui faire (de mon côté je lutte toujours avec un rapport conflictuel à la nourriture qui date de l'enfance). Je constate cependant ce besoin de contrôle de certaines mères et certains médecins (combien de tétées? je réponds la réponse attendue, pas la réalité qu'on me foute la paix). Au delà du besoin de contrôle des mères, j'y vois le besoin de contrôle d'une société qui veut que tout soit normé et rentre dans des cases...

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    1. J'aime beaucoup votre façon d'aller au delà des chiffres et des mesures: "elle est en pleine forme, joyeuse, épanouie, souriante, éveillée donc je pars du principe qu'elle sait ce qu'elle fait". C'est en effet le meilleur indicateur de la santé d'un enfant!

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  2. C'est intéressant parce que dans la décision des mères d'allaiter ou non, celles qui ne le souhaitent se justifient souvent (non pas qu'elles aient à le faire hein ! mais je cite les "raisons" que j'ai déjà entendues) en termes de pudeur (ou de rapport conflictuel à leur corps, leur féminité), d'autres fois en termes de "liberté" (ne pas être "à la disposition" de l'enfant dès qu'il manifeste l'envie de téter) mais je n'avais jamais pensé à la raison que vous évoquez tout à la fin et qui paraît très pertinente :
    "De plus, cela pourrait nous amener à revoir notre façon d'aider les mères qui vivent des difficultés d'allaitement en tenant compte des perceptions que celles-ci entretiennent par rapport à l'alimentation."
    C'est vrai que par exemple, on répète souvent aux adultes qu'il ne faut pas grignoter, qu'il vaut mieux manger à heure fixe et non pas par petites quantités en permanence... du coup ça peut être déboussolant de s'entendre dire qu'un bébé au sein doit pouvoir manger quand il veut, sans autre règle que l'écoute de ses envies.
    C'est peut-être pour ça que l'allaitement m'a paru évident : parce que moi-même, j'aime manger ce qui me fait envie, quand l'envie me prend ;-)

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    1. Oui, ce double discours (contrôle des repas pour les adultes et allaitement à la demande pour les bébés) peut semer beaucoup de confusion dans l'esprit des nouveaux parents.

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  3. Encore un éclairage sur un point de vue très intéressant, et nouveau pour ma part, je n'y avais pas pensé, mais en effet, cela colle avec ce que j'observe autour de moi !
    Et du coup, oui, je rejoins le premier commentaire: cette angoisse autour de l'alimentation commence dès le berceau, et se poursuis toute la vie. Je ne suis pas confrontée à des problèmes de poids, mais ce que je peux lire/entendre me fait écho avec cette attitude: on veut tout contrôler, mais du coup, la machine peut dérailler et le contraire se produire: manger plus que nécessaire! (en dehors de tout problème de maladie).
    Peut-être donc qu'une véritable aide aux mamans (et papas !!!) serait de rassurer sur les capacités de régulation de leur enfant, en dehors de toute décision d'allaitement ou pas, car c'est valable aussi pour la suite de l'alimentation.
    Sans jeter la pierre aux professionnels de santé, il y a quand même une sorte de pression "sociétale" sur "il prend trop/pas assez" et puis après "il/elle est trop gros/se" (à 6 ou 8 ans???). Et donc les médecins et autres "pros" pourraient au contraire rassurer au lieu d'abreuver de questions "anxiogènes"...
    Vaste programme !

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