13 juin 2012

Allergies et allaitement

Le rôle de l’allaitement dans la protection des allergies est plutôt controversé.

Les études semblent démontrer que l’allaitement exclusif pendant 3 à 4 mois réduit l’incidence de l’asthme, des dermatites atopiques et de l’eczéma par 27 % dans les populations à faible risque et par 42 % dans les populations avec un historique familial d’allergies.

Le phénomène  s'expliquerait par le fait que le système immunitaire de l’enfant n’est pas complètement fonctionnel à la naissance. Lorsqu’on attend l’âge de 4 à 6 mois pour introduire des protéines étrangères, le système immunitaire de l’enfant a plus de temps pour se développer et les réponses allergiques peuvent être minimisées ou même évitées complètement. De plus, la consommation exclusive de lait maternel facilite la maturation de la barrière des intestins et procure aussi une barrière passive contre les molécules  potentiellement antigéniques jusqu’à ce que le bébé développe ses propres barrières naturelles.

Pour cette raison, dans son document intitulé Prevention of Allergy and Allergic Asthma, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d’allaiter exclusivement pour les six premiers mois de vie.


Il existe toutefois des réserves par rapport à ces résultats. D'une part, on peut se demander si les enfants provenant d’une famille avec un historique d’allergies sont plus susceptibles d’être allaités car les parents savent que l’allaitement a un effet protecteur. D'autre part, lorsqu’on dit qu’un enfant est allaité, est-ce que cela signifie que l’enfant n’a pas reçu d’autres nutriments? En 1988, Kramer s’était penché sur 22 rapports de recherche concernant l’allaitement et les allergies et concluait que la présence d’erreur dans la méthodologie de ces recherches rendait les résultats contradictoires et sérieusement imparfaits, ce qui empêchait de tirer des conclusions définitives.

Enfin, la nature complexe du lait maternel rend les conclusions difficiles à tirer. En effet, les molécules présentes dans le lait maternel pourraient parfois sensibiliser, parfois protéger selon le cas.

En conclusion, plusieurs organisations dont l’OMS croit que l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois de vie est une bonne façon de prévenir les allergies. Il n’existe toutefois pas de recherches concernant les effets de l’allaitement prolongé. Il y a en effet des composantes du lait maternel qui protègent contre les allergies mais nous ignorons si celles-ci jouent encore un rôle après les premiers mois de vie.

Références:

American Academy of Pediatrics. (2012) Policy Statement: Breastfeeding and the Use of Human Milk, SECTION ON BREASTFEEDING. Pediatrics 2012; 129:3 e827-e841

Friedman, N. J.,  & Zeiger,  R. S. (2005) The role of breast-feeding in the development of allergies and asthma. J Allergy Clin Immunol . 115:1238-48.

Riordan, J., & Wambach, K. (2010). Breastfeeding and Human Lactation (4th ed.). Sudbury: Jones and Bartlett.

World Health Organization (WHO). Prevention of allergy and allergic asthma. WHO, Geneva, 2003.

3 commentaires:

  1. Merci pour ce texte très éclairant même si les résultats de ces recherches ne sont pas nécessairement concluants. J'allaite mon fils de 8 mois et demi qui souffre d'eczéma depuis qu'il a 5 mois environ donc avant que j'introduise les solides. J'hésite à le sevrer bientôt mais j'aimerais retrouver un peu de liberté. Surtout, je ne sais pas quoi lui donner si ce n'est mon lait : lait de vache, lait de soya, lait de chèvre? Y a-t-il selon toi une alternative moins susceptible de susciter des réactions liées à l'eczéma?

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  2. Les produits laitiers sont des allergènes fréquents et les enfants allergiques au lait de vache ont parfois des réactions croisées avec le soya. Au Québec, la recommandation générale est d'attendre l'âge de 1 an pour introduire le lait de vache, en particulier lorsqu'il y a un historique d'allergie.
    Enfin, dans le guide Mieux vivre avec son bébé,de la grossesse à deux ans, on peut lire: Certaines personnes recommandent le lait de chèvre pour
    prévenir ou traiter l’allergie aux protéines du lait de vache. Malheureusement, le lait de chèvre provoque souvent les mêmes réactions que le lait de vache. De plus, 80 % des enfants allergiques au lait de vache sont aussi allergiques au lait de chèvre.

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  3. Merci Kathleen! Morale de l'histoire : toujours consulter son Mieux-Vivre avant de faire quoi que ce soit! Je vais donc attendre, je crois, pour le sevrage...

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