15 avril 2012

Question de la semaine: Un accouchement difficile peut-il causer un syndrome de stress post-traumatique?

Cette semaine, j'aborde un sujet proposé par Élise Gaulin: le stress post-traumatique vécu par certaines femmes suite à l'accouchement.

La naissance est un moment de transition important dans la vie d'une femme et peut amener un sentiment d'accomplissement. Malheureusement, pour certaines l'accouchement est vécu comme un évènement traumatisant qui leur laisse des séquelles physiques et émotionnelles, ce qu'on appelle un syndrome de stress post-traumatique.  D'après différentes études, 1 à 6 % des femmes développent un tel syndrome suite à leur accouchement.

En absolu, le stress post-traumatique suivant l'accouchement serait plus fréquent en milieu hospitalier mais une étude semble démontrer que cela serait dû au fait qu'il y a plus d'accouchements complexes à l'hôpital qu'à la maison.

Bien sûr, les césariennes d'urgence et la douleur intense sont associées au syndrome de stress post-traumatique. Toutefois, la gestion de l'accouchement elle-même est tout aussi importante.

Lorsqu'on interroge les femmes ayant souffert de stress post-traumatique, celles-ci mentionnent souvent des moments critiques pendant l'accouchement qu'elles revivent continuellement par la suite. Il semble que le stress post-traumatique est plus fréquent chez les femmes qui ont connu des moments critiques où elles ont ressenti de la peur ou une perte de contrôle. En effet, les femmes qui ne se sentaient pas en mesure de bien gérer la situation avait souvent plus de symptômes de stress.

Dans les sentiments qu'évoquent ces femmes, on retrouve souvent "l'impression d'être invisible ou sans contrôle" et le fait "d'être traitée de façon inhumaine". Dans certains cas, des femmes se sont même senties abusées par le personnel soignant, que ce soit via une certaine violence verbale ou par des interventions auxquelles elles n'ont pas consenties. Malheureusement, dans plusieurs de ces situations, les professionnels n'ont pas conscience d'être abusifs.

Pour éviter que d'autres femmes vivent ce type de situation on assiste présentement à un mouvement d'humanisation des naissances visant à établir des lignes de conduite à respecter au moment de l'accouchement. Ainsi, selon l'OMS, "dans le cas d'une naissance normale, il faut une raison valable pour intervenir dans le processus naturel". L'OMS suggère aussi une approche globale qui permet à la femme qui accouche de prendre part aux décisions qui la concerne. Plusieurs experts en périnatalité recommandent d'aider la femme à prendre confiance en ses capacités à donner naissance, à diminuer sa peur de la douleur et bien sûr à l'informer et lui donner l'occasion de discuter avec les intervenants.

Malheureusement, malgré une philosophie qui privilégie le respect des femmes, celui-ci est souvent conditionnel aux nécessités techniques du milieu hospitalier. Il y a donc encore beaucoup d'éducation à faire pour humaniser l'accouchement.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse. 


Références:
Vadeboncoeur, Hélène.(2005) L’humanisation des pratiques entourant l’accouchement est-elle limitée ? Le Médecin du Québec, 40(7): 77-86.

Harris R, Ayers S. (2012) What makes labour and birth traumatic? A survey of intrapartum 'hotspots'. Psychol Health.  [Epub ahead of print]

Claire A. I. Stramrood, K. Marieke Paarlberg, Elisabeth M. J. Huis In 't Veld, Leonard W. A. R. Berger, Ad J. J. M. Vingerhoets, Willibrord C. M. Weijmar Schultz, and Maria G. van Pampus. (2011) Posttraumatic stress following childbirth in homelike- and hospital settings. Journal of Psychosomatic Obstetrics & Gynecology,32:2, 88-97.

Rakime Elmir, Virginia Schmied, Lesley Wilkes,Debra Jackson.(2010) Women’s perceptions and experiences of a traumatic birth: a meta-ethnography. Journal of Advanced Nursing, 66(10): 2142–2153.

Susan Hodges.(2009) Abuse in Hospital-Based Birth Settings? J Perinat Educ. 18(4): 8–11.

3 commentaires:

  1. J'ai vécu un stress post-traumatique suite à ma césarienne d'urgence à mon premier, après 41h de travail. Quand on m'a annoncer que j'allais en césarienne, j'étais certaine que j'allais mourir. J'ai demander a mon conjoint de choisir notre enfant et de me jurer qu'il ne lui en voudrait jamais.
    Par la suite, mon allaitement à été très difficile, ce qui à causer un autre deuil pour moi.
    C'est seulement 9 mois plus tard, durant une formation pour devenir accompagnante à la naissance que j'ai fini par laisser cours à mes émotions, libérer une parti du stress et que j'ai commencer le long processus de guérison.
    Processus qui a continuer tout au long de ma 2e grossesse que j'ai terminer par un AVAC. Malheureusement, je n'ai pas pu rester à la maison avec ma sage-femme comme je le voulais, à cause de la présence de trop de méconium dans mes eaux. Ma joie a été un peu ternie par la ventouse et la coupe de cordon inutilement...

    Ça fera bientôt 4 ans que j'ai eu ma césarienne. Maintenant je n'ai plus de douleur quand j'y repense, mais c'est tout de même une blessure que je garde en moi, dans mon coeur et dans ma chaire.

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  2. J'ai aussi vécu un choc post-traumatique à ma césarienne d'urgence (moi qui voulais un accouchement naturel) : l'anesthésie n'a pas fonctionné et personne ne m'a cru. C'a fini en anesthésie générale et en dépression. Merci à des articles comme celui-ci qui m'ont permis de mettre les choses en contexte et passer par-dessus.

    Ca me fait juste de la peine de penser à ce moment comme le pire moment de ma vie...

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  3. Je travaille de temps en temps avec des femmes qui ont vécu un ÉSPT via le massage shiatsu et les résultats sont très bons. Je peux aussi vous dire que j'ai vu des femmes avec ce troubles après une naissance en maison de naissance aussi. Oui il y a plus de chance que cela ce produisent en milieu hospitalier, mais il ne faut pas penser qu'un suivi plus humain et proche de la mère enlève toute possibilté à ce trouble de ce produire.
    Merci de vos articles, je suis heureuse de voir qu'on en parle plus maintenant et que même les chercheurs se penchent la-dessus.

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