30 décembre 2015

Accoucher à domicile aussi sécuritaire qu'accoucher à l'hôpital

Au Québec, les femmes enceintes suivies par des sages-femmes peuvent accoucher en maison de naissance, à l’hôpital ou à la maison. Cependant, plusieurs personnes considèrent encore l’accouchement à la maison comme risqué, et ce, malgré des recherches réalisées un peu partout dans le monde démontrant le contraire. Une étude effectuée plus près de chez nous, en Ontario, et qui vient tout juste de paraître dans le Canadian Medical Association Journal confirme une fois de plus que l’accouchement à domicile, lorsqu’il est bien encadré, est aussi sécuritaire que l’accouchement à l’hôpital pour les grossesses à faible risque.

Pour réaliser cette étude, les chercheurs ontariens ont épluché les dossiers de plus de 22 000 femmes qui ont donné naissance avec le soutien d’une sage-femme. Ils ont ensuite réparti ces futures mères selon l’endroit qu’elles avaient choisi pour accoucher au début de leur travail : l’hôpital ou le domicile. Les sages-femmes de l’Ontario ne pratiquent effectivement pas d’accouchements dans des maisons de naissance d’après le Ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario.

Les résultats des chercheurs sont sans équivoque. La fréquence de bébés mort-nés ou de nourrissons décédés dans les 28 jours suivant la naissance est la même, peu importe le lieu prévu pour l’accouchement. Par conséquent, lorsqu’une future mère est accompagnée par une sage-femme, l’accouchement planifié à la maison et à l’hôpital sont aussi sécuritaires l’un que l’autre. L’étude ne permet toutefois pas de comparer la sécurité de ces accouchements à celle des naissances supervisées par un médecin.

Une des forces de cette étude est d’avoir évalué les accouchements non pas en fonction du lieu où ils se terminent, mais plutôt en fonction du choix de la mère. En effet, lorsque les chercheurs se fient seulement au lieu de naissance final, cela favorise les accouchements à domicile puisque les accouchements avec complications se terminent à l’hôpital. De plus, cela permet de démontrer que les femmes qui veulent accoucher à la maison, mais qui nécessitent des soins plus complexes en cours de travail sont efficacement transférées à l’hôpital. L’étude révèle d’ailleurs que 25 % des femmes qui avaient choisi d’accoucher à la maison ont été transférées en centre hospitalier.

Selon les chercheurs, leurs résultats indiquent que le fait d’avoir des services sages-femmes intégrés au système de santé permet les transferts d’urgence lorsque cela est nécessaire et assure donc la sécurité des mères et de leur bébé. Par ailleurs, la sélection des femmes ayant accès aux services sage-femme assure que les grossesses à risque seront bien suivies par un médecin.

Des avantages ?
L’étude des chercheurs ontariens indique également que l’accouchement planifié à la maison pourrait contribuer à réduire le nombre d’interventions pratiquées pendant le travail. Sans grande surprise, les femmes qui ont choisi d’accoucher à la maison étaient 2,5 fois moins susceptibles d’avoir recours à des méthodes pharmacologiques pour contrôler la douleur (16 % vs 42 %). Les femmes qui souhaitaient accoucher à la maison étaient aussi plus nombreuses à avoir vécu un accouchement vaginal spontané, sans instruments (forceps ou ventouses), sans administration d’ocytocine synthétique et sans rupture artificielle des membranes. Ces résultats confirmeraient une croyance populaire voulant que les sages-femmes interviennent davantage lorsqu’elles sont en milieu hospitalier. Il serait toutefois possible également que les femmes qui choisissent d’accoucher à la maison aient des caractéristiques particulières qui expliqueraient ces différences.

Au printemps dernier, le National Institute for Health and Care Excellence de Grande-Bretagne déclarait que les accouchements à la maison étaient plus sécuritaires que ceux à l’hôpital pour les grossesses à faible risque. De plus, en 2012, une revue Cochrane concluait que des services sages-femmes soutenus par le système de santé devraient être offerts aux femmes avec une grossesse à faible risque. Les résultats de l’équipe ontarienne semblent donc aller dans le même sens. Une bonne nouvelle pour les sages-femmes québécoises qui offrent des services tout à fait similaires à ceux de leurs consœurs ontariennes.

Sur l'accouchement à domicile:
Quand la peur du risque limite nos choix
Droits ou caprices: L'autonomie des femmes lors de l'accouchement

Sources: 
Eileen K. Hutton et al. (2015) Outcomes associated with planned place of birth among women with low-risk pregnancies. CMAJ.