9 septembre 2015

Maison de naissance: l'expérimentation française

Pendant qu’au Québec, on tente de mettre en place davantage de maisons de naissance, la France se réjouit plutôt de l’adoption en août dernier d’un décret qui permet la mise en place des premières maisons de naissance expérimentales. Une expérimentation qui pourrait bien marquer le début de la démédicalisation de la naissance en France, selon un article publié dans le Journal International de Médecine.

Le Dr Bertrand de Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens français et auteur du texte dans le Journal International de Médecine, rappelle que les sages-femmes françaises ont longtemps été indépendantes, mais que l’apparition de l’obstétrique médicalisée dans la 2e partie du 20e siècle les a vite placées sous l’autorité des médecins accoucheurs. En 2015, cette situation perdure. « L’écrasante majorité des sages-femmes qui pratiquent des accouchements en France sont salariées d’un hôpital ou d’une clinique, confirme Marianne Niosi, co-présidente de l'organisme Comme À La Maison. Leur travail est sans doute comparable à celui d’une infirmière obstétrique québécoise. »

Bien que les sages-femmes françaises aient toutes les qualifications requises pour suivre un accouchement de la conception aux premières minutes de l’allaitement, leur position dans le système de santé français est loin d’être idéale. « Un accouchement en hôpital reste une affaire régie par les protocoles médicaux qui sont de plus en plus stricts et pas du tout physiologiques, déplore Marianne Niosi. Ainsi, les sages-femmes françaises sont très peu formées à l’accouchement naturel. »

Depuis les années 2000, les sages-femmes réclament toutefois plus d’autonomie. « S’appuyant sur le constat que 80 % au moins des grossesses dont de déroulement normal, elles se proposent d’en être les professionnelles reconnues, explique Dr de Rochambeau. L’aspect le plus abouti de cette autonomie est “la maison de naissance”, lieu dépourvu de médecins où exercent exclusivement des sages-femmes. »

De vraies maisons de naissance et plus de choix pour les mères
Jusqu’à présent, il était tout de même possible d’avoir un suivi dans des semblants de maisons de naissance en France. Des centres hospitaliers « bienveillants » offraient en effet des espaces au sein des maternités où les sages-femmes, libérales ou salariées, pouvaient suivre des grossesses à faible risque. « La désignation “maison de naissance” ne convient pas tout à fait à ces endroits puisque l’accouchement lui-même doit avoir lieu dans les locaux du service d’obstétrique partenaire s’il s’agit d’une sage-femme libérale », souligne toutefois Marianne Niosi. Dans les autres cas où la sage-femme est employée de l’hôpital, son supérieur est un gynécologue-obstétricien, ce qui limite ainsi l’autonomie requise pour une maison de naissance.

L’adoption de ce nouveau décret permettra la mise en place de véritables maisons de naissances qui seront cependant expérimentales. Plusieurs conditions sont toutefois nécessaires pour qu’un projet de maison de naissance soit accepté. « Il faut que la maison de naissance soit dans le même ensemble hospitalier que le service obstétrique partenaire, explique Marianne Niosi. C’est une limite énorme pour les projets qui ont très peu de temps pour monter un dossier de candidature. » Cet avis est d’ailleurs partagé par Dr de Rochambeau. « Les délais sont très courts pour mettre en route cette expérimentation, les dossiers doivent être déposés pour le 15 septembre pour un début avant le 6 décembre 2015, date butoir définie par la loi, écrit-il dans JIM. Il y aura donc très peu de maisons de naissance en expérimentation en France. »

D’autant plus, qu’il pourrait être difficile de convaincre les départements d’obstétriques. Comme en témoigne le texte de Dr de Rochambeau, les gynécologues-obstétriciens sont très réticents devant cette expérimentation, car ils craignent que la sécurité des naissances en France soit menacée. « Car c’est sur eux [les gynécologues-obstétriciens] que reposera la gestion aveugle du haut risque. La première règle de l’obstétrique moderne, anticiper, n’est pas respectée », s’inquiète-t-il.

Les sages-femmes salariées travaillant dans un hôpital devront aussi assumer les conséquences de l’expérimentation. « On demande que les sages-femmes soient libérales, précise Marianne Niosi. Donc, les projets qui fonctionnaient avec des hospitalières sont exclus, à moins qu’elles veuillent renoncer à ce statut. »

Malgré ces limites, le cahier des charges élaboré par le gouvernement est bien reçu par les sages-femmes et leurs associations. « Si l’expérience est concluante, nous espérons que les maisons de naissance seront légalisées et qu’elles feront partie des options “standard” offertes aux femmes, mentionne Marianne Niosi. Nous espérons aussi que les mentalités auront eu le temps d’évoluer et que les maisons de naissances non attenantes seront autorisées. »

L’expérimentation des maisons de naissance est peut-être le début d’un mouvement plus grand pour humaniser les naissances en France. « Notre objectif est la reconnaissance de l’accouchement physiologique et des pratiques sages-femmes qui le permettent, raconte Marianne Niosi. Il n’est pas interdit de rêver qu’une expérimentation réussie contribue à changer les mentalités dans le monde de l’obstétrique et mène à une meilleure formation des sages-femmes et des médecins à la physiologie. Pour que les femmes aient plus de choix. »

L’association Comme À La Maison milite depuis 2008 pour la création d’une maison de naissance dans l’est parisien. Pour plus d’information sur les maisons de naissance en France, on peut consulter le Collectif maisons de naissance.

À propos des maisons de naissance:

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