17 décembre 2013

Question de la semaine : L'efficacité des massages du périnée

Aujourd'hui, je réponds à la question de Mélodie Georget : "Je me demandais si l'efficacité des étirements du périnée pour prévenir les déchirures a été effectivement démontrée ou s'il s'agit au contraire d'une croyance populaire."

Les statistiques sont impressionnantes : 85 % des femmes qui accouchent vaginalement vivront une blessure du périnée, c'est-à-dire de la région où se trouvent la vulve et l'anus. Les deux tiers de ces femmes nécessiteront même des points de suture. Puisque cette situation a souvent des effets à long terme comme de la douleur et des difficultés sexuelles, certains professionnels suggèrent d'en réduire la fréquence grâce au massage du périnée.

L'idée derrière le massage du périnée, c'est d'augmenter la circulation sanguine de même que l'élasticité et la souplesse de cette région sensible. En théorie, cela a donc du sens. Mais, la véritable question : est-ce que ça marche?

D'une part, le massage périnéal peut être pratiqué pendant le deuxième stade du travail, c'est-à-dire au moment de la poussée. Dans le cadre d'une analyse des recherches existant sur le sujet, des chercheurs du collectif Cochrane ont revu huit études réalisées auprès de 11 651 femmes. Ils ont remarqué que l'utilisation du massage pendant cette étape de l'accouchement diminuait les déchirures les plus graves qu'on appelle habituellement celles du 3e ou du 4e degré.

D'autre part, certains experts croient que le massage périnéal pourrait être fait avant même l'accouchement, pendant les dernières semaines de la grossesse. Plusieurs groupes de chercheurs ont aussi étudié cette technique. Selon certains d'entre eux, son efficacité n'est pas très claire.

Par contre, le collectif Cochrane a trouvé quatre études de bonne qualité qui ont été réalisées sur le sujet, ce qui représente 2497 femmes. Les futures mères qui ont pratiqué le massage périnéal elles-mêmes ou par l'entremise de leur partenaire (1à 2 fois par semaine, à partir de la 35e semaine de grossesse) ont expérimenté une diminution globale des blessures nécessitant des points de suture.

En effet, ces femmes connaissaient moins souvent des épisiotomies, c'est-à-dire une intervention où le médecin fait une incision du périnée pour prévenir les déchirures. C'était cependant le cas uniquement pour les mères qui n'avaient jamais accouché vaginalement auparavant. Cela dit, les femmes qui avaient eu un accouchement vaginal, mais qui avaient tout de même utilisé le massage périnéal prénatal, semblaient ressentir moins de douleurs 3 mois après la naissance. Les études n'ont révélé aucun impact sur la fréquence des déchirures.

Les chercheurs concluent que les femmes enceintes devraient être informées des bienfaits potentiels du massage périnéal avant et pendant l'accouchement, d'autant plus qu'aucun effet négatif n'a été rapporté. Mentionnons cependant que plusieurs autres facteurs peuvent influencer le risque de blessures du périnée, dont la position d'accouchement ou la vitesse à laquelle celui-ci se déroule. Pour diminuer cette statistique impressionnante, un travail à plusieurs niveaux est donc nécessaire.

Chaque semaine, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le développement de l'enfant? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références :
Aasheim V, Nilsen AB, Lukasse M, Reinar LM. (2011) Perineal techniques during the second stage of labour for reducing perineal trauma. Cochrane Database Syst Rev. 2011 Dec 7;(12):CD006672. doi: 10.1002/14651858.CD006672.pub2.

Fahami F, Shokoohi Z, Kianpour M. (2012) The effects of perineal management techniques on labor complications. Iran J Nurs Midwifery Res. 17(1):52-7.

Karaçam Z, Ekmen H, Calişir H. (2012) The use of perineal massage in the second stage of labor and follow-up of postpartum perineal outcomes. Health Care Women Int. 33(8):697-718. doi: 10.1080/07399332.2012.655385.

Kalichman L. (2008) Perineal massage to prevent perineal trauma in childbirth. Isr Med Assoc J. 10(7):531-3.

Mei-dan E, Walfisch A, Raz I, Levy A, Hallak M. (2008) Perineal massage during pregnancy: a prospective controlled trial. Isr Med Assoc J. 2008 Jul;10(7):499-502.

Beckmann MM, Stock OM. (2013) Antenatal perineal massage for reducing perineal trauma. Cochrane Database Syst Rev. 2013 Apr 30;4:CD005123. doi: 10.1002/14651858.CD005123.pub3.

4 commentaires:

  1. Bonjour,
    ce sujet est en effet captivant !
    Cependant, j'apporte ici une vision légèrement différente par rapport à l'analyse des études. Les études citées ici exprimes dans les conclusions que le massage diminue les déchirures/ traumas du périnée 1-2-3-4 degré. Cependant, si nous lisons l'étude au complet, on se rend compte qu'au fait, il diminue les taux d'épisio qui eux, entrent dans la catégorie de trauma du périnée. J'ai mis le détails en bas de la revue Cochrane (Beckmann...). Alors pourquoi celles qui font le message ont moins d'épisio? On peut facilement s’imaginer le personnel hospitalier et les femmes participent à une étude sur le massage versus les traumas. Est-ce que simplement tout le monde est plus conscient et ils sont naturellement obligés de moins intervenir car les yeux des chercheurs sont sur eux?

    De plus le 85% de déchirure est tiré d'études fait en centre hospitalier: décubitus dorsal, péri, instrumentalisation....donc assez normal d'avoir des taux de 85%. Cependant, dans un contexte hors centre hospitalier les taux chutent drastiquement.
    Dans un contexte peu interventionniste, les déchirures graves sont rares.

    Et puis, si on décide d'orienter nos réflexions sur le sens que l'on donne à la déchirure. Sur ce phénomène que l'on doit éviter comme la peste. Tout ce qu'on peut faire pour espérer ne pas déchirer comme le massage, Épi-No, les compresses, l'huile, le ralentissement de la tête, flexion de la tête et tout pleins d'autres choses.

    « Et si on se disait que c’est normal pour le périnée de déchirer, le corps guérira et que ce n’est pas un échec (Rachel Reed, 2010). Quant à Poitel, elle ajoute l’idée suivante :
    Ce nouveau mythe qu’est le massage périnéal qui est en train de s’installer est déjà lourd d’effets : - Il est dans la droite ligne de l’épisiotomie : il faut intervenir… si ce n’est pas durant l’accouchement, ce sera dans les derniers mois de grossesse. – Il sous-tend la même idée que la femme est décidément mal faite… avant on coupait, maintenant il faut étirer (Poitel, 2007, p. 128).


    Merci de permettre la réflexion!!!
    Sincèrement,
    Maude Poulin


    Tiré de la revue Cochrane : Antenatal perineal massage for reducing perineal trauma.

    Authors’ conclusions
    Antenatal perineal massage reduces the likelihood of perineal trauma (mainly episiotomies) and the reporting of ongoing perineal pain and is generally well accepted by women. As such, women should be made aware of the likely benefit of perineal .
    massage and provided with information on how to massage.

    Et le détails:
    (B) 1st degree perineal tear
    There was no difference in the incidence of 1st degree perineal tear overall (four trials, 2417 women, RR 0.95 (95% CI 0.78 to 1.16)) or in any subgroup.

    (C) 2nd degree perineal tear
    There was no difference in the incidence of 2nd degree perineal tear overall (three trials, 2417 women, RR 0.98 (95% CI 0.84 to 1.15)) or in any subgroup.

    (D) 3rd or 4th degree perineal trauma
    There was no difference in the incidence of 3rd or 4th degree perineal trauma overall (three trials, 2417 women, RR 0.81 (95% CI 0.56 to 1.18)) or in any subgroup.

    (E) Incidence of episiotomy
    Women who practised perineal massage were 15% less likely to have an episiotomy (three trials, 2417 women, RR 0.85 (95% CI 0.75 to 0.97), NNT 23 (13 to 111)). Again this reduction was statistically significant for women without previous vaginal birth only (three trials, 1925 women, RR 0.85 (95% CI 0.74 to 0.97), NNT 20

    (11 to 110)). Only the subgroup of women who massaged up to an average of 1.5 times per week experienced a statistically significant reduction in the incidence of episiotomy (two trials, 1500 women, RR 0.72 (95% CI 0.57 to 0.91), NNT 12 (7 to 31)). No such effect was seen in women who massaged more frequently.

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    1. Je crois qu'il y a un malentendu puisque dans mon billet, j'écris : « Les études n'ont révélé aucun impact sur la fréquence des déchirures. »
      Les conclusions du collectif Cochrane mentionnaient en effet un impact seulement sur le besoin de points de suture et sur la fréquence des épisiotomies. Je n'ai jamais écrit que le massage périnéal prénatal protégeait contre les déchirures du 1e-2e-3e-4e degré.

      Cela étant dit, vous avez raison que l'on peut se questionner sur la pertinence d'éviter à tout prix toute déchirure et sur les impacts sur le sentiment de confiance de la mère.

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    2. bonjour,
      J’ai bien compris votre démarche et ne la remet pas en question. Je me questionnement plus sur les mots utilisés et leurs évolutions dans le texte. Quand je parle de degré, c’est simplement que je souhaite clarifier la définition de trauma/ blessure du périnée: les 4 degrés + épisio+autres blessures.
      La vision que j'exprime, c'est le flou des conclusions de recherche.

      Généralement, quand les femmes parlent de massage, c’est dans l’idée de peut etre moins ou pas déchirer. Ce n’est pas pour prévenir une épisio quasi systématique?

      Cependant, dans les lignes importantes des textes et conclusions, on met de l'avant ceci: Elles ont expérimenté une diminution globale des blessures nécessitant des points de suture. Ou encore: Antenatal perineal massage reduces the likelihood of perineal trauma et puis on met entre parenthèse ceci: (mainly episiotomies). Et puis toujours, si nous lisons plus loin, plus bas, plus longtemps, on découvre ce qui importe peut-etre le plus pour les femmes : Il ne semble pas avoir de relation entre le massage et la diminution de déchirure dans cette étude comme dans beaucoup d’autres. Est-ce que je suis plus claire comme ça?

      Sincèrement, Maude Poulin

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    3. Oui, je comprends votre point de vue. C'est d'ailleurs l'un des défis de la vulgarisation scientifique : remettre des résultats en contexte et s'assurer qu'ils seront bien interprétés. Certaines études sont un peu plus difficiles que d'autres à traiter.

      Par ailleurs, je crois que l'autre facteur qui rend l'interprétation difficile dans ce cas, c'est que les chercheurs considèrent que le massage périnéal prénatal n'a pas d'effets négatifs. Ils croient donc que peu importe que l'efficacité soit démontrée pour une épisiotomie ou une déchirure, il devrait être proposé aux femmes. Pourtant, ce n'est pas nécessairement le cas comme vous le faites judicieusement remarquer en parlant de l'impact sur la perception qu'a la femme de sa capacité à accoucher.

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