10 mai 2013

Maternage proximal et féminisme sont-ils compatibles?

Au grand dam de certaines féministes comme Elisabeth Badinter, pour ne nommer que celle-là, le maternage proximal est en vogue. Cette vision de l'éducation de l'enfant dont le but est de créer un attachement sécurisant avec celui-ci en augmentant la sensibilité à ses besoins et à ses signaux est en effet décrié par certains comme une approche non-féministe qui ferait reculer la situation de la femme. Cependant, est-ce vraiment le cas?

Des chercheurs de la Virginie ont voulu déterminer si les femmes féministes endossaient les pratiques derrière le maternage proximal. Pour ce faire, ils ont interrogés 431 femmes à l'aide d'un sondage en ligne. Par leurs réponses, ses femmes ont pu être réparties en quatre groupes: les mères féministes, les féministes sans enfant, les mères non-féministes et les femmes non-féministes sans enfants.

Lorsqu'on a demandé à ces femmes d'évaluer différentes pratiques spécifiques au maternage proximal (allaitement prolongé, co-dodo et portage), les femmes féministes étaient plus nombreuses à les soutenir que les femmes non-féministes. Au contraire, les femmes non-féministes favorisaient davantage les routines plus fermes pour les enfants.

Par ailleurs, les mères non-féministes étaient celles qui avaient le plus de préjugés par rapport au féminisme et au maternage proximal. Ces dernières croyaient en effet que les féministes ne seraient pas très intéressées par le maternage proximal vu le temps et l'effort nécessaire pour le pratiquer. Cette vision rejoint d'ailleurs le stéréotype courant de la féministe trop carriériste pour prendre soin de ses enfants.

Étrangement, les mères féministes elles-mêmes avaient des idées préconçues sur le sujet. Elles se décrivaient plutôt comme des féministes atypiques en raison de leur intérêt pour le maternage proximal.

Les résultats de cette étude semblent donc démontrer que les stéréotypes existant sur l'incompatibilité entre le maternage proximal et le féminisme ne sont pas représentatifs de la réalité. Ces données obligeront peut-être certaines personnes à admettre que pour certaines femmes la maternité n'est pas un obstacle à leur épanouissement et peut même y être essentiel.

Références:
Miriam Liss, Mindy J. Erchull. (2012) Feminism and Attachment Parenting: Attitudes, Stereotypes, and Misperceptions. Sex Roles; DOI: 10.1007/s11199-012-0173-z

Springer (2012, June 11). Are feminism and attachment parenting practices compatible?. ScienceDaily. Retrieved May 8, 2013, from http://www.sciencedaily.com­ /releases/2012/06/120611134241.htm

3 commentaires:

  1. Je trouve déroutant qu'on puisse trouver "non féministe" le maternage proximal... personnellement, je ne sais pas si je suis "féministe", mais je travaille à plein temps, après des études longues, je suis partisanes de l'égalité des sexes, et... j'ai trois enfants, tous allaités, portés, cododotés, couches lavablés (pas le troisième, pour les couches lavables, je n'ai plus assez de bras)... et j'ai l'impression que c'est loin de compliquer ma vie de femme... et donc que c'est parfaitement compatible avec le féminisme...

    Nous sommes des mammifères, nos enfants sont de petits mammifères, qui ont besoin de proximité avec leurs parents pour survivre, tant qu'ils ne sont pas physiquement autonomes... si on leur donne cette proximité, ils deviennent (à mon sens) autonomes, certes vers 3 ans, mais réellement autonomes, sûrs d'eux, et pas forcément convaincus que la femme fait la vaisselle et change les courses pendant que l'homme est au travail... bref... étonnant qu'on imagine que le maternage proximal ait un lien négatif au féminisme...

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  2. Pour ma part, je trouve qu'il est difficile de concilier féminisme et maternage proximal. Peut-être qu'on pourrait concilier féministe et PARENTAGE proximal, mais on ramène toujours ça à un MATERNAGE, aux responsabilités de la mère: allaiter, se lever la nuit, porter le bébé. J'ai allaité, j'ai quand même aimé ça, mais j'ai tellement trouvé que c'était le noeud de l'inégalité entre mon chum et moi que j'aurais aimé et peut-être du accepter l'introduction de plus de biberons. C'est pas parce qu'on a des enfants qu'on a moins de besoins d'individualité, et ça fait du bien d'avoir, comme les pères, des moments loin du bébé, des moments à soi, ou on est une individue. Et pas juste des moments: au quotidien, il faut interpeller la division sexuelle du travail, et le maternage proximal fait porter la majeure partie du fardeau aux femmes.

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    1. Comme les chercheurs interviewaient des femmes, je crois que cela explique que j'ai utilisé le terme maternage. Bien sûr, la participation du père est primordiale pour qu'une femme trouve un équilibre entre ses besoins et ceux de son enfant. Vous avez donc raison qu'on devrait plutôt parler de parentage proximal. En anglais, les scientifiques utilisaient d'ailleurs le terme « parenting ».

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