23 janvier 2013

Les suppléments prénataux et la dépression post-partum

On recommande de plus en plus aux femmes de consommer des suppléments nutritionnels pendant leur grossesse. En effet, plusieurs d'études reconnaitraient leurs bénéfices pour l'enfant à naître. On sait toutefois peu de choses sur l'impact que cela pourrait avoir sur la mère. Des chercheurs de l'Alberta ont donc voulu déterminer si la prise de suppléments pendant la grossesse pourrait diminuer les risques de dépression post-partum.

L'équipe a suivi 475 femmes enceintes pendant et après leur grossesse. À plusieurs occasions, on a demandé à ces mères si elles prenaient des suppléments alimentaires et, si oui, de quels types. On a également fait passer aux mères un bref questionnaire pour évaluer si elles étaient dépressives. Pour les besoins de l'étude, les chercheurs se sont concentrés uniquement sur les suppléments de vitamines, de minéraux et d'acides gras.

L'analyse statistique a donc révélé que la plupart des suppléments n'avaient pas d'impact significatif sur la dépression post-partum. En fait, seul le sélénium semblait important puisque les femmes qui n'en avaient pas consommé dans leurs suppléments prénataux avaient une fréquence de dépression plus élevée. Selon les chercheurs, leur étude ne serait pas la première à faire un lien entre la dépression et les taux de sélénium. Toutefois, on ne comprend pas encore bien le mécanisme qui pourrait expliquer cet effet.

À la lumière de ces résultats, les chercheurs croient qu'il serait important d'étudier plus à fond l'importance des suppléments pendant la grossesse, en particulier celle du sélénium. 

Cependant, il faut souligner que plusieurs points faibles diminuent la portée de cette étude. D'une part, il y a le fait que les données recueillies sur la prise de suppléments proviennent des mères. Il pourrait en effet y avoir des différences entre les dires des mères et la prise réelle de suppléments. D'autre part, l'étude ne contient pas de données sur les niveaux sanguins de sélénium chez ces mères. On peut donc se demander si la prise de sélénium a vraiment un effet sur les quantités disponibles chez la mère.

Enfin, et c'est selon moi la plus grosse lacune, l'étude ne fournit aucune information sur l'alimentation des mères. Il me semble en effet étrange d'étudier l'impact d'une carence en nutriments sans prendre soin d'évaluer les choix alimentaires des sujets. De plus, n'est-il pas inquiétant de voir qu'une majorité de femmes ne trouve pas dans son alimentation tous les nutriments nécessaires pour vivre une grossesse en santé? Que cela nous apprend-il sur nos habitudes alimentaires?

Comment expliquer qu'on suggère de plus en plus aux femmes de prendre toutes sortes de suppléments alimentaires mais qu'on passe si peu de temps à les aider à améliorer leur alimentation? Ce serait pourtant un apprentissage qui leur servirait toute leur vie et qui profiterait aussi à leurs enfants. Devant cette étude, je ne peux m'empêcher de penser qu'il serait peut-être temps de revoir nos façons de faire lorsque vient le temps de guider une femme dans ses choix nutritionnels.

Référence:
Leung BM, Kaplan BJ, Field CJ, Tough S, Eliasziw M, Gomez MF, McCargar LJ, Gagnon L. (2013) Prenatal micronutrient supplementation and postpartum depressive symptoms in a pregnancy cohort. BMC Pregnancy Childbirth.16;13(1):2. [Epub ahead of print]

2 commentaires:

  1. Une autre question à se poser: Quand était-il de l'allaitement après la naissance ? Car il est connu que les femmes qui n'allaitent pas ont plus de risques de dépression post-partum. Est-ce que cela a été pris en compte ?

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    1. Les chercheurs reconnaissent en effet que plusieurs facteurs ont un impact sur la santé mentale de la mère. Ils ont entre autres identifié: être née à l'extérieur du Canada, avoir des problèmes de santé chroniques, vivre plus de stress et avoir moins de support social.

      Les chercheurs n'ont toutefois pas évalué l'effet de l'allaitement malgré le fait que certaines études démontrent en effet que les femmes allaitantes ont une fréquence plus basse de symptômes dépressifs.

      Idéalement, il aurait fallu déterminer si les femmes qui prenaient des suppléments avaient plus tendance à allaiter que les femmes qui ne prenaient pas de suppléments.

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