30 juillet 2012

Question de la semaine: Peut-on allaiter après une réduction mammaire?

Cette semaine, je réponds à la question de Jeanne Caron: "Peut-on réussir un allaitement suite à une réduction mammaire?"

Lorsqu'une femme subit une réduction mammaire, il est possible qu'une partie du sein soit endommagée, ce qui pourrait par la suite nuire à sa capacité d'allaiter. Pour cette raison, le chirurgien tente habituellement de préserver les capacités de production de lait en gardant une région du sein intacte. On appelle cette région le pédoncule. Selon, la région préservée, on parle de pédoncule supérieur, inférieur, latéral ou médian.

Certains chercheurs croient donc que la région préservée pourrait avoir un impact sur les capacités d'allaitement. Ainsi, les méthodes plus conservatives (avec pédoncule supérieur) sembleraient donner de meilleurs résultats (60,7% de réussite vs 43,5% pour une chirurgie avec pédoncule inférieur) puisqu'elles permettraient de conserver un meilleur réseau sanguin et une meilleure sensibilité de l'aréole tout en évitant de retirer trop de canaux et de glandes mammaires. Par ailleurs, la chirurgie avec pédicule médian semble aussi une bonne option puisqu'une étude a révélé qu'il n'y avait pas de diminution des taux d'allaitement ni d'augmentation des niveaux de supplémentation chez les femmes ayant subi ce type de chirurgie.

Cette vision des choses n'est cependant pas partagée par tous. En effet, deux autres études ont comparé différents types de chirurgie et n'ont pas remarqué de différences significatives dans les taux d'allaitement. Il n'y a donc pas de consensus clair à ce sujet.

Il faut toutefois mentionner que la façon dont on définit un allaitement réussi peut également influencer les résultats des études. Ainsi, dans les études dont il était question plus haut, un allaitement réussi correspondait à deux ou trois semaines d'allaitement exclusif. Avec une telle définition, on ne peut pas savoir si ces chirurgies pourraient affecter l'allaitement plus tard. Cela est d'autant plus pertinent que la production maximale de lait est habituellement atteinte environ un mois après la naissance. Plusieurs spécialistes croient donc que ces études nous apprennent peu de chose sur le potentiel d'allaitement après une chirurgie et qu'il faudrait plutôt utiliser la recommandation de l'OMS, soit six mois d'allaitement exclusif pour évaluer le succès d'un allaitement après une réduction mammaire.

C'est ce qui a été fait dans une étude où on a évalué la durée de l'allaitement entre la naissance et l'âge de 12 mois. On a alors remarqué que les femmes qui avaient subi une chirurgie par transposition avaient un taux d'allaitement exclusif de 21 % à 1 mois et de 4 % à 4 mois comparativement à 70% et 2 %  chez les femmes sans chirurgie. Ces résultats laissent supposer que ces mères sont plus à risques de développer des difficultés d'allaitement. Il est toutefois intéressant de noter que 10 % des femmes ayant subi une réduction mammaire allaitaient toujours à un an.

Une autre étude a analysé des femmes ayant subi une réduction avec pédicule latéral et a démontré que 54 % des femmes ont réussi à allaiter entre 2 et 14 mois, 16 % n'ont pas réussi à allaiter deux mois sans offrir de supplément et 30 % n'ont pas allaité du tout.

Cette dernière statistique a amené quelques chercheurs à émettre l'hypothèse que la capacité à allaiter chez des femmes ayant subi une chirurgie dépendait davantage de l'encouragement et du support reçu que de la technique chirurgicale.

En effet, une étude a révélé que plus de 50 % des femmes ne tentaient pas d'allaiter après une réduction mammaire. Lorsqu'on demande à ces femmes les raisons de leur choix, le quart mentionne avoir été découragé par leur professionnel de la santé. L'attitude du corps médical a donc un impact direct. Si celui-ci n'encourage pas l'allaitement, seulement 30 % des femmes choisissent d'essayer malgré tout. Au contraire, lorsque les médecins ont une attitude positive, 73 % des femmes tenteront l'allaitement. D'autres études ont également montré l'importance de l'attitude du personnel médical.

En conclusion, les femmes qui ont des enfants après une réduction mammaire devraient  être encouragées à allaiter, certaines études indiquant que les taux de succès dans les premières semaines sont comparables à ceux des femmes n'ayant pas eu de chirurgie. Bien sûr, les risques d'avoir à offrir des suppléments sont plus grands et ces femmes nécessiteront peut-être plus de support pour continuer à allaiter. Par contre, au-delà des définitions techniques du succès de l'allaitement, toute quantité de lait maternel est bénéfique pour l'enfant. Enfin, il ne faut pas oublier que l'allaitement est plus qu'un mode de nutrition, c'est aussi un lien privilégié qui ne se mesure pas en semaines d'allaitement exclusif.

Tous les lundis, je réponds à une question des lecteurs sur la périnatalité. Il y a quelque chose que vous auriez toujours aimé savoir concernant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement ou le maternage? Écrivez-moi à info@mamaneprouvette.com et je tenterai de trouver la réponse.

Références:
Brzozowski, D., Niessen, M., ; Evans, H. B., Hurst, L. N.(2000) Breast-Feeding after Inferior Pedicle Reduction Mammaplasty. Plastic & Reconstructive Surgery, 105 (2): 530-534.

Cruz, Norma I., Korchin, Leo D.D.S. (2007) Lactational Performance after Breast Reduction with Different Pedicles. Plastic & Reconstructive Surgery, 120 (1): 35-40.

Hefter, W.Lindholm, P., Elvenes, O.P.(2003) Lactation and breast-feeding ability following lateral pedicle mammaplasty. British Journal of Plastic Surgery, 56 (8):746-751.

Thibaudeau, S., Sinno H., Williams, B. (2010) The effects of breast reduction on successful breastfeeding: A systematic review. Journal of Plastic, Reconstructive & Aesthetic Surgery, 63 (10): 1688-1693.

Cruz-Korchin, N., Korchin, L. (2004) Breast-Feeding after Vertical Mammaplasty with Medial Pedicle. Plastic & Reconstructive Surgery, 114 (4), 890-894.

Kakagia, D. Tripsiannis, G., Tsoutsos, D. (2005) Breastfeeding After Reduction Mammaplasty: A Comparison of 3 Techniques. Annals of Plastic Surgery, 55 (4): 343-345.

S. Chiummariello, E. Cigna, E. M. Buccheri, L. A. Dessy, C. Alfano and N. Scuderi. (2008) Breastfeeding After Reduction Mammaplasty Using Different Techniques. Aesthetic Plastic Surgery, 32 (2):294-297.

Gláucia C. Souto, Elsa R. J. Giugliani, Camila Giugliani, Márcia A. Schneider. (2003) The Impact of Breast Reduction Surgery on Breastfeeding Performance. J Hum Lact February, 19: 43-49.

10 commentaires:

  1. qu'il faut savoir sur les nouvelles nouvelle esthétique. göğüs estetiğiI will recommend your site to the other platforms.Sacekimi

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  2. Voila moi je me suis fait operer a 16 ans et moi mon chirurgien m'a dis que je ne pourrais pas alleter. Maintenant sa fait deux ans bientôt que je me suis fait opérer et je n'ai pas retrouvé la sensibilité du mamelon et de plus les cicatrice sont pas comme elle devrait etre. Je conseil a toutes les femmes de voir plusieurs chirurgien avant de ce faire operer car j'ai seulement 17 ans et demi et se retrouver a mon age avec aucune sensibilité au mamelon et des cicatrices comme les miennes c'est honteux.

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  3. Très bon article.
    Je voulais apporter mon témoignage car j'ai moi-même longtemps cherché des témoignages de femmes opérées allaitantes.
    Je me suis faite opérer en 2001. J'ai eu mon premier enfant en 2011, soit dix ans après. Pour moi, il était évident que je l'allaiterais. J'ai accouché en clinique et j'ai été très vite découragée. Je vous passe les détails mais pour faire vite : une sage femme m'a dit "Avec une opération, vous verrez ça ne marchera pas longtemps" (des paroles qui marquent), il me faisait la pesée avant et après mise au sein et surtout ils ont donné à mon enfant du complément sans mon accord alors que la perte de poids de mon bébé n'était pas alarmante (environ 5/6%). C'était mon premier enfant, je n'étais pas sûre de moi alors je me suis "laissée faire". Je faisais confiance au corps médical... Autant dire qu'avec ces débuts difficiles, l'allaitement a été compliqué à mettre en place. J'ai du passer à l'allaitement mixte rapidement lorsque mon enfant avait 15 jours. Malgré tout, je me suis accrochée et j'ai continué l'allaitement. J'ai finalement allaité mon enfant pendant 7 mois et demi en mixte. La gestion du mixte était un peu difficile mais ça s'est fait. Avec l'arrivée du deuxième enfant, je me suis promis de ne pas me mettre de pression et de laisser faire. Sauf que on ne se refait pas... Lorsqu'il est né, je me suis vite aperçue qu'il allait être un accro du sein. Pendant les 2h de salle d'accouchement, il n'a pas cessé de téter. Les choses ont donc bien démarré. Pour autant, je n'étais pas tout à fait rassurée. L'expérience de mon premier enfant me revenait forcément. Chaque pesée était un supplice, je pleurais à chaque fois. Mais le corps médical cette fois (J'ai cette fois accouché dans un hôpital, petite structure où le corps médical était au top) était très rassurant. Lorsque j'ai expliqué ma situation, ils m'ont dit qu'aucun allaitement n'était le même, que l'allaitement se mettait bien en place et qu'il ne fallait pas que je me fasse de soucis. Et ça a marché : zéro complément ! Au retour à la maison, je me suis faire suivre par une personne de la PMI qui m'avait déjà suivie pour mon premier enfant. Le discours négatif est revenu ("Vous vous rappelez pour votre premier..." : Oui merci je me souviens c.....) et elle m'a conseillé d'intégrer du complément car la prise de poids n'était pas suffisante d'après elle. Avec l'aide de mon pédiatre, j'ai finalement décidé d'intégrer un biberon uniquement lorsque bébé semblait avoir faim. Ma règle c'était jamais plus d'un biberon par jour et jamais plus de 60 ml. Quelquefois je ne lui donnais rien pendant 1 semaine voire d'un mois. On a continué comme ça doucement. Bébé prenait bien du poids. En tout et pour tout, je lui ai donné les deux tiers d'une boite de poudre. Avec l'intégration de l'alimentation solide à 4 mois, j'ai arrêté complètement les bibs. Aujourd'hui il a 8 mois et est toujours allaité. Ca marche à merveille!!! Alors oui ça peut marcher !!!!
    Ce que je voulais dire c'est que tout allaitement est difficile, avec ou sans opération. On nous présente les choses comme quelque chose d'archi simple, d'évident, de facile à mettre en place... On nous prépare pas assez au fait que ça va être difficile. Du coup, rapidement découragées, beaucoup de femmes arrêtent. Alors quand en plus, il y a eu oépération et que le corps médical nous bassine avec des foutus statistiques, des "ça ne marchera pas..." alors là autant dire que c'est quasi mission impossible. La clé donc est de se faire confiance et de ne pas (trop) écouter les avis de Pierre et Paul. Personne ne peut prévoir (encore une fois opérée ou non) si son allaitement marchera ou non. Alors au même titre qu'une autre femme, vous avez le droit d'essayer. Le jeu en vaut la chandelle...

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  4. Petit Paulin tète encore à 1 an :)

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  5. Bonjour;
    merci pour cet article, c'est très utile pour moi de savoir ce qui est l'opération de réduction mammaire ainsi que ses résultats.

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  6. Ces très important de connaitre ces informations avant de décider l'opération de réduction mammaire surtout pour celle qui pensent à avoir un bébé au futur, il faut être prudent

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  7. merci d'avoir partager votre expérience avec nous.

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  8. La réduction mammaire avec ces méthodes évolués se présente comme une révolution dans le domaine de chirurgie de la poitrine

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  9. Merci bien d'avoir présenter cet article, il est très important que chaque femme qui veut réaliser une réduction mammaire connait ces informations.

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