2 février 2012

La situation de l'allaitement au Québec

Dans un article publié dans le Courrier du Sud du 18 janvier 2012, le journaliste Denis Bélanger racontait son expérience avec l'allaitement vécue lors de la naissance de sa fille. Il déplorait alors la promotion de l'allaitement qu'il qualifiait de propagande:

Voici la réponse que j'ai fait parvenir à M. Bélanger:


Bonjour M. Bélanger

Je suis une résidente de Longueuil et j'ai donc eu l'opportunité de lire votre article sur l'allaitement dans le Courrier du Sud. Étant monitrice pour la Ligue La Leche depuis bientôt trois ans, j'aimerais partager avec vous ma vision de l'état de l'allaitement au Québec.

Tout d'abord, j'aimerais vous dire que j'ai été très touchée par la lecture de votre histoire personnelle. Je peux imaginer les émotions que vous avez vécues suite à la naissance de votre bébé. L'arrivée d'un nouveau bébé bouleverse toujours une vie mais vivre des inquiétudes par rapport au gain de poids de notre enfant et sentir des pressions comme vous les décrivez est très difficile émotionnellement. J'ai moi-même connu des difficultés à la naissance de ma fille aînée (elle refusait complètement le sein) et plusieurs parents ayant vécu une expérience comme la vôtre nous contactent régulièrement à la Ligue La Leche. Certains poursuivent l'allaitement, d'autres choisissent de sevrer. Dans un cas comme dans l'autre, cette expérience laisse un goût amer aux nouveaux parents. Ce genre de situation est souvent difficile pour les pères qui se sentent impuissants devant la détresse de leur conjointe.

Par conséquent, tout comme vous, je crois que la situation de l'allaitement est problématique au Québec. Par contre, contrairement à ce que vous dénoncez dans votre article, je ne crois pas que le problème soit au niveau de la promotion de l'allaitement. En effet, la santé publique a le devoir d'informer la population à la lumière des données probantes existant dans la littérature scientifique. Les avantages de l'allaitement devraient être connus au même titre que ceux d'une bonne alimentation, par exemple. Je crois toutefois que le Ministère de la santé et des services sociaux devraient investir davantage au niveau du support de l'allaitement qu'au niveau de la promotion. Cela veut dire d'une part investir dans la formation des professionnelles de la santé. Comme vous l'avez si justement remarqué, les infirmières de même que certains médecins manquent cruellement de connaissance pour aider les mères qui connaissent des difficultés d'allaitement. Les différents intervenants se contredisent souvent, ce qui laisse les mères dans une grande confusion. Par ailleurs, la surcharge de travail que connaissent les infirmières leur laisse bien peu de temps pour discuter avec la mère et ainsi identifier les besoins de celle-ci. Je crois que lorsque les mères seront bien supporter dans leur allaitement, elles pourront alors réellement choisir ou non d'allaiter. Leur choix correspondra vraiment à leur désir et non pas au manque de ressources qu'elles ont vécues. En effet, des études démontrent que les femmes qui vivent le plus de culpabilité sont celles qui voulaient réellement allaiter mais qui n'ont pu atteindre les objectifs personnels qu'elles s'étaient fixées. Enfin, des investissements auprès des organismes communautaires en allaitement permettraient aussi aux marraines et monitrices bénévoles d'accompagner les familles dans leur cheminement, que celui-ci mène au sevrage ou à la poursuite de l'allaitement. Les marraines/monitrices ont souvent plus de temps pour écouter les mères et ainsi les aider à trouver des options adaptées à leur besoin.

Pour terminer, je vous souhaite de tout cœur une expérience plus agréable pour un prochain enfant, que vous choisissiez ou non l'allaitement pour nourrir votre enfant.


Ce texte a été publié intégralement dans l'édition du 1er février 2012 du Courrier du Sud, en page 47.

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